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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le communisme criminel – R. G.
Terre Libre N°47 – 25 Février 1938
Article mis en ligne le 19 avril 2019

par ArchivesAutonomies

Le fascisme est partout. Le nationalisme se montre de plus en plus agressif. La botte militaire sonne de plus belle. L’autoritarisme promène à travers le monde sa face hideuse. Un flot immense, une vague de marée, une ivresse folle et démente submergent les hommes L’Internationale en faillite est taxée d’illusion. Le socialisme trahit par méthode. Le communisme roule dans la fange la plus abjecte du crime sociétaire.

Toute la valetaille du Staline pontifical de la nouvelle Tzarie aboie autour de son idole, aiguise le mensonge et la lame pour sauvegarder les maîtres du peuple russe, pour maintenir le fascisme rouge ! Ils vendent le prolétariat en échange d’un sourire approbateur du bourgeois ; et pour gagner la confiance des puissants, ils vendent la révolution !

Ces hommes abjects, ces bourreaux de la conscience prolétarienne à peine éclose ne sont pas à redresser, mais à anéantir. Ils sont bruts, ils sont vils, ils sont lâches. Ce que, jadis, ils prétendaient combattre et détester, ils l’avalent aujourd’hui avec ostentation, en public ; ils s’en gargarisent avec un bruit de glorieuse vidange ! "La France aux Français !" "L’Union de la Nation Française !" Ils accaparent les plus orduriers de nos hymnes nationaux. Ils font revivre l’absurde des religions et font une pression sur l’âme collective des foules à peine dégagée de sa gangue séculaire. Ils réveillent tout le Passé, le dressent en culte, le forcent à l’adoration. Ils s’amalgament aux coutumes de la plèbe, s’incrustent à ses traditions qu’en la circonstance, avec une habile nuance provinciale, ils aromatisent de bon "terroir" et d’esprit français !...

... Jeanne d’Arc ! la Marseillaise ! Ils ressuscitent tout cela ! ... Ils tendent la main aux cléricaux. Ils sont amis de la police matraqueuse, du garde mobile assassin. Ils sont avec l’armée sanguinaire, aux genoux devant l’Etat-Major.

"La Joie, l’Honneur et la Fierté d’être soldat !"

Rien ne peut être plus bas, plus sale, plus dangereux, que la mise en propagande quotidienne de cette sentence criminelle. Mettre en honneur l’avilissement de l’uniforme. Tirer une fierté de tuer sans raison, pour des intérêts occultes, avec "l’héroïsme" de la brute guerrière. Ressentir de la joie à s’enfermer dans une caserne, à obéir à la commande, à gesticuler sur ordre, à manifester de la soumission aux supérieurs et du respect au Drapeau, à apprendre la technique du meurtre légal, consenti, honoré, décoré, pensionné...

Car c’est à cela que veulent nous entraîner vos mots d’ordre criminels, nationaux-communistes, traîtres à l’Internationale... votre origine !

Derrière vos grands mots glorieux, on décèle la saleté méprisante des plus noirs intérêts  ; sous les plis colorés du drapeau que vous agitez, on devine le cadavre du soldat aux moignons informes, aux poumons ravagés par les gaz, aux plaies turgescentes, affreuses, immondes...

Le visage de la France, vous nous en montrez l’apparence heureuse par le visage radieux d’une jeune femme au confiant sourire... Mais c’est enveloppée d’un linceul, c’est avec une trompe difforme, c’est avec un masque à gaz que vous auriez dû la peindre.

L’Humanité, votre journal, au départ de la classe, imprime la photo d’une jeune maman tenant entre ses bras son bébé en pleurs à l’instant précis de l’adieu au jeune papa appelé sous les drapeaux, vos drapeaux. Et vous semblez vous délecter de satisfaction sadique au spectacle indigne de la goule-patrie qui, non contente de prendre le père, matricule déjà l’enfant ! Et vous leur offrez un vin d’honneur comme on offre un cordial à un condamné !...

Surpopulateurs de charniers ! Votre nationalisme outrancier ne vous occasionne aucun remords. Vous êtes insensibles à votre lâcheté, à vos mensonges, à vos crimes. Vous enchaînez le peuple, "votre" peuple, aux industriels nationaux, aux intérêts des maîtres russes, aux militaires sanglants.

Taisez-vous, faites-nous grâce de vos glapissements d’ornière, politiciens corrompus !...

Mais non, il y a pour vous l’assouvissement entrevu, l’espoir de vous hisser au pouvoir, de devenir les maîtres un jour. C’est pourquoi vous continuerez sans souci du mal horrible que vous faites. Vous continuerez le crime. Vous hurlerez à la "Gloire", en attendant de sonner le tocsin.

Aussi, nous, anarchistes, seuls, les irréductibles contre vous tous, au risque d’être méconnus, calomniés, méprisés, détestés, nous, les sans-idole, sans Dieu ni Maître, nous serons contre vous, contre vos actes criminels, contre vos projets meurtriers.