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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Autorité et dictature du prolétariat - Attruia
Terre Libre N°43 – 31 Décembre 1937
Article mis en ligne le 12 janvier 2019
dernière modification le 25 novembre 2018

par ArchivesAutonomies
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"La dictature est l’exercice de l’autorité absolue par un homme, une élite ou un parti." Ainsi, débute l’article que le camarade N. a écrit dans l’intention de réfuter le fameux principe marxiste de la dictature du prolétariat. Or, la dictature du prolétariat, ce n’est pas la dictature d’un homme, d’une élite ou d’un parti. Tout au moins dans l’esprit de Marx. De toute façon, le prolétariat, ce n’est pas un homme, une élite ou un parti. C’est dire que "le véritable principe de la dictature du prolétariat" ne saurait être "incarné par le bolchevisme", puisque celui-ci identifie le parti au prolétariat et partant appelle "dictature du prolétariat" ce qui n’est, en réalité, que la dictature d’un parti : celui qui se réclame du prolétariat. Et l’on sait que ce parti-là, ce ne peut être que le parti bolchevik. C’est en partant de ce point de vue que ce parti s’est emparé du pouvoir en Russie en 1917 et que, depuis, il exerce sa dictature sur le prolétariat au nom de ce dernier ! Le camarade N. a donc parfaitement raison de s’attaquer à un tel point de vue. Cependant, ce qu’il s’était proposé ce n’est point la réfutation du principe de la dictature d’un parti quelconque sur le prolétariat, mais, au contraire, le principe de la dictature du prolétariat, Ceci dit, on comprendra qu’il est absolument faux d’affirmer, comme le fait le camarade N., que "Les réalisations soviétiques donnent la mesure et les possibilités de cette dictature". De toute façon, N. ne veut point entendre parler de dictature, car celle-ci, même si elle était exercée par le prolétariat, elle n’en serait pas moins l’expression de l’Autorité, d’une certaine Autorité bien sûr, mais Autorité tout de même. Or, en tant qu’anarchiste, N. est contre toute autorité, c’est-à-dire contre l’Autorité en soi. Tout comme les pacifistes intégraux sont contre toutes les formes de la violence, contre la violence en soi. L’anarchiste est contre toute autorité, parce que, dit-il, "l’autorité engendre l’autorité". Le pacifiste intégral est contre toute forme de violence, parce que "la violence engendre la violence."

Cependant, malgré sa foi anti-autoritaire, le camarade N. se rend parfaitement compte que, dès que l’on passe à l’action révolutionnaire, une certaine autorité s’avère indispensable sous peine d’être écrasée par la contre-révolution. Mais il tient à sa marotte et continu à la défendre comme le croyant défend son Dieu. Or, un véritable révolutionnaire se doit de tirer profit des expériences historiques. La révolution espagnole devrait servir d’enseignement à ceux qui ne veulent point entendre parler d’autorité quelle qu’en soit la forme et le but. "Maître de la situation, le mouvement anarchiste espagnol n’a pas osé imposer sa volonté à ses adversaires dans la crainte d’être conduit à exercer le pouvoir politique, la dictature." (sic). (Il a préféré, comme on sait, se mettre à la remorque de la bourgeoisie républicaine et réaliser l’union sacrée antifasciste ; autrement dit, trahir la révolution). Les anarchistes espagnols "n’ont pas compris suffisamment que notre économie, c’est-à-dire la commune libertaire ne peut être réalisée que par l’établissement de l’AUTORITÉ ABSOLUE (c’est nous qui soulignons) des organisations économiques sur les choses (?) et les instruments de production."

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces fort judicieuses remarques sont faites par le camarade N. lui-même qui conclut en spécifiant que "L’exploitation agricole, l’usine, la commune, la Confédération générale du travail et de la répartition représentent, sur des plans complétifs, le conseil de l’économie et de la défense révolutionnaire." Cependant, ceci dit, le camarade N. n’est pas sans se rendre compte qu’il vient de porter un coup mortel à sa marotte anti-autoritaire. Et alors, il s’empresse, après avoir admis "qu’à première vue, cela puisse ressembler à la dictature", de nous démontrer que "dès que l’on analyse le tout, cela devient bien différent" ! Mais en vain ; le lecteur intelligent a compris que N. s’est enferré. Et celui-ci le sait. Mais il veut à tout prix ressusciter sa marotte et il n’hésite pas, alors, à se servir de l’imposture soviétique pour démontrer que "La dictature du prolétariat" est un pouvoir au-dessus des organismes économiques, etc. En un mot, une dictature sur le prolétariat. Or, nous avons fait déjà remarquer que ce que le camarade N. s’était proposé de réfuter, c’est le principe de la "dictature révolutionnaire du prolétariat". Et nous avons vu qu’il n’a fait qu’aboutir à la nécessité de celle-ci sous forme de "l’établissement de l’autorité absolue des organisations économiques" représentées en haut lieu par "le conseil de l’économie et de la défense révolutionnaire". Bien entendu, cela ne l’empêchera pas de continuer à proclamer qu’il est contre toute autorité ! On comprend, dès lors, qu’Engels avait raison d’écrire : "Si les anarchistes se bornaient à dire que l’organisation sociale de l’avenir restreindra l’autorité aux seules limites à l’intérieur desquelles les conditions de la production la rendent inévitable, on pourrait s’entendre : au lieu de cela, ils restent aveugles devant tous les faits qui rendent nécessaire la chose et ils se dressent contre le mot."

En vérité, il n’y a qu’une autorité contre laquelle nous devons nous élever et lutter : c’est l’autorité qui asservit le travail au capital. Cette autorité est représentée par l’État capitaliste quelle qu’en soit la forme — fasciste ou démocratique. Nous sommes contre l’État considéré comme expression politique de la domination économique du capital sur le travail vivant. Cet État peut prendre toutes les formes possibles : il sera toujours l’arme de défense du capital. C’est-à-dire de la bourgeoisie au pouvoir. La révolution prolétarienne a pour but de le détruire et de le remplacer par une organisation entièrement nouvelle où les producteurs libérés du joug capitaliste seront, enfin, maîtres de leurs produits.




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