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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Réponse à Barral - Attruia
Terre Libre N°41 – 3 Décembre 1937
Article mis en ligne le 12 janvier 2019
dernière modification le 16 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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Barral doit être très content que Terre Libre lui ait permis de faire de la propagande pour le socialisme petit bourgeois de Proudhon dans les milieux anarchistes révolutionnaires. Mais nous ne laisserons pas son article sans réponse.

Barral commence, tout d’abord, par se plaindre en constatant que le nombre de ceux qui savent distinguer entre "capital" et "capitalisme" est très petit. En effet, pour lui, c’est une grave erreur que de penser qu’il puisse y avoir une relation de cause à effet entre les deux termes. Aussi s’insurge-t-il contre ceux qui prétendent s’attaquer au capital et le détruire. Le capital étant, pour lui, "le merveilleux instrument du travail," que les révolutionnaires devraient sauvegarder, car, parait-il. "les masses semblent entrer dans une folle crise et veulent tout faire voler en éclats, afin de tout reconstruire" (sic) !

On reconnaît là le point de vue du bourgeois et sa crainte de la révolution. Est-il besoin de rappeler qu’il est absolument faux d’affirmer que les révolutionnaires veulent tout faire voler en éclats ; et ce pour avoir, ensuite, le plaisir de tout reconstruire. On sait que la vérité est toute autre et que c’est justement la bourgeoisie qui préfère tout détruire plutôt que de le voir passer entre les mains du prolétariat révolutionnaire.

Quant au capitalisme, faut-il faire remarquer qu’il n’est que la manifestation pratique de l’existence du capital ? Car "Le capital ne consiste pas seulement en moyens de subsistance, en instruments de travail et matières premières, pas seulement en produits matériels ; il consiste au même degré en valeurs d’échange. Tous les produits dont il se compose sont des marchandises... Mais si tout capital est une somme de marchandises, c’est-à-dire de valeurs d’échange, toute somme de marchandises, de valeurs d’échange, n’est pas encore du capital... Mais comment une somme de marchandises, de valeurs d’échange devient-elle du capital ?

Par le fait que, en tant que force sociale indépendante, c’est-à-dire en tant que force d’une partie de la société, elle se conserve et s’accroît par son échange contre la force de travail immédiate, vivante. L’existence d’une classe ne possédant rien que sa capacité de travail, est une condition première nécessaire du capital.

Ce n’est que la domination du travail accumulé, passé, matérialisé, sur le travail immédiat, vivant, "qui transforme le travail accumulé en capital." (K. Marx : Travail salarié et Capital).

Cela prouve simplement qu’on peut détruire le capital sans toucher aux moyens de subsistance, aux instruments de travail et aux matières premières ; toutes choses qui, dans les mains de la bourgeoisie protégée par son État, représentant le merveilleux instrument d’exploitation du travail que l’on sait. On comprend, dès lors, que la bourgeoisie ne s’en laissera pas déposséder par des prières réformistes. Or, le problème consiste justement à l’en déposséder et à le faire passer entre les mains de la communauté, c’est-à-dire de la société tout entière, lui faisant perdre par là son caractère de capital. Comme on le voit, il ne s’agit pas du tout d’une question de compréhension de la part des détenteurs du capital d’une part et du prolétariat de l’autre, mais d’une question d’intérêts, d’intérêts de classe. Ce que Barral, et le réformisme en général, feint d’ignorer. Mais tout le monde sait que les réformistes ne veulent pas entendre parler de la lutte de classes, puisque, pour eux, "c’est la tendance de la société qui est mauvaise" et que "le problème de la révolution consistera donc à changer cette tendance" (sic). Autrement dit : défense de toucher au capital ! Car ces messieurs n’entendent pas s’attaquer à l’essence, au fondement même du régime capitaliste, mais simplement donner à celui-ci une forme nouvelle. Par exemple, en faisant de chaque producteur un propriétaire. C’est là l’idéal de Proudhon : "le seul penseur dont on puisse affirmer qu’il a magnifiquement déchiffré le redoutable problème de la révolution à faire" (!) — Idéal de petit bourgeois, est-il besoin de le souligner ? Donc, pour le réformiste Proudhon, il ne s’agit pas d’abolir la propriété privée, mais, au contraire, de la généraliser. Ce qui permettra d’appliquer la formule essentiellement bourgeoise que Barral nous donne dans son article : "Qui en apporte plus, reçoit plus ; qui y apporte moins, y recevra moins. Simple justice." Quant à ceux qui ne pourront rien apporter du tout (les vieillards, les infirmes, etc.), eh bien, ils ne recevront rien du tout et devront, par conséquent, se suicider. Simple justice !...

Il est évident que cela n’a absolument rien à voit avec l’idéal anarchiste et communiste : "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins".

Pour ce qui est des soi-disant socialisations faites en Espagne et dans lesquelles Barral voit l’expression du communisme marxiste, nous nous contenterons, nous qui avons lu Marx, de lui faire remarquer que, pas plus les "socialisations" d’Espagne que celles de Russie ne sont l’expression du communisme marxiste, puisque ce qui a eu lieu, d’un côté comme de l’autre, c’est l’étatisation de la propriété capitaliste. Autrement dit, celle-ci, au lieu d’être abolie, n’a fait que changer de mains. Nous conseillons donc à Barral d’étudier le communisme de Marx avant d’en parler. Il apprendra comment l’économie est devenue "une science exacte" et de quelle façon Marx réfuta et ridiculisa "le seul penseur dont on puisse affirmer, etc." (voir plus haut).

Nous ne dirons rien de la société "que nous devons, d’après Proudhon, considérer comme un être supérieur doué d’une vie propre et qui, par conséquent, exclut de notre part toute idée de reconstruction arbitraire", si ce n’est que nous comprenons qu’il ne peut être question de "toucher" à une telle société, car, comme tout ce qui est mystérieux, elle est divine, donc sacrée.

Attruia.

N.d.l.R. : Nous avons donné place à l’article de Jean Barral (T. L., numéro 39), estimant que, de nos jours, toute opinion sur les idées et le mouvement anarchistes doit intéresser nos lecteurs.

Dans ce numéro, nous cédons la place au camarade Attruia qui répond à Barral sur deux points : 1°) il défend le point de vue révolutionnaire contre l’idéologie réformiste ; et 2°) il reprend et défend certaines thèses de Karl Marx.

Avant de se prononcer, à l’occasion, sur le fond du problème, la rédaction tient à dire tout de suite que : 1°) Elle n’est pas d’accord avec J. Barral. Nous estimons, en effet, que les événements de presque un siècle écoulé depuis Proudhon, ont définitivement démenti ses idées réformistes sur la réalisation de l’anarchisme. D’ailleurs, le réformisme de Proudhon fut une des raisons pour lesquelles Proudhon, estimé en tant que le premier théoricien de la vérité anarchiste, n’a jamais été suivi comme "praticien". 2°) Tout en étant d’accord sur ce point avec Attruia, nous ne partageons pas sa façon d’apprécier Karl Marx et son œuvre. Que Karl Marx ait scientifiquement expliqué et formulé certaines tendances économiques propres au régime capitaliste, c’est incontestable. Que Marx avait raison en insistant sur la voie révolutionnaire — il ne fut, du reste, pas le seul à le faire — c’est exact. Mais que Karl Marx et ses successeurs aient, eux, indiqué la véritable voie de la révolution sociale, nous ne sommes pas de cet avis. Le camarade Attruia prétend que Karl Marx lui-même ne fut pas "étatiste".

Nous pourrions prouver par ses écrits qu’il le fut. C’est une question d’appréciation, Karl Marx n’ayant pas mis tous les points sur les i dans cette question. Le fait est, toutefois, que la mise en pratique des idées concrètes de Marx aboutit au système étatiste,autoritaire et dictatorial qu’on connaît. C’est ce système que Bakounine et les anarchistes ont toujours combattu et continuent à combattre. Et c’est la seule chose qui importe en l’occurrence.




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