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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Quand la presse bourgeoise découvre les atrocités hitlériennes - A.
Le Réveil/Il Risveglio clandestin N°113 – Mai 1945
Article mis en ligne le 21 avril 2018

par ArchivesAutonomies
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La barbarie commence à 1.

Les journaux regorgent de détail sur les macabres découvertes faites par les Alliés dans les camps de concentration allemands. Il n’est pas douteux, d’ailleurs, que c’est encore pire que ce que les plus pessimistes pouvaient craindre. Dans la longue liste des carnages qu’accompagne l’histoire universelle, les dirigeants du Troisième Reich effacent jusqu’aux plus sinistres souvenirs, tant par le nombre de leurs victimes que par la nouveauté des procédés mis en œuvre pour les exterminer.

Mais dans la stupeur horrifiée dont témoigne le monde civilisé, n’y a-t-il pas quelque chose, sinon de simulé, du moins de bien tardif ? Jusqu’à quel point les horreurs constatées ont-elles été une découverte ?

Car les chiffres hallucinants qu’on allègue ne changeraient rien au problème s’il était démontré que les nazis, bien avant d’opérer sur les masses profondes des déportés de tous les pays, se livraient déjà aux fantaisies sadiques, longuement décrites partout, sur leurs adversaires allemands ou juifs. Tous ceux qui s’intéressèrent depuis 1933 aux événements d’Allemagne connaissent de longue date la lugubre résonance de noms comme Dachau ou Oranienburg, que le grand public apprend seulement aujourd’hui. La guerre n’a fait que permettre l’extension et l’industrialisation d’un système qui avait déjà fait ses preuves alors que Hitler et les siens n’étaient pas encore partis à la conquête du monde !

Les infamies qu’on révèle aujourd’hui étaient déjà pratiquées - sur une échelle moindre, c’est entendu, mais tout de même largement -, alors que la plupart des « "indignés" et des « "soulevés d’horreur" de maintenant voulaient les ignorer, quand ils ne s’en constituaient pas les apologistes !

Les malheureux Français qui réchappèrent des abattoirs hitlériens voudront-ils prendre garde que leur trop célèbre compatriote Schneider, que toutes les eaux lustrales de la Résistance ne parviendront jamais à laver, n’est peut-être pas sans responsabilité dans les traitements inhumains qu’ils subirent à Buchenwald, à Mauthausen, dans cent lieux de crime et de mort, puisqu’il est avéré qu’il facilitera l’avènement du Führer par les grasses subventions versées par le truchement de la Skoda.

Nous autres, anarchistes, il semble que nous témoignions d’une surprise moins grande que l’ordinaire des hommes quant aux monstruosités que des bourreaux, quels qu’ils soient, peuvent commettre sur des êtres sans défense, qu’un État assassin, sous prétexte de vindicte sociale ou patriotique, a livrés à leur rage sadique. C’est d’abord que l’histoire de notre mouvement nous a beaucoup enseigné à ce sujet. Et en second lieu qu’il n’est pas besoin d’entasser des Pélions sur des Ossas de cadavres pour que se fasse jour notre protestation. Pour nous, la barbarie commence à un.

La barbarie nazie n’est que le cas le plus parfait et le plus extensif d’un phénomène tristement universel. Les fous sanguinaires du Troisième Reich auront innové en ceci surtout qu’ils ont travaillé sur de plus grandes quantités humaines et qu’ils ont emprunté à l’industrie moderne ou à la "science" de nouvelles techniques d’anéantissement. Aux caprices individuels et aux sauvageries élémentaires, vieilles comme le monde, de tous les chaouchs déchaînés, ils ont ajouté les ressources infinies des chimistes et des vivisecteurs.

Les SS - ce personnel de haute qualification dans lequel on a vu, sans étonnement, un maréchal soviétique prétendre distinguer le bon du mauvais grain - ont trouvé aussi des renforts appréciables dans différents pays d’occupation. Le fait doit être souligné, pour montrer ce qu’il y a d’imprudent dans les tentatives d’établir une hiérarchie morale des races. Darnand ne vaut pas mieux que Himmler et la vermine milicienne a pu s’épanouir au soleil de France avec la même facilité qu’elle se serait épanouie en Thuringe ou en Poméranie.




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