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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les événements d’Espagne et les anarchistes (à suivre)
Terre Libre N°30 – Mars-Avril 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 2 novembre 2018

par ArchivesAutonomies

Un certain nombre de camarades estiment que les positions prises depuis le 18 juillet 1936 par la C.N.T.-F.A.I., à savoir :

1° Front Unique avec les partis marxistes et l’U.G.T.

2° Participation ministérielle.

3° Commandement Unique.

4° Mobilisation, etc.,

sont des positions non conformes à nos doctrines anarchistes, et ils ajoutent que la C.N.T.-F.A.I., sans le vouloir et prévoir, seront, après l’écrasement des rebelles, victimes des partisans des doctrines autoritaires : victimes d’un régime totalitaire, socialiste ou communiste, parce qu’ils ont emprunté une fausse route.

Le malentendu qui règne en France, dans nos rangs, sur les positions actuelles de la C.N.T.-F.A.I., est une conséquence de la non-compréhension d’une multitude de choses qui ont déterminé la modification de certains points tactiques de nos frères d’idées d’outre-Pyrénées. Je dis et je maintiens qu’il y a modification de tactique, et non renonciation des principes, comme beaucoup essaient de nous le faire croire. Car dans aucun Plenum de la C.N.T. ou de la F.A.I., dans aucun journal de ces grandes organisations, il a été dit que leurs idées, que leurs doctrines et conceptions de transformation sociale reposeraient sur des bases fausses. C’est le contraire qui se produit ; et, presque tous les jours, il y a affirmation des principes.

Sans vouloir le moins du monde choquer, diminuer qui que ce soit, guidé uniquement par l’idée de donner une appréciation juste, je dis : les camarades qui formulent des craintes de faillite doctrinale, qui voient de graves fautes commises par nos amis espagnols, sont des camarades qui n’ont étudié le problème que d’une façon sèche, abstraite, trop doctrinale. Le problème leur apparaît trop simpliste. Pourtant, il est beaucoup plus complexe, et pour le comprendre, il faudrait bien étudier les réalités, les circonstances multiples et souvent contradictoires, l’ambiance en général dans laquelle nos frères font la guerre et luttent pour le bien-être et la liberté.

Donnons brièvement des raisons pour lesquelles nos camarades de la C.N.T.-F.A.I. sont partisans aujourd’hui :

1°) du Front Unique.

Depuis le 18 juillet 1936, des événements d’une importance capitale pour la classe ouvrière en particulier, et pour toute l’humanité en général, se déroulent en Espagne.

Des généraux initiés, aidés par des gouvernements impérialistes et fascistes, organisent un vaste complot pour prendre en mains tout le pouvoir, afin de maintenir la classe ouvrière dans l’ignorance, la misère et l’exploitation.

Les premiers jours, les troupes des généraux rencontrent une farouche résistance et le peuple antifasciste commence à prendre le dessus. En plusieurs endroits, le peuple, en se soulevant contre les généraux rebelles, se révolte contre toute tyrannie et proclame la Révolution : "Les usines aux ouvriers, la terre aux paysans  !" Immédiatement, là où, précisément, la C.N.T.-F.A.I. sont forts, la reconstruction économique commence. L’idée de la révolution se propage à travers l’Espagne. En Catalogne, en Aragon, la C.G.T. collabore avec nos camarades. Partout l’unité d’action de la classe ouvrière se manifeste. Les gouvernements impérialistes et fascistes sont affolés. Avec une promptitude extraordinaire, ils interviennent par la... "non-intervention" au profit des rebelles. Ils organisent le blocus autour de l’Espagne révolutionnaire ; elle ne peut plus s’approvisionner en armes. Les rebelles sont ravitaillés par terre, par mer, par les airs. Les armées de Franco sont déjà bien organisées et surtout bien équipées. Les rebelles prennent l’initiative des attaques. Ils avancent, ils deviennent menaçants. Hier, les révolutionnaires les ont battus en 24, en 48 heures, à Barcelone, à Valence, à Madrid, à Malaga, avec des armes de hasard, et souvent sans arme, rien qu’avec leur courage, leur enthousiasme. Anarchistes, syndicalistes, socialistes, communistes (stalinistes et oppositionnistes) et républicains, coude à coude, se battent contre les rebelles. Quand le danger réapparut avec plus de force et d’arrogance par l’aide des fascistes apportée aux rebelles, le premier devoir de tous les combattants antifascistes était de s’unir plus étroitement pour ne pas se laisser écraser. Par conséquent, l’unité antifasciste se forge par la compréhension et la nécessité implacable de se défendre du danger fasciste.

(A suivre.)