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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Rapports de délégués - Rundnyanszky (Hongrie)
Première journée – 2 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 4 mars 2019

par ArchivesAutonomies

LÉNINE : La parole est au camarade Rudniansky, le représentant de Parti communiste de Hongrie.

Rapport de RUDNYANSZKY (Hongrie)

Les délégués du Parti communiste hongrois ayant été retenus en chemin et ne pouvant prendre part aux travaux du Congrès, ce rapport sur le développement du mouvement communiste en Hongrie est basé sur les communications reçues de Hongrie par notre bureau jusqu’au 15 février 1919.

A la fin de novembre, le Parti communiste hongrois représenté par les communistes revenus de Russie, les éléments de l’extrême-gauche et un petit groupe d’intellectuels d’extrême-gauche a rompu avec le parti social-démocrate. Les ouvriers des usines de métallurgie furent parmi les masses ouvrières les premiers à soutenir le parti communiste. La situation générale était, au moment de l’organisation de notre parti, favorable à un mouvement révolutionnaire prolétarien.

Le 16 novembre, la république fut proclamée en Hongrie, mais en réalité le pouvoir reste aux mains du gouvernement qui avait été entériné par l’archiduc Joseph. La seule différence fut que le ministre président, le comte Karolyi, et ses adeptes, prirent le nom de "gouvernement national" et se mirent au conseil national. Ce dernier assuma toutes les fonctions que remplissait jusque-là le parlement. Le conseil national était constitué par les indépendants, les radicaux et les social-démocrates et devait fonctionner jusqu’au moment des élections à l’Assemblée législative nationale.

Mais, dès les premières semaines, il fut facile de prévoir quel caractère prendrait la révolution. Les paysans espéraient que le nouveau "gouvernement national" leur donnerait la terre, le prolétariat croyait qu’il cesserait d’être exploité, les soldats fuyant l’armée en décomposition et revenus en masse chez eux exigeaient du travail et attendaient leur dédommagement pour toutes les souffrances endurées. Mais le gouvernement ne pouvait pas satisfaire toutes ces exigences à la fois et lé mécontentement des masses augmentait de jour en jour. Les communistes revenus de Russie [1] profitèrent de cet état de choses pour passer aux actes. Le parti social-démocrate qui commença par considérer le mouvement communiste comme inoffensif, fut bientôt obligé de reconnaître que toutes les sympathies des masses ouvrières allaient aux communistes et non aux socialistes ministériels. Dès les premiers succès du mouvement communiste qui se développait très rapidement, le parti social-démocrate fit tout son possible pour étouffer et briser le mouvement.

Tandis que les communistes expliquaient au prolétariat que les social-démocrates unis à la bourgeoisie étaient incapables de réaliser des réformes radicales, lui montrant avec preuves à l’appui que la social-démocratie a révolutionnaire" était obligée de défendre la propriété privée et de combattre les intérêts des masses ouvrières, le seul argument des social-démocrates était que l’unité du prolétariat hongrois serait infailliblement détruite au cas où les communistes prendraient le pouvoir. Cette contre-propagande n’avait pas grand succès, mais leur permettait, avec le soutien de certaines organisations syndicales, d’entreprendre une cruelle persécution des communistes.

Le mouvement communiste prit pied avant tout au sein des masses ouvrières des villes. Des fabriques et des industries entières se rallièrent à lui. Les soldats se montrèrent également très sensibles à notre propagande, notamment les troupes spéciales.

Dans les milieux paysans, le mouvement communiste se développa d’une façon toute particulière ; des organisations communistes naquirent d’elles-mêmes parmi les paysans pauvres. Le plus souvent, elles se groupèrent autour des paysans revenus de Russie où ils avaient été prisonniers de guerre. Ceux-ci, après la proclamation de la réforme agraire social-démocrate, fondèrent des organisations communistes et proposèrent au parti communiste leur appui. On put constater la même tendance dans les soviets. Il faut pourtant reconnaître que dans son ensemble, le mouvement des conseils est assez faible en Hongrie. Comme le prolétariat urbain se trouve à la fois sous l’influence des social-démocrates et sous celle des communistes, les quelques conseils ouvriers — très peu nombreux — qui ont été organisés par la direction du parti social-démocrate continuent à rester entre ses mains et ne servent aux communistes que de terrain de lutte.

Dans les conseils de soldats, cette lutte est déjà terminée et dans certains d’entre eux les communistes constituent la majorité. Quant aux conseils paysans — pas très puissants, il est vrai, et pas très nombreux — ils sont exclusivement composés de communistes.

Les progrès rapides du parti communiste et l’influence toujours croissante des communistes dans les conseils nous permettent d’affirmer que le communisme jouera avant peu un rôle décisif en Hongrie.

(Suite des rapports)