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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les deux issues - A. P.
Terre Libre N°34 – Août 1937
Article mis en ligne le 15 décembre 2018
dernière modification le 4 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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La situation actuelle de guerre impérialiste en Espagne (sous le couvert des contrastes politiques : fascisme et front populaire) n’a que deux issues possibles.

Il faut avoir le courage de les considérer en face.

Ou bien l’Espagne gouvernementale restera gouvernementale, et alors le seul moyen d’échapper à un nouveau désastre militaire du genre de celui de Bilbao ou de Malaga est de renoncer à la reconquête des provinces perdues et de faire la paix à la première occasion favorable. C’est ce que les Prieto-Negrin sont prêts à faire pour peu que la C.N.T. fasse entendre clairement son intention de se retirer de la guerre et de rester dans l’opposition — et ce geste est le seul qui puisse même conférer au régime démocratique en Espagne orientale une certaine stabilité de fait.

Ou bien la guerre impérialiste, gouvernementale et militariste, sera transformée en insurrection sociale. Alors la lutte armée contre Franco reprendra son sens originel. Dans ces conditions, la victoire du peuple sera plus difficile sans doute qu’elle n’eût été en août ou septembre 1936, mais elle est encore possible.

Si la première solution prévaut — celle d’un Brest-Litovsk espagnol par lequel le gouvernement républicain abandonnerait à Franco et aux impérialistes qui se disputent son alliance les provinces qu’il occupe actuellement — le rôle de nos camarades sera d’opérer en bon ordre et avec le moins de sacrifices possible, grâce aux échanges de prisonniers et à la conservation de certaines conquêtes essentielles de juillet, leur retraite vers l’illégalité.

Si, au contraire, la révolution triomphe demain, comme elle aurait pu le faire le 5 mai, alors il sera possible d’envisager la destruction du fascisme, du militarisme et du capitalisme à l’échelle de toute l’Espagne, et la création d’une libre Fédération des peuples ibériques sur des bases socialistes et libertaires.

La C.N.T. est assez forte pour choisir son chemin et imposer aux événements telle ou telle direction. Mais la condition préalable de toute solution — paix des Etats ou révolution — c’est l’abandon de la tactique d’auto-sacrification que l’organisation confédérale mène depuis plus de six mois à ses dépens et aux dépens de l’anarchisme international ; c’est l’abandon des mots d’ordre de "l’Union Sacrée" et du "tout pour la guerre" qui veulent simplement dire "tout pour et par le gouvernement", et qui mènent le peuple espagnol de déroute en désastre vers le triomphe totalitaire du fascisme.

A. P.

P.-S. — Je ne puis laisser passer sans mention spéciale l’énormité contenue dans l’article de Brandt de "Cultura Proletaria" (traduit dans le numéro du "Combat Syndicaliste" du 10 juillet) :

"Détruire la contre-révolution, ce serait compromettre la victoire", écrit ce brillant avocat du ministérialisme en Espagne.

Pour la première fois dans l’histoire des billevesées politiques, il est affirmé que la trahison fait la force principale des armées et que, plus l’on a de saboteurs et d’agents doubles avec soi dans les comités de guerre et les états-majors, plus on a de chances de gagner la bataille.

En vérité, le camarade Brandt devrait prendre un brevet !




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