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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La révolution au service de l’amour
Archinoir, n°1, Février-Mars 1969, p. 10-19.
Article mis en ligne le 1er mai 2013
dernière modification le 6 novembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Le dépassement des interdits qui marquent la vie quotidienne de l’ère religieuse stalino-chrétienne est indissociable du dépassement des transgressions de ces interdits.
Contre toute condamnation morale ou judiciaire la vie sexuelle de toutes les (Minorités sexuelles) EST libre, les boucs émissaires que les potaches de ministère ou de salle d’étude qualifient de pervertis ou de déviés PEUVENT JOUIR sans risquer discrédit ou prison. Que cette vie sexuelle.soit le résultat d’influences néfastes (l’autoritarisme ou le silence de l’éducation actuelle) ou qu’elle soit une inclination naturelle (de toute manière certaines influences faciliteront toujours une tendance plutôt qu’une autre), là n’est pas le problème et il n’existe. plus à partir qu moment où chaque individu peut choisir le mode de jouissance qui lui convient.
La réalisation sexuelle de ces ((minorités)) est la réalisation des transgressions, mais non leur dépassement. Les groupes sexuels (homo-sexualité, exhibitionnisme, pluralisme....) ouvrent une brèche pour une liberté sexuelle totale, laissant entrevoir une régénération de l’amour. Mais cette vie sexuelle est indépendante de la réalisation de l’amour, qui est dépassement des interdits et des transgressions.

"Le rapport le plus direct, le plus naturel et le plus nécessaire à l’être humain est le rapport de l’homme à ua femme. Dans ce rapport naturel, le rapport de l’être humain en tant que membre de l’espèce humaine avec la nature est immédiatement sa relation avec l’etre humain, de même que sa relation avec l’être humain est sans intermédiaire avec la nature, sa propre fonction naturelle" (Marx, Manuscrits de 1844).
Ce rapport de l’être humain à l’être humain peut devenir exclusif, Que cette exclusivité soit les miettes du mythe de l‘amour (d’Héloïse et Abélard à Bonnie and Clyde) même utilisées par là société pour mieux la tourner, qu’elle fasse partie du processus d’appropriation de la nature par l’homme, l’homme s’appropriant son désir pour ((connaître la vérité dans un seul corps)) (RIMBAUD), ou qu’elle soit régie par des troubles, des manques ou des choses psychiques se traduisant par la tentative de SE retrouver d’une manière absolue dans un SEUL être, la cause de cette exclusivité m’importe peu si aujourd’hui j’aime, si l’amour me permet de supporter la vie et si, pour aimer, je suis amené à une radicalisation de la vie quotidienne.
Les transgressions des lois chrétiennes se sont enfouies dans l’imaginaire et n’ont été mises à jour que lors de ruptures l’amour - passion des troubadours surgit du marasme dans lequel gît l’amour au Moyen-Age, Don Juan,-Sade utilise l’érotisme comme arme subversive, les Romantiques allemands, Baudelaire.... Glissant du réel à l’imaginaire, les transgressions ont transformé le désir en une velléité spéculative. En effet, l’organisation du désir, en voulant confisquer les signes du désir et le stimuler par des procédés contraignant, le fait fuir vers l’imaginaire ; il a ainsi une fonction économique. La féminité est utilisée par la publicité (le corps-type), par la T.V. (le sourire type), par la radio (l’information type). L’ essentiel de l’individu est masqué par le fard de la productivité et le choix est limité à un choix de spécimens, de marchandises.
Dans un chapitre sur le mal de survie, Vaneigem écrit : "On le sait, la consommation de biens - qui est toujours dans l’état actuel une consommation de pouvoir - porte en elle sa propre destruction et ses conditions de dépassements La satisfaction du consommateur ne peut ni ne doit jamais être atteinte ; la logique du consommable exige que soient crées de nouveaux besoins, mais il est aussi vrai que l’accumulation de ces besoins falsifiés accentue le malaise de l’homme maintenu, de plus en plus malaisément, dans son unique état de consommateur. De plus, la richesse en biens de consommation appauvrit le vécu authentique. Elle l’appauvrit doublement, d’abord en lui donnant sa contre partie en choses ; ensuite parce qu’il est impossible, même si on le voulait, de s’attacher à. ces choses puisqu’il faut les consommer, c’est-à-dire les détruire. De là un manque à vivre sans cesse plus exigeant, une insatisfaction qui se dévore elle-même. Or ce besoin de vivre est ambivalent ; il est un point du renversement de perspective" (Traité de savoir-vivre).
Le renversement de perspective dont il faut trouver l’origine dans les noyaux d’exigences radicales que furent les aventures poétiques ou artistiques du passé se trouve d’autant plus confirmé que l’amour et l’érotisme sont plus déchiquetés ; derniers sursauts dé vie ils sont écartelés par une discontinuité qui les nient, ils ne peuvent qu’exceptionnellement émerger de l’inertie, de l’immobilisme, de la réification du désir et c’est l’affolement sexuel qui cherche la faille... mais il patine dans le vide, il ne sait plus à quoi se rattacher, il se rattache donc à tout... en attendant de se rattacher à tous.
Le mythe de Tristan (la passion amoureuse n’existe que lorsqu’elle se heurte à des obstacles) ou le mythe de Don Juan (la passion érotique comme recherche désespérée de l’essence dans un être) ont été profanés, vulgarisés, absorbés par le monstre capitaliste qui le réutilise comme marchandises. L’amour est une force économique, la famille produit du travail et de futurs travailleurs, les amants, qui mènent une vie pseudo-artistique dite vie de bohème, produisent leur contestation de spectateurs béats ou des gadgets culturels. Et lorsque l’amour est insuffisant comme force d’exploitation, c’est l’érotisme qui s’affiche sur les murs : ’l’érotisme transformera votre vie conjugale !" (( Si votre amour s’ébranle, branlez-vous mieux !) On peut voir ces slogans d’hebdomadaires putrides à côtés d’autres slogans tels "Je jouis dans les pavés” ou "Amants, faites-vous de plus en plus jouir !". La perspective du pouvoir et le pouvoir de la perspective détournée s’affrontent dans la rue c’est là que se trouve le point de dépassement.
D’autre part la Suède montre combien la soit-disant liberté sexuelle peut-être utilisée : les brochures pornographiques rapportent de l’argent et surtout l’ammolissement de la contestation est réussi à cause d’une pratique sexuelle dite-libre mais séparée, c’est-à-dire manipulée par l’état et ne s’accompagnant pas de la libre action de chacun sur sa vie. L’érotisme devient un précieux dérivatif aux idées de révolte. Cet érotisme de discontinuité est fondé sur des perspectives spécifiquement immédiates (le temps, l’espace et le désir étant bâillonnés pour un plus grand profit), et sur la concentration du désir sur une ou deux zones érogènes (la publicité et l’éducation terroriste spécialisant le désir). Il ne peut se réaliser que dans une pratique quotidienne non soumise au travail, au profit.
De même que l’art en décomposition constante depuis Dada se réalisera par la création de situations passionnées, l’érotisme se réinvestire au sein même de ces situations par la décongélation de la vie et la dynamique de chacun pouvant aller à l’encombre de hasards. Mais l’art, la poésie, l’amour et l’érotisme survivent comme activités séparées à l’heure où j’écris. La dialectique du présent vécu et du projet révolutionnaire fait que pratique artistique et pratique amoureuse, entre deux moments révolutionnaires, restent séparées. Ils ne sont pas seulement engagés dans un processus de décomposition, mais ils sont encore des moyens de connaissance et d’interprétation de soi et du monde ainsi que des moyens d’action sur soi et sur le monde.
L’amour et l’érotisme ne pouvant s’animer que dans le Tous, sont vécus à des stades expérimentaux ; avant de se dissoudre dans la totalité ils sont vécuâ d’une manière.séparée soit par deux etres qui se sont choisis exclusivement, soit par un comportement amoureux pivotai, soit suivant les différentes variantes des groupes érotiques.
Moins les interdits sexuels pèsent sur les individus plus ceux-ci ont de facilité pour choisir l’être complémentaire.En effet le christianisme, qui étouffe toute jouissance du moment vécu, élève chez les êtres, le bosoin de varier de partenaire en repoussant toujours la possession de la vérité et du bonheur, en reportant leurs désirs dans un "au-delà", et ce n’est pas le spectacle quotidien des couples unis ou des bons ménages qui prouve le contraire. De plus l’esprit chrétien est prêt à démériter de l’innocence du coup de foudre ou de la révélation qui font changer notre rythme cardiaque ou s’obscurcir notye pensée.
Lorsque pour le christianisme (ou pour toute église bureaucratique soumise à une éthique de productivité) il est question d’amour exclusif, il n’est qu’une phase du cheminement vers Dieu, la patrie ou le parti : on sert ainsi ceux-ci en se sacrifiant pour l’autre, en souffrant en vivant pour l’autre. Et l’on cite des exemples où l’amour unique a triomphé grâce à dieu ou à une éthique ; mais il n’est pas certain que ceux-ci ne soient pas là pour éponger les bavures que la vie quotidienne entraîne inévitablement, bavures qui au lieu d’être éclaircies, sont laissées intactes au détriment de frustrations ; celles-ci se traduisent alors par du terrorisme sexuel à l’égard de toute tentative, de libération, par une volonté de puissance (arrivisme social, politique, artistique}, par un débordement de sensiblerie humanitaire aux dépents de toute analyse (dames patronnesses, U.N.E.S.C.O), se traduisant surtout par un plaisir - angoisse qui replie l’individu sur lui-même et l’empêche d’entrevoir des solutions collectives aux inégalités sociales ("les gens ne se mettent jamais d’accord") et tout le fumier de l’individualisme bourgeois.
Les déceptions font place aux déceptions car les gestes sacrés de transgressions, telle la défloration, non seulement ne peuvent plus etre renouvelés une fois profanés, mais ils sont de plus illusoirement sacrés dans un monde profané. D’autre part l’image sociale de la consommation de l’amour est dominée par des moments désirables par postulat, à distance ; et dans ces moments assignés à la vie, ce n’est que le spectacle de l’amour qui se donne à voir et à reproduire, c’est-à-dire l’amour codifié par des images types, par un gestuel type dont se font le porteur les films, les romans, les hebdomadaires, produits de la décomposition de la créativité d’une société qui fait inévitablement passer la consommation de l’amour par l’amour de la consommation : la chambre à coucher, la femme à baiser, les capotes anglaises. Se fait aussi le véhicule de ce code le sentimentalisme social qui gangrène l’amour et se traduit en extériorisations figées : visites familiales ou protocolaires, toute espèce de cérémonie, les masques portés ou rôles joués dans certaines circonstances sociales, les regards échangés traduisent une fausse communication spectaculaire, toute vanité ressentie à deux pour réagir à un vide de réciprocité.
C’est alors que dans cet inextricable réseau amoureux, où les signes (les signaux) supplantent le sensible, les déceptions ne sont compensées que par la promesse d’une déception nouvelle.
Après une déception ou une rupture, les moyens de connaissance propre à l’amour, devenus sans application, tendent de toutes leurs forces à se réappliquer, car la position spéculative est intenable. De toutes leurs forces ils tendent vers l’essence que chacun cherche chez autrui, et ce sont les passionnés aller-retour de l’être à l’essence et de l’essence à l’être. Nerval, pris dans l’imbroglio idéaliste du romantisme, n’a jamais pu revenir à l’etre ; Breton, qui ne put pas faire un être réel de l’etre immédiat et sensible que fut Nadja, semble avoir atteint son point maximal du perfectionnement de l’amour avec la femme d’”Arcane 17".
La société capitaliste putrifie l’essence propre à chaque individu (manipulation spéctaculaire des rôles sociaux, arrière-pensées jamais exprimées qui crispent le regard, primauté des soucis ayant trait à la nécessité de survivre, les sacrifices de la bonne fausse conscience : militantisme borné voué à la seule lutte révolutionnaire ou concessions charitables et pitoyales faites à la famille...) et seules des failles ; dans le réseau des relations humaines permettent la cristallisation de deux êtres.
Mais même lorsque le passage de l’essence à l’être se révèle quotidiennement satisfaisant (ce passage étant nécessaire car pour vivre l’individu doit déterminer, préférer), même dans des conditions où il apparait qu’aucune amélioration essentielle ne puisse être apportée par un nouveau changement d’être et une nouvelle approche de l’essence (toute justification morale ou économique étant rejetée), alors même peut surgir du désir pourtant accaparé un mouvement vers un nouveau perfectionnement : ces regards échangés dans les rues, ces mouvements imperceptibles d’être vers être dans une assemblée, ces rencontres de hasard, ces déambulements en ville dont le désir ne retient que ce qui le sert et annihile le reste, ces rêves de femme (à ne pas confondre avec les rêves qui éliminent dialectiquement ce qui serait néfaste à la poursuite en avant de la vie, qui évitent des retours en arrière : ainsi les rêves dans lesquels des zones d’érotisme morbide remontent à la conscience par des chemins à déterminer).
C’est à la pratique quotidienne (liée à la pratique théorico-politique) d’apporter des solutions ou de ne pas en apporter ; la connaissance de la dynamique du désir et de son action fera la part du tragique et du discernable.
Si l’amour et la pratique révolutionnaire peuvent être une solution au tragique en ouvrant une large faille vers une réalisation totale de l’existence, ils sont aussi une condition du renouvellement de ce tragique car l’action (dans le sens rimbaldien où la poésie est en avant de l’action), l’action amoureuse et l’action révolutionnaire nous placent à chaque instant devant des zones noires à examiner. En se coupant d’une critique globale, le surréalisme (excepté deux individualités : Breton et Perret) a dégénéré en mistique, ce qui le maintient à la surface du spectacle culturel. Certes ! D’autre part le rejaillissement de la radicalité révolutionnaire avec l’internationale Situationniste se trouve pétrifié, de par une démarche toujours philosophique, dans un nouveau système dont la clef de voûte est la Totalité ; l’I.S. se place ainsi comme la seule référence radicale, ce que JE refuse, comme toute référence, non sans y avoir pris, comme dans tout système, les éléments qui ME servent dans la la pratique quotidienne.
En effet si aujourd’hui, devant une "zone noire" à explorer, l’amour me porte au devant du vers du Troubadour Arnaud Daniel : "Chaque jour je m’améliore et me purifie” ou de telle phrase d’un article d’"Archibras" : "l’amour nous donne à conquérir ce que nous sommes au prix de ce que nous ne sommes pas", que m’importe alors de me référer à la cohérence de la dialectique ! J’utilise, pour démêler telle situation tout instrument pouvant m’aider en dépit de la dialectique de la cohérence.
L’amour est aussi la volonté d’une purification quasi-alchimique, d’un dépassement de nos limites, d’une aventure vers l’inconnu, il est la recherche de mon essence et de mon être, recherche aussi de l’immuable et de l’absolu dans le mouvement de la vie.
Le changement de partenaire EST UNE APPROCHE DU SEUL ETRE qui, à ce moment précis de ma vie et alors qu’il s’est dévoilé antérieurement dans des etres successifs, est apte à agiter la stagnation, à détruire l’isolementf à remplacer la discontinuité par là continuité quotidienne, qui seul peut apporter la solution à un besoin indéterminé, mais paraissant s’y adapter si parfaitement qu’il révèle à posteriori ce besoin comme vital. Ce besoin peut avoir des origines psychique (retrouver l’amour du père ou de la mère, remplacer la perte de l’un ou de l’autre...), il peut avoir des origines culturelles, souvent dépendantes des premières (revivre le mythe de Tristan et Yseult), il peut êtré aussi le besoin d’exclusivité dont il a été question plus haut.
Déjà dans le société d’interdits’et de transgressions.cette discontinuité peut être localement brisée. Lors de certaines situations privilégiées, en certains lieux, souvent aussi lorsque notre dynamique de vie baisse au point d’entrevoir des fins désespérées, surgissent du marasme de l’incommunication des étincelles vite consummées si elles ne rencontrent pas une réceptivité prête à les enflammer ou un désespoir prêt à espérer.
Dans la société actuelle, des circonstances (de lieu, de temps, d’état d’esprit inséparables des rapports de production et de consommation du moment) disposent en faveur de tels court-circuits. C’est à ce moment là qu’il ne faut pas désespérer de la spontanéité, du premier mouvement. C’est à ce moment là que tout finit ou tout commence. Cet instant de rupture du lacis social d’où surgissent deux êtres est prêt à resombrer dans l’obscurité si une dynamique de vie ne s’installe pas immédiatement, c’est-à-dire si le temps de vie ultérieur (rencontres ou vie à deux) n’a comme source de vitalité que l’instant du coup de foudre, s’il ne vit que sur la lancée du premier mouvement, s’il devient un temps mythique voué au culte de la "première rencontre" (d’autant plus si celle-ci fut marquée du sceau spectaculaire : baratin, sortir une fille . pour épater ou pour ne pas être le seul à ne pas le faire...). C’est cette dynamique de vie qui fait de la réalisation de l’amour comme de la réalisation de la liberté, une force extrême de radicalisation révolutionnaire.
A tout instant le cadre formel des rapports individuels est aux aguêts pour combler la moindre faille. A tout instant le vide ou la non compréhension peuvent se réinstaller en empruntant des chemins les plus divers : attitudes statiques, corps figés, mots lancés hors de toute passion, regards consternés et sourires crispés, réactions calquées sur celles de l’entourage, PARAITRE un couple plutôt que de VIVRE passionnémerit son amour... et la discontinuité s’installe et la passion tombe.
Les rapports sexuels où tous les raccommodements sur l’oreiller ne seront qu’une morbide comédie faisant baisser à chaque coucherie le tonus amoureux, l’orgasme n’étant pas atteint. Le maximum de continuité communicative et de transparence est indispensable pour l’obtention de la jouissance orgastique ; en retour l’orgasme est un véritable chargeur amoureux lorsque les excitations nerveuses s’y sont complètement déchargées (avec plaisir et sans angoisse). Ce maximum de transparence, de continuité n’est réalisable que par une critique radicale de la vie quotidienne.
La base de cette dynamique de vie est un débroussaillage constant des deux machines mentales qui se côtoient ; il est indispensable que les deux êtres puissent confronter leurs expériences, donc que leur vie ne soit divisée ni par la spécialisation économique de la femme - ménagère et de l’homme - gagne pain, ni par des travaux les séparant de - huit à dix heures par jour (leur amour se réduisant.à la coucherie quotidienne)
Une fois annulées ces séparations et ces spécialisations, le débroussaillage est possible :

  • amener à la conscience les troubles psychiques que l’éducation autoritaire a créés, spécialement les liens sexuels morbides existant entre parents et enfants, qui entraînent un refus de l’autonomie et un recul devant les étreintes sexuelles. Pour cela une psychanalyse à deux est nécessaire (même en cas de troubles graves la consultation d’un quelconque flic spécialisé dans la psychanalyse ou la psychiatrie ne peut qu’aggraver le mal. La vie quotidienne et la pratique théorico-politique sont des réserves de Solutions). Cette psychanalyse à deux radicalise peu à peu les deux subjectivités et clarifie leurs revendications au plaisir, à la vie.
  • pratiquer un dévoilement quotidien des rêves, pour que les chemins du désir, ne s’empêtrent pas dans les marécages de l’inconscient, pour rompre le cloisonnement bourgeois de ce qu’est appelé "vie privée". La contradiction dialectique qu’apporte le rêve par rapport au mouvement de la vie élimine de la conscience (dans certains cas) ce qu’entraverait’ sa marche à l’avant, ce qui ne pourrait être assimilé dans la pratique des deux individus, ce qui brouillerait la transparence. Il est essentiel de dicerner quelle est la dialectique du désir par rapport au rêve et la veille.
  • être l’observateur de sa vie psychique, dénoncer tout ce qui est capté en mettant au jour la moindre pensée, la moindre image ou la moindre attraction avec lesquelles la vie ne manque pas de nous assaillir et qui sont autant de germes spoliateurs si conscience n’en est pas prise à deux. Ces images d’érotisme morbide peuvent se développer lorsque l’esprit s’ensable alors que le corps est livré à des gestes mécaniques, c’est- à-dire lorsque la créativité ou le jeu ne dominent pas le travail. Elles assaillent l’esprit pour combler le temps mort.
  • faire violence au langage pour enlever la gangue pestilentielle dont la société entoure les mots. Quoi que ce soit le pouvoir qui possède la manipulation du langage, l’écriture automatique peut être un instrument de dévoilement de désirs, de communication ou d’anticipation.
  • le jeu (danse, mouvements corporels, positions sexuelles, langage en onomatopées ou en mots déformés) permet une déstructuration du corps, permet à la cuirasse psychosomatique créée par l’éducation de se fissurer et d’éclater, permet la création d’un langage dynamique et d’un code spécifique aux-deux êtres.
  • le jeu permet de retrouver la spontanéité de l’enfant ; celle-ci empêche l’individu de s’identifier aux rôles sociaux (rôles de travailleur, de militant, d’étudiant, de chef...) et lui fait prendre du recul par rapport à eux lorsqu’ils sont inévitable. Le rôle social devient jeu, il n’est pas pris au sérieux, ce qui renforce l’autonomie et la plurivalence des deux subjectivités. Le jeu sexuel prélude à l’apport du maximum de jouissance (lorsqu’il suit
    une pratique ludique bien entendu et non lorsqu’il est un instant de sale plaisir insatisfaisant grignotté à la médiocrité de la vie ; (la mentalitédu "toujours ça de pris") il prépare l’orgasme maximal et l’angoisse minimale, .
  • les jeux a deux sont à exploiter dans toute situation, en tout lieu, à tout moment ; ils sont d’autant plus satisfaisants et communicatifs qu’ils vont à l’encombre des gestes mécanisés et utilitaires de l’entourage.

Cette énumération de moyen technique permettant un maximum de débrouissaillage, de transparence, de continuité est infime à coté de la créativité inexploitée des individus, qui pourrait surgir à chaque seconde créer des situations passionnantes, si elles ne se heurtaient chaque fois aux barrières sociales, .
Quoi qu’il en soit il est possible déjà d’atteindre une transparence relative par une exigence de vie dont dépendent la dynamique et la radicalité révolutionnaire.

  • toute activité étant à repassionner, une vie d’étudiant déssèche toute tentative amoureuse, ne serait-ce que par les imposés. Le travail à l’usine tel qu’il est conçu actuellement peut difficilement s’allier à l’amour (voir comment les travailleurs, pour fuir la monotonie de leur travail, se défoulent en pensées-érotiques, histoires grossières, allusions sexuelles, obsessions des cuisses de femme...) ainsi d’ailleurs que tous les travaux à horaires rigides.
  • Il en est de meme pour toutes les dépendances ; une dépendance artistique (par exemple une collectivité théâtrale) fourmille d’obligations ; de travail, d’horaire, de rapports humains. En ce qui concerne la dépendance politique, l’appartenance à un parti léniniste ou à une organisation anachro-bureaucratique entraîne des devoirs de militant et des rapports hiérarchisés ; ces rapports séparent les amants car ils les obligent d’une part à adhérer à un rôle spectaculaire de militant "sérieux" ("il faut être sérieux", telle est la devise troksyste), d’autre part à s’identifier à celui qui sait, donc à attendre tout des militants dits "formés". La transparence amoureuse est immédiatement brouillée par les référence spectaculaires respectueuses et admiratives dues aux leaders.

En outre le principe de contradiction n’est pas apprécié dans les organisations léninistes où la parole est annihilée par le discours qui manipule les individus : c’est le terrorisme des militants professionnels ; comme dans les rapports de consommation le discours sépare les individus.
Arrachons au Vieux Monde "tout I’espace” et "tout le temps" que nous pouvons. Vivons le temps et dans l’espace de l’enfant qui ne discourt pas sur son présent mais qui le VIT, qui ne le réduit pas seulement à de futurs souvenirs.

  • il est nécessaire de briser le statisme de la vie ; statisme de lieu, d’occupation usent les gestes et les mots, dégradent les échangent passionnés. Par les ruptures de l’immobilisme le temps d’adaptation disparait ; le temps ne s’écoule plus, tout est présent ou attente passionnée ; il n’y a plus d’attente vide.

Mais cette dynamique de vie, pour ne pas se retrancher dans un isolement qui l’écarterait des luttes sociales, qui nuirait donc à la radicalisation quotidienne et qui briserait de ce fait l’amour, doit toujours se confronter à la lutte des classes. Il est indispensable que les expériences des deux êtres soient reliées à d’autres expériences et cela dans un groupe révolutionnaire. Le groupe révolutionnaire autonome, c’est-à-dire non soumis à des contacts politiques ou humains qu’il ne choisit pas est la base moyenne de la radicalisation des individus en faisant partie.
En évitant de soulever dans les comportements caricaturaux des néo-léninistes ou néo-anarchistes, qui reproduisent dans leur vie quotidienne la misère actuelle à un point tel qu’on se demande s’ils désirent réellement "changer la vie" et "transformer le monde", il est indispensable que les deux êtres participent’aux luttes sociales car seule la pratique révolutionnaire permet de retrouver "l’être social" des individus s’unissant pour lutter, "être social" si désamorcé dans les séparations quotidiennes, et seule la pratique révolutionnaire nous permet d’avoir une action, si tenue soit-elle, sur l’hstoire, que chacun s’appropriera avec la réalisation du projet révolutionnaire. Durant les luttes la relative transparence des deux êtres est mêlée à la relative transparence des rapports des moments révolutionnaires et s’y fond.




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