Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
logo article ou rubrique
Conditions essentielles (suite) - 5 – Voline
Terre Libre N°47 – 25 Février 1938
Article mis en ligne le 15 février 2019

par ArchivesAutonomies

III

Nous avons posé le problème d’une façon concrète :

Au lendemain d’une révolution victorieuse, que faut-il faire de l’armée existante pour assurer au possible la tâche immédiate de la révolution : la sauvegarde d’une entière liberté d’action des masses laborieuses ?

Cependant, sous cet aspect, la concrétisation n’est pas encore complète.

J’ai parlé de ces premières semaines ou, parfois, de ces quelques premiers mois magnifiques où les masses laborieuses ne voient plus aucun obstacle se dresser devant leur libre activité.

Qui donc, généralement, vient menacer cette liberté ?

Aucun doute n’est possible là-dessus : c’est toujours, sous telle ou telle autre forme, un gouvernement, une autorité, qui, s’appuyant sur une force armée, menace, enfreint et, finalement, supprime la liberté en question. Si la révolution crée de nouveau un gouvernement, une autorité, elle anéantit du même coup une condition essentielle de sa victoire totale : la liberté d’action des masses laborieuses. Pour des raisons inéluctables (que je n’énumère pas ici, faisant une étude rapide), tout gouvernement, quel qu’il soit, est fatalement amené, dans un délai plus ou moins court, à s’opposer à cette liberté. Et s’il peut alors s’appuyer sur une force armée, il attaque la liberté. Voici pourquoi, le jour où une autorité est créée, quelle qu’elle soit, la liberté et, avec elle, la révolution toute entière sont en danger de mort.

Un gouvernement, une autorité, tel est, non seulement l’élément concret, mais — ça qui importe surtout — le seul élément concret qui peut supprimer la liberté et arrêter la marche d’une révolution victorieuse. (Je parle ici d’éléments intérieurs. J’élimine sciemment, pour l’instant, le danger d’une invasion étrangère dont nous nous occuperons plus tard).

Maintenant, notre problème se précise et se concrétise totalement. Formulons-le pour la dernière fois, d’une façon complète :

Au lendemain d’une révolution victorieuse, que faut-il faire de l’armée existante pour que l’entière liberté d’action des masses laborieuses soit sauvegardée : c’est-à-dire pour que toute éventualité de la formation d’une autorité s’appuyant sur la force armée soit définitivement écartée ?

Tel est le vrai problème concret à résoudre.

(A suivre)