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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Fausse route – Izar
Terre Libre N°33 – Juillet 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 4 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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Les événements qui se déroulent en Espagne depuis près d’un an ont fait couler beaucoup d’encre... et de sang. Que de deuils, de ruines, de misères se sont accumulées et s’accumulent toujours . En vain, hélas ! On peut le redouter aujourd’hui. Quand cette ignoble boucherie — car, depuis longtemps déjà, ce n’est plus une lutte entre dirigeants et dirigés, entre tyrans et esclaves, mais une guerre tout court, avec toutes ses horreurs, ses compromissions, ses alliances louches et inavouées — se terminera-t-elle ? Et comment ? A quelles conditions ? Certainement sur le dos et aux frais des travailleurs échappés au massacre.

Les gouvernements à fascisme blanc, ou rouge, ou simplement "démocratiques", s’entendront pour se partager les dépouilles de la malheureuse Espagne ou, s’ils ne peuvent se mettre d’accord, ce sera la guerre européenne et au-delà. Oui, la guerre des gaz, des empoisonnements chimiques, — ô beautés de la civilisation, de la science au service du crime collectif — puisque les troupeaux humains sont chauffés à blanc et prêts à s’entre-dévorer.

Voyons un peu si cela aurait pu se passer autrement :

Certains anarchistes de France et d’ailleurs ne voyaient pas sans quelque inquiétude le "tournant" suivi dès le début par les "dirigeants" de la C.N.T. En effet, sous le prétexte, sans doute sincère à l’époque, de combattre le fascisme représenté par les hordes de Franco, ces camarades n’ont pas hésité de faire alliance — momentanée, disaient-ils — avec les partis politiques dits de gauche, mais qui sont, comme tous les autoritaires de tous poils et de toutes couleurs, leurs ennemis et persécuteurs de toujours. Comme excuse de leur conduite quelque peu équivoque, ils nous disaient ceci : "Seuls, nous ne sommes pas assez forts pour vaincre le fascisme. C’est pourquoi, sans faire abstraction de nos idées, nous faisons union avec d’autres se rapprochant (!) de nous. Ensuite, quand Franco et ses souteneurs seront par terre, nous discuterons et régleront nos comptes".

C’est superbe, en théorie, mais les faits se sont chargés de donner terriblement raison à ceux d’entre mous qui leur criaient casse-cou.

Donc, les "dirigeants" de la F.A I.-C.N.T. les forts en gueule, comme il en est dans toute organisation statufiée, codifiée, réglementé, ont suivi la fausse route : celle des concessions. Et lorsqu’on est lancé sur cette pente, on ne sait jamais où on s’arrêtera. De concession en compromission, de compromission en trahison. C’est fatal. Les fonctions corrompent l’individu, au point de devenir "ministre" dans un gouvernement bourgeois — tous le sont, bourgeois. Je ne relaterai pas toutes les concessions faites. Ce serait trop long dans un article de journal et les copains les connaissent. Je voudrais simplement dire deux mots au sujet des événements de mai à Barcelone.

On sait les faits : les bolchos ont tenté d’envahir les locaux du central téléphonique où étaient installés les anarchistes. Ceux-ci ont riposté d’abord victorieusement, puis cela s’est terminé par une reculade et une défaite honteuses.

Mais pourquoi les anarchistes catalans, beaucoup plus nombreux que les staliniens dans cette contrée, — la C.N.T. aurait, paraît-il, plus d’un million d’adhérents, ont-ils capitulé en face de ceux qui ne reculent pas devant l’assassinat froidement exécuté, sans même provoquer de légitimes représailles ? Parce que leurs "ministres", comme tout ministre qui se respecte et tient avant tout à sa sinécure, ont prêché le calme, la soumission, et, chose plus triste, ont été écoutés.

Et voilà, camarades : Tendons notre cou au couteau du boucher et laissons nous tranquillement égorger ! C’est à peine croyable. Et pourtant, c’est ce que racontaient les "ministres" et ministrables anarchisants. "Il ne faut pas, disaient ces mauvais bergers, rompre l’union anti-fasciste. Et l’intervention étrangère est là qui nous guette et va nous écraser." Comme si cette intervention étrangère ne se produisait pas journellement.

On sait ce qu’il est résulté : les séides de Staline maîtres aujourd’hui de la Catalogne, foyer de l’anarchisme espagnol.

Mais, vont me répondre des copains bien intentionnés, comment auraient-ils dû faire ? Et bien, ils auraient dû, et dès le début, (les tragiques événements le prouvent aujourd’hui) rester ce qu’ils étaient, c’est-à-dire franchement, farouchement anarchistes, défiant et repoussant toute compromission qui ne pouvait, fatalement, que se retourner contre eux. Ils devaient lutter seuls, pour leur propre compte. Et le peuple, qui leur était sympathisant en grosse majorité, les aurait suivis, aidés et soutenus. Et il les aurait compris.

Maintenant le peuple, quoiqu’en disent certains phraseurs, n’est plus avec eux, par leur faute. Et c’est pourquoi ils seront écrasés. Avec logique et bon sens, ceux qui fraternisaient avec eux se sont dit : Les anarchistes, que nous admirions, ont de superbes théories. Ils prêchent la négation de toute autorité, d’où qu’elle vienne et sous quelque forme qu’elle se présente. Ils lancent à tous les échos la haine des dirigeants, l’égalité des êtres humains et la fraternité des peuples. Les théories les plus belles n’ayant réellement de valeur que sanctionnées par les faits, l’occasion leur était offerte de le prouver. Mais, tels de vulgaires politiciens en mal de grasses sinécures, ils renient brutalement leurs beaux discours et font "comme les autres". A qui se fier maintenant ? Car, malgré tout le battage et le bluff fait autour de ces histoires, c’est bien de reniements, de trahisons que les "dirigeants" de la F.A.I.-C.N.T. se sont rendus coupables. Entendons-nous bien : Je tiens à préciser une fois de plus : les "dirigeants", ceux qui ont du culot et savent capter la confiance. Car, les militants de la base protestent, se font tuer ou assassiner.

(A suivre)




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