Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Éditorial
{Autonomie pour le communiste}, n°1, 20 Avril 1979, p. 1.
Article mis en ligne le 20 avril 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

On reconnaît qu’un mouvement devient une force politique lorsque la compréhension bienveillante et la neutralité feinte font place à la méfiance, pire, à l’hostilité manifeste. Soyons clairs, l’autonomie n’est plus une curiosité sociologique, mais bel et bien une force politique qui compte. A ce titre elle effraie. Pas seulement la classe politique et les media traditionnels dont on sait bien ce qu’on peut en attendre, mais également du côté de Libération. Reconnaissons à ces derniers un puissant réflexe d’autodéfense. Il s’agit de conserver 35 000 lecteurs en gardant jalousement l’hégémonie journalistique sur le mouvement. Toute construction d’un projet politique en son sein est ressentie comme une menace pour l’équipe accouchée par le cadavre de la Gauche prolétarienne. De l’occupation de Libé par les autonomes de l’automne 77, à la manif du 23 mars 79, combien d’escarmouches, d’espoirs, de désillusions, de trahisons surtout. Voyons les choses en face : depuis plus de deux ans, Libé est la boîte postale de l’autonomie (revendication, appel aux A.G., courrier des lecteurs, Champs libres, etc.) Boîte postale avec le droit de censure et le filtrage que chacun sait. Utilisé avec intelligence par l’autonomie naissante, comme unique moyen de faire circuler un minimum d’information, Libé, quotidien de défense des ghettos, nous accordait généreusement - de temps en temps - une demi-colonne, coincée entre la disparition des vespasiennes et le compte-rendu du tournoi d’échecs Karpov-Korchnoï. Accord tacite entre Libé et les autonomes sur la base d’un statu-quo : "on vous laisse nous utiliser comme tribune, parce que vous êtes un ghetto". On peut avoir l’intelligence de sa survie et manquer d’intelligence politique...
Libération a refusé de publier l’appel des autonomes à la manif du 23 mars que nous reproduisons intégralement dans le numéro 1 d’"AUTONOMIE". Les mêmes n’ont pas dit un seul mot de la conférence de presse de la coordination autonome, mais ont publié intégralement celle de la C.G.T. Plus grave, quant à la revendication de l’attentat criminel perpétré contre le foyer juif par des fascistes malades de la peste (brune). Le démenti formel du mouvement sera assez clairement exposé par l’ensemble de la presse, sauf Libération qui ménage une ambiguïté criminelle sur la parrainité de cet attentat. La coupe est pleine.
Dans la série des débilités provocatrices, "L’Humanité" nous suffisait. Plus le mouvement se renforce, plus les coups pleuvent sur lui. C’est la vaste parano à droite, au centre, à gauche, voire à l’extrême-gauche.
Bref, la marche du 23 mars, c’est l’état d’urgence dans l’autonomie, le point de non-retour. La victoire politique et militaire que le mouvement a assuré contre l’Etat et la C.G.T. provoque les réactions classiques : le PC, fidèle à sa tradition parle de manipulation policière dénonçant les militants révolutionnaires comme agents provocateurs. Du côté Etat-flic, on a du mal à s’en remettre, et Giscard a des vélléités d’interdiction des manifs. Les chiens aboient... Branle-bas de combat chez l’ennemi de classe, ça s’agite dans tous les sens, les deux catégories de flics (gardes mobiles et S.O. C.G.T.) s’accusant mutuellement de n’avoir pas pu empêcher le débordement. "L’Humanité" s’est trouvé un Le Xuan dans le cortège autonome et Libération un colonel du S.D.E.C. On les embrasse bien fort et on tire la chasse ! ! !
Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Pourtant, la lune était belle, ce soir-là. Les flics en débandade devant les charges, le S.O. central de la C.G.T. évaporé, sidérurgistes de Longwy et autonomes côte à côte. N’en déplaise au délégué C.F.D.T., nous étions bien ensemble, le 23 mars, et depuis la Porte de Pantin. Mais vous n’êtes pas obligés de tout savoir, cher Biaise ! Oui, la soirée fut belle, et elle le fut plus encore pour ceux de nos camarades qui étaient retenus au dépôt du Palais de justice et dans les différentes B.T., quand ils apprirent les événements de la soirée. Et les flics qui, par les interpellations préventives, croyaient éviter l’affrontement ! Pauvres naïfs !!!
Reste l’avenir du mouvement. Sans triomphalisme excessif, on peut le voir assez sereinement. La jonction effective des bouts de lutte radicale dans les af frontements du 23, s’est correctement réalisée. Des camarades des PT.T. aux jeunes prolétaires de banlieue, en passant par les sidérurgistes de Longwy, la même nécessité de rupture brutale contre flics et syndicats est clairement apparue. Mais, reconnaissons-le, ce niveau de violence, s’il ouvre la voie à un approfondissement des rapports entre les différents secteurs de classe, laisse, malgré tout, un goût amer dans les bouches. Longwy, Denain nous montrent le chemin. Le chemin de la radicalité, certes. Celui de la garantie de l’emploi ? Sûrement pas. Peu de mots d’ordre de classe ont été entendus dans le cortège "autonome élargi". Détermination et haine de classe peuvent suffire sur un moment politique de manifestation violente, mais ils ne portent pas seuls le levain de l’expansion du mouvement. L’espace politique ouvert sur l’échéance du 23 est à couvrir. Et la tâche est immense. En particulier, à travers ce journal, porter les revendications prolétaires qu’il faut mettre en avant aujourd’hui, est un des buts que l’équipe de rédaction s’est fixé. Il est clair que la lutte engagée contre l’Etat et le P.C. passe aussi par là. Le mot d’ordre central de l’autonomie ouvrière "revenu garanti pour tous", est à introduire, expliquer, développer dans tous les secteurs d’intervention de l’autonomie. Restent à définir précisément ces secteurs, les médiations, les lignes à mettre en avant. Les principaux collectifs autonomes parisiens ont fusionné dans ce but : transformer l’adjonction de bouts de pratiques autonomes en projet politique global de classe. Vaste programme pour assurer au mouvement développement et solidité.
L’autonomie doit toucher tous les secteurs en lutte en renforçant son point d’ancrage dans le jeune prolétariat. Le nouveau mouvement révolutionnaire doit prendre racine partout où souffle le vent de la révolte, de l’offensive contre ce travail, ces salaires, cet état de merde. La pénétration des idées et pratiques autonomes dans les usines, C.E.T., lycées, facs, sur tout le territoire s’opérera au prix d’efforts militants, d’efforts d’organisation dont il faut aujourd’hui mesurer la nécessité. Renforcer les liens avec la province est également un objectif immédiat. Des bases d’autonomie ouvrière se sont révélées, et pas seulement dans le Nord et en Lorraine. Quels sont nos moyens actuels de jonction, de débat, d’élaboration de projet commun ? Il faut que l’autonomie cesse d’être parisienne. Les problèmes posés par la manifestation d’une volonté commune de fonctionnement politique global, ne se résoudront que par la capacité des camarades du mouvement à foutre à la poubelle toute la vieille sauce des déçus du gauchisme. Les réflexes anti-organisationnels et le refus du militantisme n’ont de légitimité que pour porter l’estocade aux projets viciés d’idéologies mourantes. L’heure est venue pour le mouvement de puiser dans ses forces vives tout ce qui peut renforcer nos espaces de contre-pouvoir, pour que lutte de classe et mouvement révolutionnaire retrouvent une réalité, quelque peu émoussée ces dernières années.
Dans l’Europe de Stammheim et des 4 de St-Lazare, le 23 mars ne fut qu’une illustration de la phase qui s’ouvre : celle de l’aggravation de la crise du capitalisme, de la puissance des luttes ouvrières et surtout, si nous nous en donnons les moyens, un formidable développement du mouvement révolutionnaire. Autonomie et guerre de classe. Chacun sait que notre combat contre l’État ne se règlera pas à 2000, avec des fleurs. Nous ne serons pas 100 000 si facilement, et combien de camarades à Fleury, à Fresnes, à La Santé ? Les meilleures ripostes à opposer la criminalisation et à la répression qui s’abat sur le mouvement restent nos capacités à briser le mur du silence. De "L’Humanité" à "Minute", en passant par "Paris-Match" et "France-Soir", le tas de conneries débitées sur l’autonomie restent malheureusement les seules sources d’information « grand public » sur le mouvement. En dehors du petit cercle d’initiés qui « vivent » l’évènement, le point de vue des autonomes reste bloqué. La fonction d’un journal autonome à parution régulière est aussi de bouleverser cet état de fait.
Approfondir le débat politique, élargir les champs du mouvement, rendre compte du travail réalisé dans les secteurs d’intervention, ouvrir les cotonnes à la province. Qu’il soit point de convergence des pratiques déjà existantes, et point de départ de nouvelles pratiques, ce journal, au tirage d’abord modeste, à l’intention de s’adresser au mouvement révolutionnaire, comme outil de travail politique, comme un matériel de contre-information... qu‘on est sûr de retrouve deux fois par mois... en attendant de faire mieux.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53