Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
On efface tout et on recommence
{Autonomie pour le communiste}, n°1, 20 Avril 1979, p. 3-4.
Article mis en ligne le 20 avril 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Le 23 février : dans une ambiance dramatisée au possible, par des media complaisants, se déroule le procès des 4 de St-Lazare.
Les peines sont lourdes I
Lionel et Vincent : 3 ans, dont 1 an avec sursis ; Patrick : 2 ans, dont 1 an avec sursis ; Frédéric : 1 an, dont 6 mois avec sursis.
St-Lazare et ses condamnations, c’était un avertissement à tous ceux qui veulent s’organiser hors des sentiers battus de la stratégie syndicale et des partis.
St-Lazare et ses condamnations, c’était un avertissement à tous ceux qui veulent se situer et se prononcer pour une autonomie de classe.
Cela, nous avons été les seuls à l’avoir crié ! Les autres composantes du mouve­ment "révolutionnaire" ayant sombré dans une apathie caractéristique et plus profondément encore dans la connerie.
Le 23 mars : après la manifestation, il y a eu 37 inculpations, parmi ceux qui ont l’impudence (car c’est bien de cela qu’il s’agit) de n’avoir pas compris la "leçon" de St-Lazare, et d’avoir pu croire que le 23 mars pouvait être un mo­ment de conjonction entre les futurs chômeurs de Longwy, les futurs chô­meurs étudiants, les jeunes travailleurs précaires.
Alors, l’État veut faire payer ! cher, très cher ! ! avec la collaboration efficace de la C.G.T., ceux qui ont eu le mauvais goût de participer à cette grande foire syndicale, sans leur carte d’adhérent en poche (de Longwy, on ne retiendra que le chômeur non-syndiqué et donc par définition incontrôlé).
Car pour la plupart, le tort était tout simplement d’être là, et ceci quelque soit les faits reprochés.
Une justice bien faite se doit de pré­venir et de punir !
Pour l’Etat, il est maintenant primor­dial de réprimer tout comportement politique "déviant".
Et lorsque le contrôle social ne suffit plus, l’État frappe !
Comme à Tolbiac, St-Charles, Censier qui ont eu toutes trois affaire aux flics lorsque la lutte est devenue trop subver­sive (occupations, réappropriation des lieux, apparition d’un mouvement/étu­diant autonome).
Comme à Marseille, où les lycéens se sont affrontés aux flics et au P.C.
Comme dans les squatts, où le matin du 23 mars, se sont produites 83 arres­tations préventives donnant lieu à des détentions arbitraires et qui subissent en­core les rondes et contrôles policiers.
Enfin, partout où une quelconque autodétermination et prise d’autonomie semble poindre...
Gare à tous ceux qui ne se reconnais­sent pas dans les syndicats ou partis !
Gare à tous ceux qui veulent lutter sur leurs besoins de classe immédiats, dépassant le cadre de l’usine pour se battre sur le terrain social (logement, transports...) !
Le procès des inculpés du 23 mars est un procès politique. Ce que l’Etat juge, c’est au-delà des faits reprochés, au-delà des individus, le comportement politique des milliers de personnes qui ont refusé de se disperser lorsque la C.G.T. l’a imposé à ses militants, c’est le choix qu’ont effectué de nombreux manifestants (sidérurgistes y compris) en refusant de laisser le S.O. syndical canaliser leur colère. Sur les 160 person­nes interpellées à l’issue de la manifes­tation 37 restent inculpées : étudiants, lycéenes, chômeurs, pions, intérimaires, immigrés.
A cette heure, une partie d’entre eux ont déjà été jugés une première fois.
La lourdeur incroyable des peines prononcées, la campagne des media, le type de défense juridique adopté par les avocats appellent à un certain nombre de commentaires et de leçons à tirer pour que le mouvement de solidarité aux inculpés se développe efficacement.
Il est clair que tous ceux qui es­comptaient de la part de l’Etat une re­lative modération se sont lourdement trompés.
Les avertissements de Caen, St-Nazaire, Longwy, Denain, St-Lazare n’ont pas provoqué une marche arrière du plan de restructuration capitaliste.
Coincés dans la logique européenne à l’allemande, l’Etat ne peut répondre à la montée des luttes prolétaires, qui débordent le cadre syndical, que par un durcissement de son appareil et une répression accrue.
Visiblement, le pouvoir accorde un crédit de taille aux appareils syndicaux pour canaliser la tension sociale et éviter la violence ouvrière. Pourtant le processus de la fameuse "décomposition sociale" s’accentue et la réponse est la même qu’à St-Lazare : réponse de brute épaisse, de "normalisateur forcené".
La brèche s’est èlargie considérable­ment. Nous n’étions qu’une poignée à sortir du cadre institutionnel ; aujour­d’hui des milliers de personnes ont fait le même choix. Le pouvoir sous-estime apparemment les capacités de rupture de la classe ouvrière. La répression est toujours une politique à courte vue. le 23 mars n’aurait pas été si violent sans St-Lazare, et le caractère offensif des prochaines manifs sera exacerbé, par les peines pronocées à rencontre des 37 inculpés d’Opéra.
Longwy, Denain sont aujourd’hui gravés dans la mémoire ouvrière comme forme de lutte contre les licenciements et les prochains secteurs restructurés ne l’oublieront pas.
Après les lourdes peines en première instance, le pouvoir, comme après St-Lazare prendra la température. Le niveau de riposte du mouvement, les réactions des media détermineront une éventuelle modulation des peines pour le procès d’appel. Nous savons ce qu’il nous reste à faire.
Un pas en avant, deux pas en arrière ! Visiblement l’ensemble de la presse est gênée par la personalité des inculpés. Après avoir présenté les "casseurs-cogneurs" autonomes comme des espèces de monstres velus à 3 têtes, les media se retrouvent face à 37 inculpés, somme toute "bien sympathiques" et dont les motivations politiques sont claires. Alors, tout doucement les vestes se retournent : on trouve les témoignages des flics peu convaincants, et, à l’énoncé des verdicts, le journaliste-humaniste moyen réprime un léger frisson en pensant à l’article qu’il a écrit la veille sur les af­frontements et les pillages de voyous quand il hurlait avec les loups.
Il s’en tire en affirmant que les "vrais" autonomes n’ont pas été arrêtés, les flics ayant pris pour cible de pauvres manifestants qui étalent là par hasard. A cela, répondons, une fois pour toute que leurs fantasmes nous dégoûtent, que l’édification savante du mythe autonome leur incombe. au point qu’elle légitime la transformation progressive et effective de la police judiciaire en police politique (83 Interpellations préventives par les inspecteurs de la B.T., le matin du 23).
Les 37 "casseurs" de l’Opéra ne sont pas plus monstrueux que les 4 "casseurs" de St-Lazare. Il n’y aura jamais d’autonome velu à trois têtes derrière le boxe des accusés. Il y aura seulement des différences de "maîtrise" de l’explication politique des gestes reprochés. Quelle que soit la position individuelle "officielle" qu’ils adoptent pour assurer leur défense, les 37 inculpés du 23 sont nos camarades. Jeunes chômeurs, immi­grés, lycéens, ouvriers, intérimaires : ils sont l’autonomie en tant que figure de classe, et nous autonomes, nous recon­naissons en eux.
Qu’ils soient du point de vue de la justice bourgeoise, innocents ou cou­pables des faits reprochés, n’est pas de notre référence !
Il est clair que le mouvement deman dera des comptes aux avocats qui plaident sur la base de la provocation policière. Ceux-là qui reprennent la thèse dévelop­pée par la C.G.T., ne sont plus prêts à plaider pour le mouvement.
Il est suffisemment pénible pour des militants révolutionnaires de laisser se dérouler ces sinistres parodies de jus­tice, pour au moins être défendus par des avocats ayant une compréhension mini­mum de la situation politique. Ceux qui partent de provocation policière (C.G.T.) se portent partie civile contre 2 des 37 inculpés, verra-t-on ces mêmes avocats tenir le rôle d’accusateur pour le compte de leur syndicat préféré ?
Le procès des 4 de St-Lazare l’a pourtant complètement démontré : la seule défense juridique efficace est une défense politique et collective des in­culpés, donnant une explication poli­tique de leur éventuelle participation à la manifestation. Toute autre logique de défense (manipulation, profil psycho­logique et autre faderie) ne fait que multiplier les mois de prison, en ôtant le caractère collectif, de classe, à une atti­tude violente face aux flics eu au specta­cle des richesses interdites.
Il en est de même pour les premières manifestations de soutien à certains in­culpés. La C.F.D.T. se mobilise pour le chômeur de Longwy, le lycée Paul Valéry pour la libération du lycéen de P. Valéry, la fac de St-Charles pour la libération de l’étudiant de St-Charles. Résultat : des petits bouts de soutien pour des petits bouts d’inculpés ! Et des lycéens mani­festent en scandant : "libérez les innocents", si on comprend bien, ils veulent laisser les "coupables" en prison.
Il est grand temps d’envisager une dé­fense militante collective de l’ensemble des inculpés.
L’échéance des procès en appel laissent plusieurs jours pour préparer une mobi­lisation de masse qui s’occupe effica­cement de la dernière "prise d’otage" de l’Etat.
Pour la préparation d’un meeting d’information.

Pour discuter des formes de riposte au procès d’appel.

REUNION DE COORDINATION A JUSSIEU le lundi 23 avril à 18 h 30




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53