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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le pacifisme devant la révolution – Un ex-pacifiste
Terre Libre N°31 – Mai 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 3 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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A côté d’autres problèmes d’actualité, nous ouvrons très volontiers nos colonnes à une discussion amicale sur la question du pacifisme intégral : notamment, sur la position de ce pacifisme face à la Révolution Sociale en marche.

La question est certainement d’importance, car beaucoup de nos jeunes militants, surtout ceux issus des milieux intellectuels, bons propagandistes en germe, adoptaient hier encore, et passionnément, la doctrine du dit pacifisme.

Les tout derniers exploits du fascisme et les événements d’Espagne leur donnèrent à réfléchir. Plusieurs d’entre eux se virent dans l’obligation de reviser leur point de vue. Et nous en connaissons quelques-uns qui ont le courage d’avouer ouvertement ce S ils considèrent maintenant comme une erreur.

Pour ouvrir la discussion, nous cédons la parole à un ancien "pacifiste intégral", un camarade connu, qui, lui aussi, renonce à sa position d’autrefois.

La rédaction

Le Pacifisme devant la Révolution

Les événements d’Espagne constituent, pour bien des pacifistes intégraux — les pacifistes à l’eau de rose ne nous intéressent pas, — un problème de conscience très délicat a résoudre : ou bien ils doivent être fidèles à leur pacifisme qui réclame le désarmement même unilatéral, le refus de fabriquer du matériel de guerre, la grève des bras croisés en cas de mobilisation, etc., ou bien, devant la menace fasciste, ils comprennent que les révolutionnaires doivent mettre de leur côté le maximum d’atouts possible.

Au jour J et à l’heure H (pour employer le langage du chef des Croix de feu) nos camarades pacifistes réaliseront-ils qu’il faudra s’emparer au plus vite des armes les plus perfectionnées et que de leur organisation et de leur armement moderne dépendra la longueur des hostilités et le résultat de cette bataille sociale que nous appelons la Révolution ?

Il y a quelques années, nous avons connu "les Chemises vertes", groupe de jeunes filles et de jeunes gens qui, vendant les journaux pacifistes dans les rues et les meetings, s’élevaient contre toute violence et ne répondaient même pas aux coups que leurs portaient camelots du roi et autres assommeurs.

"Les Chemises vertes" vécurent ce que vivent les roses...

Dans les milieux pacifistes, depuis quelques années, un certain nombre de mesures contre la guerre étaient envisagées : menaces d’exécution des principaux responsables d’une nouvelle tuerie, grève générale au moment de la mobilisation, etc. Le retour, dans son journal "Rectitude", a fait litière de tout cela, il a démontré l’impossibilité de leur réalisation ; il en a montré tout le côté romantique, toute l’illusion, mais lui, persiste a croire que le refus collectif du service militaire peut être efficace, en temps de paix, car ce n’est pas la veille de la guerre qu’il faudra tenter de résister à celle-ci.

Tant qu’il s’est agi de faire de la propagande, de l’action pacifiste en régime capitaliste, rien de mieux.

Il était d’ailleurs facile de montrer à la foule que, selon la parole de Jaurès, le capitalisme portait la guerre comme la nuée porte l’orage, et que le jour où les capitaux se mettraient en grève au premier coup de canon, la guerre serait bien malade ! Tout ça c’est encore du romantisme !

Dans un pays comme la Belgique où la lutte contre la guerre peut se baser complètement sur le mot neutralité, la besogne est relativement aisée et c’est pourquoi nos camarades flamands ont si bien réussi.

En France, la situation n’est plus la même et si tous les vrais anti‑militaristes sont d’accord pour déclarer que tout vaut mieux que la guerre, même l’invasion que "l’ennemi est chez nous" ; et approuvent le fameux : "Pas de défense nationale en régime capitaliste", faut penser à quelque chose qui est relativement nouveau, qui n’existait pas avant 1921 en Italie, un peu plus tard en Allemagne, puis ailleurs : le fascisme. Il s’agit dès lors de prendre position, il faut, suivant le mot d’un de nos camarades, recoller les morceaux du fusil, le fusil brisé étant peu de mise en face des fascistes. Les pacifistes n’avaient pas prévu cette forme moderne du capitalisme et c’est là le défaut de leur cuirasse.

La grève des bras croisés ?

Allez donc dire ça à nos camarades espagnols quand les troupes de Franco arrivent et massacrent tout !

Dans une usine de guerre, dans une centrale électrique, face aux fascistes, vous ferez la grève sur le tas ? Ils vous fusilleront et mettront leurs techniciens, leurs hommes à votre place.

Contre le fascisme, l’arme au poing !

Contre le fascisme les méthodes pacifistes ont fait faillite ; entre le capitalisme et nous, c’est une question de force, aujourd’hui bien plus qu’avant.

Camarades pacifistes, libérez votre conscience : contre la guerre, un seul remède : la révolution sociale par la grève générale insurrectionnelle !




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