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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Mise au point - CR de la FAF
Terre Libre N°34 – Août 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 4 novembre 2018

par ArchivesAutonomies

En dépit de la netteté de nos déclarations et malgré nos précisions réitérées, on continue de prétendre que nous critiquons (on dit même que nous "attaquons") LES ANARCHISTES ESPAGNOLS, LA C.N.T. ET LA F.A.I.

Nous protestons vigoureusement contre une pareille déformation de notre attitude.

Nous répétons, une fois de plus, que nous sommes, comme toujours, de tout cœur avec nos camarades espagnols en général et avec la C. N.T.-F.A.I. comme telles.

Nous n’avons jamais "attaqué" la C.N.T.-F.A.I. en tant qu’organisations.

Nous critiquons EXCLUSIVEMENT, UNIQUEMENT, ceux des anarchistes espagnols qui, ayant abandonné, pour des raisons que nous ne trouvons pas plausibles, nos principes les plus fondamentaux, ont participé et continuent de participer à l’action étatiste et gouvernementale ; ceux qui, agissant en anti-anarchistes, prétendent rester anarchistes et menacent d’entraîner sur une fausse route le mouvement anarchiste international.

Nous critiquons aussi, naturellement, ceux des anarchistes qui, au lieu de s’élever franchement et courageusement contre cette déviation monstrueuse, cherchent à justifier l’injustifiable.

Nous critiquons donc UNE PARTIE des anarchistes espagnols et LES DIRIGEANTS de la C.N.T.-F. A.I,., pas plus. Nous admettons qu’on soit en désaccord avec nous, mais nous n’admettons pas que notre attitude soit présentée sous un faux jour et qu’on réponde, non pas à ce que nous disons, mais à ce qu’on veut nous mettre dans la bouche.

D’autre part, on nous reproche d’avoir traité des anarchistes en Espagne de LÂCHES et de TRAÎTRES.

Nous tenons à préciser comment et dans quel sens nous employons ces termes.

Tout d’abord, et une fois de plus, nous n’appliquons pas ces qualificatifs A TOUS LES ANARCHISTES ESPAGNOLS EN BLOC. Comme tout le monde, nous connaissons l’admirable courage physique et moral de nos camarades espagnols. Nous connaissons leur rôle dans les événements de juillet 1936. Nous nous inclinons devant nos héroïques victimes de ces luttes. Il ne s’agit pas de cela. Il ne s’agit pas non plus de traiter à la légère les camarades espagnols de traîtres. Il s’agit de tout autre chose.

En énumérant tous ceux des nôtres en Espagne qui, d’après nous, N’ONT PLUS LA PAROLE et parmi qui nous avons mentionné, entre autres, les "lâches" et les "traîtres", nous avons nommé LÂCHES ceux qui, oublieux de la parole de Danton, n’ont pas eu L’AUDACE NÉCESSAIRE pour pousser en avant, farouchement et sans hésitations, la RÉVOLUTION LIBERTAIRE : ceux oui ont craint de CONTINUER LA RÉVOLUTION devant la menace fasciste ; ceux qui ont ARRÊTÉ LE NOUVEL ÉLAN RÉVOLUTIONNAIRE en Mai 1937. On peut chercher à justifier leur manque d’audace que nous qualifions de "lâcheté", mais encore une fois, on ne doit pas défigurer notre pensée.

Quant au mot TRAÎTRE, nous sommes étonnés de ce que certains camarades ne savent ou ne veulent pas saisir le sens que nous lui donnons.

II y a "traître" dans le sens vénal du mot : homme qui vend, qui trahit pour de l’argent, dans un intérêt personnel. Naturellement, nous n’accusons personne de cela et nous n’employons pas le terme dans ce sens.

Mais il existe aussi la TRAÎTRISE IDÉOLOGIQUE. C’est précisément CELLE-CI que nous avons en vue.

Tout camarade qui, pour quelque raison que ce soit. agit SUR LE TERRAIN SOCIAL, POLITIQUE OU RÉVOLUTIONNAIRE contrairement aux principes anarchistes,
trahit ces derniers. On peut chercher à expliquer ou même à justifier cette sorte de trahison, le fait n’en reste pas moins un fait : ceux qui, en pleine lutte, se comportent exactement à l’encontre de leurs principes de toujours, les trahissent. Nous n’y pouvons rien. Nous constatons un fait, tout simplement.

Il nous est impossible de justifier l’attitude de CEUX DES ANARCHISTES ESPAGNOLS qui agissent ainsi. C’est pourquoi nous disons qu’ils n’ont pris la parole.

Tant qu’il s’agit de JUSTIFICATION, on peut ne pas être d’accord avec nous. Ce n’est pas une raison pour défigurer ou mal interpréter le véritable sens de notre pensée.

Nous devions cette mise au point surtout à ceux de nos camarades français et étrangers qui, TOUT EN ÉTANT D’ACCORD SUR LE FOND DE NOTRE DÉCLARATION, se sentent choqués par les termes "lâches" et "traîtres".

Nous espérons que ces précisions dissiperont le malentendu.