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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour ou contre la critique ?
Terre Libre N°42 – 17 Décembre 1937
Article mis en ligne le 12 janvier 2019
dernière modification le 16 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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CONTRE

Mon article daté du 29 Septembre, inséré dans Terre Libre du 4 Novembre, me vaut quatre réponses.

Vraiment camarades. vous me comblez.

Je répondrai directement à celui de V., pensant répondre par la même occasion à ceux de D. et J.

Je constate, avec regret, que le point, pour moi essentiel de mon article, est, je ne sais pour quelle raison, laissé de côté. Je répète donc : Qu’avez-vous fait de l’audace que vous conseilliez à nos camarades espagnols ?

Il est très facile de dire aux autres : "Allez de l’avant, payez d’audace. Quant à nous, nous vous regardons. Si vous réussissez, nous vous applaudirons ; mais malheur, si vous ne parvenez pas au but. Alors, nous, nous nous dresserons et vous dirons : il aurait fallu faire ceci ou cela, comme ceci ou comme cela."

Il est possible qu’en 1905 le prolétariat d’Espagne n’ait pas bougé. (Je sais, toutefois, qu’il a, depuis longtemps, toujours été à l’avant-garde des diverses étapes de la Révolution). Mais je suis tout de même certain que s’il n’a pas bougé, il ne s’est pas non plus posé en censeur ni en maître es-Révolution.

Le but de mon article était surtout de faire comprendre que Terre Libre devait prendre une autre tournure : il doit devenir un journal de propagande. Or, nous, dans le Sud-Ouest nous jugeons que nous ne pouvons faire de propagande avec T. L. tel qu’il est actuellement. (Il est vrai que c’est, peut-être, l’air des Pyrénées qui nous fait du mal, n’est-ce pas, V. ?) II faut, dans T. L., journal de propagande, des articles, par exemple, dans le genre de N. "La Dictature du Prolétariat", des études sur les divers problèmes sociaux, comparaisons de notre conception de la Société future avec celle de nos ennemis, etc.

Ou bien T. L. restera un bulletin intérieur pour les adhérents de la F. A. F. et alors là, oui, nous discuterons. nous critiquerons tant que nous le voudrons.

Oh, je sais, V. va me sauter dessus et me dire : Il n’y a pas deux vérités, une pour nous, les initiés, une pour la masse ; nous ne devons rien cacher ; et là, il me sera facile de lui demander pourquoi, à un certain moment, le C. R., s’est-il servi de circulaire Confidentielle : tellement confidentielle, que le groupe auquel j’adhère (qui est des fondateurs de la F. A. F., dont la plupart des militants sont connus depuis de nombreuses années et auxquels il n’a jamais été fait appel en vain) ne l’a même pas reçue. Il me semble pourtant que tu appartenais au C. R. à ce moment-là. Y avait-il deux vérités ? Ou bien, y a-t-il des moments où l’on doit tout dire, même si cela gêne notre propagande, comme c’est le cas, et des moments ou l’on peut faire des restrictions, même envers des camarades ?

Pour en finir, et étant certain d’être l’interprète de beaucoup de groupes (effectifs), je demande au C. R. d’établir un référendum où l’on posera ces questions, en prenant soin de tenir compte du nombre de militants de chaque groupe.

Dans le cas contraire, et si T. L. continue dans la même voie, c’est-à-dire critiques sur nos camarades espagnols, sur l’U.A., etc., qui, je le répète. n’intéressent que nous, les militants, nous nous verrons dans l’obligation de laisser T. L. continuer son chemin, mais sans notre appui ; et le groupe auquel j’adhère, n’est pas le seul à penser ainsi.

Pour ma part, avec ces quelques mots, j’en aurai fini. Je n’ai pas demandé à ce que cesse une polémique pour en recommencer une deuxième.

RAYMOND.

P.-S. — Si je parle de l’U.A., ce n’est pas que je sois d’accord avec la politique suivie par elle, mais plutôt pour ce que son nom — Union Anarchiste — représente pour ceux qui ne sont que des sympathisants de l’Anarchie.

* * *

Lettre de Belgique

Cette lettre, rédigée à la suite d’un article particulier, signale un esprit qui règne non seulement dans les journaux de la FAF et de la CGTSR, mais aussi se manifesta, à certains moments, au Congres de l’U.A. et dans certains articles du Libertaire. Les camarades de Bruxelles l’adressent donc à fous les camarades français.

Nous avons lu avec étonnement et regret, dans Terre Libre (19-11-37) l’article intitulé "Regards sur un Congrès anarchiste".

Nous ne sommes pas d’accord avec la position du l’Union Anarchiste, et nous n’approuvons pas, en général, la politique défendue par la majorité de l’organisation au Congrès, mais nous jugeons déplorable l’esprit dans lequel cet article a été écrit.

Nous sommes profondément attachés à l’idée d’un rapprochement de l’Union Anarchiste et de la FAF. Nous sentons si bien, qu’entre les 2 clans — qui se sont formés, à Paris principalement — il n’existe aucune objection sérieuse — idéologique ou morale — qui puisse empêcher l’entente ; c’est dire que nous ne pensons pas à une synthèse d’idéologies fondamentalement opposées. Ce qui nous guide, c’est la pénible impression que nous fait le travail de destruction mutuelle, qui oppose sans cesse les deux organisations, va à l’encontre de l’idéologie dont nous nous réclamons et empêche radicalement sa diffusion.

Nous savons que les discussions fort vives qui surgissent à chaque moment sont une preuve de vitalité du mouvement libertaire. Ce phénomène se retrouve sous différents aspects, partout ailleurs aussi bien qu’en France.

Nous n’exprimerons rien de neuf en voulant préciser les dangers de cette vitalité débordante. Trop souvent, les discussions dégénèrent en disputes personnelles, mesquines et étroites. La malveillance prend le pas sur la confrontation des idées. C’est dans ce sens que nous croyons malheureuse la forme de cet article.

Qu’exprime-t-il, en effet ?

Dans des termes dépourvus de toute camaraderie, l’auteur s’attache au déballage de faits personnels qui ne démontrent rien et ne constituent aucun argument ; au contraire, malgré la position que semble vouloir prendre la F. A. F. vis-à-vis du problème de l’unité anarchiste en France, l’article tout entier approfondit les malentendus. De plus, — et chose plus grave, — l’auteur débute par des affirmations inexactes, notamment au sujet de l’admission d’auditeurs (une déléguée belge, nullement membre de l’U.A., était présente) et de la représentation des oppositionnels. La minorité favorable au rapprochement que nous défendons s’est parfaitement exprimée au Congrès, et seule une attitude de fraternelle réciprocité de la part de la F. A. F. eût été conséquente.

Nous mettons nos camarades français en garde contre ces déformations. Nous avons, en Belgique, de multiples raisons de craindre comme la peste ces discussions âpres et stériles.

Nous nous débattons, nous aussi, et peut-être plus qu’en France, pour résoudre les problèmes urgents du regroupement de nos forces. Nous croyons que les camarades français ne doivent pas oublier ces problèmes, et nous estimons d’une importance essentielle l’atmosphère morale qui préside à ce travail.

A nous combattre stérilement, nous finissons par défendre une notion organique du développement du mouvement libertaire, notion fausse qui consiste à viser principalement l’extension d’une organisation déterminée et à s’écarter de l’objectif essentiellement social de l’idéologie anarchiste.

Surtout chez les anarchistes, l’organisation à laquelle ils appartiennent ne doit pas être pour eux une fin en soi ; mais uniquement l’un des instruments indispensables à la transformation sociale.

Quelques anars de Bruxelles.

POUR

Ce n’est pas sans une stupéfaction mêlée de tristesse que j’ai lu et relu cet article, élaboré par un "anarchiste", et l’indignation me pousse à poser au camarade Raymond et à ses amis cette simple question : Savez-vous ce qu’est l’anarchisme ?

Peut-être avez-vous étudié quelques penseurs anarchistes. Peut-être, avez-vous lu nos philosophes, nos devanciers, ceux qui ont jeté les bases de notre conception. Mais alors, vous auriez dû arriver à cette conclusion élémentaire : l’anarchisme est le libre arbitre en toutes choses.

C’est, avant tout, une critique impartiale et éclairée des idées et des événements qui permet de choisir librement sa voie. Supprimez la critique, supprimez le libre arbitre : où est l’anarchisme ?

Je prévois l’argument que vous allez me rétorquer : Si chacun veut en faire à sa tête, ce sera... (j’allais dire l’anarchie, tant la réponse me semble provenir de nos adversaires) mettons, le désordre, la gabegie. Non, camarades, non ! Je m’oppose à cet argument trop de fois entendu. Si un anarchiste examine et critique tout, il sait aussi se soumettre à ce qui lui semble nécessaire : le communisme libertaire en est une preuve, puisque c’est la discipline sociale librement acceptée par les anarchistes. Mais nous n’acceptons pas, certes, de nous soumettre à une discipline imposée par des incapables, des ignorants, des arrivistes, sous un régime autoritaire auquel nous conduirait inévitablement le sommeil de notre esprit critique, et que les moutons approuveraient. Peut-être même certains "anarchistes" en seraient-ils ? Qu’en dites vous, camarade Raymond ?

G. D.

* * *

Les points sur les i

Le camarade Raymond répond en ma personne aux camarades D., J. et autres.

Qu’il me soit permis de répondre, à mon tour, d’une façon générale à tous ceux qui se prononcent contre la discussion, contre la critique ou contre une certaine forme de la critique dans Terre Libre.

Je rappelle aux camarades les débuts de cette campagne. En novembre 1936, une partie des anarchistes espagnols se montrèrent prêts à s’engager sur la voie militaire, politique et gouvernementale sur laquelle on les poussait. Naturellement, cette attitude — presque sans précédent [1] dans le mouvement anarchiste et d’une importance capitale pour l’avenir de notre cause — suscita des objections et des critiques, d’ailleurs très prudentes et amicales au début, de la part d’autres anarchistes, opposés à cette voie.

Au lieu d’admettre normalement — seule mentalité et seule position possibles chez les anarchistes — la discussion et la libre critique de la nouvelle tendance par d’autres camarades, beaucoup d’anarchistes, en Espagne et ailleurs, leur contestèrent le droit même de la discuter. Une campagne contre la critique — campagne parfois très violente, souvent très personnelle et injuste — se déclencha. Elle continue jusqu’à ce jour — dans la presse, dans des réunions, et dans la correspondance. (Je rappelle : l’épopée de L’Espagne Antifasciste ; le Congrès de Lyon ; le Congrès des Comités an.-synd., à Paris ; le récent Congrès de la F. A. F., à Clermont-Ferrand ; certaines déclarations et articles dans nos journaux. Et je pourrais publier quelques lettres qui devraient faire rougir leurs auteurs). Bien plus, en cours de route, cette campagne s’est amplifiée : puisque l’U.A. prit fait et cause pour les anarchistes "gouvernementaux" en Espagne (entrant, sur ce chemin, en contact de plus en plus étroit avec certaines fractions politiques et avec des hommes qui ont maintes fois trahi la cause ouvrière), toute critique de l’U.A. fut qualifiée aussi de crime contre la révolution espagnole et le mouvement anarchiste en général. Tout a été tenté pour pour nous faire taire ou suivre le sillon de l’U.A.

Dès les premières manifestations de cette campagne, je me suis fait une opinion sur son véritable fond. N’en étant pas absolument sûr, je la gardais plus ou moins pour moi. J’observais les faits, je les vérifiais, je les analysais. Et, surtout, je les comparais avec ceux qui eurent déjà lieu au cours de la révolution russe.

Aujourd’hui, mon opinion est définitivement établie. Je suis certain de ne pas me tromper. Aussi, je la dis carrément, en mettant tous les points sur les i.

Ma thèse fondamentale, la voici :

1. La campagne contre nous, les "sectaires", a été — et reste — inspirée, dans les coulisses, par les ennemis jurés de l’anarchisme qui cherchent ainsi à affaiblir, à désorganiser et, si possible, à détruire le mouvement anarchiste.

2. Dans les rangs anarchistes, il faut distinguer deux cas : a) il y a (surtout dans le mouvement espagnol) de faux anarchistes, qui jouent un rôle, qui remplissent une mission et qui savent parfaitement ce qu’ils veulent ; b) il y a ceux qui, par ignorance, inconscience, naïveté ou pour d’autres raisons, vont là où les autres les poussent et tombent dans le piège tendu.

Mes preuves ? Voici :

  • 1. Un des arguments principaux de nos "anticritiques" est que cette discussion nuit à notre mouvement et à la propagande de notre idée.
    Cet argument ou bien n’est pas sincère ou bien n’est pas mûrement réfléchi. Un camarade connaissant l’anarchisme, sérieux et sincère, ne peut plus ne pas voir que, depuis quelque temps plus exactement, depuis les événements d’Espagne, — une partie des anarchistes (ou se disant tels) déforment l’anarchisme, mutilent ses bases mêmes et entraînent avec eux des éléments instables, faibles, inconscients, trop jeunes dans le mouvement, n’ayant jamais étudié sérieusement la conception anarchiste, etc. Il ne peut plus ne pas voir que ce sont les mêmes éléments qui cherchent à nous faire taire. Et il ne peut ne pas comprendre que c’est précisément là — et non pas dans notre soi-disant "sectarisme" ou dans la critique — un coup dur et une menace réelle pour notre mouvement et pour notre propagande.
  • 2. On prétend que notre critique est celle des "sectaires" : étroite, mesquine, personnelle... Une fois de plus : il faut être soit aveugle soit de mauvaise foi pour ne pas voir — ou ne pas vouloir voir — que c’est une grossière invention mise en route par les mêmes éléments pour mieux combattre l’anarchisme. On ne peut ne pas voir que ce sont justement des inventions de ce genre — et non guère la critique ou la discussion — qui portent préjudice à notre cause.
    Il n’y a pas longtemps, notre presse était vraiment infestée par une polémique mesquine, personnelle, écœurante... Et cela durait des années et des années... Et on le tolérait... Or, maintenant, quand il s’agit indubitablement de questions fondamentales, vitales pour notre mouvement, voici des camarades qui deviennent brusquement d’une sensibilité hystérique et se transforment en saintes nitouches aussitôt qu’on commence à discuter ou à critiquer. Est-ce sincère ? Ou est-ce sérieux ?...
  • 3. On parle de la possibilité d’entente entre l’U. A. et la F. A. F. On nous dit que tous les anarchistes français devraient rejoindre l’U.A., au lieu de discuter et de critiquer... Oui, on pourrait... A condition, bien entendu, que tous ils acceptent à faire, de temps en temps, cause commune avec Marceau Pivert, Jouhaux, Cachin, etc., etc. ; qu’ils avalent la participation au gouvernement, l’union sacrée, modèle 1937, le "parti anarchiste" en perspective... Tout cela, ne le voit-on pas ? Ou ne veut-on pas le voir ?... Est-ce sérieux ? Est-ce sincère ?...
  • 4. Maintenant, il y a le fameux argument sur "l’audace"... Cet argument est soit insensé, soit de mauvaise foi à un tel point qu’on ne sait, vraiment pas quoi en faire. Et bien, je suppose que cet argument soit pris au sérieux et accepté. Dès aujourd’hui, seuls pourront discuter, critiquer et conseiller de l’audace à d’autres ceux qui eux-mêmes ont payé de l’audace. Que va-t-on faire pratiquement ? Ma foi, il faudra, avant tout, que le camarade Raymond ou un de ses amis invente un appareil qui, appliqué au cœur ou à la nuque des camarades, pourrait désigner ceux qui, n’ayant jamais eu l’occasion d’être audacieux, le sont quand-même et pourront un jour le prouver. Car, si l’on accorde le droit de discuter, de critiquer, etc. à ceux seulement qui ont eu déjà l’occasion d’exercer leur audace, ce ne sera pas grand’chose... Et puis, il faudra s’entendre sur le terme même : audace... Car, on peut le comprendre très différemment... Et puis, il faudra désigner les juges... Et puis, il faudra installer partout des censeurs et des contrôleurs afin d’empêcher la fraude...
    J’ai l’air de plaisanter. Mais je ne plaisante pas du tout. Si l’on veut prendre cet argument au sérieux et l’appliquer, tout ce que je dis est absolument indispensable... Et ce n’est pas de ma faute si l’argument est tellement privé de sens qu’il mène pratiquement à des absurdités, ou tellement malhonnête qu’il ne supporte pas le moindre examen sincère.
  • 5. Vient ensuite l’argument sur la "vérité". J’ai dit — et je le répète — que les anarchistes ne peuvent pas avoir deux vérités : une pour eux-mêmes, dans les coulisses, une autre pour les masses. Je prétends que les qualités comme les faiblesses de l’anarchisme, notre façon de voir, nos idées, nos divergences de vue, nos discussions, bref, toute notre notre vie idéologique doit se passer au grand jour. J’estime que si nous ne sommes pas d’accord entre nous sur certaines questions, il ne faut pas le cacher aux masses, au contraire : toutes nos hésitations et désaccords doivent être, d’une façon naturelle, portés à la connaissance de tous. Car, pour nous, la masse n’est pas un "troupeau", et souvent c’est précisément la masse qui pourra nous mettre d’accord. Pour nous, il ne doit pas y avoir des idées et des problèmes à l’usage intérieur et de ceux à l’usage extérieur, comme dans des partis politiques où tout est caché, où tout est calcul, « politique », diplomatie...
    En guise de réponse, on parle chaque fois d’une certaine "circulaire confidentielle"... Je ne sais pas de quoi il s’agit. Je ne me souviens d’aucune circulaire confidentielle. Il se peut, d’ailleurs, que le secrétaire de la F. A. F. ou même le Comité de Relation ait envoyé — et enverra encore — des circulaires confidentielles... Mais est-ce qu’il s’agit de cela ? Il faut être soit un ennemi de la réflexion, soit un ennemi de l’honnêteté pour ne pas comprendre — ou vouloir comprendre — qu’il s’agit, en l’occurrence, de la vie idéologique, de la révolution, des principes et des événements qui intéressent le tout, la masse, la société, et non pas de certaines questions d’organisation, de la trésorerie, de publication de tracts ou autres qui n’intéressent que nous-mêmes et notre administration.
  • 6. On nous dit : "Il ne faut pas discuter entre nous ou critiquer dans Terre Libre. T. L. doit être un organe de propagande. Nous pouvons discuter entre nous dans un bulletin spécial, à l’usage de nous-mêmes." Parfait ! J’attends que le camarade Raymond et ses amis nous envoient une somme de... et une équipe de camarades pour publier ce bulletin. Tant que cela n’est pas fait, Terre Libre, étant le seul organe dont nous disposons, doit répondre à tous les besoins. Et puis, nous avons déjà entendu cette chanson. Quand nous avions commencé à faire ressortir notre point de vue dans L’Espagne Antifasciste, on nous disait : "Vous pouvez- discuter et critiquer tant que vous voulez dans vos propres organes : Terre Libre, Combat Syndicaliste, etc., mais pas dans L’Espagne Antifasciste..." Maintenant, on nous dit : "Vous pouvez discuter à votre aise dans un bulletin à l’usage interne, pas dans Terre Libre." Et si un jour nous éditons un tel bulletin, on nous dira : "Vous pouvez discuter comme vous voulez dans vos réunions, mais pas dans la presse." Est-ce sérieux ? Est-ce sincère ?...
  • 7. Certains camarades sont froissés par la forme de la critique. Personnellement, je ne suis pas très amateur de la forme sarcastique. Mais il ne manquerait que cela : que le rédacteur se transforme en censeur et qu’il envoie au panier toute copie dont la forme ne lui plairait pas. Pouvait-on, oui ou non, parler du Congrès de l’U.A. ? Si oui, pouvait-on, oui ou non, marquer ses défauts, ses faiblesses, ses bizarreries, etc., bref, le critiquer ? Si oui, l’auteur a-t-il, oui ou non, le droit de choisir la forme qui lui convient le mieux ?... II faut posséder une drôle de mentalité ou une drôle de sincérité pour répondre non à ces questions.

Je me résume.

Tous les arguments sortis sont à un tel point contraires au bon sens et à la mentalité anarchiste, qu’aucun camarade réfléchi, profondément et sincèrement anarchiste, ne pourrait les sortir ni les faire siens.

Il n’existe donc qu’une seule explication plausible : La campagne contre la discussion et la critique de l’attitude de certains camarades espagnols et de l’U.A. est inspirée par des non-anarchistes, nos ennemis. Quelques bons camarades, sincères et honnêtes, mais n’approfondissant pas assez les choses, prennent cette campagne au sérieux, se saisissent des arguments lancés, les répètent, les complètent et les relancent, sans les analyser de plus près. Ils tombent ainsi dans le piège tendu. C’est sur eux surtout que les ennemis comptent. Et c’est là le véritable danger pour notre mouvement : le vrai facteur de divisions, de désorganisation et de la pagaille.

VOLINE.

P.-S. — Encore deux mots :

1°) Un point me paraît digne d’attention. Les camarades belges affirment que l’allusion à la non admission d’auditeurs et des oppositionnels au Congrès de l’U.A., est inexacte. Nous prions notre collaborateur et les camarades qui peuvent nous fournir des précisions, de le faire le plus vite possible. En attendant, constatons que la note des camarades belges n’apporte aucune preuve de leur rectification. Ils citent la camarade belge "nullement membre de l’U.A." Mais ils disent eux‑mêmes qu’elle était déléguée. Et ils ne citent aucun cas d’admission d’oppositionnels. La "minorité favorable au rapprochement" ce n’est pas de l’opposition. Notre collaborateur, lui, a déjà donné une précision  : il a cité le délégué mandaté du 19è (Paris). Nous demandons donc aux camarades belges aussi des précisions avant de juger.

2°) Le camarade Raymond propose un référendum sur la question de la critique, en tenant rigoureusement compte du nombre des membres de groupes et des individualités qui répondront. C’est une bonne idée. Cela pourrait rapidement clore le débat. Je donne immédiatement ma voix pour ce référendum et je soumets ce projet à l’attention du C. R.

Notes :

[1Je dis : "presque sans précédent", car l’attitude des "seize" dans la guerre de 1914, celle des "plateformistes" (1926 et la suite), et, enfin, celle des "trentistes" en Espagne, peuvent être considérées comme une sorte de précédents.




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