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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’anarchisme, voilà l’ennemi – A. P.
La voix libertaire N°286 – 12 Janvier 1935
Article mis en ligne le 28 octobre 2018
dernière modification le 15 octobre 2018

par ArchivesAutonomies
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Beaucoup de militants communistes jeunes, et même quelques vieux, m’ont souvent déclaré "qu’il n’y avait pas de lutte de classes avant la guerre". La préhistoire du mouvement ouvrier, du temps où Lénine n’était encore qu’un petit théoricien obscur, ils l’envisagent comme une sorte de chaos originel, d’une noirceur démoniaque, et ils appelant ça "l’anarchisme".

Louis Aragon, poète officiel de la III° Internationale, a eu le dangereux courage de se lancer dans l’exploration de cette époque de ténèbres, où il n’y avait encore ni Comintern, ni Plan Quinquennal, ni Bureau Politique, ni Conspirations trotskistes, donc pas la moindre ligne qu’on puisse suivre comme un fil d’Ariane, au milieu des "monstruosités" ambiantes. Ayant, par grand hasard, retrouvé la sortie, Aragon a rapporté de ses pérégrinations et exhibé à la pleine lumière du stalinisme intégral, ce que l’on a coutume de rapporter d’un voyage "au bout de la nuit" : c’est-à-dire un livre. Bouquin confus et feuilletonnesque où il est question de Vaillant, de Libertad, des Bandits tragiques, de la grève des taxis, du suicide de Lafargue, de la tuerie de Cluses, et du Congrès socialiste international de Bâle. (D’où le nom du roman : Les Cloches de Bâle.)

Ah  ! malheur ! Qu’est-ce que le pauvre Aragon se les fait sonner (les cloches) par son bon copain René Garmy, critique littéraire de l’Humanité. D’abord il paraît que le livre présente "des trous" (des trous de Bâle ?). Ensuite on y respire "l’antiparlementarisme et l’antimilitarisme anarchiste". Quelle horreur  !

"Bien qu’il ait rejeté avec nous l’héritage pourri de l’anarcho-syndicalisme — et il nous en convainc même au cours de son roman par quelques phrases explicites — Aragon n’a pas néanmoins souligné le rôle particulièrement néfaste qu’il joua. Il n’a pas insisté sur le caractère verbal, démagogique, aventurier, individualiste, et, en dernière analyse, stérile et passif des "minorités agissantes". Emporté par son désir légitime d’atteindre l’opportunisme de droite, il néglige l’autre danger, "le révisionnisme de gauche". Aragon se trouve ainsi entraîné à une sorte d’idéalisation inconsciente de l’anarchisme. Malgré lui, contre ses propres tendances et sa propre volonté, son livre peut laisser au lecteur non averti l’impression fausse que le mouvement anarcho-syndicaliste recelait en lui quelque chose de sain."

Qu’il soit bien entendu, une fois pour toutes, qu’un anarchiste ne peut qu’avoir tort, même et surtout lorsqu’il’ a raison.

"L’évocation de la grève des chauffeurs veut être plus pénétrante. Aragon démasque avec raison l’attitude conciliatrice de Fiancette et sa capitulation finale, mais il est bien dommage que notre camarade place les justes critiques méritées par Fiancette dans la bouche d’un anarcho-syndicaliste sans mettre parallèlement en lumière les fautes accumulées au même moment par les anarcho-syndicalistes.

On sait que Lénine a caractérisé l’anarcho-syndicalisme comme "une émanation directe de la mentalité bourgeoise", qu’il a condamné au même titre l’opportunisme et l’anarcho-syndicalisme, "ces deux monstruosités qui se complètent l’une l’autre."

Entre le Jauréssisme et l’Anarchisme existait, paraît-il, une école qui représentait le courant "spécifiquement prolétarien". C’était l’école de Guesde et de Lafargue. Du moins R. Garmy nous l’affirme et nous sommes tentés de le croire, car les guesdistes proclamaient ouvertement l’intention de "fusiller tous les anars au lendemain de la révolution."

...Et pourtant. Marx avait coutume de tempêter : "Lafargue est un suppôt de Bakounine. Que le diable l’emporte." D’ailleurs, si Lafargue est orthodoxe, il a une expérience à faire : traduire en russe Le droit à la Paresse, le tirer à un million d’exemplaires et le distribuer à tous les ouvriers de choc de Staline.




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