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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Bilan (1933-1938)
Bulletin théorique mensuel de la Fraction de Gauche du PCI
Article mis en ligne le 20 août 2018

par ArchivesAutonomies
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Depuis plus de 40 ans nous avions la volonté de publier intégralement la collection de Bilan. Cela a commencé avec des photocopies faites à la volée, sous le nez et la barbe du patron, sur de vieux photocopieurs. Ces copies, bien que de médiocre qualité, ont circulé dans les milieux révolutionnaires de différents pays qui ont pu se réapproprier la force des analyses de ce groupe. Puis, à partir de 2006, les membres du collectif Smolny se sont mis en tête d’entreprendre l’énorme travail de transcription de l’ensemble des textes de Bilan ( [1]. Au fil des ans, bon nombre de textes oubliés ont pu revoir le jour, et — nous pouvons en témoigner — lus par de nombreux lecteurs, dépassant ainsi le cadre étroit et quelque peu sectaire de la diffusion originelle.

Enfin, les camarades du site Fragments d’histoire de la gauche radicale ont repris le flambeau en réalisant une numérisation de haute qualité et en poursuivant le travail de ressaisie de textes. Aujourd’hui, nous proposons l’article de Mitchell, "Les problèmes de la monnaie",  publiés dans les numéros 18 à 20. Ce qui fait qu’il reste seulement 4 textes à transcrire :

- Les trois forces (Bilan 17)

- Les problèmes de la situation en France (Bilan 22)

- Nous, Calligaris et le centrisme (Bilan 22)

- Le Japon et la Chine d’après les statistiques (Bilan 45)

* * *

Maintenant quelques mots à propos de l’étude de Mitchell.

Ce texte est d’une extraordinaire actualité dans la crise économique actuelle. Il remet sur ses pieds l’analyse marxiste des questions financières qui sont souvent mal comprises et mal traitées par les "doctes" économistes et même des marxistes qui croient que la financiarisation de l’économie n’a pas été prévue ou déjà analysée par le marxisme.

Les lignes suivantes de Bilan sont très claires pour nous rappeler l’évolution des formes monétaires dans cette direction encore plus poussée qu’elle ne l’était en 1935 lors de la rédaction de l’étude :

Plus les formes monétaires s’éloignèrent de leur base-or, plus elles parurent prendre une existence en soi, et plus aussi les illusions monétaires s’accrurent, et cela parce qu’avec le développement de la circulation des signes de valeurs, et la disparition progressive de l’or comme moyen de circulation, à l’intérieur de chacune des économies nationales, toutes les lois réglant la circulation de la monnaie réelle semblèrent être démenties et complètement bouleversées ainsi de ce que, à l’inverse de l’or qui circulait comme monnaie parce qu’il avait une valeur propre, le papier n’acquit de valeur que parce qu’il put circuler en tant que représentant de l’or, on en arriva à croire que ce papier avait une valeur par lui-même. (Bilan n°18)

Ensuite, Mitchell retrace l’histoire de l’évolution du système monétaire international et des autres monnaies.

A côté du système d’émission de billets de banque, première forme de la monnaie de crédit et appelée pour cette raison monnaie fiduciaire, se constitua un mécanisme extrêmement complexe et délicat qui prit son origine dans l’importance grandissante qu’acquit la fonction de la monnaie comme moyen de paiement. Le système du crédit fut l’instrument répondant aux besoins d’une circulation des marchandises où l’échange à règlement différé devint la forme dominante des échanges ; la marchandise devint ainsi une valeur d’usage avant de se transformer en monnaie réelle, elle disparut de la circulation avant même d’être payée. C’est seulement à l’échéance fixée que la monnaie apparaissait, non plus comme moyen de circulation mais comme instrument de paiement et encore celui-ci ne se présentait-il le plus souvent que comme capital de prêt. (Bilan n°19)

Comme Rosa Luxembourg qu’il cite, il décrit prémonitoirement notre période de financiarisation à outrance de l’économie.

Le Crédit fut le moteur infernal du développement prodigieux du système de production bourgeoise sous toutes ses formes complexes. "La fonction spécifique du crédit consiste, d’une façon générale, à éliminer le reste de la fixité de tous les rapports capitalistes, à introduire partout la plus grande élasticité possible et à rendre toutes les forces capitalistes au plus haut point extensibles, relatives et sensibles. Il accroit la capacité d’extension de la production et facilite l’échange. Il surmonte les limites de la propriété privée en fondant en un seul capital un grand nombre de capitaux privés. Il accélère l’échange des marchandises, le reflux du capital dans la production, le cycle du processus de la production. Il accroit d’une façon incommensurable la capacité d’extension de la production et constitue la force motrice interne qui la pousse constamment à dépasser les limites du marché" [2].

N’a-t-on pas une description de la situation actuelle en lisant ces quelques lignes ?

D’abord Mitchell rappelle l’erreur faite par beaucoup de capitalistes : "La crise monétaire n’était plus le corollaire de la crise économique, mais celle-ci devenait une conséquence de la crise monétaire. Aux "troubles" monétaires, on opposait des « remèdes » monétaires. N’a-t-on pas vu le "marxiste" Blum prétendre récemment que le "désordre" monétaire complique et aggrave les effets de la crise mondiale..." (idem) Au contraire, Mitchell nous explique que la crise économique est la cause de tous les dérèglements monétaires. Que n’a-t-on pas entendu à propos de la dernière crise économique en 2007-2008 ? Il fallait bien sûr ne pas dire qu’il s’agissait d’une crise générale du système capitaliste !

Et que fait la bourgeoisie pour faire payer la crise à la classe ouvrière aujourd’hui comme hier ?

Aujourd’hui, la bourgeoisie, devant l’ampleur des sacrifices à consentir, se refusait à en elle-même la charge. Mais elle ne pouvait rejeter celle-ci sur les épaules des classes exploitées qu’en déformant ou en éludant le jeu des lois économiques régissant son système productif en recourant dans ce but à son appareil d’État, dont elle devait renforcer, dans une plus ou moins grande mesure, les organes de coercition et de répression, suivant les secteurs nationaux. (Bilann°20)

Mitchell nous décrit les efforts de toutes les bourgeoisies impérialistes pour faire face à la crise tout en tirant leur épingle du jeu pour défendre son capital national. Mais au bout du compte c’est le prolétariat qui trinque.

Avec de telles conceptions, le prolétariat n’a évidemment rien de commun puisqu’elles n’apportent qu’une contribution aux desseins du capitalisme d’échapper à l’action de ses propres lois, et qui poursuit l’avilissement de la valeur de la Force de Travail jusqu’au jour où il pourra anéantir matériellement celle-ci dans la fournaise de la guerre. (Bilan n° 20)

Et oui, toutes les "réformes" et cela dans tous les États ne consistent qu’à réduire le coût de la force de travail et au bout du compte, après la guerre commerciale, (initiée par Trump) Avec de telles conceptions, le prolétariat n’a évidemment rien de commun puisqu’elles n’apportent qu’une contribution aux desseins du capitalisme d’échapper à l’action de ses propres lois, et qui poursuit l’avilissement de la valeur de la Force de Travail jusqu’au jour où il pourra "anéantir matériellement (la force de travail c’est-à-dire les travailleurs) dans la fournaise de la guerre".

Ces quelques lignes ne doivent surtout pas empêcher la lecture de cette étude fort riche, d’une force et d’une qualité extraordinaire qui dépasse largement ces quelques commentaires.

Michel Olivier, août 2018

Notes :

[2Rosa Luxembourg, Réforme et révolution.




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