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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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AIT – 2ème Manifeste de la Fédération française
L’Avant-garde N°13 – 17 Novembre 1877
Article mis en ligne le 9 mai 2018
dernière modification le 8 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Les mensonges, les attaques, les calomnies, qui dans la presse bourgeoise ont accueilli le premier Manifeste de la Fédération Française, l’obligent à vous en adresser un second ; car, certaines manœuvres plus habiles que loyales doivent être dévoilées.

Pendant la période que nous traversons, et dont les élections du 14 octobre ne sont qu’un épisode d’une importance toute relative, il y a en jeu de graves intérêts, ces intérêts et ceux de la république. De là, un droit et un devoir : le devoir et le droit pour tout parti constitué, pour tout groupe de citoyens, pour tout homme, ayant une idée, un principe, une attitude, d’émettre cette idée, de proclamer ce principe, de conseiller cette attitude. A la date du 14 octobre, à la veille des élections, ce droit appartenait, ce devoir s’imposait à tous : à ceux qui ont couru au vote, à ceux qui par principes, se sont abstenus, à ceux que l’exil a empêché d’approcher des urnes ; entre autres donc, aux radicaux-socialistes, aux proscrits de la Commune, aux sections de l’Internationale. Toutes les idées agitées, tous les principes proclamés, toutes les tactiques débattues, chacun restait libre de choisir sa ligne de conduite en tonte connaissance de cause.

On a usé de ce droit, et, malgré ses dangers, on a rempli ce devoir. Des documents socialistes ont paru ; ils ont été publiés, distribués, affichés, répandus. D’abord, un groupe radical-socialiste a donné son programme ; "quelques absents" ont ensuite envoyé "leur opinion sur les élections du 14 octobre" ; enfin , la Fédération Française de l’Association Internationale des Travailleurs a lancé son manifeste. Le socialisme, — "qui n’existe plus en France," — prenait la parole à son tour.

En présence de cette nouvelle affirmation du socialisme, quelle a été l’attitude des divers partis politiques ?

Les organes de la réaction monarchique se sont immédiatement emparés de ces documents. Ils les ont publiés ; en ont fait ressortir toutes les horreurs ; quelques-uns même ont fait au Manifeste international le déshonneur de leur première page ! Le but poursuivi était facile à comprendre : il s’agissait pour les partis que ces journaux représentent d’effrayer le paysan, d’effaroucher le conservateur, de faire surgir entre le vote de ces timides et les urnes républicaines le spectre rouge de la Commune ! En attaquant les documents socialistes , en s’en servant dans l’intérêt de leur cause ces partis étaient parfaitement dans leur droit.

La Presse libérale les a-t-elle accueillis ? non. — Les a-t-elle discutés, franchement attaqués ? pas davantage. Les publier sans commentaires, c’était écarter les électeurs centre-gauche ; les combattre, c’était froisser ceux de Belleville. On pouvait du moins n’en pas parler. On ne l’a pas fait. On s’est permis d’en contester l’origine ; on a eu le triste courage, pour ménager la chèvre et le chou au moment du vote, de feindre de les considérer comme une manœuvre policière ; on est allé jusqu’à prétendre, que dans les journaux suisses le citoyen Pindy avait désavoué le document portant sa signature. Cette tactique, est peut-être fort habile ! mais, poussée à ce point, l’habileté change de nom et s’appelle : Mensonge. Voilà citoyen, où nous a conduit "la politique des résultats" : le mensonge devenu une arme dans le parti autrefois si pur de Blanqui, de Delescluze, de Barbès !

Ils viennent ensuite, ces opportunistes, nous recommander l’union ! "Il faut, - disent-ils, - grouper autour des mêmes faisceaux républicains, sous le même bonnet phrygien, toutes les fractions de la démocratie républicaine." Ils veulent marcher aux urnes avec ensemble, une main tendue aux anciens monarchistes du centre-gauche, l’autre aux ouvriers socialistes des faubourgs. Et cela, dans l’intérêt de la république ! Fort bien. Mais dans cette alliance, y aura-t-il égalité d’égards pour tous les alliés ? Non. Le centre-gauche parlera par la bouche des ministres, les opportunistes du haut de la tribune, et le socialisme n’aura même plus la parole dans la rue.

Ah ! c’est qu’il existe une différence énorme entre les alliés de cette union monstrueuse !

Quelles divergences de vue y entre le centre-gauche et l’opportunisme ? Une simple nuance politique. — Entre l’opportunisme et le socialisme, il existe au contraire une opposition de classes. Entre le Thiérisme et le Gambettisme voici de quoi il s’agit : la constitution établira-t-elle une chambre ou deux chambres ; un président de la république ou simplement un président du conseil des ministres, ... etc. Il s’agit, entre le socialisme et le Gambettisme, entre le socialisme et le Thiérisme, entre le socialisme et tous les partis bourgeois, de questions d’une tout autre importance. Les sociétés humaines conserveront-elles comme base de leur organisation le mode actuel d’appropriation de la richesse sociale, cette propriété individuelle, qui donne — quel que soit d’ailleurs l’organisme politique — la puissance à quelques-uns au détriment du plus grand nombre ? Ou bien, n’y a-t-il pas lieu de fonder par la propriété collective l’égalité sociale et avec elle l’égalité politique, qui rendra possible la liberté véritable, et la fraternité ?

Vous le voyez, Citoyens, les partis bourgeois ne sont divisés entre eux que par des questions secondaires et d’ordre simplement politique, tandis que nous sommes séparés d’eux, par cette question qui domine toutes les autres, d’ordre purement économique, la propriété. Aussi est-il logique que, "en face du prolétariat organisé sous le drapeau rouge de l’Internationale, tous les partis bourgeois ne forment qu’une seule et même masse réactionnaire."

Si nous pouvions oublier cette vérité, la conduite des partis bourgeois, dans toutes les circonstances de notre vie politique, suffirait pour nous la rappeler.

Salut et révolution sociale.

POUR LA COMMISSION

de la Fédération française de l’Association Internationale des Travailleurs,

Le Secrétaire correspondant :

L.PINDY




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