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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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AIT – Manifeste de la Fédération française
L’Avant-garde N°11 – 20 Octobre 1877
Article mis en ligne le 9 mai 2018
dernière modification le 1er avril 2018

par ArchivesAutonomies
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La Commission fédérale nous communique le document suivant, qu’elle a fait afficher, à propos des élections du 14 octobre :

ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS

Manifeste de la Fédération française.

Citoyens,

Le socialisme, mal enterré dans un document posthume par un moribond à qui l’on doit la plupart des difficultés de l’heure présente, est en France plus vivant qu’on ne croit. Il est en Europe plus vivant que jamais. Il ne restera plus rien de ceux qui l’ont combattu et de ceux qui songent à le combattre, pas plus du soldat qui nous gouverne que de l’homme d’Etat qui vient de mourir, que le socialisme sera encore debout. Il sera debout tout le temps que les besoins populaires qui l’ont fait naître ne seront pas assouvis, les injustices sociales qu’il combat abattues, les principes qu’il proclame réalisés. C’est lui qui, dans la crise que nous traversons, vient, par la bouche de l’Internationale, vous faire entendre sa voix.

Le gouvernement des "curés" et des "ducs" vous a rendu la parole et vous croyez devoir vous en servir. Soit. Vous renverrez à la chambre les 363. Ils se trouveront en présence de celui qui "ne saurait obéir aux sommations de la démagogie" et qui, entouré de ses soldats, vous a dit : "J’y suis, j’y reste." Que feront en les supposant énergiques (ce qui n’est pas le cas), les députés que vous aurez élus ?

L’histoire que nos pères nous ont faite avec leurs os, avec leur chair, avec leur sang, va vous répondre. Écoutez-la :

En 1789, qu’eut fait l’Assemblée nationale en face des mercenaires de la cour ? Rien, si le peuple du 14 juillet n’avait pas pris la Bastille. — En 1792, qu’eut fait l’Assemblée législative, pourtant républicaine, en présence des suisses de la royauté ? Rien, si le peuple n’avait pas fait le 10 août. — En 1793, qu’eut fait la Convention entre l’étranger du dehors et l’étranger du dedans, si le peuple toujours admirable ne s’était installé en permanence, une partie à la frontière, l’autre à sa barre pour lui dicter ses votes ? Rien. — En 1848, nous avons eu la république. Qui l’a faite ? le peuple de février. Qui l’a laissée agonisante sous le talon d’un Bonaparte ? l’Assemblée nationale. — Que fera en novembre 1877, l’assemblée des 363 ? Rien. Elle s’aplatira ou sera chassée... à moins que vous ne soyez là avec des armes.

Vous le voyez, si vous ne voulez pas que votre triomphe apparent ne soit que le masque de votre défaite, vous devez vous préparer à passer de la parole à l’acte, de l’urne à la barricade, du vote à l’insurrection. Le combat inévitable aura donc lieu.

Si le sort ne trompe pas votre courage, — si vous êtes vainqueurs, — que ferez-vous ?

Nous enfoncerez-vous de nouveau dans le bourbier des gouvernements provisoires ? A quoi vous servirait, Ouvriers, d’abattre le gouvernement des "curés" et des "ducs" si vous installez à sa place le gouvernement des "avocats" et des "bourgeois" ? Songez que parmi ceux que vous porteriez au pouvoir, il est des hommes que vos pères y ont placés en février 1848 ; et ces hommes ont fait fusiller vos pères. N’oubliez pas que parmi ces hommes que vous installeriez au gouvernement , il en est que vos frères y ont envoyés en 1870 ; et ces hommes ont fait ou laissé massacrer vos frères en mai 1871 ; et jusqu’ici il a été impossible de leur faire amnistier ceux de vos amis qui ont échappé, et qui gémissent en Nouvelle-Calédonie et ailleurs. Souvenez-vous, enfin qu’à eux tous on a donné à garder plusieurs républiques et que ces républiques sont mortes dans leurs mains. Va-t-on leur en confier une nouvelle ?

Non, si les barricades dressent leurs pavés sur les places publiques, si elles sont victorieuses, il ne faut pas qu’il en sorte des gouvernants, mais un principe : pas d’hommes, mais la Commune ! Ce n’est plus des hommes insurgés que doit rencontrer la réaction ; mais des communes insurgées. Il ne faut plus qu’on dise : Gambetta, Grévy, Louis Blanc, mais : Paris, Lyon, Marseille,... etc. La république unitaire, parlementaire, réactionnaire et bourgeoise doit être morte en France. Vive la République des communes fédérées !

POUR LA COMMISSION

de la Fédération française de l’Association Internationale des Travailleurs,

le Secrétaire-correspondant :

L. PINDY.




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