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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’anarchisme et l’Espagne – Attruia
Terre Libre N°30 – Mars-Avril 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 2 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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Il devient de plus en plus évident que l’attitude des chefs de la C.N.T.-F.A.I. a compromis gravement l’évolution de la révolution en Espagne et, par contrecoup, aussi dans les autres pays. Cependant, d’aucuns n’osent encore le proclamer ouvertement ; et le Libertaire continue à approuver pleinement cette attitude...

Ainsi donc, après avoir combattu de tous temps, et avec quelle véhémence ! tous ceux qui osaient parler de "pouvoir politique", de "dictature du prolétariat" durant la période révolutionnaire et même après, les anarchistes en sont venus, eux, à participer à un gouvernement républicain bourgeois, et à prendre des mesures telles que la dissolution des milices révolutionnaires dans le but d’organiser une "véritable armée", dans le sens classique du mot, capable de défendre victorieusement la république bourgeoise menacée par Franco, sans parler de la dissolution du Conseil National Économique.

Comme on le voit, au lieu de lutter jusqu’au bout à la tête des milices ouvrières, seuls organes capables de faire triompher la révolution, les anarchistes espagnols ont préféré sombrer dans l’union sacrée de la lutte contre le fascisme.

Or, on sait que toute l’activité des partis socialiste et communiste, — de ce dernier surtout, — consiste précisément à sceller fortement cette union sacrée pour la défense de la démocratie bourgeoise contre le fascisme. Dès lors, on comprend que la tâche des révolutionnaires devient de plus en plus difficile puisque — il faut avoir le courage de le reconnaître — la classe ouvrière est d’ores et déjà acquise à l’idée d’une guerre contre le fascisme, oubliant ainsi son but de toujours : la destruction du régime capitaliste par la révolution.

La plupart des camarades, quand on leur parle de reniements successifs de la C.N.T.-F.A.I., éprouvant le besoin de défendre ces organisations (c’est-à-dire leurs chefs) en disant que ceux-ci ont été forcés par les circonstances d’adopter cette attitude capitularde à l’égard du gouvernement de Madrid, comme aussi d’ailleurs celle qui les fit sur l’injonction de Moscou éliminer du gouvernement de la Généralité de Catalogne, le seul parti politique qui eut le courage de dénoncer la main-mise de la Russie sur la révolution espagnole : le P.O.U.M.

Le malheur veut que Moscou ne s’en soit pas tenu là [1] : sa manœuvre est de grande envergure ; il s’agit de rien moins que de juguler la révolution espagnole ; de l’empêcher d’aboutir. Le plus fort : c’est que Moscou ne s’en cache même pas, déclarant vouloir empêcher à tout prix que le régime actuel soit aboli en Espagne : but identique à celui des impérialismes français et anglais qui sont contre le fascisme pour la défense de l’Espagne républicaine et bourgeoise. Bien sûr, on ne manque jamais de nous objecter que, pour faire la révolution, il faut des armes, et que celles-ci ne pouvaient être obtenues qu’au prix de... certaines concessions... Cependant, on oublie que ces armes ne sont pas distribuées à des milices ouvrières, mais à une armée régulière, ou qui l’est devenue, du gouvernement de Madrid. On oublie également que ce même gouvernement laisse froidement tomber la Catalogne par peur du socialisme... En cela, il est en parfait accord avec les impérialismes russe, anglais, français, allemand et italien, lesquels, comme on sait, ne veulent pas d’un régime socialiste en Catalogne et en Espagne.

Donc, c’est un fait, la politique d’union sacrée contre le fascisme qu’on nous prêche en France, et dont le parti communiste est le champion, a été réalisée par la C.N.T.-F.A.I. Après cela, on peut se demander à quoi rime tout ce qu’écrit le "Libertaire" contre cette politique en France, puisqu’il approuve la même en Espagne !

Ici, le parti communiste prêche l’Union des Français et la réconciliation de tous contre le fascisme intérieur et extérieur ; de lutte de classes, il n’en est plus question !

En Espagne, Montseny, militante de la C.N.T.-F.A.I., s’écrie dans un grand discours radio-diffusé que "l’Espagne... est prête à en finir bientôt avec son ennemi intérieur, cet ennemi sans dignité de conscience, sans sentiment d’Espagnol (sic). Car, s’ils avaient été espagnols, s’ils avaient été patriotes (resic)", etc. Et elle ajoute : "L’Espagne grande, l’Espagne productrice, l’Espagne rénovatrice, c’est nous qui la faisons : républicains, socialistes, communistes et anarchistes... Nous sommes tous unis, dans le front de lutte, unité sacrée" (voilà le mot lâché !), "unité magnifique" (ô combien !) "qui a fait disparaître toutes les classes, tous les partis politiques, toutes les tendances qui nous séparaient auparavant".

J’espère, après ça, qu’on aura compris...

Notes :

[1On sait en effet que, depuis, les Staliniens mènent la vie dure aux militants anarchistes, de Catalogne en essayant par tous les moyens de les discréditer.




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