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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Repoussons la servitude
Le Réveil/Il Risveglio clandestin N°1 – Octobre 1940
Article mis en ligne le 21 avril 2018

par ArchivesAutonomies
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... il va cherchant la liberté, ce bien si précieux, ainsi que le sait celui qui lui sacrifie sa vie.

Dante.

A vrai dire, nous ne sommes pas des "furieux de la liberté", mais des amants de la liberté que nous considérons comme la première condition de vie. Tous les dons, biens, moyens, forces, talents, capacités ne comptent qu’en tant que nous sommes libres de nous en servir. Si nous sommes empêchés d’en user ou devons les employer surtout au profit d’un maître, notre vie s’en trouvera diminuée. C’est pourquoi nous demeurons fidèles à l’idée de liberté dans tous les domaines et aimons nous appeler des libertaires.

Or, nous vivons à une époque où les plus graves atteintes ont été portées à la liberté au nom des idées les plus opposées : la révolution et la contre-révolution, le communisme et le capitalisme, la démocratie et l’autocratie, l’irréligion et la religion, le socialisme et le monopolisme. Même dans les milieux dits avancés, on fait fi de la liberté individuelle et on se donne des dirigeants aux fonctions et aux pouvoirs accrus. On rêve de valeurs sociales résultant surtout de dévalorisations individuelles. Le monde ne souffre pas de bergers enclins aux tontes trop rases et aux égorgements trop fréquents ; non, la faute est entièrement à ces enragés de moutons !

Il paraît surtout que la jeunesse en aurait assez des quelques libertés héritées des héros et des martyrs du passé. Elle ne rêve que de s’enrégimenter, s’aligner, se plier, se déplier, avancer, reculer, toujours par ordre. Toute idée d’indépendance, toute pensée personnelle, tout geste spontané, tout choix libre, toute action directe lui font horreur. Elle ne désire que former des rangs d’automates, aux mouvements impeccables, aux saluts uniformes, aux pas cadencés, aux évolutions rigides, aux disciplines rigoureuses. Pensez donc, quel désordre que de pouvoir respirer, se mouvoir, se déplacer, s’exprimer, se conduire à sa guise !

Lorsqu’il est question dans la presse bourgeoise de jeunesse, c’est d’une telle jeunesse qu’il s’agit. Elle est toute prête à former des hordes de prétoriens au service d’un chef, d’un dictateur, d’un maitre. Et malheur à tous ceux qui ont la prétention de vouloir rester libres !

C’est pour nous consoler de tant de serfs abjects que nous avons relu Les Eleuthéromanes de Diderot. Que d’excellentes maximes ! En voici :

J’ai connu, par l’expérience,
Que celui qui peut tout, rarement veut le bien.
. . . . . . . . . . . .
L’enfant de la nature abhorre l’esclavage :
Implacable ennemi de toute autorité,
Il s’indigne du joug, la contrainte l’outrage ; Liberté, c’est son vœu ; son cri, c’est Liberté.
. . . . . . . . . . . . . .
J’en atteste les temps ; j’en appelle à tout âge ;
Jamais au public avantage
L’homme n’a franchement sacrifié ses droits ;
S’il osait de son cœur n’écouter que la voix ;
Changeant tout à coup de langage,
Il nous dirait, comme l’hôte des bois :
"La nature n’a fait ni serviteur ni maitre ;
Je ne veux ni donner ni recevoir de lois."

Les hommes de lettres d’aujourd’hui seraient incapables d’avoir de tels accents. Eux aussi sont en service commandé pour la rénovation nationale et leurs écrits sont serviles comme le reste. Ils trouvent même au servage ancien une poésie particulière, une beauté spéciale, un charme indéfinissable, aussi veulent-ils que les générations nouvelles en jouissent à leur tour !

Eh bien, non ! encore une fois crions bien fort notre amour de la liberté ; encore une fois affirmons-nous en son nom, dussions-nous finir au fond d’une prison. Cette folie collective qui pousse les hommes à se dégrader, à s’avilir, à se plaire même à leur abjection, prendra fin un jour ; mais en attendant nous devons savoir y résister et dénoncer partout la souillure d’une servitude devenant volontaire.




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