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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre d’invitation au Congrès
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Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 10 mars 2019

par ArchivesAutonomies

LETTRE D’INVITATION AU CONGRÈS [1]

Chers camarades,

Les partis et organisations soussignés considèrent que la convocation du premier congrès de la nouvelle Internationale révolutionnaire est d’une urgente nécessité. Au cours de la guerre et de la révolution, non seulement la faillite complète, des anciens partis social-démocrates et socialistes et, en même temps qu’eux, de la II° Internationale, a été éclatante, non seulement est apparue l’incapacité des éléments intermédiaires de l’ancienne social-démocratie (appelés le "centre") à l’action révolutionnaire effective, mais encore on voit se dessiner actuellement les contours de la véritable Internationale révolutionnaire. La montée très rapide de la révolution mondiale posant constamment de nouveaux problèmes, le danger d’étouffement de cette révolution par l’alliance des Etats capitalistes contre la révolution sous l’hypocrite drapeau de la "Société des Nations", les tentatives des partis social-traîtres de se réunir et d’aider encore leurs gouvernements et leurs bourgeoisies pour trahir la classe ouvrière après s’être accordé une "amnistie" mutuelle, enfin l’expérience révolutionnaire extrêmement riche déjà acquise et le caractère mondial de l’ensemble du mouvement révolutionnaire — toutes ces circonstances nous obligent à mettre à l’ordre du jour de la discussion la question de la convocation d’un congrès international des partis prolétariens révolutionnaires.

I. — Les buts et la tactique

La reconnaissance des principes suivants établis sous forme de programme et élaborés à partir des programmes de la Ligue Spartakus [2] en Allemagne et du Parti communiste (bolcheviks) de Russie, doit, selon nous, servir de base à la nouvelle Internationale.

1° La période actuelle est celle de la décomposition et de l’effondrement de tout le système capitaliste mondial, et sera celle de l’effondrement de la civilisation européenne en général, si le capitalisme, avec ses contradictions insurmontables, n’est pas abattu.

2° La tâche du prolétariat consiste maintenant à s’emparer du pouvoir d’Etat. La prise du pouvoir d’Etat signifie la destruction de l’appareil d’Etat de la bourgeoisie et l’organisation d’un nouvel appareil du pouvoir prolétarien.

3° Le nouvel appareil du pouvoir doit représenter la dictature de la classe ouvrière, et, dans certains endroits aussi celle des petits paysans et des ouvriers agricoles, c’est-à-dire qu’il doit être l’instrument du renversement systématique de la classe exploiteuse et celui de son expropriation. Non la fausse démocratie bourgeoise — cette forme hypocrite de la domination de l’oligarchie financière — avec son égalité purement formelle, mais la démocratie prolétarienne, avec la possibilité de réaliser la liberté des masses laborieuses ; non le parlementarisme, mais l’auto-administration de ces masses par leurs organismes élus ; non la bureaucratie capitaliste, mais des organes d’administration créés par les masses elles-mêmes, avec la participation réelle des masses à l’administration du pays et à l’activité de la construction socialiste — voilà quel doit être le type de l’Etat prolétarien. Le pouvoir des conseils ouvriers ou des organisations ouvrières est sa forme concrète.

4° La dictature du prolétariat doit être le levier de l’expropriation immédiate du Capital, de l’abolition de la propriété privée des moyens de production et de sa transformation en propriété sociale.

La socialisation (on entend par là l’abolition de la propriété privée qui est remise à l’Etat prolétarien et à l’administration socialiste de la classe ouvrière) de la grande industrie et des banques, ses centres d’organisation ; la confiscation des terres des grands propriétaires fonciers et la socialisation de la production agricole capitaliste ; la monopolisation du commerce ; la socialisation des grands immeubles des villes et des grandes propriétés rurales ; l’introduction de l’administration ouvrière et la centralisation des fonctions économiques entre les mains des organismes émanant de la dictature prolétarienne — voilà les problèmes essentiels du jour.

5° Pour la sécurité de la révolution socialiste, pour sa défense contre ses ennemis extérieurs et intérieurs, pour l’aide aux autres fractions nationales du prolétariat en lutte, etc., le désarmement complet de la bourgeoisie et de ses agents, et l’armement général du prolétariat sont nécessaires.

6° La situation mondiale exige maintenant le contact le plus étroit entre les différentes parties du prolétariat révolutionnaire et l’union complète des pays dans lesquels la révolution a triomphé.

7° La méthode fondamentale de la lutte est l’action de masse du prolétariat, y compris la lutte ouverte à main armée contre le pouvoir d’Etat du capital.

II. — Rapports avec les partis "socialistes"

8° La II° Internationale s’est divisée en trois groupes principaux : les social-patriotes déclarés qui, pendant toute la guerre impérialiste de 1914-1918 ont soutenu leur propre bourgeoisie et transformé la classe ouvrière en bourreau de la révolution mondiale ; le "centre" dont le principal théoricien est Kautsky, et qui représente un ensemble d’éléments en constante oscillation, incapables de suivre une ligne directrice déterminée, et agissant parfois en véritables traîtres ; enfin l’aile gauche, révolutionnaire.

9° A l’égard des social-patriotes qui, partout, au moment critique, combattent les armes à la main la révolution prolétarienne, seule la lutte implacable est possible. A l’égard du "centre", la tactique consiste à en détacher les éléments révolutionnaires, la critique doit être impitoyable pour en démasquer les chefs. A une certaine étape du développement, la rupture d’organisation avec le centre est absolument nécessaire.

10° D’autre part, il est nécessaire de s’allier avec ceux des éléments du mouvement révolutionnaire qui, quoique n’ayant pas appartenu autrefois aux partis socialistes, se placent aujourd’hui dans l’ensemble sur le terrain de la dictature du prolétariat sous la forme du pouvoir des conseils. Il s’agit en premier lieu des éléments syndicalistes du mouvement ouvrier.

11° Il est enfin nécessaire de gagner tous les groupes ou organisations prolétariennes qui, sans s’être ralliés ouvertement au courant révolutionnaire, manifestent cependant dans leur évolution une tendance en ce sens.

12° Concrètement, nous proposons que participent au congrès les représentants des partis, tendances, et groupes suivants (les membres de plein droit de la III° Internationale seront des partis d’un type différent qui se placeront intégralement sur son terrain) :

1. — La Ligue Spartakus (Allemagne). 2. — Le Parti communiste (bolcheviks) (Russie). 3. — Le Parti communiste d’Autriche allemande [3]. 4. — Celui de la Hongrie [4]. 5. — Celui de la Finlande [5]. 6. — Le Parti communiste ouvrier polonais [6]. 7. — Le Parti communiste d’Esthonie [7]. 8. — Celui de Lettonie [8]. 9. — Celui de Lithuanie [9]. 10. — Celui de la Biélorussie [10]. 11. — Celui de l’Ukraine [11]. 12. - Les éléments révolutionnaires du parti social-démocrate tchèque [12]. 13. - Le Parti social-démocrate bulgare (Tesnjaki) [13]. 14. - Le P.S.D. roumain [14]. 15. - L’aile gauche du P.S.D. serbe [15]. 16. Le P.S.D. de gauche suédois [16]. 17. - Le P.S.D. norvégien [17]. 18. - Pour le Danemark, le groupe Klassenkampen [18]. 19. - Le Parti communiste hollandais [19]. 20. - Les éléments révolutionnaires du Parti ouvrier belge [20]. 21 et 22. - Les groupes et organisations à l’intérieur du mouvement socialiste et syndicaliste français [21]. 23. La gauche S.D. de Suisse [22]. 24. - Le Parti socialiste italien [23]. 25. - Les éléments révolutionnaires du P.S. espagnol [24]. 26. - Les éléments révolutionnaires du P.S. portugais [25]. 27. - Les partis socialistes britanniques (avant tout le courant représenté par MacLean) [26]. 28. - Socialist Labour Party (Angleterre) [27]. 29. - International Workers of the World (Angleterre) [28]. 30. - I.W. of Great Britain [29]. 31. - Les éléments révolutionnaires et les organisations ouvrières d’Irlande [30]. 32. - Les éléments révolutionnaires des shop-stewards (Grande-Bretagne) [31]. 33. - S.L.P. (Amérique) [32]. 34. - Les éléments de gauche du P.S. d’Amérique (la tendance représentée par Debs et la ligue de propagande socialiste) [33]. 35. — I.W.W. (Amérique) [34]. 36. — I.W.W. (Australie) [35]. 37. — Workers International Industrial Union (Amérique) [36]. 38. — Les groupes socialistes de Tokyo et de Yokohama (représentés par le camarade Katayama) [37].  39. — L’internationale socialiste des jeunes (représentée par le camarade Münzenberg) [38].

III. — La question de l’organisation et le nom du parti

13° La base de la Ille Internationale est donnée par le fait que dans différentes parties de l’Europe se sont déjà formés des groupes et des organisations de camarades d’idées se situant sur une plate-forme commune et employant en gros des méthodes et tactiques identiques. Ce sont en premier lieu les spartakistes et les partis communistes de nombreux autres pays.

14° Pour réaliser une liaison permanente et une direction méthodique du mouvement, le congrès devra créer un organisme commun de lutte, centre de l’Internationale communiste, subordonnant les intérêts du mouvement de chaque pays. aux intérêts communs de la révolution à l’échelle internationale. Les formes concrètes de l’organisation, des délégations, etc., seront élaborées par le congrès.

15° Le congrès devra prendre le nom de "I° congrès de l’Internationale communiste", les différents partis devenant des sections de cette dernière. Sur le plan théorique, Marx et Engels considéraient déjà comme faux le terme de "social-démocrate". L’effondrement honteux de l’Internationale social-démocrate exige là aussi une rupture. Enfin le noyau fondamental du grand mouvement est déjà constitué par une série de partis qui ont pris ce nom.

En fonction de toutes ces considérations, nous proposons à toutes les organisations et partis frères de mettre à l’ordre du jour la question de la convocation du congrès communiste international.

Avec notre salut socialiste.

Le comité central du Parti communiste russe (bolchevique) : LÉNINE, TROTSKY.

Le bureau étranger du Parti communiste ouvrier de Pologne : KARSKI [39].

Le bureau étranger du Parti communiste de Hongrie : RUDNYANSZKY [40].

Le bureau étranger du Parti ouvrier communiste d’Autriche allemande : DURA [41].

Le bureau russe du comité central du Parti communiste de Lettonie : Rozin [42].

Le comité central du Parti communiste de Finlande : Sirola [43].

Le comité exécutif de la Fédération social-démocrate révolutionnaire balkanique : RACOVSKI [44].

Pour le S.L.P. (Amérique)  : REINSTEIN [45].