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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La situation actuelle de l’Anarchisme en Espagne - V.
Terre Libre N°31 – Mai 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 2 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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L’ensemble des informations qui nous parviennent d’Espagne, depuis quelque temps, sur la situation actuelle de notre mouvement, de notre propagande, de notre activité dans la partie du pays occupée par les "républicains", est loin d’être encourageant. Ces informations (que nous recevons d’une façon suivie, soit de vive voix, soit par écrit, ou par la voie de presse) concordent toutes dans le même sens.

La propagande et l’action anarchistes deviennent partout de plus en plus difficiles. L’activité politique et militaire, étatiste et gouvernementale prime tout. La tendance autoritaire et dictatoriale s’implante de plus en plus dans les villes et à la campagne ; elle s’installe dans les usines et dans les organisations syndicales ; bref, elle l’emporte "sur toute la ligne".

Nos camarades : ceux qui, à notre avis, ont commis l’énorme erreur de participer à l’action gouvernementale, au lieu de chercher et de réaliser les vraies formes d’activité anarchiste, sont de plus en plus impuissants à remonter cette pente inclinée, à empêcher la dégringolade. De concession en concession, ils sont actuellement eux-mêmes à la merci des intrigues, des ruses, des manœuvres et des violences des politiciens de tout acabit. Il y en a même de ceux qui ont totalement cessé d’être anarchistes, car ils prêchent l’union sacrée, le patriotisme, le nationalisme et la suite.

Les camarades qui ont conservé le bon sens, ceux qui tiennent à leurs convictions et le disent, qui résistent, qui luttent et se battent pour la révolution intégrale, et non pas pour les déchets pourris de la société mourante, ceux-ci subissent le sort habituel qui leur reste encore réservé dans tous les pays dès qu’ils osent élever clairement leur voix et agir en conséquence : ils sont sévèrement et stupidement censurés par les autorités dont des ex-anarchistes font partie ; ils sont empêchés d’agir, par tous les moyens ; ils sont emprisonnés, souvent désarmés, parfois combattus et décimés, sans que nos "camarades" au pouvoir puissent intervenir, prendre leur défense, les soutenir dans leur juste lutte.

Les exemples et les preuves de cet état de choses (état que nous avons prévu et tâché de faire éviter ) abondent.

Les journaux "d’opposition" anarchiste (Ideas, Nosotros, Ruta) sont embêtés de plus en plus par la censure. Certains sont même suspendus de temps à autre. Bon nombre de camarades actifs sont jetés en prison, sans jugement. Entre autres, une centaine des camarades de la Colonne de Fer sont emprisonnés et, d’après certains renseignements (que nous donnons pour l’instant sous réserves), cette Colonne est tout entière réduite à l’impuissance. (On a parlé même de quelques coups de force contre celle-ci et de nombreux tués et blessés). Partout où, récemment encore, la vie commençait à s’organiser sur les bases du communisme libertaire, les autorités sont intervenues avec leurs procédés habituels et actuellement toute cette évolution nouvelle est arrêtée. Tel est, par exemple le cas des localités comprises dans la région d’activité de l’ancienne colonne Durruti. Dans les usines et les fabriques de Barcelone et d’ailleurs, les camarades sont obligés de se soumettre aux ordres imposés par les sommités et les nouveaux pontifes, sans pouvoir défendre leur position. S’ils ne se soumettent pas aveuglément, — ce qui s’appelle, comme partout, "discipline", — ils doivent partir. Et beaucoup de camarades, écœurés, partent.

En un mot, d’après les informations précises qui nous arrivent, l’anarchisme en Espagne commence à subir le même sort qu’il a subi en Russie. Et les méthodes employées pour le combattre, sont exactement les mêmes : on cherche, par tous les moyens, à domestiquer, à apprivoiser les uns ; et quant aux autres, aux récalcitrants, on les élimine ou on les supprime d’une façon ou d’une autre.

Dans ce numéro même, le lecteur trouvera quelque documentation précise qui confirme nos informations.

Y a-t-il espoir que cette situation n’est pas définitive ?

Le seul espoir, ce sont les vastes masses travailleuses : la "base".

Certains camarades affirment, en effet, que le peuple espagnol n’acceptera jamais une dictature, une imposture, une autorité politique, quelle qu’elle soit. Ces camarades sont d’avis qu’en fin de compte les masses réagiront, et qu’on ne réussira pas à les plier, même avec des armes.

D’autres, au contraire, sont d’avis que la dictature politique finira par s’imposer totalement, et que l’anarchisme en Espagne est d’ores et déjà châtré pour longtemps. Ils prétendent même que le véritable mouvement anarchiste sera obligé sous peu d’y redevenir illégal, clandestin.

Le proche avenir nous fixera là-dessus.




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