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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Présentation du Réveil anarchiste/Il Risveglio anarchico clandestin - Période 1940-1946
Extrait du livre de Gianpiero Bottinelli, Louis Bertoni, une figure de l’anarchisme ouvrier à Genève - p. 130-141
Article mis en ligne le 21 avril 2018
dernière modification le 12 juin 2018

par ArchivesAutonomies
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Le 6 août 1940, le Conseil fédéral prend des mesures contre l’activité communiste et anarchiste : les droits d’association, de réunion et de propagande, même individuelle, sont abolis. L’imprimerie a reçu oralement l’ordre de ne plus imprimer les deux bimensuels ; dans le numéro 1054 du Réveil, daté du 24 août, Bertoni dit ne pas savoir "si ce numéro de notre journal pourra paraître. [...] Toutefois nous n’acceptons en aucun cas d’être exclus de la communauté des pensants et des vivants. Nous savons fort bien que le nouvel ordre de christianisme, corporatisme et paix sociale vise à nous enfermer dans une espèce de léproserie, dont il n’y a déjà que trop d’exemples dans le monde" [1] Les nouveaux décrets "s’appliquent à toutes les activités qu’un anarchiste peut avoir, ce qui le condamne à la mort civile du simple fait de se dire anarchiste [...]. Mais il est un point au sujet duquel on ne peut ni douter ni hésiter : la défense constante et tenace des libertés publiques. Nous n’entendons pas y renoncer, tout en sachant que nous ne pourrons compter sur aucun soutien. La liberté n’a été obtenue qu’à un prix élevé, et doit sans cesse être défendue par ses champions" [2]. Le 23 août, convoqué par un fonctionnaire de police, il est informé officiellement de la lettre du procureur de la Confédération en date du 13 : "la publication du Réveil, périodique anarchiste, étant une activité contraire à l’article 1 de cet arrêté, il est logique de la faire cesser". Bertoni réagit immédiatement en publiant deux circulaires clandestines : "Fussions-nous privés de nos droits civiques, nous n’en garderions pas moins les droits d’association, de réunion, de propagande, de prosélytisme que le nouvel arrêté paraît bien vouloir nous enlever. [...] Nous n’entendons pas devenir des citoyens de deuxième catégorie. Les conditions sociales créent déjà pour les pauvres trop de situations d’infériorité pour que nous acceptions cette monstruosité d’en créer encore de nouvelles. [...] C’est grande pitié de lire toutes les objurgations qui nous sont faites de nous hâter, de nous ruer à la soumission !" [3] Les circulaires seront séquestrées, mais elles avaient déjà été expédiées. Il en est paru trois dans chaque langue, les 7 et 21 septembre et le 5 octobre 1940.

"ON A PRIS UN CHAR ET UN CHEVAL ET ON A TOUT VIDÉ" — L’interdiction sème la panique parmi les compagnons, du moins dans le souvenir d’Alexandre Burtin : "Un jour, c’était en 1939 [sic], aux informations d’une heure moins le quart, on a entendu que le Parti communiste et les groupes anarchistes étaient interdits en Suisse. Le régisseur de notre appartement [le local du groupe] m’a convoqué. [...] "Avec les événements qui se préparent, il vous faut déménager." On a pris un char et un cheval et on a tout vidé.

C’est qu’il y avait toute la bibliothèque ! On l’a mise dans un vieil appartement à la rue des Terreaux-du-Temple. [...] On a dû se débarrasser de beaucoup de choses à ce moment-là, parce qu’on ne savait pas ce qui allait se passer [4]." La bibliothèque conserve toutefois un minimum d’activités.

Bertoni et ses amis ne cèdent pas : après les six Circulaires de septembre et octobre 1940, ils vont publier pendant toute la durée de la guerre, généralement deux fois par mois, un périodique bilingue au format de brochure. "Nous avons commencé la publication de ces brochures, en dépit de quelques menaces de la police, suivies d’effet uniquement dans les bureaux de poste, où nous avons connu plusieurs saisies." [5] Paul Balmer, le directeur du Département de justice et police de l’État de Genève, qui avait sollicité de Berne l’interdiction des deux périodiques, "appartient à ce parti conservateur qui avait entrepris des démarches pour fusionner avec l’Union nationale fasciste. Cela suffit pour définir sa mentalité" [6]. C’est en effet le gouvernement genevois qui a réclamé l’interdiction, le 16 juillet 1940 ; le Conseil fédéral, "sous la pression de tout ce que le pays compte de plus fasciste, papiste et naziste, a fini par prendre son arrêté [...]. Nous voici donc en présence d’une loi d’exception, ne s’appliquant qu’à une catégorie de citoyens et violant le principe bien connu que la loi est égale pour tous" [7]. Le gouvernement fédéral aurait ainsi cherché à donner la preuve de sa neutralité politique et militaire — faute de neutralité économique — et, "pressé de supprimer les fronts nazistes, ne crut pouvoir le faire en raison de sa neutralité sans frapper en même temps les extrémistes de gauche" ; or "rien n’est plus caractéristique du fascisme que l’interdiction des partis" [8]. D’ailleurs, la dissolution du Mouvement national suisse n’a aucune efficacité pratique, ce sont des gens qui ont leurs entrées dans des consulats étrangers et tous les moyens nécessaires sont mis à leur disposition [9]. Bertoni constate avec amertume que la jeunesse "ne rêve que de s’enrégimenter, s’aligner, se plier, se déplier, avancer, reculer, toujours par ordre. Toute idée d’indépendance, toute pensée personnelle, tout geste spontané, tout choix libre, toute action directe lui font horreur. Elle ne désire que former des rangs d’automates. (...) Eh bien, non ! encore une fois crions bien fort notre amour de la liberté ; encore une fois affirmons-nous en son nom, dussions-nous finir au fond d’une prison" [10]. Il ne s’agit pas de jouer les héros, mais simplement de rester ferme, sachant que l’on est dans son droit.

Même s’il y eut des exceptions et des actes courageux, la presse suisse dans son ensemble accepte les mesures de guerre et va jusqu’à dissimuler nombre de vérités peu édifiantes sur les classes dirigeantes en Suisse ainsi que sur leurs "alliés" du moment, les puissances de l’Axe. Bertoni dénonce ces positions serviles et dit ne pas comprendre que "les journaux les plus conformistes, officieux, réactionnaires (...) protestent contre les mesures du gouvernement sans qu’ils aient eu à en souffrir d’aucune manière", tout en acceptant tranquillement "l’interdiction d’organes staliniens, nazis et anarchistes (...). Il s’agit d’une vraie hypocrisie. Les journaleux suisses veulent se donner un air indépendant, mais ils écrivent conformément à ce qu’exigent leurs patrons connus et inconnus (...). Ils veulent en fait apparaître comme des esclaves volontaires. Mais la servitude volontaire est plus ignominieuse que la servitude imposée" [11].

"LA SUISSE FOURNIT DES CAPITAUX, DES VIVRES, DES MOYENS DE TRANSPORT, DES ARMES..." — En mars 1940, Bertoni avait défendu devant le tribunal militaire deux anarchistes genevois "objecteurs de raison", Charles Dupuis et Lucien Tronchet ; il affirmait que les "régimes totalitaires furent salués avec une indéniable sympathie par toutes les classes dirigeantes, qui crurent y voir un remède aux maux dont le monde souffrait". Ainsi "nous ne pouvions plus croire à une défense de la démocratie, surtout que parmi ceux appelés à l’assurer, un nombre non indifférent affichait des sympathies fascistes". Que dire de la tragédie espagnole, "qui vit toutes les démocraties liguées contre un malheureux pays, afin de lui imposer coûte que coûte un régime totalitaire". Les anarchistes, qui se sont toujours opposés à pareille politique, ne peuvent en aucun cas être tenus d’en assumer la responsabilité ; ils ne peuvent d’ailleurs souscrire à la défense armée d’un État démocratique bourgeois ou totalitaire : "l’indépendance, la fraternité des peuples veulent être affirmées autrement que par l’acceptation du militarisme". Les anarchistes ne refusent pas la lutte pour des raisons tolstoïennes : "parmi les volontaires de la République espagnole, il y avait un certain nombre d’insoumis et de déserteurs de la guerre mondiale. Ce qui prouve bien qu’ils ne refusaient pas de se sacrifier à la collectivité". Bertoni propose alors un principe à inscrire "en tête d’une nouvelle Déclaration des droits de l’homme : Nul ne peut être obligé de tuer ou de se faire tuer". Si ce n’est pas pour sa propre cause que l’on donne sa vie, on devient un mercenaire inconscient : "la morale moderne ne saurait admettre que le sacrifice volontaire. Tout autre sacrifice est celui de l’esclave par son maître, et il est inconcevable (sic) avec la démocratie" [12].

Si l’on admet l’existence de la domination et des dominants, écrit-il dans le journal clandestin, "on prétendra en vain faire la distinction entre légitime et illégitime (...). La domination de l’homme sur l’homme, avec toutes les usurpations qui en dérivent, voilà la principale source des maux de l’humanité" [13] et les démocraties bourgeoises n’échappent pas à cette analyse, pas plus que les régimes autoritaires ou totalitaires. Elles ont en effet participé activement aux horreurs de la guerre, se faisant par anti-socialisme complices du fascisme, ce qui leur coûtera cher ; elles n’ont droit à aucune indulgence pour la politique de non-intervention, le refus de soutenir la Révolution espagnole. Bertoni dénonce en particulier le gouvernement et la bourgeoisie suisses, leur propagande démagogique qui cherche seulement à leur donner le beau rôle d’avoir sauvé la Suisse de l’invasion, alors que la réalité est bien différente : "Les pays qui auraient pu l’attaquer, tout bien calculé, en ont conclu qu’ils pouvaient en obtenir bien davantage en lui imposant des conventions léonines. Et c’est ce qui a lieu. La Suisse fournit comme capitaux, vivres, transports, armements, etc., beaucoup plus que ce serait le cas après avoir été ruinée et dévastée par l’invasion et la guerre." [14]

Au sujet des analogies volontiers tracées entre démocratie autoritaire et fascisme, Bertoni souligne qu’"à force de dire que fascisme et démocratie sont la même chose, qu’ils sont tous deux des régimes autoritaires, on risque de faire le jeu des pires réactionnaires et rien de plus [...]. Certes, par définition tout pouvoir politique est autoritaire, mais il l’est dans des mesures différentes", et si les démocraties se rapprochent du fascisme, c’est dans une moindre mesure que ce qui se passe dans les États totalitaires : "nous voulons aller de l’avant, non pas retourner en arrière à la démocratie. Notre opposition à la démocratie n’a rien à voir avec l’opposition fasciste : celle-ci repousse le monde vers le passé, la nôtre le pousse vers l’avenir" [15]. "Notre cause n’est pas celle de Churchill et de Roosevelt", même si l’on peut souhaiter qu’ils sortent vainqueurs de la guerre, mais cela ne signifie pas qu’il faille s’aligner en faveur des Alliés ou cesser, même provisoirement, la lutte contre la domination capitaliste, comme l’a réclamé l’anarchiste Rudolf Rocker, réfugié aux États-Unis ; cette position lui vaut une réplique cinglante d’André Prudhommeaux, un anarchiste français qui s’est réfugié en Suisse [16]. La tentative du libéralisme d’instituer la démocratie bourgeoise est certes un progrès par rapport à l’absolutisme dictatorial, mais il couve en son sein sa nature de classe, et "il n’a pas empêché le fascisme et le nazisme, sortis, il ne faut pas l’oublier, de la démocratie" [17].

Il faut donc que les anarchistes continuent "la lutte permanente entre les deux concepts d’autorité et de liberté ; toute autre lutte est une erreur [...]. Assujettir ou libérer la personne humaine, voilà le dilemme. Naturellement, les autoritaires prétendent qu’il n’y a pas de meilleur moyen de s’affranchir que de se soumettre à eux, mais des millénaires d’expérience tragique auraient pu nous enseigner que "notre ennemi, c’est notre maître"" [18].

"UN SOCIALISME ET UN SYNDICALISME QUI CONSIDÈRENT QUE LE CAPITALISME EST ÉTERNEL" — La collaboration qui se développe entre organisations syndicales et État et forces bourgeoises réduit le socialisme à un rôle d’appendice, d’assistant social du système capitaliste. En décembre 1940, Bertoni constate que "la réaction progresse sans obstacles en Suisse, aidée même par un Parti socialiste et une Union syndicale qui devraient y résister" [19]. Déjà en 1933, l’Union syndicale suisse avait proposé le système de la communauté professionnelle, c’est-à-dire la réorganisation des professions et des entreprises sur une base assez similaire aux modèles corporatifs, et elle le propose à nouveau pendant la guerre : c’est pour les anarchistes le symptôme ultime et un avertissement clair de l’évolution d’un mouvement socialiste qui a définitivement abandonné ses principes, en particulier l’objectif de l’abolition des classes, pour adopter l’idée que "les moyens de production restent entièrement aux mains du patronat", et qui demande aux travailleurs de renoncer à toute activité autonome contre l’exploitation. "Le socialisme demande l’armistice et prépare la capitulation." [20] Rappelons l’adoption par le Parti socialiste du principe de la défense nationale en 1935, la création en 1936 du Mouvement des lignes directrices avec des organisations d’employés et de paysans, l’accord de Paix du travail conclu en 1937. C’est dans ce contexte que l’Union syndicale réalise une entente avec le syndicat chrétien-social, qu’elle avait auparavant âprement combattu [21], et qu’elle obtient en 1941 la promesse des autorités fédérales d’occuper les chômeurs, avec une ordonnance "qui nous a valu les camps de travail militarisés à l’allemande, acceptés par un syndicalisme invertébré" [22]. On ne peut plus se tromper à la lecture : "Il y a en somme, actuellement, un socialisme et un syndicalisme qui, pratiquement, considèrent le capitalisme comme éternel." [23] En renonçant à ses principes de base, le socialisme "n’existe plus. Il se confond avec la philanthropie, la charité, la tutelle d’institutions confessionnelles pour des êtres inférieurs ayant définitivement accepté leur infériorité" [24]. Bertoni rappelle qu’au début du siècle le syndicalisme, sous l’influence des anarchistes, s’était donné comme programme : "Enlever à l’État ses fonctions utiles pour les confier au syndicat" ; plus tard, c’est l’État qui a enlevé au syndicat ses fonctions pour les faire siennes ; "l’État est un organe d’asservissement et non d’émancipation et il ne saurait changer de nature ni de rôle" [25].

Bertoni continue de dénoncer la social-démocratie suisse à sa manière dure et précise, par exemple à propos des contrats collectifs, devenus le "suprême but du mouvement syndical", alors que pour les anarchistes ils n’ont jamais été pris comme une solution mais seulement comme "un moyen pour associer les ouvriers, leur donner conscience d’un intérêt commun, les entraîner à la lutte, créer un milieu de propagande, d’idées et d’actions de résistance et de révolte contre le régime capitaliste". Il précise "qu’il n’y a de vrai contrat que sur un pied d’égalité des contractants" et que si les fonctionnaires les signent au nom de la masse, "celle-ci n’est plus interrogée... que pour approuver ce qui aura été fait en son nom" [26]. Ce qui provoque l’apathie des syndiqués et le développement d’une bureaucratie syndicale, "qui décide plus conformément à ses intérêts propres qu’en l’intérêt des syndiqués, entre autres parce que ces derniers font preuve d’une grande passivité" [27].

À propos des espoirs des socialistes de pouvoir enfin envoyer un des leurs au Conseil fédéral, Bertoni et ses camarades souhaitent "que les socialistes ne puissent pas entrer au gouvernement afin qu’il y ait un minimum d’opposition de leur part et quelque chose qui cloche dans l’Union sacrée" [28].. Mais la politique des trois piliers de l’Union syndicale et du Parti socialiste suisse — la Paix du travail, la défense nationale, la participation au Conseil fédéral — arrive à ses fins : en 1942, un socialiste est élu au gouvernement fédéral, démontrant ainsi l’adaptabilité du socialisme réformiste au système économique, politique et idéologique du capitalisme.

Bertoni continue d’être actif au syndicat des typographes jusqu’à la guerre, malgré les tentatives des dirigeants syndicaux Antoine Drocco et Charles Rosselet de l’expulser du comité, avec ses compagnons Charles Frigerio et Auguste Gendre, pour laisser le champ libre aux socialistes [29]. Lorsque l’USS dissout les cartels syndicaux de Genève et Lausanne, dominés par les communistes, il s’exclame : "Ainsi les fascistes de l’Union syndicale suisse n’admettent pas qu’il puisse être fait opposition à leurs statuts, à leurs hommes, à leurs décisions, et recourent à une dissolution des groupements qui ne partagent pas entièrement leurs vues [...]. Si l’esprit totalitaire domine dans le monde, fonctionnaires et comités centraux des partis et syndicats ouvriers y ont contribué pour leur part." [30]

Le Parti communiste interdit dans plusieurs cantons, les socialistes divisés à Genève avec la scission des partisans de Léon Nicole — qui forment avec les communistes la Fédération socialiste suisse —, le Parti socialiste genevois ne compte plus guère ; en janvier 1941, les députés "nicolistes" sont exclus du Grand Conseil sans que les socialistes n’interviennent vigoureusement comme ils l’avaient fait par le passé, en raison de leurs positions viscéralement anticommunistes. Pour Bertoni, si les anarchistes restent catégoriquement antiparlementaires et antistaliniens, ils ne peuvent être indifférents à ces expulsions qui démontrent que "tous les droits constitutionnels et légaux peuvent être abolis [...]. Les nicolistes ne représentent que le quart de la population genevoise ; est-il possible que les autres ne voient pas la dangereuse pente sur laquelle on est en train de glisser ?" [31] Quelques mois plus tard, la Fédération socialiste suisse de Léon Nicole sera interdite par les Chambres fédérales.

En août 1942, se produisent de nouveaux durcissements pénaux, soutenus même par les députés socialistes au Conseil national, qui se plaignent des peines insuffisantes infligées aux personnes coupables d’espionnage et de haute trahison. Un socialiste est allé jusqu’à réclamer la peine de mort. "Le Conseil fédéral s’est dépêché de les satisfaire en aggravant les sanctions, même pour de simples délits d’opinion" : diffusion intentionnelle ou non de fausses assertions pouvant troubler les esprits, propagande tendant à saper la neutralité ou la volonté de résistance du peuple suisse. Tout cela "n’a rien à voir, affirme Bertoni, avec l’espionnage ou la trahison de secrets militaires. Une fois de plus le zèle patriotique des socialistes, immédiatement soutenus par des éléments bourgeois, n’aura eu pour résultat que d’aggraver les mesures liberticides déjà existantes" [32].

"LES ANARS, C’EST FINI" ? — Malgré la clandestinité, la simple existence du périodique entretient les liens entre les anarchistes de Suisse. Les militants dans les syndicats du bâtiment genevois et vaudois ont de grandes difficultés à former une opposition efficace aux directives autoritaires de l’Union syndicale ; quelques libertaires, dont Tronchet et Renato Borsa, fils de Primo, vont fonder une coopérative agricole, la Coopa, qui va permettre à des compagnons exclus de l’armée ou à des déserteurs étrangers d’effectuer le travail obligatoire sans se faire assigner à un camp de travail ; d’autres défendent les droits des astreints au travail militarisé [33], d’autres mènent la lutte jusque dans les fortifications militaires pour défendre les conventions collectives [34]. En Suisse alémanique, les anarchistes italiens restent actifs dans les syndicats, mais ils ne sont pas assez nombreux pour avoir de l’influence sur les décisions importantes ; certains s’isolent et les groupes libertaires sont désertés peu à peu, sans que de nouvelles générations s’y joignent. Bertoni insiste dès 1941 sur la nécessité de maintenir le mouvement en vie : "Revenons sur l’inactivité quasi totale de nos compagnons. Il ne s’agit pas de l’excuser par l’interdiction légale" : à part les manifestations publiques, "rien ne pourra nous empêcher de faire quasiment tout ce que nous faisions auparavant" [35]. De fait, "à part des condamnations pour insoumission ou propagande antimilitariste, il n’y a pas eu de grandes persécutions" contre des militants [36]. Bertoni essaie de comprendre la perte de vitesse du mouvement, qu’il attribue entre autres au manque de liberté, à une jeunesse hypnotisée par le communisme autoritaire, à la défaite de la Révolution espagnole : "une espèce de dépression, de peur et de découragement a envahi les nôtres, ne voyant pas de nouveaux éléments jeunes remplacer les vieux qui disparaissent, ne se retrouvant plus à partager dans des réunions la foi, l’enthousiasme, la volonté de donner et d’agir.

Que s’y ajoutent les difficultés croissantes de trouver un travail et de gagner un maigre pain, et l’on comprendra, sans le justifier, qu’il y ait un certain relâchement" [37].

En février 1942, les anarchistes de Genève et d’ailleurs fêtent les 70 ans de Bertoni notamment en publiant la brochure Un Homme dans la mêlée sociale, Louis Bertoni, Pour son 70e anniversaire. Le Réveil publie quelques lettres d’hommage. "Plus que me rendre un hommage personnel, que tant d’obscurs mériteraient autant que moi, les compagnons ont sans doute voulu remuer les eaux qui dorment et se retrouver en marge des interdictions légales ; je ne peux que me réjouir si mon nom a pu servir à cela. Défendre énergiquement la valeur, la dignité, le droit de chacun n’empêche pas que l’individu en soi et pour soi ne compte pas, qu’il ne compte que comme un être social dans un milieu solidaire, une communauté d’idées et de coopération volontaire [...]. Tout l’anarchisme réside dans cette fusion harmonique entre solidarité et liberté, sans que jamais l’une soit sacrifiée à l’autre." [38]

Mais les divergences au sein du mouvement anarchiste romand se font de plus en plus claires. Alexandre Burtin se rappelle avoir dit à Lucien Tronchet, alors que tous deux se trouvaient en prison en 1939-1940 pour propagande antimilitariste et refus de servir : "Les anars, c’est fini, on ne pourra plus rien faire". À peine libéré, il entre au Parti socialiste [39]. André BSsiger raconte que Tronchet y entre lui aussi, pour ne pas perdre son poste de secrétaire à la FOBB, "en claquant bien entendu la porte du groupe anarchiste. Le malheur fut que toute l’équipe syndicaliste et anarchiste, à quelques exceptions près, le suivit au Parti. Toute l’aile combattante du mouvement fut ainsi liquidée par lui et embrigadée chez les socialistes" [40]. Il y a ainsi des petits groupes qui s’éloignent du mouvement. Au début, Le Réveil n’en parle guère. Mais en août, Domenico Ludovici affirme sur un ton polémique que la nouvelle Route des Jeunes, saluée comme une réhabilitation pour les chômeurs par Alex Burtin et les frères Tronchet, n’a rien à voir avec l’anarchisme [41], tandis qu’un autre collaborateur du Risveglio affirme que "l’on voit des anarchistes poussés à devenir socialistes, adoptant un programme de réformes parlementaires, gouvernementales, légales et étatiques qui n’ont rien à voir avec l’anarchisme authentique" [42]. Bertoni affrontera plus tard la même question de front : "Nous avons toujours constaté que lorsque les compagnons se spécialisent dans un genre de propagande, ils cessent peu à peu d’être anarchistes, ne se préoccupant plus que du genre qu’ils ont choisi, qui a sans doute son importance comme partie d’un tout, mais qui pris en soi ne peut que s’adapter au système étatique capitaliste". Il précise dans le même article qu’"antimilitarisme, coopérativisme, éducationnisme, syndicalisme, néomalthusianisme, anticléricalisme, antifascisme, pacifisme sont tous des -ismes sympathiques, à condition de ne pas en faire une panacée pour tous les maux" ; si, en se soustrayant au service militaire, on pense sauver le monde, "on sauve sa propre peau, et avec raison, mais rien de plus. L’acte négatif accompli, il reste l’acte positif à réaliser" [43].

En 1944, les anarchistes genevois lancent une grève sauvage, malgré la Paix du travail en vigueur ; le 1er Mai 1945, ils s’affrontent aux communistes qui veulent prendre le contrôle de la journée et empêcher Lucien Tronchet de prendre la parole : ils seront reçus "comme ils le méritaient" [44]. Il s’agit là de l’ultime collaboration entre les anarchistes et les "ex" ; désormais la fracture est profonde et infranchissable. "Les camarades qui nous quittent soi-disant pour avoir un plus vaste champ d’action cessent ou à peu près de faire quoi que ce soit pour l’anarchie. Leur plus grand argument est de ne pas s’isoler" [45] ; pour Bertoni, ils "feraient bien de se demander ce qui découlera demain de leur pratique d’aujourd’hui. Augmenter la dépendance des masses d’un pouvoir central, lier le sort du prolétariat à celui de l’État par tout un système d’assurances, de contrôles et d’inspectorats, c’est confondre des intérêts qu’une hypocrisie raffinée peut seule prétendre communs alors qu’ils demeurent opposés" [46]. Ces transfuges "ont prétendu nous quitter pour mieux servir la cause de l’émancipation prolétaire ; en réalité, ils lui ont tourné le dos, pour ne servir que leur propre émancipation". "Tronchet lui-même a bien voulu déclarer publiquement qu’il n’est pas anarchiste", conclut-il [47].

Bien des années plus tard, Lucien Tronchet écrira que pendant la guerre "le mouvement anarchiste, sans cohésion, était éparpillé" à cause du décret d’août 1940 ; comme il ne pouvait "supporter l’inactivité", il prit des contacts avec "des gens souvent de conceptions fort différentes, mais animés d’une volonté de lutte contre l’oppression étrangère... [qui] disposaient de moyens d’action efficaces". Il regrette la rupture avec Bertoni : "Ayant tout donné de sa vie pendant un demi-siècle, il se trouvait face à un monde nouveau, moralement incompréhensible pour lui. Il lui était impossible de s’adapter. Il avait rempli la tâche qu’il s’était librement assignée. Il appartenait à la nouvelle génération de poursuivre son œuvre. Pour lui c’était la fin." [48] Pour d’autres, "les temps avaient changé, on s’était bagarré pour l’amélioration de nos conditions de vie, maintenant on faisait des lois. Et c’était peut-être bien que certains de nos militants soient présents" [49]. Henri Tronchet, frère de Lucien, qui milita et collabora au Réveil de 1935 à 1940, puis devint fonctionnaire syndical à la FOBB en 1946, relève quant à lui qu’il n’a pas "formellement abandonné le mouvement anarchiste, parce qu’il n’existait plus rien après la guerre" [50].

Mais la nouvelle génération dont parle Lucien Tronchet ne parvient pas à poursuivre l’œuvre de Bertoni, elle ne revendique ni volonté dissidente ni tentative de revisiter l’anarchisme : elle l’a abandonné, le chapitre est clos. Tronchet sera secrétaire et président de la FOBB genevoise, Adrien Buffat secrétaire de la FOBB vaudoise, jusqu’à l’âge de la retraite.

LES DERNIÈRES ANNÉES — La défaite de la Révolution espagnole, la guerre, l’interdiction des deux périodiques et de la liberté d’association, la semi-clandestinité, enfin le départ de nombreux anarcho-syndicalistes genevois et vaudois ne favorisent ni l’approfondissement critique de l’expérience espagnole ni le renouvellement de la pensée. Tout cela provoque au contraire une période d’isolement, marquée par la diminution sensible des relations, de l’influence et des projets de militants dans les organisations du mouvement ouvrier, qui d’ailleurs semble avoir perdu définitivement ses élans subversifs. En 1943, Bertoni avoue qu’il se sent "entièrement dépaysé" dans les réunions syndicales, qui ne parlent qu’assurances et institutions, et où "toute idée d’une transformation sociale est bannie et ferait huer celui qui viendrait à en parler" [51] ; en 1946, il constate que "le mouvement ouvrier ne soulève plus aucun enthousiasme ; on y adhère comme à toute autre société d’assurances" [52].

L’hypothèse d’un front commun avec les communistes pour reconstruire une opposition révolutionnaire, même si ces derniers y songent dans le cadre parlementaire, ne semble pas vraisemblable. La méfiance des libertaires à leur égard reste grande : ils n’oublient pas la liquidation de la Révolution russe par les bolchevistes et celle de la Révolution espagnole par les staliniens. Le pacte entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique, que les communistes suisses justifient avec cynisme et mauvaise foi, confirme la grande différence des moyens et des fins entre socialisme autoritaire et socialisme antiautoritaire. Le Travail de Genève, organe des "nicolistes", écrit à ce sujet : "C’est vers un régime économique et social à base socialiste, mais d’un socialisme viril, que marche l’Allemagne. Ce pays est en pleine transformation sociale, nous pouvons même préciser en pleine révolution." [53] Nous avons vu aussi que dans les années trente déjà les anarchistes s’étaient opposés à "l’antifascisme comme commun dénominateur", qu’ils jugent insuffisant, démagogique et manipulateur [54].

"La censure neutre est la plus sévère, parce que si les autres doivent contenter une seule des deux parties, celle-là doit les contenter toutes deux"’()(), soit les forces de l’Axe et les Alliés. Depuis le 1er mars 1945, les interdictions contre les partis sont remplacées "par des dispositions pénales contre les actes subversifs commis par des personnes isolées" ; "le Conseil fédéral se réserve cependant d’interdire également à l’avenir, pour un temps indéterminé et si pareille mesure devenait nécessaire, les groupements ou entreprises qui compromettraient la sécurité intérieure ou extérieure" [55]. Depuis cette date, le nom de L. Bertoni, rue des Savoises 6, Genève, est imprimé sur les brochures ; le numéro 121 de septembre 1945 porte à nouveau fièrement l’entête du Réveil anarchiste/Il Risveglio anarchico, même si l’on ne peut pas se permettre un plus grand format.

En juin 1945, Bertoni participe avec le socialiste André Oltramare et le communiste Jean Vincent à un meeting en mémoire de l’assassinat de Giacomo Matteotti, lancé par la Colonia italiana libera de Genève — où Carlo Frigerio et Etienne Vaglio sont actifs depuis de nombreuses années — et il recommence, sans que ce soit aussi intense qu’auparavant, à accepter des invitations pour des conférences et des meetings dans plusieurs villes de Suisse [56]. Pourtant les anarchistes italiens de Suisse qui ont été invités en automne 1945 à participer au Comitato italiano di liberazione nazionale répondent que "nous déclinons pour des raisons de fait et de principes. Une union sacrée pouvait se concevoir et pouvait être spontanée pour chasser l’allemand, mais une fois la libération advenue, il est bon que chaque parti et chaque courant d’idées reprenne sa place et sa mission" [57].

En novembre, Bertoni cherche par tous les moyens à se rendre en Italie pour y rendre visite aux camarades qui réorganisent activement le mouvement. Faute de carte d’identité, il envisage de passer clandestinement la frontière avec l’aide de Giuseppe Peretti de Bellinzone, auquel il écrit : "Mais je dois te prévenir d’une chose : Je peux faire trois ou quatre heures de route, même sur des sentiers, mais je souffre de vertige." [58] Domenico Ludovici pourra passer la frontière avec des papiers en règle ; Bertoni n’obtient toujours pas les siens ; puis viennent les frimas, et il décide de remettre son voyage au printemps [59]. Toujours attentif à la situation du pays où il est né, il polémique durement en mai 1946 avec ceux des anarchistes italiens qui ont décidé de voter en faveur de la République [60].

Le 30 juin 1946, Le Réveil organise une manifestation à la mémoire de Bakounine à la Maison du peuple de Berne ; c’est la première réunion générale des anarchistes de Suisse depuis août 1940. Une cinquantaine de personnes se rendent au cimetière et y écoutent des discours en français, allemand, italien et anglais, bien que "la plupart des camarades étrangers n’aient pu intervenir, les frontières étant rigoureusement gardées" ; et Bertoni commente avec optimisme : "Nous sommes dans une période de reconstruction du mouvement, qui avait quasiment disparu pendant les années de guerre." [61]

En décembre 1946, il écrit à Giuseppe Peretti : "Comme j’en ai assez de payer 400 francs par an au Syndicat, j’ai décidé pour la nouvelle année de me faire inscrire à la caisse de pension. Je ne pourrai donc plus travailler comme typographe. Je publierai encore deux cahiers, puis je verrai comment faire imprimer un bulletin pour maintenir le lien entre les camarades." [62] Le numéro 147 du Réveil/Il Risveglio, daté de décembre mais probablement distribué seulement en janvier 1947, annonce l’interruption de l’activité de son rédacteur pour raison d’âge. "Le camarade Bertoni voudrait en outre mettre ordre dans ses livres, brochures, collections et manuscrits personnels, afin que le tout puisse éventuellement servir soit à lui, soit à d’autres" ; mais "la vieille garde" saura trouver de nouveaux moyens [63].

Le 3 janvier 1947, il écrit encore au camarade qui diffuse Le Réveil/ Risveglio à Chiasso, Spartaco Camponovo : "Pendant quarante ans, j’ai miraculeusement, tout en travaillant régulièrement dans mon métier, pu faire le rédacteur, l’administrateur, le vendeur, le conférencier, participer à des grèves, à des manifestations, etc. Il m’est arrivé plus d’une fois de mal accueillir des compagnons, parce qu’il ne me restait littéralement pas une minute à accorder à autre chose qui mon double travail." Quelques jours plus tard, le 19 janvier, Bertoni meurt d’une hémorragie cérébrale dans une clinique genevoise. Le numéro 148 du Réveil, en préparation, n’a probablement pas vu le jour.

Notes :

[1L. BERTONI : "Pour la liberté", in Le Réveil, 24.8.1940.

[2L. BERTONI : "Dopo 650 anni di libertà leggendarie", in Il Risveglio, 24.8.1940.

[3"La Circulaire" et "La Circolare", 7.9.1940. "Il Vero dilemma", Le Réveil/Il Risveglio [clandestin] N° 22, août 1941.

[4Alex [A. BURTIN] in C. WIST, La vie quotidienne..., op. cit., p. 170. "Bibliothèque Germinal" in Le Réveil/Il Risveglio, mars 1943.

[5"Centième brochure", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 100, octobre 1944.

[6"La Circolare", 7.9.1940.

[7"La Circulaire", 7.9.1940.

[8L. BERTONI : "Les interdictions", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 94, juillet 1944.

[9L’hebdomadaire fasciste Squilla italica, publié depuis 1923, ne fut interdit qu’en 1944, parce qu’il était protégé par le consulat d’Italie.

[10L. BERTONI : "Repoussons la servitude", in Le Réveil/Il Risveglio, octobre 1940.

[11L. BERTONI : "Libertà di stampa", in Le Réveil, février 1941.

[12Face à la guerre... devant le tribunal militaire de la Première Division à Lausanne, le 6 mars 1940 ; défenses de Louis Bertoni, déclarations de Lucien Tronchet, Genève, 1940. Les frères Alexandre et Jean-Pierre Burtin seront lourdement condamnés pour la diffusion de cette brochure dans les casernes, à 12 et 15 mois de prison.

[13L. BERTONI : "Potere totale, male totale", in Le Réveil/Il Risveglio, décembre 1940.

[14L. BERTONI : "Neutralité profitable", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 53, décembre 1942.

[15L. BERTONI : "Avanti o indietro", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 20, juillet 1941.

[16A.P., "Rudolf Rocker et la position anarchiste devant la guerre", in Le Réveil/ Il Risveglio, février 1946.

[17L. BERTONI : "Retour au passé", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 141, août 1946.

[18L. BERTONI : "Libertà va cercando, ch’è sì cara...", in Le Réveil/Il Risveglio, octobre 1940.

[19L. BERTONI : "A che punto siamo", in Le Réveil/Il Risveglio, décembre 1940.

[20Tract du Syndicat des maçons et manœuvres de Genève, section de la FOBB, "Communauté professionnelle", in Le Réveil/Il Risveglio, octobre 1940 ; et "Contro il disfattismo", in Le Réveil/Il Risveglio, novembre 1940.

[21Voir "Polémique syndicale", in Le Réveil/Il Risveglio, décembre 1940.

[22"Appunti e disappunti", in Le Réveil/Il Risveglio, mai 1941.

[23"Fédéralisme et féodalisme", in Le Réveil/Il Risveglio, N°37, avril 1942.

[24"Assez de théories", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 39, mai 1942.

[25L. BERTONI : "Pour notre gouverne", in Le Réveil/Il Risveglio N°40, mai 1942.

[26L. BERTONI : "Les contrats collectifs", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 82, février 1944. Précédemment, le journal avait précisé que "le contrat collectif représentait sans doute un réel progrès il y a un demi-siècle, quand il était obtenu par des groupes autonomes au travers de grèves improvisées et d’action directe qui mettaient en évidence l’antagonisme de classe ; aujourd’hui il est devenu une affaire de pratiques bureaucratiques légales, étatiques, et n’a pas plus de valeur qu’une vulgaire discussion sur les prix entre acheteur et vendeur sur le marché". "Il dito sulla piaga", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 56, janvier 1943.

[27L. BERTONI : "Famiglia e professione", in Le Réveil/Il Risveglio, octobre 1940.

[28"Notes en marges", in Le Réveil/Il Risveglio, décembre 1940.

[29D’après un manuscrit de Bertoni, vers 1939.

[30L. BERTONI : "Union syndicale suisse", in Le Réveil, 31.5.1940.

[31L. BERTONI : "Reazione senza azione", in Le Réveil/Il Risveglio, février 1941.

[32L. BERTONI : "Inasprimenti penali", in Le Réveil/Il Risveglio, août 1942.

[33Voir "Le due tendenze", in Il Risveglio 82, février 1944.

[34Voir A. BÖSIGER, Souvenirs..., p. 67.

[35L. BERTONI : "Ai compagni", in Le Réveil/Il Risveglio, décembre 1941.

[36Les anarchistes en Suisse : "A la Sveriges Arbetares Centralorganisation, Stockholm", Le Réveil/Il Risveglio, N°46, août 1942.

[37L. BERTONI : "La funzione anarchica", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 47, septembre 1942.

[38L. BERTONI : "Ai compagni", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 36, mars 1942. La brochure contient une biographie de Bertoni, anonyme mais rédigée par L. Tronchet ; quelques témoignages sont publiés dans le périodique, comme ceux de Gigi Damiani de Tunis ou de Paulette et Fritz Brupbacher de Zurich.

[39A. BURTIN in C. WIST, La vie quotidienne...,op. cit., p. 162.

[40A. BÖSIGER, Souvenirs..., p. 89. Lucien Tronchet a adhéré au Parti socialiste en 1949.

[41Voir A. BURTIN in C. WIST, La vie quotidienne...,op. cit., p. 172 ; Domingo [D. LUDOVICI] : "La "Route des Jeunes"", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 46, août 1942. Pour le Journal de Genève du 31 mars 1942, les jeunes bénévoles contribuent ainsi "à la construction d’une grande œuvre nationale, dans un esprit de vrai patriotisme".

[42"Il Regno dell’equivoco", in Le Réveil/Il Risveglio, N°46, août 1942.

[43L. BERTONI : "Il pacifismo", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 48, septembre 1942.

[44Dom [Domenico LUDOVICI] : "Echi di Primo Maggio", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 113, mai 1945.

[45L. BERTONI : "Théorie et pratique", Le Réveil 129, janvier 1946.

[46L. BERTONI : "L’impuissance des Puissances", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 125, novembre 1945.

[47"Ai compagni lettori", Le Réveil/Il Risveglio, N°144, octobre 1946 ; "Choses au clair", Le Réveil/Il Risveglio, N°146, novembre 1946.

[48L. TRONCHET : Un penseur anarchiste...,op. cit.

[49Gustave [BERGER] in C. WIST, La vie quotidienne et les luttes..., op. cit.,p. 162.

[50H. TRONCHET, lettre citée. Voir aussi L. TRONCHET, Un penseur anarchiste..., op. cit. : "Pendant toute cette période de guerre, j’étais effectivement très engagé et, [ne] disposant pratiquement d’aucun loisir, je perdis de vue les quelques camarades libertaires, qui eux aussi ne s’affirmaient guère."

[51L. BERTONI : "Syndicalisme suisse", Le Réveil/Il Risveglio N°61, mars 1943.

[52L. BERTONI : "Théorie et Pratique", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 129, janvier 1946.

[53Cité par L. TRONCHET, Combats..., op. cit., p. 120.

[54"Action et réaction", Le Réveil/Il Risveglio, N°47, septembre 1942.

[55"Les interdictions", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 109, marzo 1945. La correspondance de Bertoni continuera très certainement d’être ouverte et photographiée ; voir G. CASAGRANDE, Schedature d’inizio secolo : il caso Luigi Bertoni, p. 152.

[56Lettre de Bertoni à Antonietta Peretti, novembre 1945.

[57"Noi e gli altri", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 124, novembre 1945.

[58Lettre à Giuseppe Peretti, 14.11.1945.

[59Lettre à Giovanna Berneri, 27.1.1946, in Italino Rossi, La ripresa del Movimento anarchico italiano...,op. Cit.

[60L. BERTONI : in Le Réveil/Il Risveglio, N°137, mai 1946.

[61L. BERTONI : "À la mémoire de Bakounine" et "In memoria di Bakunin", in Le Réveil/Il Risveglio, N° 140, juillet 1946".

[62Lettre à G. PERETTI, 8.12.1946.

[63L. BERTONI : "Aux camarades et lecteurs", Le Réveil/Il Risveglio, N°147, décembre 1946.




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