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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Bloc des Gauches et Prolétariat – D. Attruia
Terre Libre N°21 - Janvier 1936
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 28 février 2019

par ArchivesAutonomies

Chacun a pu se rendre compte que, depuis quelque temps, la lutte contre la guerre et le fascisme, pour la défense de la Paix et la Liberté, est devenue la préoccupation dominante des partis et syndicats qui se réclament de la classe ouvrière.

On n’entend plus parler de la révolution prolétarienne, c’est fini : les révolutionnaires — ou soi-disant tels — sont devenus les seuls conservateurs dignes de ce nom. Ils sont désormais les véritables défenseurs de la République bourgeoise et de ses libertés démocratiques dont les communistes nous disaient, il n’y a pas encore bien longtemps, qu’elles n’étaient que le paravent du fascisme ! Ils entendent opposer à "la menace permanente d’un putsch fasciste... la barrière du sentiment républicain du pays et des forces d’ordre". Les faux-communistes d’hier, devenus subitement nationalistes et patriotes sur l’ordre de Staline, chantent la Marseillaise en compagnie de Daladier-Frot qu’ils traitaient d’assassins au lendemain du 6 Février, et placardent des affiches bleu-blanc-rouge rehaussées du bonnet phrygien à cocarde tricolore, symbole de la République bourgeoise.

Tout ceci est très significatif et on ne peut plus clair. Cependant, la classe ouvrière continue à suivre, comme un vil troupeau, sans rien voir ni comprendre, ces imposteurs professionnels de la politique, ces arrivistes de toujours... Et, le plus grave, c’est qu’elle ne semble avoir d’oreilles que pour eux, jamais pour les révolutionnaires sincères et indépendants qui font l’impossible pour lui ouvrir les yeux et la sortir de l’ornière de la trahison permanente où on la traîne depuis toujours.

Jusqu’ici, nous avons toujours entendu dire que les capitalistes préparent la guerre. Or, il y a là un malentendu qu’il nous faut dissiper, car d’aucuns pensent que ce sont réellement les capitalistes qui "préparent" la guerre et que les ouvriers, eux, n’ont plus qu’à en faire les frais. Purement et simplement. Le malheur est que la vérité est tout autre. En effet, s’il est vrai que le capitalisme, en tant que système de production, mène inévitablement à la guerre, il ne faut pas oublier, par contre, que les ouvriers n’en sont pas seulement d’innocentes victimes ; parce que, en réalité, ce sont bel et bien eux, les ouvriers, qui, de leurs propres mains la préparent, et non point, comme on tend à le faire croire, les capitalistes. N’oublions pas surtout d’ajouter que les ouvriers ne se contentent pas de la préparer, la guerre ; c’est encore eux qui la font. Et ils la font précisément pour sauvegarder le régime qui les exploite et les affame et qui permet aux capitalistes d’emplir leurs coffres-forts.

Tout cela est bien douloureux à constater, mais il en est ainsi : la guerre n’est possible que parce que les ouvriers sont assez inconscients pour la préparer, et assez lâches pour la faire ensuite.

Remarquons également que le parti communiste, depuis la fameuse déclaration de Staline qui "comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France", a cessé d’être anti-militariste (en admettant qu’il l’ait jamais été). Il est désormais pour une armée vraiment républicaine ; c’est-à-dire purgée de ses éléments fascistes. Avec Lénine, il s’agissait de désorganiser l’armée bourgeoise. A présent, pour les faux-communistes aux ordres de "Staline le Grand" (sic), il s’agit, au contraire, de la réorganiser, de la rendre plus républicaine, plus cohérente, plus forte et plus sûre. Car vous pensez bien que l’U. R. S. S. ne demande qu’une chose, c’est que son alliée la France ait une armée aussi sûre et puissante que possible.

La Lutte contre le Fascisme

Tout d’abord, qu’est-ce que le fascisme ? C’est la domination par la force de la bourgeoisie sur le prolétariat : la fin de toute démocratie. C’est l’Etat fort, dictatorial, qui permet au système capitaliste de se sauver de la crise sans issue dans laquelle il est engagé. On sait comment, par sa démagogie anticapitaliste et l’exaltation du sentiment national, le fascisme réussit à attirer à lui la majorité des classes moyennes et, même, une bonne partie du prolétariat. En tout cas, chacun s’accorde à reconnaître que le fascisme puise surtout ses forces dans les classes moyennes que la crise a durement touchées. Et pourtant, nous voyons le parti radical, expression politique de ces classes, adhérer au Front populaire, lequel prétend justement lutter contre le fascisme. Qu’est-ce à dire ? Eh bien, voilà : le parti radical s’est parfaitement rendu compte que les partis socialiste et communiste n’ont absolument plus rien de révolutionnaire et que, partant, leur antifascisme n’est qu’un trompe-l’œil qui leur permet de freiner l’ardeur révolutionnaire des masses qui les suivent aveuglement et de "préparer le lit du fascisme" (sic). En effet, ne voyons-nous pas les communistes, qui naguère étaient des partisans acharnés de la lutte de classe, prêcher la Paix sociale et la Réconciliation française ? En outre, ne font-ils pas tout leur possible pour empêcher l’armement du prolétariat ? Ne viennent-ils pas de faire voter à ce sujet les lois que nous savons ?

Inutile d’insister : seuls les aveugles et les ignorants peuvent ne pas se rendre compte que les communistes font exactement ce qu’ils reprochaient aux socialistes jusqu’à ces derniers temps, à savoir : la politique du moindre mal. Or, on connaît les conséquences de celle-ci ainsi que ses résultats (voir événements d’Italie, d’Allemagne, d’Autriche, etc.) Mais cela ne veut nullement dire que les communistes avaient une politique juste dans ces pays. Nous n’avons pas oublié, par exemple, comment en Allemagne, les communistes, dans leur haine de la social-démocratie, en vinrent à s’unir à Hitler pour battre celle-ci en Prusse lors du fameux plébiscite en 1931. Nous n’avons pas oublié non plus, comment le parti communiste rivalisa de démagogie nationaliste avec Hitler, opposant à ce dernier le "führer" Thaelmann qui, seul, voulait vraiment "la libération nationale et sociale du Peuple Allemand" ; qui, seul, luttait réellement "contre le Traité de Versailles", etc. (Rappelons en passant aux ouvriers, qu’à présent le parti communiste est pour la défense de ce même traité de Versailles, lequel ne serait plus, comme on nous l’affirmait alors, une "cause de guerre" mais, au contraire, "la seule garantie de Paix en Europe" (sic).)

Devant de telles constatations, tous les révolutionnaires dignes de ce nom sentiront la nécessité urgente, impérieuse, d’appeler les ouvriers à s’organiser, en marge de la trahison des partis socialiste et communiste, en vue de la lutte décisive contre les bandes fascistes et contre le système capitaliste. Il faut que chaque ouvrier sache que la lutte véritable. contre le fascisme ne peut être menée que sur le terrain de la lutte de classe. Et cela, parce que la lutte contre le fascisme c’est avant tout la lutte contre la bourgeoisie et son Etat républicain. Les vrais révolutionnaires n’ont pas à défendre cet Etat, mais à le détruire. Ils pensent que leur devoir n’est pas, comme Vaillant-Couturier l’a écrit dans l’Humanité, d’opposer à "la menace permanente d’un putsch fasciste... la barrière du sentiment républicain (sic) du pays et des forces d’ordre (resic)", mais de se préparer activement à la riposte par des moyens révolutionnaires. Car ils n’ont que faire, eux, des hymnes en faveur de la Paix et de la Liberté et des appels à la "Réconciliation française". Ils savent trop bien qu’il n’y a pas de réconciliation possible entre les exploiteurs et les exploités, entre la bourgeoisie et le prolétariat, et que l’élan du fascisme organisé et armé pour la prise du Pouvoir ne pourra être brisé que par le prolétariat organisé et armé également, pour le renversement de la bourgeoisie et l’instauration d’un pouvoir révolutionnaire basé sur les Conseils des travailleurs armés.