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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Tâches positives de l’anarchisme – Réponse à "un manifeste pour la défense du syndicalisme lutte de classes"... - Attruia
Terre Libre N°32 – Juin 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 4 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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"En luttant contre le capital, contre les tendances du capital absolutistes et génératrices de misère, en limitant ces tendances et en rendant de ce fait l’existence possible à la classe ouvrière, le mouvement syndical s’est mis à remplir un rôle dans le capitalisme et il est devenu lui-même de cette manière un membre de la société capitaliste. Mais du moment où la révolution commence, en tant que le prolétariat, de membre de la société capitaliste, se mue en son destructeur, il rencontre devant lui le syndicat comme un obstacle.

Ce que Marx et Lénine ont fait ressortir à propos de l’État  : à son organisation, malgré ce qu’elle contient de démocratie formelle, le rend impropre à servir d’instrument pour la révolution prolétarienne, vaut donc aussi pour les organisations syndicales. Leur puissance contre-révolutionnaire ne peut être ni anéantie, ni atténuée par un changement de personnes, par le remplacement des chefs réactionnaires, par des hommes de gauche ou des révolutionnaires.

"C’est la forme organisatoire elle-même qui rend les masses à peu près impuissantes et qui les empêche de faire du syndicat l’instrument de leur volonté. La révolution me peut vaincre qu’en détruisant cet organisme, c’est-à-dire en bouleversant de fond en comble cette forme organisatoire afin qu’il en sorte quelque chose de tout à fait autre.

"Le système des conseils [1], par son développement propre, est capable de déraciner et de faire disparaître non seulement la bureaucratie étatique, mais aussi la bureaucratie syndicale, de former non seulement les nouveaux organes politiques du prolétariat contre le capitalisme, mais aussi les bases des nouveaux syndicats." (Pannekoek, cité par Gorter, Réponse à Lénine.)

Après cela, on peut se demander à quoi sert d’invoquer les "conceptions du syndicalisme lutte de classes" contre la "politique de compromis et d’abandons successifs, facilitant la contre-attaque patronale et désarmant les syndiqués" que pratique la C.G.T. réunifiée.

Pour ce qui est de l’intégration du syndicalisme dans l’État, nous pensons que celle-ci est un fait accompli puisque désormais le droit de grève est aboli, ayant fait place à l’arbitrage obligatoire avec l’assentiment de la C.G.T., sans parler de l’appui que celle-ci offre à un gouvernement qui a supplanté tous les autres en fait de préparation matérielle et morale à la prochaine guerre, que l’on accomplit sous le couvert de la lutte contre le fascisme. (On sait que le fascisme, ce n’est pas l’union sacrée : c’est Hitler).

On sait que lors de la dernière guerre, les organisations ouvrières sombrèrent dans l’union sacrée, parce que cette guerre, disait-on, n’était pas une guerre comme les autres, mais une guerre pour la Défense du Droit et de la Civilisation. Cependant, il est à noter que les chefs politiques et syndicaux attendirent le jour de la mobilisation pour apprendre cela aux ouvriers. Aujourd’hui, rien de pareil : depuis longtemps les chefs ont préparés les esprits à accepter la prochaine guerre avec le mot d’ordre : contre le fascisme, fauteur de guerre, pour la défense de la démocratie qui elle ne désire que la paix...

Les chefs des partis ouvriers ne se gênent plus pour parler de la défense nationale en régime capitaliste ; mieux, à les entendre, ils sont les seuls à vouloir défendre réellement et efficacement le pays contre le fascisme envahisseur. C’est ainsi que, dans "L’Humanité" du 3-2-37, P. L. Darnar se moque du "Temps" qui a osé mettre en doute les capacités du gouvernement de Front Populaire de défendre la France en cas d’agression. Il écrit en effet : "Ce n’est pas sans ironie qu’on entend les apitoiements du "Temps" qui craint, la bonne âme ! que, même après ce débat (il s’agit du débat sur la défense nationale) si net et si loyal, l’unité du Front Populaire ne soit pas suffisante pour défendre la démocratie française contre Hitler...

"N’en déplaise au "Temps", le fait d’être révolutionnaire et internationaliste n’est pas incompatible avec le fait d’aimer son pays. Au contraire : c’est parce qu’on l’aime qu’on est révolutionnaire.

"Quant à la défense nationale, les révolutionnaires jacobins, les communards et, à l’heure actuelle, les citoyens soviétiques font la leçon dans le passé et dans le présent aux doctrinaires du journal de la bourgeoisie.

"En réalité, contre le péril international du fascisme : malheur à ceux qui ne verraient pas que notre pays, avec ses traditions de liberté, est un rempart à défendre."

Donc, les partisans du défaitisme révolutionnaire si cher à Lénine : vous voilà avertis !

On pourrait discuter longuement la plate-forme revendicatrice du Manifeste ; qu’il nous suffise simplement de souligner que celle-ci ne sort pas du domaine du réformisme traditionnel. Comme toujours, il ne s’agit pas de libérer le prolétaire de l’exploitation capitaliste, mais seulement de revendiquer dans le cadre même du régime les conditions d’une vie supportable.

On y parle même d’un congrès de fusion des différentes internationales syndicales existantes, ajoutant que "la C.G.T. de l’Union Soviétique travaillerait utilement à la reconstitution de l’unité syndicale internationale en prenant l’initiative d’une telle proposition"... Si c’est en vue de réaliser l’émancipation du prolétariat mondial que les signataires du manifeste souhaitent que la C.G.T. de l’Union Soviétique prenne une telle initiative, on peut affirmer qu’ils ne pouvaient mieux choisir : c’est comme si on demandait à Hitler ou à Mussolini d’œuvrer positivement pour la révolution mondiale.

Les signataires du manifeste s’inquiètent également du fascisme et disent : "Devant la menace que constituent pour la classe ouvrière les formations fascistes armées, nous affirmons la nécessité pour le mouvement syndicale de créer sa propre organisation d’auto-défense".

Comme on le voit, là aussi, on ne sort pas du cadre de la lutte antifasciste pour la démocratie bourgeoise, que cette lutte soit sur un plan intérieur ou extérieur à l’Etat bourgeois. Bien entendu, le mouvement syndical qu’il s’agit de défendre, c’est celui qui est à la remorque de l’Etat capitaliste... c’est celui de la C.G.T. des Jouhaux, des Frachon, des Racamond et autres Monmousseau.

Pour ce qui est de l’antimilitarisme, on y a aussi pensé. On se prononce : "pour la réduction immédiate du service militaire, l’octroi des droits politiques et syndicaux aux soldats et l’acceptation de toutes les revendications immédiates : augmentation du prêt, des permissions. etc. On reconnaît ici le point de vue des nationaux-communistes : la démocratisation de l’armée.

Notes :

[1Pas des conseils tout prêts, hiérarchisés, à la Monmousseau...




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