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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Editorial
Noir et Rouge N°26 - Février 1964
Article mis en ligne le 7 octobre 2018
dernière modification le 23 juin 2018

par ArchivesAutonomies
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LES CHINOISERIES DE DE GAULLE

De Gaulle et la Chine sont contents. De Gaulle empoisonne ainsi les USA, l’Europe et l’URSS, c’est une belle victoire diplomatique ; de son côté, la Chine, république populaire, socialiste et prolétarienne s’allie un nouvel Etat capitaliste.

Qu’en pensent les prolétaires français ?

A Saint-Nazaire, une nouvelle fois, les armateurs défient les ouvriers, et les syndicats semblent contenir leurs militants. Y réussissent-ils ? Tout dépend de la conscience et de la combativité de ces derniers. Ailleurs, en plein Paris, des employés ont été débauchés, à Trieux les mineurs sont restés plusieurs semaines au fond. Les paysans s’agitent.

Il serait superficiel de voir là des foyers d’agitation isolés, des épiphénomènes mineurs d’une conjoncture économique favorable, car dans ce cas (on le sait trop bien), favorable ne désigne que la classe possédante et jamais les "possédés". Il est certain que l’industrie française se modernise pour entrer dans le Marché Commun et lutter contre la concurrence américaine, et que pour ce faire certaines catégories de travailleurs seront éliminés : ceux des entreprises condamnées par la concurrence ou la reconversion économique.

Une fois encore, les vieux se retrouveront sur le pavé avec une retraite anticipée des plus maigres et les jeunes devront pour la 1ère ou xième fois changer de métier.

LA REVOLUTION EN MARCHE, ECHANTILLONS "RÉVOLUTIONNAIRES"

Depuis notre dernier numéro, la situation espagnole a rapidement évolué non seulement vis-à-vis de l’URSS (puisqu’une reconnaissance officielle est envisagée), mais envers Cuba et l’Algérie.

Franco construit des navires pour Castro et entretient de bons rapports avec Ben Bella qui, il y a un mois encore, soutenait une 3ème République espagnole.

La largeur d’esprit de Franco ne nous étonne plus, mais que dire de la souplesse idéologique de "nos camarades des appareils bureaucratiques cubains et algériens"...

Eh Bulgarie, deux personnes arrêtées pour avoir tenté de franchir illégalement la frontière, ont été fusillées, traîtres à la patrie socialiste ou prolétaires découragés ?

ACTION DIRECTE

Depuis notre dernier numéro, un président a été assassiné : quelle est notre attitude, devons-nous nous réjouir de cet attentat ?

Voyons la chronologie des attentats contre des chefs d’État : 1865, Lincoln est assassiné par un raciste ; 1875, Umberto d’Italie manque d’être assassiné ; à cette époque l’activité des nihilistes russes commence : en 1881, Alexandre II est assassiné, la même année aux Etats Unis, le président Garfield est assassiné par un déséquilibré. Jusqu’ici on le voit, les anarchistes ne sont pour rien dans cette tactique.

Mais notre lutte contre l’État devient très violente : 1886, les martyrs de Chicago ; 1892, Ravachol ; 1894, Henry. Les attentats anarchistes contre les chefs d’États débutent : 1894, le président Sadi Carnot par Caserio ; 1897, le premier ministre Canovas en Espagne par Angiolillo ; 1898, Elizabeth d’Autriche par Luigi Luccheni ; 1900, Humbert 1er d’Italie par Gastano Bresci ; Mac Kinley la même année aux Etats Unis par Czolgox ; 1912, le premier ministre Canolejas en Espagne par Manuel Pardinâs ; 1918, Sidonie Pais au Portugal ; 1921, le premier ministre Dato en Espagne par Casanellas, Mateu et Nicolau ; 1923, le cardinal archevêque de Saragosse qui faisait assassiner les militants syndicalistes) par Durruti  [1]

Tous ces attentats frappent des exploiteurs ou des représentants attitrés des exploiteurs choisis et déterminés. S’agit-il uniquement de les supprimer ?

"Nous savons que l’essentiel, l’utile indiscutablement, n’est pas de tuer la personne d’un roi mais de tuer tous les rois — ceux des cours, des parlements et des usines — dans le cœur et dans la pensée des gens, c’est-à-dire de déraciner la foi dans le principe d’autorité dont une grande partie du peuple garde le culte" (Malatesta, juillet 42, "Réveil", couverture n° 44).

Les attentats anarchistes sont des actes de propagande par le fait, ils visent à rendre courage aux exploités en leur montrant pour les inciter à se révolter que leurs ennemis, ne sont pas indestructibles. Les attentats politiques ont pour but d’éliminer de la scène publique un adversaire. Les attentats fascistes (l’OAS l’a bien montré) s’attaquent à la foule pour la terroriser, créer le désordre afin de profiter de la situation pour rétablir "l’ordre", comme en Italie et en Allemagne. Ce sont des règlements de compte entre exploiteurs.

LE RACISME 

En à peine une semaine deux fonctionnaires de l’Allemagne de l’Ouest ont avoué être des anciens nazis (Krueger le 23/1/64, Peters le 3/2 qui s’est suicidé). Nous sommes certains que l’autre Allemagne n’en manque pas non plus, le 5/10/63, "Le Monde" annonçait que selon le "Comité d’enquête des juristes libres" 42 anciens membres du parti nazi étaient candidats à la députation (433 candidats, presque 10 %).

Aux procès d’Auschwitz, certains accusés ont fait d’intéressantes déclarations : "je n’ai fait de piqûres mortelles qu’à des juifs, jamais à un aryen", "j’avais bien l’impression que ce n’était pas légal, mais je ne savais pas jusqu’où allaient les lois de la guerre. Je pensais en moi-même que c’était ignoble ; mais je ne pouvais pas dire cela à mes supérieurs. Personne ne peut imaginer que j’aurais pu aller trouver mes supérieurs pour protester. Ils m’auraient fait fusiller. J’étais comme dans une camisole de force. Je n’étais pour mes supérieurs qu’un numéro, tout comme les prisonniers".

On peut trouver les mêmes paroles chez les anciens staliniens, les anciens sous-officiers de la guerre d’Algérie. Ce n’est pas le nazisme qui est seulement en cause, c’est le système qui méprise la valeur humaine pour une idéologie, qui est toujours le paravent d’une classe dominante de privilégiés, fonctionnaires du Parti ou État-Major.

La hiérarchie est toujours fausse, car elle se fonde sur l’idéologie qui elle se fonde sur la hiérarchie. Pour sortir du cercle, seul l’anarchisme offre une solution : la révocabilité constante des responsables et l’intervention permanente des masses dans la direction de la société.

Tout parti, quelque révolutionnaire et nouveau qu’il soit au départ est condamné à trahir le peuple et à s’embourgeoiser. Même Lénine et Trotsky l’ont montré en n’ayant que la capacité d’être des leaders et des opportunistes.

Nous rappelons que nos camarades anarchistes espagnols (dont certains encore emprisonnés) sont en liberté surveillée et privés de leur carte d’identité ; espérons que le silence qu’on laisse se créer ne facilitera pas une extradition en Espagne.

NOIR ET ROUGE

Notes :

[1Cependant, même à cette période, les attentats politiques comme celui contre Lincoln existent, le plus marquant est celui de Sarajevo par Princip qui déclencha la première guerre mondiale.




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