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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les Partis ouvriers et leurs chefs – Van den Broek
Terre Libre N°12 - Avril 1935
Article mis en ligne le 31 août 2018

par ArchivesAutonomies
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Ce qui suit est extrait d’une œuvre toute récente. Popaul (pamphlet prolétarien), en vente chez l’auteur, 60 rue St-Georges, au prix de 10 fr. Nous conseillons à tous de lire cette âpre satire révolutionnaire, dépassant de beaucoup la médiocre personnalité du cabotin de lettre et de tribune qui lui sert de point de départ (Paul Vaillant-Couturier).

Les passages que nous reproduisons sont encadrés par nous de sous-titres. Nous sommes en désaccord avec une phrase de la conclusion qui nous paraît contenir une confusion dans les termes "Etat" ouvrier.

LA POLITIQUE, ÉCOLE DU MEPRIS DE L’HUMANITE

... Que voudrait-on m’apprendre ? Qu’à un certain niveau la férocité, la fourberie, l’implacabilité sont les règles des hommes, les lois incontournables de leur sélection. Que la marche en avant vers le progrès, au sujet duquel tant d’êtres pensent au bonheur ne fait qu’au prix de cette mêlée sans honneur et que j’ai bien tort en somme de reprocher au seul Popaul une amoralité qui est le fait de tous ceux de son espèce. Autrement dit, il n’y aurait à la tête des combats humains que les agents inconscients ou vénaux des puissances dominatrices nageant leur crawl dans le torrent des ignominies, des reniements, qui coule cependant dans le seul sens où les hommes peuvent continuer à vivre.

Si ceci m’était démontré je ne songerais plus à m’étonner que le bonheur des humains soit soumis à tant de vicissitudes et que ce soient en définitive les fous les plus sanguinaires qui en aient la charge. Ayant compris la notion de ma noblesse relative parmi ces hyènes, je ne regretterais point d’avoir réussi par un coup de chance, une petite revanche de "l’idéalisme". Car voilà bien encore ce qu’on va m’objecter : que je suis un "idéaliste" et veux faire du changement sans le baser sur l’état qui existe et les hommes comme ils sont. Que par exemple, les révolutionnaires russes qui firent 1905 et 1917, n’étaient pas si purs et honnêtes, qu’une grande proportion était de l’Okhrana qui fit pendre ou déporter le peu qui n’en était pas. Qu’en France, où il n’y a ni pendaison, ni déportation, ce doit être pareil ou pire comme proportion.

Mais l’ouvrier français a là-dessus son mot à dire. Vous ne lui pourrez inculquer le fatalisme de la direction bourgeoise et de la participation policière à son mouvement d’émancipation. Il a ses traditions pour haïr et rosser le guet, les chats-fourrés et tous inquisiteurs. Il se méfierait des bourgeois révolutionnaires s’il les savaient mus par snobisme, originalité ou arrivisme. Il se méfierait des intellectuels, s’ils se montraient à lui dégonfleurs et entre deux selles, comme ils sont si fréquemment. Il sent bien que seuls, de la bourgeoisie, les idéalistes véritables peuvent être sincèrement avec lui. Etant honnête de mœurs et d’esprit, il n’aime pas, quelqu’en soit le parti, les voyous de mœurs et d’esprit. Le paysan de France ne s’en laisse pas conter davantage, et je tiens que le peuple de partout, de Catalogne, de Palatinat, d’Ukraine et de Sibérie, est droit, serviable et accueillant, qu’il hait les militaires et tous parasites, sachant bien qu’ils ne sont devenus si rusés, féroces ou mielleux que pour échapper à la loi du travail.

LA REVOLUTION ET LES PARTIS

La méfiance innée de la large masse envers ceux des partis, ceux qu’elle met tous "dans le même sac" est cause qu’elle se désintéresse de la politique qu’on lui fait, ou se contente par intervalle du fétichisme d’urne et d’isoloir qu’on lui sert. C’est elle qui rend la Révolution si redoutable et si insoumise à ses prêcheurs.

La masse, indifférente au point qu’elle va jusqu’à excuser par atavisme de l’esclavage cette forme de l’exploitation qui est bien la plus vile de toutes : l’exploitation de l’esprit de révolte pour des fins de soumission, a des réveils terribles inévitables, imprévisibles aux professionnels de la foule, et elle fait d’eux ses premières victimes. Elle est bien risible la prétention d’un parti quelqu’il soit, d’être le guide de la Révolution. Si elle était "justifiée", la Révolution ne révolutionnerait pas grand chose. Ce sont les lutteurs du communisme et non ses rhéteurs, qui la feront en Occident.

Car elle s’y fera avec ou malgré l’Orient. Ce jour-là, les lutteurs sortiront partout de terre. En l’attendant, voyez les partisans : ils s’exonèrent en fête ou offrent des banquets à des septuagénaires gâteux qui ont — du point de vue révolutionnaire — mérité plusieurs fois la mort dans leur vie. Je ne provoque personne, hein ! Et j’ajoute que la Révolution étant imprévisible, je leur souhaite à tous bonne et longue vie parmi les bourgeois.

Ces chefs de rayon, ces administrateurs, ces actionnaires de la Révolution, croient-ils naïvement remédier à leur discrédit en plaçant sur des pavois les plus discrédités d’entre eux ? Ce serait à crever de rigolade s’ils se prenaient au sérieux.

Les jeunes eux-mêmes sont intoxiqués dès leur entrée au parti par son conservatisme et son odeur d’encens. Bientôt ils ne sauront plus qu’opposer leurs "Demandez l’Avant-Garde" aux "Demandez l’Action Française" des jeunes bourgeois. Dans les J. C. celui qui entend rester vivant et actif est aussitôt suspecté et mis en pénitence par les jeunes exégètes en bas et culotte bouffante, d’après les meilleures traditions des vénérables camarades en pantalons longs.

Parfois ils retirent aux jeunes leurs laisses et leurs colliers garance et les mettent à la rue pour témoigner leur rigueur. Ils s’y montrent alors aussi dépaysés en liberté qu’un chien qui vient de rompre sa chaîne.

LES DESILLUSIONS DU MILITANT

Au bout de quelque temps de ce régime, ils deviennent forcément raisonnables, calculeurs, lignards et légalistes : ils n’ont pas peur des coups, mais craignent surtout de les rendre. Car ce serait "du geste individuel" et non de l’action de masse ! Les adultes bien conformés ont maintenant, nous le savons, un respect de l’ordre, du règlement et de l’uniforme, un fatalisme du coup de matraque, une terreur du mouvement naturel et un amour des mauvaises raisons qui les réhabilitent aux yeux mêmes des bourgeois. Si c’est là le résultat de la direction Cachottin, ça ne vaut ni un gueuleton, ni un pet de lapin, ni d’ironiques félicitations de pinces-sans-rire.

Et ton oraison, Thorez, ne vaut rien : Elle aboutit à la plus évidente trahison de droite. Tu prononçais : déviation, mais ne le prononces plus.

Allons ! les communistes peuvent s’entraîner à diriger la Révolution. Ce n’est pas eux qui la feront tant qu’ils attendront les ordres de tels chefs, lesquels attendent que les troupes soient prêtes. Mais ce formidable comique donnerait-il raison à Popaul ? Entre lui et moi serais-je moi, prolétaire, perdu dans l’Idéalisme ? Et lui, bourgeois, serait-il l’implacable matérialiste ? Je serais devenu individualiste et il aurait subi l’attraction des masses ? Il serait réellement l’homme en équilibre, n’écoutant, ne regardant autour de lui, tendu vers un but prodigieux, et marchant en avant irrésistiblement appuyé sur la force de son parti d’acier, vers les obligations tragiques et douloureuses de l’Histoire ?

C’est pourquoi il m’avait, d’un geste sûr, détaché du prolétariat comme un membre gangrené.

Et c’était moi, aujourd’hui, qui entretenait parfois mesquinement un camarade sur Popaul, son rôle suspect, son ignominie, ses dégonflages comme en 1919, quand il incarnait nos espoirs, et les trahit. Et aussi sur la vérité, la sincérité, la force éternelle de la Justice et autres balivernes d’intellectuels. Sort tragique, en vérité, que le mien au cours de ce rêve dans lequel la Révolution était faite. Me réveillant et constatant qu’elle est encore à faire, mon sort comme celui de Popaul n’est plus qu’une épisode provisoire et ironique.

LES CONSERVATEURS DU LENINISME

Je ne sais, camarades communistes, si vos stratèges, forts en échecs, vont me vilipender, me louer ou m’ignorer pour ce travail. Ils donneront ce faisant la mesure de leur détachement et objectivité (je la connais). Ils en sont au surplus les responsables et instigateurs directs et le savent bien. Peu importe ce détail. Ces favoris de sérail n’ont déjà que trop régné en leurs tissages d’araignées. Il faut dételer et baigner les vieux chevaux quand leurs paturons sont enflés, remiser les bavards émasculés, les rouets à écheveaux et les amants de scepticisme. Réviser les catéchismes ! Croyez-moi ! Lénine était à l’opposé de ses piètres disciples d’aujourd’hui. S’il nous a expliqué son procédé, c’est davantage pour faire l’histoire du temps et mortifier ceux qu’il avait surpris que pour créer une génération de petits singes appliqués à bien conserver son moyen dans la naphtaline, quand la bourgeoisie l’a déjà retourné contre le prolétariat.

Je vous signale cette définition du fascisme qui en vaut bien une autre.

Ayant retourné contre le prolétariat l’expérience et la leçon de Lénine, la bourgeoisie qui connaît le goût que les peuples ont des messies, se défie comme de la peste d’en laisser passer un nouveau. Mais elle continue à faire tout ce qu’elle veut, grâce aux siens : les Hitler et les Mussolini qu’elle nous délègue, et grâce à la complicité de nos Popauls, tels je l’admets à leur décharge, que le milieu les a moisis, mais qu’il faut liquider ! Si ce n’est pas là votre travail, jeunes socialistes, jeunes communistes, vous n’arriverez à rien. Il faut vous dégager enfin de l’absurde et enlisante contrainte où vous maintient le respect du prêche quasi-dogmatique de ces personnalités, hélas, incontestables. Si vous ne le faites d’urgence, vous connaîtrez bientôt la misère, le désespoir, la famine, la guerre et mille autres maux qu’ignorent, en général, les gens de religion.

APPEL AUX JEUNES

Voilà donc, le premier but, jeunes socialistes, jeunes communistes de votre unité qu’elle soit à prétexte sportif ou politique. Il faut écarter ceux qui ont fait d’ores et déjà le sacrifice de votre vie à ce qui justifie le rang où ils sont.

Vous n’avez nul besoin pour ce faire de demander avis à Amsterdam ou à Moscou. A Moscou, notamment, on a déjà trop à faire. La phase révolutionnaire qui s’y achève accapare à un point inimaginable les facultés des techniciens et la force de résistance des ouvriers. A l’heure où il s’agit pour nous de détruire et transformer, ce n’est pas l’exemple de ceux qui construisent et rejoignent en forcenés qu’on doit nous donner. Nous avons des usines et ne sacrifierions, ni bien-être, ni liberté, ne supporterions ni brimades ni récompenses pour en édifier davantage. Notre Révolution supprimera l’exploitation. Elle sera égalitaire et refera la liberté et la fraternité dans le Communisme. Où elle ne sera pas. Nous savons notre socialisme. Il ne s’accommode ni de militarisme ni de nationalisme. La jeunesse soviétique est bien assez hardie pour être de cet avis. Je suis trop pauvre ou trop mal en cour pour y aller voir. Mais comment pourrait-il en être autrement ? De loin, je te salue, jeune blé du monde !

Je ne conteste pas à Marx son potentiel d’efficacité révolutionnaire. Il n’est pas prêt à perdre le mérite de ce qui est permanent en ses vérités. Il nous enseigne, entre autres, qu’il n’y a pas de grands hommes. Considérer comme tels Lénine, Trotzky ou Staline serait les rabaisser au rang des idoles frelatées de l’ancienne histoire à l’heure où nous ouvrons la neuve. Ils furent des anarchistes, des studieux, des hommes d’action, puis, finalement, des hasardeurs de génie servis par des circonstances dont ils surent se servir.

LA QUESTION DE LA "PROVOCATION"

En attendant que de telles circonstances se répètent, la bourgeoisie française n’est pas fâchée de voir son parti communiste — pauvre d’hommes et d’initiatives — détourner les masses des audaces et hommes d’audace capables d’engager la partie au bon moment et de la gagner.

"De vulgaires putchistes", comme il est de bon ton de nous dire avec des mines scandalisées. J’ai longtemps cru mille sornettes de cette immobilité et n’y crois plus grâce à Popaul qui eut bien, comme à dessein — Est-ce sa façon d’être révolutionnaire ? — le seul comportement nécessaire à me faire courir plus vite et en avant. M’ayant nommé galeux et voulu noyer, et coiffé par surcroît d’un képi de policier afin d’asséner sans tierces protestations l’ultime coup d’aviron sur ma tête de noyé récalcitrant, il s’en allait sifflotant, roulant les fesses, arrondissant les bras, et fut bien surpris de m’entendre tout A coup marcher derrière lui. Je suivais sa trace, cherchais ses raisons et les cherchai tant que je finis par découvrir non seulement celles-ci, mais quelques autres et notamment :

Que le provocateur était lui-même, que son action ne déshonorait que lui-même. Que tout ce qu’il avait dit et dirait était comme ce que pouvaient me dire les bourgeois impuissants comme lui-même à me noyer avec ma vérité, à me suggestionner avec leur mensonge. Qu’en fait, ayant un peu moins de cran, de désespoir, et un peu plus de prudence et d’expérience que le malheureux et valeureux Van der Lubbe auquel Popaul voulut m’assimiler, je n’irai pas incendier le Palais-Bourbon, ou descendre l’une de ses enseignes politiciennes comme par exemple lui-même. Qu’il pouvait se dispenser de converser sur quelque point que ce soit avec certains fonctionnaires de la République en invoquant des "intérêts communs". Et qu’il n’était au pouvoir de personne de m’utiliser contre le prolétariat comme il y était utilisé lui-même. Et qu’il ne recherchait lui-même, l’autorité, ou à singer l’autorité, et à recruter ses hommes dans tous les mouvements — y compris le dernier né : le sportif que pour nous duper en plus grand nombre et mieux livrer le prolétariat désarmé au capitalisme après l’avoir endormi sous l’hypnose des phrases vengeresses.

ET CELLE DE LA TEMPORISATION

De même, dans les grandes entreprises ou administrations, la direction utilise le crédit dont jouissent auprès du personnel, les chefs réputés "Bons pour nous", afin de mieux faire accepter l’aggravation de la misère. De même la bourgeoisie ne songe à réprimer les excès de langage que dans le cas où leurs auteurs ne les emploient pas à la dissimulation et au soutien d’une action lénifiante ou temporisatrice, qu’elle est bien placée pour apprécier puisqu’elle ’en paie le salaire.

Et maintenant, Popaul, tu insinueras peut-être que je dois me méfier, que je joue un jeu dangereux. Mais j’en rigole à ton faux nez et te dis que c’est le vrai jeu. Puis, pourquoi as-tu commencé ? Oui, pourquoi ? Le tien est devenu maintenant plus facile et moins onéreux de ces séjours en’ tôle qui te seraient douloureux au point que tu ne peux plus être communiste.

Ne jamais s’engager, toujours parler au futur, ne jamais faire au présent, et s’en justifier avec des discours et des arguments qui ne valent pas les tripes d’un ouvrier : Te voilà : Escobar. Tu répètes, à nous en donner la colique, que c’est l’action de masse, que c’est l’action de classe, que c’est le Léninisme, l’auto-défense d’action. Et par là-dessus tu nous envoies coucher. Quand d’aventure, les masses n’ont pas dîné et ne peuvent s’endormir, et que la révolte naît spontanée, on leur dépêche aussitôt les plus énergiques péroreurs tout à coup frigorifiés de sang-froid : "Qu’alliez-vous faire ? Cette possibilité de libération de la classe ouvrière par une surprise, en dehors de nous, n’est pas dans nos manuels, ces livres "révolutionnaires" que les bourgeois autorisent, diffusent ou éditent et où vos souffrances et leurs causes sont si bien décrites que nous les prenons pour nôtres".

LA TERREUR DE "L’ILLÉGALITE" EST PIRE QUE L’ILLÉGALITE DE LA TERREUR

"Quels sont donc les provocateurs qui vous poussèrent à vous insurrectionner ?", disent les chefs. "Pas nous bien sûr qui risquons dans cette affaire si elle se prolonge notre gagne-pain, notre fonction et qu’on enverra, en cas d’échec maigrir dans des camps de concentration et non engraisser au Palais Bourbon, avant que nous ayons seulement pris le temps de faire nos malles et boucler les caisses. Ne voyez vous pas, malheureux, que vous alliez obliger la bourgeoisie à fermer ces partis extrêmes, qui, sachez-le cependant, pour votre gouverne ne tiennent boutique et ne commercent que par sa permission, que pour le profit qu’elle en retire de vous faire recommander le calme et marcher en ordre, de canaliser vos révoltes comme vos manifestations de façon qu’elles demeurent aussi vaines qu’une élection.

"Nous l’avons, Messieurs, en dormant échappé belle !" Il s’en est fallu d’un épais de ficelle, d’un poil de lapine, d’un cri d’oie, d’un chant de cigale, que l’action ne devint clandestine et — le diable en soit — illégale.

Voilà je crois comme tu te moquerais, Lénine, dans le temps présent, avec ton ironie et le ton méprisant.

VINGT ANS DE RETARD

Ils auront beau t’invoquer, ces cerveaux juteux d’intellectuels, ils ne me feront pas croire, que tu n’avais en toi d’autre étincelle, ni d’autre action que celle de la compilation. Que ton "Méfiez-vous des intellectuels" est un compliment pour eux et non ce mépris qu’ils sont bien obligés de te retourner en admiration.

Si tu revenais, tel qu’en 14, tu t’en irais trouver le vieux Trotzky qui aurait rajeuni, et Staline avec moins d’embonpoint et Djerzinsky, encore en vie, et tu rirais fort avec eux.

J’entends d’ici, Illitch, ta voix sarcastique.

"Ah ces sommets, Ah ! Ah ! ces communistes français ! Ils en sont encore là où je réfléchissais il y a vingt ans. Sur cette guerre notamment, qu’ils transformeront "s’ils ne peuvent l’empêcher" en guerre civile, après qu’ils auront passé le prolétariat révolutionnaire par files entières en consigne à leurs militaires qui ont eux vite fait de vous les transformer en cimetières, en prisonniers, éclopés, aveugles et gueules cassées. Puis vous rendent quand ils veulent et le plus tard possible les rescapés, avec une culotte, une veste et une mentalité de goguette.

En attendant, ils préviennent le Weygand, tous les jours que Ratti bénit du bon tour qu’ils lui joueront en transformant sa guéguerre. Autrement dit, ils disent, à la bourgeoisie, tous les matins que Verdier bénit : "Tourne ton derrière par ici que j’y envoie mon quarante-quatre !"

LE FRONT UNIQUE ET LA GUERRE

Les Jésuites veulent assurément diriger tous événements. Et peu leur importe de vider la terre puisque ça remplit le Paradis.

Excusez-moi mes très faux et très chers frères, du tiers ordre, de la franc-maçonnerie, et du haut appareil communiste, si je suis d’un autre avis sur la question de la guerre à l’époque où l’Allemagne peut fabriquer vingt mille (20.000) avions par mois.

Je n’ai jamais aperçu que ce qui vous servait nous servit finalement aussi et servit le prolétariat. C’est pourquoi ce front unique dont on parle tant maintenant ne me semble guère un remède d’héritier. Mais plutôt une mixture en croûte, si tentante que tout le monde y veut goûter. Quoique satisfait qu’on y goûte (il faut ça pour bien apprécier), je préfère dîner sous ma tente où la sauce est plus consistante et le menu moins répandu qu’arlequins de gargotier. Et je vais me mettre en colère après les mots qui viennent en mercenaires m’excéder aussi sous ma plume et y rimer malgré moi, pour déformer ce que j’ai à dire, égaliser mon émoi, devant vous paysans, ouvriers, hommes d’Orient et d’Occident qui ne voulez plus servir d’engrais aux champs. J’ai à vous dire, en ce moment dont le tragique de votre sort dépend, que c’est trahison et suicide d’accepter leurs remèdes de désespéré pantelant.

Car : La Bourgeoisie n’armera pas que les siens. Elle gardera gaz, avions, mitrailleuses en bonnes mains. Et nous avons de meilleurs moyens pour faire d’un Etat bourgeois, un Etat prolétarien [1]. Il faut quelques centaines d’hommes d’action et quelques chefs au génie décidé, et qu’à leur moment crucial — guerre ou paix — vous sachiez refuser à l’ancien Etat sa défense, et réserver au nouveau les gestes de vos métiers.

Un Etat, vieillard ou enfant, ne vit que de votre consentement. Il meurt d’un balancement horizontal de votre tête.

Voilà pourquoi la question des chefs et la propagande qu’ils font sont si importantes. Je n’en dis pas plus long, mon moyen n’est guère prôné, c’est qu’il est bon.

Notes :

[1Selon les marxistes vraiment conséquents (Anton Pannekoek, etc...), il ne saurait être question d’Etat "prolétarien", mais des survivances bureaucratiques et autoritaires de l’Etat "bourgeois" dans le régime prolétarien. Engels proposait de baptiser "commune" ce régime transitoire destiné à remiser l’Etat "au musée des antiquités". Selon nous, il ne peut être question de résorption graduelle de l’Etat dans la Commune. C’est à la révolution elle même de rendre la société ingouvernable et, par conséquent, de briser et anéantir l’Etat. NdR.




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