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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les événements d’Espagne et l’anarchisme - La rédaction
Terre Libre N°29 – Février 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 2 novembre 2018

par ArchivesAutonomies

Avec ce numéro de "Terre Libre", nous ouvrons un nouveau problème, d’une exceptionnelle importance.

Comme les camarades le savent, une forte partie de nos amis de la C.N.T.-F.A.I. ont opté pour l’activité politique des anarchistes en Espagne, pour leur collaboration au gouvernement, etc.

Ce n’est pas pour la première fois qu’un tel état d’esprit se manifeste dans les rangs anarchistes. Mais cette fois, le problème est posé en grand. Il touche le mouvement anarchiste tout entier, sur une échelle internationale.

Plusieurs camarades, de divers pays, se sont déjà plus ou moins prononcés sur cette attitude des camarades de la C.N.T.-F.A.I. Mais la question est encore loin d’être résolue. Elle sera, d’ailleurs, certainement discutée ardemment au Congrès Anarchiste International, projeté à Barcelone pour le 1er mai 1937. D’ici là, il serait important que les camarades fassent valoir leurs opinions là-dessus.

La question est grave. Elle met en jeu toute la conception anarchiste.

En effet, jusqu’à présent, l’argument principal de nos camarades de la C.N.T.-F.A.I.,, et de ceux qui leur donnent raison, est celui-ci :

L’état des choses exceptionnellement grave et compliqué en Espagne (une guerre terrible en même temps qu’une révolution très dure) a catégoriquement imposé aux anarchistes espagnols la nécessité de renoncer momentanément à leurs principes pour sauver la révolution et vaincre le fascisme.

Mais alors, il faut avoir le courage d’avouer : 1° que l’anarchisme n’a rien su prévoir ; 2° qu’il est impuissant à faire face, comme tel, aux réalités de la lutte contre le capitalisme ; et 3° que, par conséquent, les bolchéviks ont entièrement raison.

Ces trois conclusions s’imposent, en effet, d’une façon absolue à tous les camarades, espagnols ou autres, qui acceptent la plate-forme de participation politique.

Que disent, en effet, les bolchéviks ?

"Nous sommes tous anarchistes dans ce sens qu’un jour les sociétés humaines pourront réaliser l’idéal anarchiste. Mais il faut être des enfants naïfs et dangereux pour ne pas comprendre que, dans la lutte immédiate et farouche contre le capitalisme, il ne s’agit pas de beaux rêves d’avenir. Le capitalisme se défendra acharnement, avec tous les moyens à sa disposition : guerre, technique moderne, armes épouvantables, etc., etc. Contre tout cela, on ne pourrait lutter efficacement qu’au, moyen d’une dictature politique de fer, une discipline de fer, une armée moderne, etc."

Si les anarchistes ne savent pas prévoir que, toujours et partout, la révolution sociale se passera dans des conditions terribles de guerre, de terreur, de luttes formidables ; si, une fois acculés à cette réalité, les anarchistes n’ont autre chose à dire que d’accepter le point de vue bolchéviste, alors ils doivent avouer carrément que les bolchéviks ont raison, et que l’anarchisme est impuissant à vaincre, comme tel, le terrible ennemi.

Dans le cas contraire, les anarchistes doivent apporter toutes les précisions concrètes sur leur façon d’agir.

Il n’y a pas d’autre éventualité pour eux.

On a entendu aussi, parfois, d’autres arguments justifiant le bloc des anarchistes avec les partis politiques. On dit : "Nous sommes trop faibles pour agir seuls". — Les camarades espagnols disent, au contraire : "Nous sommes très forts, nous ne craignons pas les politiciens. Obligés momentanément de marcher avec eux, nous pourrons nous en débarrasser aussitôt que nous le voudrons."

Alors, logiquement, la question se pose : quelle doit donc être exactement notre force pour que nous puissions agir nous-mêmes, pour notre propre compte ?

Tel est le problème.

Pour l’instant, nous nous bornons à le poser grosso modo. Nous invitons les camarades à se prononcer en toute franchise.