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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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"un seul relief d’arp ne suffit pas à remplacer un style de vie"
Article mis en ligne le 13 avril 2013
dernière modification le 17 novembre 2013

par ArchivesAutonomies

Affichette rouge de la revue Panderma. Le texte, en allemand, est ensuite traduit en français et en anglais. Le mot "manifeste" est entre guillemets. A la fin du texte, l’expression "avant-gardisme figé" traduit peut-être mal l’original, qui semble condamner l’avant-gardisme comme produisant sa propre stagnation. Quarante signatures internationales.

"MANIFESTE" CONTRE L’AVANT-GARDISME

Il n’y a peut-être rien de plus ennuyeux que cette course effrénée à l’avant-gardisme de certains cercles "avancés", un avant-gardisme de salon devenu tout à fait inoffensif. A côté des inconscients ou des esprits tout à fait arriérés, les éternels retardataires se préci­pitent de vernissage en concert, et tâchent par tous les moyens d’éviter l’indigestion en absorbant l’art mo­derne avec précaution. D’honnêtes fonctionnaires s’im­posent des séances de ciné-club ; des êtres médiocres jouissant d’une excellente réputation décorent leurs appartements arrangés sans goût de meubles modernes et se font les champions des "lignes actuelles" ; l’in­dustrie du meuble introduit à côté des articles de série traditionnels des banalités "d’avant-garde" ; les grands magasins font aménager leurs vitrines par des artistes d’avant-garde arrivés et élèvent les trivialités de la vie
quotidienne au rang d’actualité inconnue ; des dentistes de bonne famille organisent des thés littéraires et collec­tionnent des œuvres ultra-modernes ; des femmes et des intellectuels déçus s’élancent à l’assaut des machi­neries scéniques de Beckett. La chasse effrénée au nouveau, au moderne, va naturellement de pair avec le refus radical de recherche nouvelle. On peut presque dire que les conservateurs et les avant-gardistes se don­nent la main, dans cette grande liquidation des valeurs, ils cherchent chacun à leur manière une simple distrac­tion dans l’art. L’avant-gardiste d’aujourd’hui est in­formé de tout, c’est-à-dire qu’il a à sa disposition un slogan pour tout, et il s’est fait du reste mettre au courant d’avance, par les experts, sur ce qui se passe, pour être d’avant-garde et ce qui ne l’est pas.
Un très petit nombre de gens se sont aperçus qu’un seul relief d’Arp ne suffit pas à remplacer un style de vie, ni la vie elle-même ; un court enregistrement de Schwitters ne peuple pas le désert d’une maison ; Max Ernst n’est pas un décor mural ordinaire ; on ne peut pas remplir le néant par Beckett - qui est le néant même ; un meuble de Mies van der Rohe au milieu d’un décor de camelote dans une maison d’archi­tecture moderne douteuse, est comme une sentinelle perdue malgré une riche bibliothèque d’architecture et de décoration moderne. Le dogme ultime duquel on ne peut douter sous peine de péché mortel, le voici : tous les hommes ont besoin d’art moderne, et d’art en géné­ral, ils n’en sont peut-être pas toujours conscients, mais ils peuvent encore moins s’en passer que de pain ou de lit. Nous osons affirmer au contraire, défiant tout avant-gardisme : ils n’en ont pas besoin ! Du moins pas tant que le sacro-saint État, la sacro-sainte "société sans classe" et le sacro-saint business s’en servent comme étendard et comme marchandise de luxe.
Nous sommes certes éloignés de toute tendance conservatrice, mais nous déclarons la guerre à l’avant-gardisme figé.
L’avant-gardisme actuel, avec sa foi périmée dans le progrès, est enchaîné au présent. QUANT A NOUS, SEUL L’AVENIR NOUS INTÉRESSE !

AVANT-GARDISME 1958