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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les événements d’Espagne et les anarchistes (suite) – Paul Yves
Terre Libre N°31 – Mai 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 2 novembre 2018

par ArchivesAutonomies

Participation ministérielle.

L’Espagne est en pleine guerre contre le fascisme, et en pleine révolution. Les deux situations sont menacées, car la révolution, à la fin des comptes, dépend de l’issue de la guerre. Les camarades de la C.N.T.-F.A.I. ont proposé de substituer au gouvernement du jour un comité de défense, qui serait composé par une majorité des représentants de deux centrales syndicales : C.N.T.-U.G.T. Cette idée a été repoussée. A la fin des négociations, la C.N.T. envoie ses quatre représentants au sein du nouveau gouvernement de Largo Caballero pour faire comprendre, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, qu’en Espagne toutes les forces antifascistes sont unies plus que jamais pour la question des armes et pour d’autres raisons que je ne peux pas analyser dans les cadres d’un article. Mais ni la C.N.T. ni la F.A.I. n’ont jamais déclaré que leurs conceptions révolutionnaires anti-étatistes et fédéralistes ont fait faillite, et que pour gagner la guerre et faire la révolution, il faudrait un gouvernement fort qui donnerait toutes les initiatives, toutes les directives, etc. C’est tout à fait le contraire qui se produit : la C.N.T.-F.A.I., l’U.G.T. aussi entraînée avec eux, développent et approfondissent une activité pleine de réalisations révolutionnaires. Ils s’efforcent de prendre de plus en plus dans leurs mains, non seulement la construction économique du pays, mais aussi le contrôle des fronts, de participer activement à toutes les réalisations sociales. La C.N.T.-F.A.I., tout en participant au gouvernement, n’ont pas renié la manifestation des initiatives des organisations syndicales, ni leurs conceptions libertaires. Au contraire, dans leur presse, dans leurs meetings, dans leurs Plenums régionales ou fédérales, partout nous lisons et nous entendons des affirmations anarchistes, et partout où ils ont la force numérique, nous voyons des réalisations de leurs conceptions fédéralistes et syndicalistes.

Commandement Unique.

Mobilisation.

Des troupes italiennes et allemandes, bien équipées, débarquent en Espagne. Des techniciens de tous les pays fascistes se mettent à la disposition des rebelles pour écraser la révolution qui enflamme les espérances des révolutionnaires hors d’Espagne.

Les rebelles reprennent Irun, Saint-Sébastien. Ils commencent l’offensive vers Tolède pour libérer les fascistes assiégés dans les forteresses de l’Alcazar, et dégager la route vers Madrid. Ils réussissent. Ils ont un appareil bien organisé, quantités de troupes motorisées et une aviation incomparablement supérieure à celle des antifascistes. L’entraide fasciste fonctionne énergiquement. La lutte est héroïque, mais inégale. Les factieux prennent Tolède et sont déjà devant Madrid.

Même des gens comme nous, profanes dans les "sciences militaires", nous nous demandions avec angoisse : "Comment se peut-il que les antifascistes, pour enrayer les attaques de l’ennemi, ne commencent pas une offensive de grande envergure sur le front d’Aragon ?" Cela ne s’est pas produit pour plusieurs raisons, mais une des causes principales était que les groupes de miliciens étaient mal armés et autonomes. Souvent des colonnes différentes, sur le même front, n’avaient pas d’actions coordonnées. Tandis que les troupes de l’ennemi étaient dirigées par un grand état-major qui, en même temps, non seulement commandait toutes ses armées, mais combinait l’action des différentes armées.

Nos amis d’Espagne ont compris que pour vaincre les factieux, il faudrait lier les efforts de tous les fronts. C’est-à-dire, substituer au romantisme révolutionnaire une technique militaire révolutionnaire. De là l’idée de commandement unique et de mobilisation.

* * *

Nous devons prendre en considération que les pays fascistes font la guerre à nos amis d’Espagne et que les pays "démocratiques" aident d’une façon ou d’autre les fascistes. Nos amis espagnols sont seuls contre un monde déchaîné. La classe ouvrière des autres pays, trompée par ses chefs, ne leur apporte pas une solidarité sérieuse.

J’estime que notre rôle, même si nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec nos camarades espagnols, est de les aider, de les encourager, parce que nous avons la certitude et des preuves que l’idée qui préoccupe nos frères de la C.N.T.-F.A.I., c’est la RÉVOLUTION SOCIALE.