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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les libertaires devant la "démocratie" et le fascisme – Le groupe de Nancy
Terre Libre N°56 – 1er Juillet1938
Article mis en ligne le 19 avril 2019
dernière modification le 13 janvier 2019

par ArchivesAutonomies

Avant 1914, les libertaires se trouvaient face à face avec la réaction clérico-féodaliste et le capitalisme dit libéral. Leur tâche était de dénoncer l’un et l’autre. Elle était relativement facile. Le cléricalisme était mort dans une grande partie des masses, il n’apparaissait plus que comme une survivance de l’époque antérieure à 1789. Quant au capitalisme libéral, les abus de son développement anarchique commençaient à apparaître en pleine lumière.

Survint la guerre, créant des vainqueurs et des vaincus.

Chez les combattants, couillonnés de part et d’autre, se leva le désir de voir récompenser le sacrifice de plusieurs années de souffrances indicibles. Tout cela aboutit, en Italie, au mouvement fasciste : mouvement qui se développa grâce à la carence, à la trahison, des organisations dites de gauche, lesquelles organisations ne voulurent pas profiter de ce mouvement pour faire la révolution. N’oublions pas que Mussolini avait proposé aux organisations prolétariennes de travailler de concert.

En Allemagne, au lendemain de la guerre, la masse se tourne vers la gauche et même vers l’extrême gauche. La suite on la connaît : Noske fait tirer sur les spartakistes et, insensiblement, on glisse vers Brüning, vers l’inflation, vers le mark à zéro, le tout orchestré par les banquiers de Francfort. Comment ne pas concevoir l’amertume des prolétaires allemands, comment ne pas comprendre leur haine à l’égard de cette SDN, "caverne des brigands", à l’égard de cette FSI, de cette IOS à la solde des impérialismes vainqueurs, à l’égard de cette III° Internationale, enfin, occupée à construire un Etat totalitaire technocratique de Russie et se moquant comme d’une guigne du prolétariat des autres pays ? La réaction fut l’hitlérisme, mouvement prolétaire de masse. Ceci dit, la réaction fasciste est-elle justifiée ? Oui ! Il faut le crier bien haut.

Ceci implique-t-il que les libertaires doivent s’y associer ? Non, car son système constructif est la négation des droits sacrés de l’individu.

Les libertaires doivent-ils par contre s’associer à la réaction des démocraties victorieuses contre les fascismes qui veulent les exproprier ? Non ! Les démocraties ont fait crever de faim les vaincus de la guerre, non pas les gouvernements, mais les peuples.

Concluons, maintenant : les libertaires ne sauraient être ni à droite, ni à gauche. Les libertaires ne sont pas plus une extrême-gauche qu’une extrême-droite. Ils constituent, ou doivent constituer une 3e force qui jette bas à la fois le despotisme étatique fasciste et la "démocratie" des banquiers inflationnistes. Les appels des libertaires concernent aussi bien le révolté de droite, le fisciste, ennemi de la ploutocratie, que l’homme de gauche anticlérical par rationalisme et anticapitaliste par marxisme.

Pourquoi les libertaires espagnols ont-ils opté pour le puant stalinisme contre le phalangisme anti-ploutocratique, mais autoritaire ? C’est là un des plus poignants problèmes de notre époque.

Les libertaires ne seront-ils jamais eux-mêmes ? La torture à la Carcel Modelo n’est pas moins douloureuse que les tourments infligés à Séville ou Saragosse ou à Irun.

Le groupe de Nancy n’est pas un groupe d’"extrême gauche", mais un groupe libertaire, c’est tout ce que nous avons à répondre à "Autre point de vue" du groupe "Culture et Action" de Bordeaux.