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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Présentation et sommaires de La Lutte à outrance et de la République des Travailleurs
Article mis en ligne le 11 novembre 2018
dernière modification le 3 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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Après le plébiscite de mai 1870, le troisième procès de l’Internationale, la déclaration de guerre, pendant le siège de Paris, les sections parisiennes de l’Association internationale des travailleurs cherchent un journal. La période est difficile pour l’Association internationale, qui a du mal à retrouver l’audience qu’elle avait en 1869. Un an après, le temps de La Marseillaise est bien révolu. Pourtant, clubs, comités d’arrondissements, comités de vigilance se forment, se réunissent, formulent des revendications, forment le Comité central des vingt arrondissements, ce dont l’Association est partie prenante et souvent moteur, au risque de s’épuiser. Les dissensions politiques sont grandes, même à l’intérieur de l’Association.

Voici un moment du débat et une présentation des deux journaux dont il est question, La Lutte à outrance et La République des travailleurs, dont nous avons acquis des reproductions à la Bibliothèque nationale de France.

En décembre, une commission du conseil fédéral (la fédération des sections parisiennes) étudie la question de fonder un journal. Un document conservé aux Archives de la préfecture fait état d’un projet présenté par Marc-Amédée Gromier, et refusé par la commission, alors composée de Henri Bachruch, Léo Frankel, Eugène Varlin, François Mangold, Jules Franquin et Jean-Baptiste Noro. La composition de la commission se modifie légèrement, sans doute parce que tel ou tel de ses membres est aux remparts avec son bataillon. Elle est ensuite formée de Henri Bachruch, Léo Frankel, Henri Goullé, A. Boudet et Eugène Varlin.

Une réunion du conseil fédéral se tient le 5 janvier, elle est présidée par Jules Franquin, Eugène Varlin est assesseur, le secrétaire est Henri Goullé. Plusieurs sections sont représentées.

VARLIN communique que la section des Batignolles a donné les fonds pour quatre numéros d’un journal qu’elle doit fonder immédiatement elle-même. [Il s’agit de La République des travailleurs]

BUISSON, délégué par la section des Batignolles pour le journal. — La section des Batignolles est en mesure de faire paraître immédiatement un journal de petit format. Elle a en main les fonds assurés pour quatre à six numéros, elle désire paraître immédiatement, elle pense que les circonstances rendent urgent d’avoir un organe sans aucun retard. Le conseil fédéral pourrait prendre connaissance de la rédaction du premier numéro, et nommer deux délégués qui reconnaîtraient si le journal est bien dans l’esprit de l’association et s’il peut prendre pour sous-titre cette inscription : ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS, et dans deux cartouches latéraux les devises : PAS DE DEVOIRS SANS DROITS et ÉMANCIPATION DES TRAVAILLEURS PAR LES TRAVAILLEURS EUX-MÊMES. Si plus tard le conseil fédéral fait paraître un organe, le journal de la section des Batignolles fera fusion et acceptera le titre et la rédaction que le conseil fédéral aura choisis.

LACORD s’étonne que le conseil fédéral se mette en rapport avec le journal que veut fonder la section des Batignolles, quand il a repoussé la Lutte à outrance, qui se vend fort bien et qui a conquis une place sérieuse. Il y a là un danger, c’est d’INDIQUER AU PUBLIC LA DÉSUNION QUI EXISTE AU SEIN DE L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS.

VARLIN. La Lutte à outrance est un journal essentiellement militant et politique, et le conseil fédéral désire un journal bien à lui, à lui seul, propagateur de l’esprit de l’Association, et dont la rédaction sera dans sa main.

LACORD. La Lutte à outrance a un titre approprié à un élément de lutte, destiné à combattre corps à corps avec les privilèges dressés contre les travailleurs et à être un journal qui, aussitôt après la guerre, sera exclusivement consacré à la question du travail. Nous vous avions offert de changer selon vos appréciations le titre, le sous-titre, vous réservant la place primordiale dans nos colonnes. Je crains que vous ne traciez des limites trop étroites au rédacteur en chef de votre organe ; il y a là un danger que vous apprécierez plus tard. Je vous avais offert un rapprochement entre les internationaux de l’École de médecine [il s’agit des membres du club de ce nom, pas de médecins] et vous pour s’unir sur cette question.

FRANKEL. La question n’est pas nettement posée ; il faut examiner seulement que le conseil fédéral doit avoir un organe qui soit son porte-parole, et je pense qu’il est triste de voir que deux sections ont chacune les moyens de se créer un organe et que l’Internationale, avec toutes ses autres sections réunies, ne puisse tout entière trouver assez de force pour créer un organe général.

[...]

LACORD. Nous pourrions nommer des délégués qui seraient chargés d’examiner les forces de la Lutte à outrance et de la section des Batignolles pour les combiner ensemble.

BOUDET. Il nous faut un organe à nous, bien à nous ; combinons nos fonds et ne perdons pas de temps. On nous offre les concours réunis de la Lutte à outrance et de la section des Batignolles, acceptons et paraissons.

[...]

CAMÉLINAT. Si nous n’avons pas entre les mains les moyens de réussir pleinement préparés, il vaut mieux laisser une section s’engager sur le terrain glissant du journalisme. Il serait très-grave de faire au nom du conseil fédéral un journal exposé à périr faute d’éléments de vie. Un tel échec est redoutable, car il peut nous discréditer dans l’opinion publique.

FRANKEL. Il nous faut un journal du conseil fédéral ; si les associés ne comprennent pas qu’il est de leur devoir de le soutenir haut et ferme, il faudra désespérer de l’avenir de la société internationale française.

LACORD. Il nous faut un organe qui se dresse en face des grands journaux de la bourgeoisie, qui ait sa vie propre et qui combatte en notre nom. Il nous faut un rédacteur rompu de longue date à la lutte politique, qui ne fasse pas d’école qui enlèverait de la force à notre organe. La rédaction de la Lutte à outrance vous offre un essai de trois ou de six mois pour que vous jugiez si la ligne que vous aurez tracée aura été suivie. La rédaction gratuite pendant trois ou six mois sera payée après ce temps d’essai, si vous approuvez la rédaction. Vous changerez cette rédaction à cette époque et même du jour au lendemain si vous en reconnaissez la nécessité.

[...]

Une commission est nommée pour délibérer avec les rédactions des deux journaux. Lors de la réunion suivante, le 12 janvier, le conseil fédéral acceptera de faire paraître une partie séparée dans La Lutte à outrance.

La Lutte à outrance paraît à partir du 6 nivôse an 79, en d’autres termes, du 26 décembre 1870 — Paris est assiégé depuis trois mois. C’est un petit journal de quatre pages. Et il n’est paru que quatre fois, les 6, 12, 19 et 28 nivôse (26 décembre, 1er, 8 et 17 janvier 1871).

Le titre est expliqué dès le début du premier numéro :

Lutte à outrance contre toute restauration monarchique, contre le cléricalisme, contre la féodalité industrielle et contre l’invasion étrangère.

Il porte en sous-titre "Journal du club de l’École de médecine", ce qui mérite un petit commentaire : le club de l’École de médecine est un club et son nom lui vient du fait qu’il se réunit dans le grand amphithéâtre de la Faculté de médecine, rue de l’École de médecine — un quartier à la mixité sociale difficile à imaginer aujourd’hui (voir les articles sur la rue Dauphine et la rue Larrey, qui est d’ailleurs l’adresse du journal). Ne pas croire qu’il s’agit d’un club de médecins ! Il n’est pourtant pas tout à fait exact qu’aucun nom de médecin ou d’étudiant en médecine ne figure parmi ses membres : le docteur Tony-Moilin en est, si l’on en croit les comptes rendus que publie le journal.

On y retrouve aussi Alphonse Humbert, Charles Beslay, Francisco Salvador Daniel, et Émile Lacord, un cuisinier, qui est membre du conseil fédéral de l’Association internationale des travailleurs. Plusieurs sont des militants blanquistes.

Le président du club est Armand Lévy, un fabricant de caoutchouc, qui est, lui aussi, membre de l’Association internationale.

C’est le journal du club et il publie des comptes rendus de ses (fréquentes) réunions. Mais pas seulement : le numéro 3 porte, sur toute sa une, le texte de la célèbre "Affiche rouge" et sa liste de signataires, dont tous les membres du club nommés ci-dessus font partie.

Si l’on en croit ce qui s’est dit à la réunion du 12 janvier du conseil fédéral de l’Association internationale, les trois premiers numéros du journal ont été tirés à 5000, 8000, 12000 exemplaires respectivement.

Il reste à parler du numéro 4. Il paraît, comme je l’ai dit, le 17 janvier, après, donc la réunion du conseil fédéral de l’Association internationale du 12. Il est orné d’un nouveau sous-titre : Tribune de l’Association internationale des travailleurs

expliqué en page 3 :

TRIBUNE de l’Association internationale des travailleurs

Le Conseil fédéral de l’Association internationale des travailleurs a, dans sa séance de jeudi 12 janvier, adopté le journal la Lutte à outrance, de telle sorte que chaque numéro contiendra désormais, sous le titre de Tribune de l’Association internationale des travailleurs, des articles émanant d’une Commission spéciale choisie par ledit Conseil ou transmis par elle, et traitant les questions qui intéressent les travailleurs, tant d’un point de vue général que du point de vue des besoins de chaque corps de métier.

Les fondateurs de la Lutte à outrance ont exprimé le vif désir que ce journal pût devenir, en se développant, un organisme important des intérêts ouvriers et la propriété exclusive des travailleurs. En attendant il va sans dire que le conseil fédéral n’est responsable que de ce qui est imprimé sous le titre de Tribune de l’association internationale des travailleurs. Et il est entendu que les rédacteurs de la partie politique du journal, restant fidèles à leur programme, ne songent à favoriser que l’affranchissement collectif des travailleurs qui doivent tendre à se sauver non individuellement ni séparément, mais tous ensemble.

Mais hélas, ce fut le dernier numéro du journal...


L’ "autre" journal dont il est question lors de la réunion du conseil fédéral de l’Association internationale, c’est La République des travailleurs. C’est un grand journal (six colonnes) qui paraît sur deux pages.

Il en est paru six numéros, datés, de façon légèrement incohérente,

  • mercredi 10 janvier 1871,
  • du 15 au 22 janvier 1871,
  • du 22 au 29 janvier 1871,
  • du 29 janvier au 5 février 1871,
  • vendredi 3 février 1871 (15 pluviôse an 79),
  • samedi 4 février 1871 (15 pluviôse an 79).

Les numéros 1, 2, 3, 4, 6 portent la mention "Journal hebdomadaire", le n°5 est "Journal quotidien".

Bref, un hebdomadaire qui meurt de tenter de devenir quotidien.

Le sous titre est "Organe de l’Association internationale (sections des Batignolles et des Ternes)". Et elle contient les deux cartouches annoncés par Buisson lors de la réunion du 5 janvier (voir l’article sur le blog). Si La Lutte à outrance préexiste à la demande de l’Association internationale, ce n’est pas le cas de La République des travailleurs, qui s’inscrit à la fois dans cette demande et dans la légitimité des sections du dix-septième arrondissement. Il semble que c’est le journal que souhaitait, en particulier, Eugène Varlin qui, depuis le siège, vit dans le dix-septième arrondissement. Il faut aussi signaler que Benoît Malon a été élu, le 5 novembre précédent, adjoint au maire de l’arrondissement.

Le journal commence par annoncer "Notre programme", sous les signatures de : André Léo, Berteault [le premier secrétaire de la rédaction], F[erdinand] Buisson, Chalain, Chaté, Coupry [ou Coupery ?], Davoust, Dianoux, Dory, Huet, Paul Lanjalley [secrétaire de la rédaction], Benoît Malon, Mangold, Élie Reclus, Élisée Reclus, Aristide Rey, [Joanny] Rama, Sévin.

Pour le dire brièvement, un groupe d’amis autour d’André Léo, ce qui est confirmé par la liste des auteurs des articles signés, Benjamin Buisson ou B. B. (3), Ferdinand Buisson (1), L. C. [?] (1), J. Coupry (1), Henri Goullé (1), Robert Halt (3), André Léo, A.L., ou même L. Chamseix [sic] (13), Benoît Malon (6), Isaure Périer (1), Joanny Rama ou R (5), Élisée Reclus (4), Aristide Rey (3), Salmon [?] (1).

Actualité oblige, le journal est centré sur la situation politique, voire militaire, sur le problème de la nourriture et du rationnement. Les articles de Benoît Malon continuent la série théorique publiée par La Marseillaise (et interrompue en juillet...). L’éducation tient son rôle elle aussi. Les lecteurs de La Marseillaise et amateurs d’articles d’Eugène Varlin sur la vie ouvrière trouveront certainement que la coloration "Association internationale", malgré les titres, est assez pâle. Il est vrai que l’activité économique est arrêtée par la guerre et le siège.

MA


La numérisation de ces numéros a été effectuée par la BNF à notre demande. Elle n’est pas disponible sur le site Gallica.


Sommaires de La Lutte à outrance

  • La Lutte à outrance N°1 - 6 Nivôse an 79 (26 décembre 1870
    • Notre programme
    • Nécessité de l’élection d’une assemblée parisienne
    • Appel du club de l’École de médecine
    • Protestation du club de l’École de médecine contre le général Clément Thomas
    • Faits divers
    • Club de l’École de médecine - Séances des 13 au 21 décembre 1870
  • La Lutte à outrance N°2 - 12 Nivôse an 79 (1er Janvier 1871
    • Où est le salut ?
    • Vote de défiance contre le gouvernement
    • Urgence de la révocation de Trochu
    • Retraite du Gouvernement de la Défense nationale !
    • Paris et Varsovie
    • Faits divers
    • Club de l’École de médecine - Séances des 22 au 28 décembre 1870
  • La Lutte à outrance N°3 - 19 Nivôse an 79 (8 Janvier 1871)
    • Au Peuple de Paris - Les délégués des vingt arrondissements
    • La Commune de Paris
    • Rapport du Comité républicain du VIème arrondissement
    • Club de l’École de médecine - Séances des 29 décembre au 3 janvier 1871
  • La Lutte à outrance N°4 - 28 Nivôse an 79 (17 Janvier 1871)
    • Déclarations des délégués des vingt arrondissements
    • Acte d’accusation contre le gouvernement de la Défense nationale
    • Tribune de l’Association internationales des travailleurs
    • Principales résolutions votées par le club de l’École de médecine

Sommaires de La Tribune des travailleurs

  • La République des Travailleurs N°1 – Mercredi 10 Janvier 1871
    • Notre programme
    • Bulletin – Elisée Reclus
    • Les bienfaits de la guerre – F. Buisson
    • Plus de grands hommes – B. Buisson
    • La misère – B. Malon
    • Les mots d’ordre – André Léo
    • Le parti jeune – B. Buisson
    • L’ornière légale – Rama
    • Français et Prussiens
    • Bulletin de la dernière heure
  • La République des Travailleurs N°2 – Du 15 au 22 Janvier 1871
    • Bulletin – Elisée Reclus
    • Le fétichisme – André Léo
    • Les mensonges
    • Pourquoi le bombardement ? - Aristide Rey
    • La paix
    • Le salariat – Henri Goullé
    • De l’action !
    • Socialisme – B. Malon
    • Simples questions
    • Un bruite sinistre
    • Le socialisme en action – Association générale des ouvriers tailleurs
    • Les bucherons du Bois de Boulogne
    • Un orphelinat républicain – La rédaction
    • Comprendront-ils ?
    • Fausses balances et faux poids – Rama
  • La République des Travailleurs N°3 – Du 22 au 29 Janvier 1871
    • Bulletin – André Léo
    • Faits militaires et politiques
    • Dernières nouvelles
    • L’union pour le salut – La rédaction
    • M. Trochu – Robert Halt
    • Socialisme (2ème partie) – B. Malon
    • A la République des Travailleurs – Salmon
    • Une offre fraternelle
    • Lettre de Charles Citerne
    • Première assemblée des Commissions scolaires des 20 arrondissements – Rama
    • Protestations
  • La République des Travailleurs N°4 – Du 29 Janvier au 5 Février 1871
    • Bulletin – Elisée Reclus
    • Vouloir – André Léo
    • Pilori – Aristide Rey
    • Les Prussiens de Paris – A. L.
    • Calomnies
    • Honte
    • Les paroles et les actes – Rama
    • Les spéculateurs – A. L.
    • Protestations
    • Ne nous abandonnons pas ! - Robert Halt
    • Socialisme (3ème partie) – B. Malon
    • Les subsistances
    • Les journaux
    • Nécrologie – L. Chamseix
  • La République des Travailleurs N°5 – Vendredi 3 Février 1871
    • Notre programme – La Rédaction
    • L’action – B. Malon
    • Les arrivés – A. Léo
    • Exclusions parlementaires
    • Du rôle de l’Internationale – J. Coupry
    • Protestations
    • Jésuitisme
    • Le Manifeste du Comité libéral républicain – A. L.
    • Pièces du procès
    • Nouvelles diverses
    • Réunion électorale de l’Internationale – B. B.
  • La République des Travailleurs N°5 – Samedi 4 Février 1871
    • Avis à nos lecteurs
    • Non, tout n’est pas fini – André Léo
    • Le chemin de l’échafaud – Aristide Rey
    • L’Assemblée nationale – Robert Halt
    • Bruits divers
    • Socialisme (3ème partie) – B. Malon
    • Pièces du procès
    • Protestations
    • Rénovation nationale – Rama
    • Dieu protège la France !
    • Papiers trouvés aux Tuileries
    • Caricature des réunions électorales
    • Candidats
    • La réaction
    • Indiscrétions
    • Le Manifeste de M. Veuillot
    • Socialisme de solidarité du XVIIème arrondissement

 


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