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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour faire connaître la vérité – FAF
Terre Libre N°32 – Juin 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 4 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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A quelques rares exceptions près, la presse a systématiquement défiguré et la face et le sens des récents événements de Catalogne connus sous le nom de la "révolte des anarchistes". Le recours aux armes de groupes assez importants de la population catalane — groupes animés par les anarchistes toujours prêts à défendre une cause juste — a été représenté sous le jour d’une "émeute" insensée et méprisable sinon "criminelle", provoquée, d’une part, par des éléments "irresponsables", "inconscients", "incontrôlables", et, d’autre part, par des agents provocateurs fascistes.

Au nom de la vérité, et en mémoire de nos camarades tombés dans la lutte, nous déclarons qu’il n’y a pas un mot de vrai dans cette version sciemment mensongère.

La cause exacte du soulèvement est simple et nette.

Depuis longtemps déjà, le gouvernement de Companys, soutenu et poussé par des éléments politiques nettement contre-révolutionnaires, et surtout par le parti stalinien, s’employait à la liquidation systématique des conquêtes révolutionnaires, préparant ainsi la restauration de la république "démocratique" bourgeoise. Ce fut une misérable conspiration de toute la politicaille socialo-bourgeoise contre la véritable révolution sociale en marche. Mettant à profit l’état de guerre, avec ses terribles menaces et dangers, toute cette gent, d’accord avec les gouvernements du capitalisme international, machinait et préparait de longue date l’étranglement de la révolution.

Or, pour pouvoir accomplir cette louche besogne, il fallait avant tout venir à bout d’un gros obstacle, dur à franchir : l’existence de toute une masse ouvrière en armes, bien décidée à se battre pour la vraie révolution ; et surtout, la présence de très forts contingents d’anarchistes et d’anarchisants, actifs, résolus et armés. Il fallait : 1° désarmer et juguler les anarchistes ; 2° désarmer les masses ouvrières à l’arrière du front ; et 3° soumettre toutes les formations de combattants et toute la population du pays à l’autorité de l’Etat centralisé.

Dans les premiers jours de mai, les conspirateurs jugèrent la situation assez favorable pour tenter le premier pas décisif : le désarmement et, au besoin, l’écrasement des anarchistes. Un assaut fut déclenché contre certains centres tenus par ces derniers depuis les journées de juillet 1936.

Ce fut cette tentative qui provoqua instantanément la riposte fatale : un refus des anarchistes de s’exécuter et le recours aux armes pour la défense des conquêtes révolutionnaires. Telle fut la genèse des événements.

Afin de parer dès à présent les mensonges que la grande presse continue et continuera de déverser sur les événements d’Espagne, prolongeons notre récit.

La première tentative gouvernementale — brutale, violente, meurtrière — a échoué. Partout, les forces de l’Etat se heurtèrent à une résistance efficace, voire victorieuse. Companys et son gouvernement se sentirent en danger. Alors, ils changèrent de tactique. D’une part, ils entamèrent des pourparlers avec les anarchistes pour arriver à un compromis. D’autre part, ils s’adressèrent au gouvernement de Valence, demandant des renforts. Les pourparlers se terminèrent, en effet, par un compromis : le gouvernement promit de renoncer au désarmement et à d’autres mesures contre les anarchistes ; et ces derniers — ou plutôt une partie de ces derniers — acceptèrent de cesser la résistance (d’autres furent contraints de la cesser). Quant à la demande de secours, elle se termina par l’arrivée des forces armées de Valence.

Deux courants se manifestèrent dans le camp anarchiste face aux événements : les uns — les organismes centraux surtout — se déclarèrent favorables à l’acceptation du compromis ; d’autres s’y opposaient. Les premiers, multipliant leurs appels au "calme" et à la "discipline", allant même jusqu’à désapprouver les continuateurs, les accusant de faire acte de provocation, les menaçant de mesures répressives, finirent par l’emporter. En même temps, et en raison même de cette confusion, les forces armées gouvernementales réussirent à liquider par-ci par-là. quelques foyers de résistance. Celle-ci faiblit et s’apaisa.

Immédiatement après, une crise gouvernementale s’est ouverte à Valence. Le vrai sens de cette crise est clair : c’est la contre-révolution qui cherche à s’affirmer définitivement et ouvertement, à s’emparer de tous les "leviers de commande", à étouffer la révolution d’une façon décisive. Le gouvernement "autonome" de Catalogne s’y prête avec ardeur.

La conspiration continue. Elle s’étale, elle prend corps, elle passe à l’offensive. La révolution, la vraie, se voit obligée de se détacher de toute action gouvernementale, de décliner toute responsabilité, de s’opposer nettement à l’État et aux partis politiques qui font le jeu de la réaction et participent à des combinaisons louches. La révolution et la contre-révolution sont en train de manœuvrer pour se retrouver face à face, comme en juillet.

Quel est le véritable sens de tous ces événements ? Il est aisé à comprendre, malgré tous les mensonges de la presse capitaliste et "politique" qui elle-même n’arrive pas à le cacher totalement.

Avec une netteté et une envergure jusqu’à présent jamais encore atteintes dans des révolutions, toute la thèse étatiste, centraliste, politique et gouvernementale s’affirme définitivement comme une thèse et une force de la réaction. Seule la thèse et l’action non-étatiste, fédéraliste, a-politique, non-gouvernementale — en un mot, ANARCHISTE — se révèle comme une force révolutionnaire.

La véritable révolution est représentée, de plus en plus, par les masses qui s’organisent, luttent et construisent sur la base du COMMUNISME LIBERTAIRE. La contre-révolution se concerte, s’organise et agit pour combattre la révolution, tantôt en cherchant à la domestiquer, à la châtrer, tantôt en l’attaquant brutalement, avec les armes. D’une part, elle s’efforce de diminuer, de réduire, d’apprivoiser l’anarchisme révolutionnaire. D’autre part, elle se prépare à l’étouffer, à l’écraser, à le noyer dans le sang s’il le faut. En même temps, la réaction fait tout son possible pour ralentir et même pour ne pas gagner la guerre, cherchant à accuser les révolutionnaires de ces lenteurs et des échecs voulus, car elle craint la révolution par-dessus tout et préfère Franco — ou plutôt une médiation avec, au bout, une réaction atténuée — à une véritable révolution libertaire. Tout le capitalisme international prend part à ces machinations, redoutant la victoire de la véritable révolution sociale, populaire et anarchiste.

Ainsi la lutte se précise. Les positions deviennent nettes. Le parti communiste se démasque définitivement, lui aussi, en se rangeant nettement du côté de la réaction et en recourant aux moyens les plus vils pour combattre la révolution.

La bataille qui vient d’avoir lieu, d’autres batailles qui, fatalement, la suivront, ne sont que les premières escarmouches. Les véritables combats d’envergure, combats décisifs sont a venir. La guerre entre les deux forces est déclarée. Âpre, acharnée, longue, terrible, elle continuera, avec des succès et des revers variés. Et même si la révolution est vaincue en Espagne, — ce que nous ne croyons pas, — elle reprendra sous les mêmes formes dans d’autres pays.

La révolution libertaire — la véritable révolution sociale — est en marche. Rien ne l’arrêtera plus.

Paris, le 18 mai 1937.




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