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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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23 mars : le point de non retour
{Autonomie pour le communiste}, n°1, 20 Avril 1979, p. 2.
Article mis en ligne le 20 avril 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Janvier 1979, Saint-Lazare, par hasard ?
23 mars 1979, C.G.T. débordée, mieux qu’le 22 mars 68
Entre eux, Denain, Longwy, nous montre le chemin
De Saint Lazare à Longwy, Denain, de Sedan à Paris. Quelque chose à changé irrémédiablement. Double coupure, ce premier trimestre 1979 : pour le mouvement de lutte de classe, pour la gauche révolutionnaire. A l’unisson de la situation internationale secouée pour longtemps par la révolution iranienne. A point nommé avant l’échéance européenne. Le bruit de l’émeute des sidérurgistes, quel craquement : l’euphorie arrogante des droites après leur victoire de mars 78 n’aura dansé qu’un seul été. Quel cadeau pour le baptême du feu de l’Etat européen ! Peut-être plus inquiétant encore que les élections anglaises et italiennes où travaillisme et "compromis historique" de l’austérité vont consommer leur faillite jusqu’à la lie ! Ici pas d’alternance envisageable et bien réglée : le pouvoir dure dans et par la crise des droites et celle des gauches. Le nucléaire est remis en question partout en Europe et aux Etats-Unis depuis la bulle atomique, soit le zéro pointé pour la "sécurité absolue" promise par les experts stipendiés. En France, on continue. Comme à Malville, comme à La Hague. Et jusqu’au Longwy du nucléaire. Car tout cela peut craquer de haut en bas ! Comme le consensus, en bloc, en commençant par ceux qu’on attendait le moins.
Tout ce qui (se) compte comme force politique patentée a flairé qu’avec la sidérurgie on touchait un gros point sensible. Pour un temps - oh très court, l’espace d’une cantonale - la gauche a revêtu l’habit de Polichinel de l’Union encouragée par le chœur funèbre des "unitaires" "sans ministres bourgeois". Contre-offensive ouvrière, importance de la période, jonction par ci, scandale de la division politique et syndicale par là. En attendant tout cela était si lumineux avant le 23 mars que la lutte des sidérurgistes aurait bien pu finir dans le ghetto du Nord, ou dans l’unité de tout le bon peuple (policiers, commerçants de l’Opéra compris) pour de l’emploi et de l’acier, ou pour l’autogestion des convertisseurs à en juger par l’invention, la créativité, le courage également de nos Tartarins du Parti révolutionnaire.
Le 23 mars, heureusement, il n’en a pas été ainsi. Deux raisons à cela et par ordre d’importance.
1 ) Le mouvement de classe n’existe pas seulement parce que les media le découvrent. Ni non plus en fonction de sa "respectabilité". On criminalise depuis des années implacablement, et stupidement. Résultat la dite "opinion publique", le système des partis et ses appendices de gauche, puis l’État dupé par sa propre manipulation, ne comprennent plus rien à ce qui s’est produit depuis 1973 dans la classe ouvrière. Nature, extension, profondeur du chemin parcouru pour que Denain soit pensable. Voilà beau sujet d’enquête sur la situation de classe aujourd’hui. Besoins, désir, volonté des centaines d’avant garde dispersées un peu partout dans l’hexagone. Tout cela a fait le 23 mars. La violence y comprit. Quand les lycéens se battent plusieurs heures durant à Marseille, après Caen, Rouen, Saint Nazaire, Nantes, sans même parler du Nord, il faut être un peu inconscient, assez peureux ou très opportuniste à l’envers pour passer sous silence le problème. Il faut surtout prendre les ouvriers pour des imbéciles si c’est pour leur offrir le muguet du Premier mai en primeur, avec sans doute une faveur pour les gentils membres des forces de l’ordre. La lutte de classe n’est pas un dîner, ni même un pillage de gala, mais certainement pas non plus le Club Méditerranée !
2} La deuxième raison qui a fait le 23 mars, c’est la jonction désirée, voulue et préparée des "autonomes" organisés avec les sidérurgistes. Rencontre et pas simplement coïncidence du mouvement révolutionnaire qui se cherche et du mouvement de classe. Jonction aussi Paris/province. Jonction enfin de secteurs, de camarades que beaucoup de choses maintenaient aux antipodes. "Casseurs", "irresponsables", sans projet politique, "irrationnels", "désespérés", marginaux, derviches tourneurs du non travail, "manipulés", "provocateurs" selon l’imaginaire misérable, désertique des media, de la C.G.T,, de la Préfecture de police (à qui revient la palme ?) d’un côté. "Nantis", "dignes ouvriers", "privilégiés", "malades à l’idée de ne pas travailler pour la France, l’acier" de l’autre. Alors, que de contorsions pendant les événements de février puis le 23 mars pour séparer violents, d’éléments ouvriers-et-syndiqués. A la rigueur après Denain, on admet du bout des lèvres que quelques sidérurgistes dévoyés aient pu se joindre aux émeutiers, aux voyoux. Mais un défilé de sidérurgistes et d’autonomes parisiens bien mêlés autour d’une banderole de l’autonomie en signe de ralliement, ça jamais ! Il n’y a pas eu de 23 mars pseudo bon enfant, défensif, strictement régionalisé, bêtement vulgaire, suffisant et court de tête à l’image de ce S.O. de la C.G.T. qui a plusieurs fois protégé les forces de l’ordre. Tant mieux !
Et à la différence de la manifestation contre l’extradition de Croissant, l’adhésion des manifestants aux "opérations coup de poing" ne fait guère de doute.
Cette jonction, l’État n’en voulait pas et la craignant comme la peste. D’où une impressionnante opération de rafle contre les autonomes parisiens soupçonnés d’être "organisés". Et à sa tête, fait peu souligné, la brigade anti-gang qui se prend pour Zorro mais pourrait bien finir comme la Savak tant la mémoire de l’ordre est courte.
Comme si l’autonomie organisée se coffrait comme un gang de malfaiteurs, comme les services secrets et l’État major d’un mauvais roman policier. Vanité, et ridicule d’une police qui s’imagine mettre sous les verrous un mouvement et un projet politique. La vérité serait-elle que la police craignait les fusils ? Il est vrai que l’État maîtrise si bien la dialectique qu’il attend les armes là où surgissent les pieds-de-nez. Et qu’il ne nous est pas interdit de rêver au jour où il attendrait des bonbons et recevrait du plomb.
Pour nous autonomes, ce premier trimestre marque un point de départ. Le 23 mars est l’acte de naissance d’un projet de Mouvement révolutionnaire tout court. Toutes les tentatives précédentes auront été autre chose qu’une écume sans lendemain. Croissant, 1er mai, Campagne contre la hausse des tarifs publics, Saint-Lazare, c’est désormais la préhistoire.
La faiblesse de l’extrême-gauche organisée le 23 dans ses cortèges, mats surtout dans sa présence politique - ne parlons pas du reste puisque tout cela n’existe plus - devient aussi surréaliste que les péripéties institutionnelles de l’Union des gauches. Quel gâchis quand il reste tout à construire !
Pas d’illusion en effet. Le cycle ouvert par la manifestation Croissant et fermé depuis le 23 mars ne se renouvellera plus. Le contenu de la jonction du 23 mars reste encore flou. Autonomie, cortège dur et offensif. Mais au delà, les objectifs communs, le programme ou le projet ? Les échéances, l’intervention de longue durée, le débat politique ? Et si l’organisation c’était passer à ce niveau ? Après Saint-Lazare et le 23 mars, faire le point, lancer un mouvement ? Si nous, "autonomes" et tous ceux qui ont compris ce qui se passe, n’en prenons l’initiative, qui d’autre le fera-t-il ? Au premier mai par exemple, pourquoi pas notre propre manifestation, avec ce que nous avons envie de dire ?




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