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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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A propos du "Monde Nouveau", simples réflexions d’un anarchiste – A. P.
La voix libertaire N°284 – 29 Décembre 1934
Article mis en ligne le 28 octobre 2018
dernière modification le 15 octobre 2018

par ArchivesAutonomies
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Au camarade Sadier, fraternellement.

A. P.

"Révolution constructive" ! Les hommes sont-ils des moellons qu’un architecte peut disposer à sou gré ? Du ciment fluide, qu’on puisse mouler autour de l’armature de fer d’une société industrielle ? Dans cette image je vois se manifester la violence des choses sur les hommes et je ne peux m’empêcher de lui préférer (quoique la chose sonne mal) la violence de l’homme contre les institutions et les choses qui l’empoisonnent, une révolution de Vandales.

"La joie de détruire est une joie créatrice", écrivait Bakounine, il y a près d’un siècle. La société actuelle souffre des excès d’une séculaire accumulation. Accumulation de centralisation, accumulation de privilèges, accumulation de lois, de codes, de règlements, accumulation d’entraves, de chaînes, de conventions, de dossiers, de pierres de taille, de papiers, de rouages inutiles. Accumulation d’appareils inutiles, de produits non-consommés, de populations surabondantes et misérables., de barrières artificielles entre l’homme et la nature.

Parlons de notre tâche et non de celle des générations à venir. Une énorme tâche de déblaiement, de liquidation, de simplification, voilà ce qui nous incombe. Nous sommes les boueux, les fossoyeurs, les vidangeurs d’une civilisation avortée. Enterrons d’abord la pourriture !

* * *

N’importe quel plan de reconstruction sociale nécessite trois choses :

Un penseur pour l’inventer ;

Un gouvernement pour l’appliquer ;

Une police pour châtier ceux qui refusent d’obéir au gouvernement.

* * *

Le penseur peut être un esprit scientifique, un logicien. Mais l’organisation des relations humaines échappe à la science par son infinie complexité. Et la démonstration d’un système social par la voie de la logique est un simple exercice dialectique à la portée de tous les. inventeurs et de tous les systèmes.

On ne gouverne pas au nom de la logique, mais au nom de la force. Les gouvernants n’appliquent pas les plans de la philosophie, ce sont les philosophes qui sanctionnent par la logique les décrets des gouvernants.

Tôt ou tard, la police l’emporte sur le gouvernement et le gouvernement sur la philosophie.

* * *

Le penseur peut être un poète, un créateur de mythes. Mais les mythes sociaux sont le déguisement incontrôlable des intérêts sociaux, et des passions individuelles. L’efficacité d’une mystique n’a rien à faire avec la valeur pratique d’un plan de reconstruction sociale. La vente de l’opium ne mesure ni l’activité ni la prospérité d’un peuple.

On ne gouverne pas au nom d’une mystique, mais au nom d’une orthodoxie. Orthodoxie signifie : esclavage de l’esprit, de même que gouvernement signifie esclavage de la chair humaine.

Tôt ou tard, le clergé prend le pas sur la religion, et la religion sur la mystique.

* * *

TOTALITARISME = STÉRILITÉ

Un penseur qui prétend légiférer pour l’ensemble de la Société est un danger public.

Deux penseurs entrechoquant deux plans différents et universels constituent une véritable peste.

Dix-mille penseurs nourrissant les mêmes prétentions forment un spectacle parfaitement ridicule. Mais le jour où dix millions d’individus exerceront leur jugeote à résoudre le problème d’une vie plus humaine, selon leur tempérament et besoins actuels, à partir de leurs propres conditions de temps et de lieu ? Ce jour-là nous serons tout près de la solution.

Comme quoi rien n’est inutile en ce monde, pas même les "plans".

La condition essentielle pour qu’un "plan" serve à quelque chose, c’est qu’il ne soit pas adopté par un Parti, ni favorisé par un État. En un mot, qu’il ne rencontre jamais le "bon tyran" qui le transformerait rapidement en un lit de Procuste pour l’Humanité.

Un "plan" est inoffensif tant qu’il reste ce qu’il est, c’est-à-dire une naïve supplique à la providence sociale, une candide remontrance à l’État, un exposé des doléances et des espérances du citoyen.

("Ah ! si le Roi savait !", soupirait autrefois Jacques Bonhomme). Les cahiers du Tiers aux États-Généraux de 1789 étaient de tels "plans" et ils ont joué un rôle positif dans l’émancipation sociale. A force de se demander ce qu’on voudrait que l’État fasse, on finit par savoir ce qu’on veut faire soi-même, sans les autres et sans l’État. Toute la sagesse des révolutions est là-dedans.

Révolution signifie : décentralisation maximale de la vie publique. Accession des larges masses à l’autonomie individuelle dans l’exercice des fonctions sociales, anarchie spontanée, création de la personnalité par l’enrichissement des relations humaines, telle est la Révolution et c’est pourquoi il est aussi impossible de réaliser un plan par une révolution, que de faire la révolution selon un plan.

Au musée de l’histoire, les plans sont les bocaux où l’Autorité avorteuse range des fœtus. Les dictatures sont les cercueils où finissent les révolutions mortes. La révolution, c’est la Vie !




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