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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Rapports de délégués - Strange (Norvège)
Première journée – 2 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 4 mars 2019

par ArchivesAutonomies

LÉNINE : La parole est au représentant de la Norvège : le camarade Stange.

Rapport de STANGE (Norvège)

Le parti ouvrier norvégien est le seul parti socialiste du pays ; et c’est pourquoi il compte actuellement dans ses rangs des représentants de toutes les tendances socialistes. Parti légal, parlementaire, il a cependant toujours conservé son caractère révolutionnaire social-démocrate [1].

Au cours de l’hiver 1916-1917, la Norvège a souffert de grandes difficultés de ravitaillement et de chauffage et l’état d’esprit des ouvriers était tout à fait révolutionnaire. Le comité central du parti et les organisations syndicales firent savoir que si les revendications des ouvriers n’étaient pas satisfaites par le gouvernement, ils auraient recours, pour lutter contre l’Etat, à des moyens plus énergiques et convoqueraient immédiatement un congrès du parti et des organisations syndicales. Ce congrès n’eut pas lieu et "les moyens de lutte plus énergiques" ne furent pas mis en action, ce qui provoqua parmi les ouvriers un grand mécontentement.

C’est au cours de l’hiver 1917-1918 que se formèrent les premiers conseils des députés ouvriers et soldats et au printemps 1918 qu’eurent lieu leur congrès [2]. Le congrès des conseils lança un manifeste dans lequel il déclarait que les conseils réaliseraient immédiatement certaines revendications du prolétariat (par exemple : la journée de travail de huit heures) et qu’ils avaient l’intention de prendre en mains le gouvernement du pays. Entre temps on discutait ardemment dans les divers organes du parti et dans les associations ouvrières de la position que le parti devait adopter. Le comité central et son organe central (rédacteur, Vidnes) se prononcèrent nettement contre les conseils de députés ouvriers ou soldats, contre le bolchevisme et en général contre toutes les tendances révolutionnaires. Ils ne voulaient pas de la dictature du prolétariat, mais seulement une évolution de la démocratie. Mais une grande majorité au sein des différents organes locaux du parti, entreprit de lutter contre cette tendance.

A Pâques 1918, la minorité révolutionnaire du comité central présenta au congrès du parti un projet de déclaration où le parti se déclarait révolutionnaire, agissant il est vrai, d’abord par les moyens parlementaires mais saluant d’autre part avec joie le mouvement des conseils d’ouvriers et de soldats. Cette proposition fut adoptée au congrès par une majorité de 159 voix contre 126. En outre, le parti autrefois adhérent à l’Internationale, décida de se joindre à l’Internationale de Zimmerwald. Et comme les membres de l’aile droite refusèrent d’entrer au comité central, ce dernier fut exclusivement composé de représentants de l’aile gauche. Le principal organe du Comité, le Sozial demokraten, prit carrément position pour le bolchevisme russe, la ligue spartakiste et les autres partis social-démocrates de gauche.

On voit par là que le parti ouvrier norvégien demeure un parti légal et parlementaire, mais qu’en même temps il veut utiliser les moyens de luttes révolutionnaires. Il ne s’est pas prononcé contre le parlementarisme démocratique et pour le gouvernement des conseils, bien qu’il ait reconnu les conseils d’ouvriers et de soldats comme les organes du combat révolutionnaire. Mais la question de la constitution est vivement débattue dans tous les journaux et dans toutes les associations ouvrières. Les organisations syndicales se trouvaient auparavant entièrement dans les mains de l’aile droite et toutes les propositions importantes de ce que l’on appelait "l’opposition syndicale" ont été rejetées au Congrès syndical (automne 1917) par une forte majorité. Mais depuis, l’état d’esprit a bien changé et dès 1918, de grands syndicats, celui des mineurs, celui des ouvriers du bâtiment, etc..., constituant "l’Union ouvrière", et aussi "l’Union des métallurgistes", sont passés à l’aile gauche. Après la révolution allemande, l’état d’esprit révolutionnaire des ouvriers norvégiens s’est encore renforcé. Les deux ailes du parti ont pu alors se réunir pour collaborer à l’oeuvre révolutionnaire. Les comités centraux du parti et des syndicats sont maintenant tombés d’accord sur la plate-forme suivante :

1° S’efforcer par tous les moyens de réaliser tout le programme social-démocrate.
2° Préparer la formation des conseils ouvriers, sans en commencer encore les élections.
3° Organiser immédiatement dans l’armée des conseils de soldats comme organes d’agitation.

Il est évident qu’un problème de la plus haute importance se pose au parti ouvrier norvégien ; il s’agit de savoir s’il abandonnera complètement la ligne démocratique pour se rallier à la dictature du prolétariat à travers les conseils ? Je suis personnellement convaincu que grâce au développement ultérieur de la révolution mondiale, le parti adoptera à cet égard une position nette.

Jusqu’à présent pourtant, le comité central du parti n’a pas eu l’occasion de se prononcer définitivement sur cette question, de même qu’à mon départ de Christiania, il n’avait pas encore reçu d’invitation pour ce congrès. Je ne puis donc, sans avoir consulté les camarades du comité central, dire l’attitude que nous adopterons à l’égard de la nouvelle Internationale Communiste. Mais je suis prêt à prendre part, avec l’intérêt le plus vif, à ces travaux préparatoires et à les présenter au parti ouvrier norvégien qui, jusqu’à présent, s’est développé dans un sens révolutionnaire et sera en mesure de collaborer énergiquement à la victoire de la révolution internationale.

(Suite des rapports)