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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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De la lutte révolutionnaire à l’Union sacrée antifasciste (suite) – Attruia
Terre Libre N°46 – 11 Février 1938
Article mis en ligne le 19 avril 2019
dernière modification le 13 janvier 2019

par ArchivesAutonomies

Au moment où l’on prépare l’opinion à l’acceptation de la guerre antifasciste, les révolutionnaires ne devraient pas se lasser de rappeler qu’aussitôt celle-ci déclenchée, les "libertés démocratiques" dont nous jouissons seront abolies et qu’ainsi, partant pour défendre la démocratie, le prolétariat combattrait sous l’égide de l’État non plus démocratique, mais... dictatorial, c’est-à-dire fasciste... Ce qui démontre que la guerre antifasciste n’est qu’une TROMPERIE à laquelle seuls les naïfs peuvent se laisser prendre. Malheureusement, nous aurons de plus en plus mal à nous faire entendre, car même l’Union Anarchiste a, sur cette grave question, une position contradictoire : d’un côté, elle affirme : "Pas de défense nationale en régime capitaliste", et de l’autre, elle crie : "Aide à l’Espagne antifasciste !" On oublie simplement de nous dire, et pour cause, que la guerre antifasciste d’Espagne est dirigée par l’État capitaliste resté DEBOUT et que les prolétaires sont envoyés à la mort pour le défendre. Bien entendu, ceux qui refusent de se faire tuer pour une cause qui n’est pas la leur : on les fusille ; et les militants qui ont le malheur de ne pas trouver ça très bien, eh bien, on les fourre en prison. Quant à ceux qui osent parler de transformation sociale, on les assassine en douce. Tout simplement.

Il faut qu’on sache que, dans cette Espagne soi-disant "antifasciste", règne la terreur contre-révolutionnaire. C’est ainsi que nous apprenons par Alerta qu’ils se comptent par centaines, "ceux qui ne peuvent plus dormir chez eux", car des gens, qui sont "nantis de papiers officiels"... "profitent des heures de la nuit pour faire le tour des domiciles de nos camarades et emmener ceux qu’ils trouvent chez eux et dont l’on n’entend plus parler". Le plus fort, "c’est que ces pistoleros assassins s’appellent antifascistes". Nous apprenons, en outre, que "pendant que les femmes et les enfants de ceux qui luttent et tombent dans les tranchées mendient et exercent la prostitution par besoin, les ministres et leurs satellites : les sbires de l’arrière-garde, jouissent et abusent de tout". Il faut savoir aussi que "seulement dans les prisons de la Catalogne, il y a plus de 3.000 ouvriers détenus" et que, dans l’espace d’une semaine seulement, "48 éléments fascistes sont sortis de la prison de Barcelone pour faire place à 60 antifascistes". Nous ne pensons pas qu’il soit utile d’insister : ces courtes citations démontrent clairement que, pour ceux qui ont conservé leur sens de classe, il n’y a que la liberté de se faire tuer sans broncher pour la défense du Capital, qui subsiste en Espagne "antifasciste".

Après ça, on pourra nous crier : "Cessons la critique !" Ce n’est vraiment pas le moment de se taire ! Et nous pensons qu’il est temps de dénoncer la trahison du prolétariat par ses dirigeants, en Espagne aussi bien qu’en France. Surtout quand on voit un Sébastien Faure déclarer publiquement que "l’ennemi numéro un est le fascisme, qui veut briser la liberté". Accréditant ainsi le prétexte qui permet, d’ores et déjà, au capitalisme français de préparer la guerre avec l’assentiment et le concours des dirigeants de la classe ouvrière. Personne n’ignore, en effet, que la prochaine guerre sera une guerre antifasciste. Autrement dit, une guerre pour la défense de la liberté que le fascisme veut "briser". Or, de quelle liberté s’agit-il ? De celle dont le capitalisme gratifie si généreusement le prolétariat, sans aucun doute, c’est-à-dire la liberté dans l’esclavage du salariat ! Car, en régime capitaliste, il ne saurait être question d’autre liberté : seule, la liberté de mourir au service du Capital y est admise. Quant à ceux qui n’entendent pas se soumettre à cette liberté, on sait ce qu’il en advient. Et c’est pour défendre cette liberté que des "anarchistes" s’apprêtent à réaliser ici l’union sacrée que la CNT-FAI ont réalisée en Espagne en abandonnant la lutte révolutionnaire contre l’État et en participant, quand la bourgeoisie a bien voulu leur permettre, au gouvernement soi-disant républicain. Ce qui est particulièrement surprenant, c’est que l’Union Anarchiste, qui approuve et défend sans réserves l’attitude de la CNT-FAI, continue, par la plume de Lashortes, surtout, à prêcher le mot d’Ordre : "Pas de défense nationale en régime capitaliste"... C’est là une attitude que nous ne saurions admettre et que nous devons dénoncer. Il faut qu’on nous dise si, oui ou non, il y a des circonstances qui font un devoir au prolétariat de participer à une guerre antifasciste sous l’égide de l’État bourgeois ; c’est-à-dire d’abandonner la lutte contre celui-ci et de réaliser l’union sacrée antifasciste comme l’ont fait la CNT-FAI.

De tous temps, la lutte révolutionnaire a été, pour un anarchiste, une lutte contre l’État, en tant que celui- représente le moyen que se donne la classe dominante pour asservir le travail au capital ; autrement dit, pour exploiter le prolétariat. C’est dire que, tant que l’État ne sera pas détruit„ il restera pour l’anarchiste "L’ENNEMI NUMERO UN".