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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Rapports de délégués - Rutgers (Hollande)
Première journée – 2 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 12 mars 2019

par ArchivesAutonomies

Le camarade Rutgers [1], à la suite de l’exposé du camarade Trotsky, décrit l’enthousiasme avec lequel la propagande pour l’Armée Rouge a été développée dans les milieux ouvriers d’Amérique. Au cours des réunions, des femmes et des jeunes filles collectaient des objets au profit de l’Armée Rouge.

LÉNINE : La parole est au camarade Rutgers, représentant du Parti communiste hollandais.

Rapport de RUTGERS (Hollande)

Il convient de remarquer, en ce qui concerne la Hollande, que depuis plus de dix ans une scission formelle s’est produite entre la Deuxième Internationale et les nouvelles idées de la Troisième Internationale. Le mouvement révolutionnaire en Hollande est un rejeton de la révolution russe (mais issu du sanglant mariage de 1905). C’est à cette époque que nous fondâmes notre organe De Tribune et, par suite de la propagande menée par lui, nous fûmes exclus de l’ancien parti ouvrier social-démocrate [2]. C’est ce qu’on appelait alors la "liberté de la presse" ! Nous n’avons pas cessé de demeurer depuis en contact très étroit avec nos camarades russes. Nous avions alors encore l’espoir que les méthodes russes de lutte se transmettraient par l’Allemagne, à l’Europe occidentale. Les grandes manifestations de Berlin fortifièrent cet espoir, mais les bureaucrates du parti, aux ordres de Kautsky, parvinrent à discréditer la tactique des mouvements de masse et à la réduire à une simple tactique défensive.

Le chemin fut ainsi ouvert à la guerre mondiale et non à la révolution ; la victoire de la réaction en Allemagne eut naturellement son contre-coup en Hollande.

Le jeune parti social-démocrate — maintenant Parti communiste — ne se laissa pourtant pas déconcerter. Mais il n’a pas encore pu se développer en un large mouvement de masse.

Théoriquement cependant et pratiquement, le mouvement en Hollande a contribué à une meilleure explication de l’impérialisme et de la future tactique communiste. Les écrits et les discours de Lénine, de Zinoviev et de Kamenev ont toujours été communiqués aux lecteurs de De Tribune ; inversement, les camarades hollandais, Roland-Holst, Gorter, Pannekoek, Van Ravesteyn, Wijnkoop [3] et beaucoup d’autres sont déjà de vieilles connaissances pour nombre de communistes russes.

En Hollande même, le jeune parti révolutionnaire a dû mener une lutte très dure contre les opportunistes dirigés par Troelstra [4] et notre camarade Wijnkoop a même été expulsé de force de plusieurs réunions.

C’est alors que les dockers syndicalistes prirent notre parti et formèrent un service d’ordre composé de géants de plus de six pieds.

Nous nous sommes également toujours mieux entendus avec les éléments syndicalistes du mouvement ouvrier et, lorsque la guerre mondiale éclata, un comité révolutionnaire fut formé par notre parti avec les syndicalistes et un groupe anarchiste qui prit position pour la démobilisation immédiate et contre la politique de brigandage du gouvernement en matière de ravitaillement. Peu à peu notre parti acquit beaucoup d’influence sur les masses et put essayer de donner une direction révolutionnaire à leur action suscitée par la famine et par la misère.

Vous savez que plusieurs manifestations de masse ont eu lieu en Hollande au cours desquelles des collisions sanglantes se sont produites avec la troupe.

Une manifestation de femmes, organisée à l’occasion de l’anniversaire de la révolution russe fut dispersée par la police ; la camarade Roland-Holst y fut blessée.

Après le déclenchement de la première révolution allemande, au cours des manifestations en Hollande, il y eut de nombreux tués et blessés. C’est alors que la bourgeoisie prit peur : les bâtiments publics furent barricadés avec des sacs de sable ; la troupe fut consignée tous les soirs.

Il sembla au début que le parti de Troelstra voulait se joindre au mouvement révolutionnaire [5], mais un congrès extraordinaire convoqué en hâte par les social-traîtres décida que toutes les revendications devaient être obtenues par une voie pacifique. Le mouvement fut ainsi provisoirement interrompu.

On a déjà pourtant constaté qu’en beaucoup de cas, les troupes ont refusé de tirer sur les ouvriers et qu’ainsi les capitalistes ne peuvent plus compter sur les services de l’armée. Le parti communiste a fondé dans plusieurs parties de l’armée des conseils illégaux.

Mais, en ce moment, la Hollande se trouve dans une situation des plus difficiles parce qu’elle est devenue un Etat complètement vassal de l’Angleterre. La bourgeoisie hollandaise s’appuyait autrefois sur l’Allemagne dans l’espoir de pouvoir continuer l’exploitation de ses colonies.

Maintenant que l’Allemagne a été exclue en tant que puissance impérialiste, il ne reste plus qu’un seul espoir aux capitalistes hollandais, celui de se comporter envers l’Angleterre d’une façon assez servile pour que John Bull préfère utiliser aux colonies les services des exploiteurs hollandais en leur laissant une partie du butin. La part du lion dans le butin des colonies hollandaises appartiendra bien entendu à l’avenir aux capitalistes anglais, et il y a lieu de craindre que la bourgeoisie hollandaise ne soit prête à toutes les lâchetés pour garder une partie des profits. Cela entraînera une période de grande réaction en Hollande. De même que la Finlande et la Pologne ont été poussées et excitées contre le prolétariat russe, la Hollande marchera contre le prolétariat à l’est. La dépendance vis-à-vis de l’Angleterre et de l’Entente sera si grande que la Hollande devra être considérée comme la voie d’invasion d’une Allemagne révolutionnaire.

Le prolétariat hollandais a par conséquent à remplir une tâche très difficile et notre parti communiste est pleinement conscient des difficultés qui l’attendent.

Pour cela, nous avons absolument besoin d’un appui international et c’est pourquoi nous saluons de tout coeur ce premier congrès communiste. Nos meilleurs moyens de propagande sont toujours les informations sur les événements révolutionnaires dans les autres pays et c’est pourquoi nous tenons à maintenir les relations internationales.

Il serait aussi souhaitable que ce congrès prenne des résolutions pratiques concernant la lutte que nous devons mener dans les colonies en liaison étroite avec les prolétariats noirs et jaunes de ces pays exploités. C’est aussi une tâche bien difficile et il faut une grande énergie pour l’accomplir. Ce n’est qu’en tendant toutes nos forces que nous pouvons dès à présent espérer la victoire.

* * * * *

LÉNINE : Y a-t-il encore des questions complémentaires à poser ?

PLATTEN : Je voudrais vous soumettre la proposition suivante : "le congrès communiste international, siégeant le 2 mars 1919 à Moscou, envoie son salut à l’Armée Rouge". Ce sera le signe que nous gardons en mémoire ses magnifiques exploits au cours de ces séances (adopté dans un tonnerre d’applaudissements).

ZINOVIEV : Il se pose la question de savoir si nous allons à présent transmettre à la presse déjà quelques communications sur nos travaux et séances [6]. Quelques camarades ont discuté de cette question et ont décidé de tenir, provisoirement, les séances secrètes, par conséquent de ne pas faire de communications à la presse ou à certains camarades, et de laisser au bureau le soin de décider du moment de la publication de nos travaux.

LÉNINE : A l’instant nous parvient la nouvelle que le camarade Racovski et le délégué suédois sont déjà en route. Nous devons décider à présent à quelle heure aura lieu la séance demain. Quelles propositions avez-vous à faire ? Cinq heures l’après-midi ? — Mais le camarade Stange doit partir à sept heures. D’autres propositions ? A midi ?

KLINGER : propose de commencer la séance à cinq heures parce que des camarades doivent encore arriver et pour des raisons purement techniques, parce que le bureau doit se préparer. Pour le départ du camarade norvégien, cela ne représenterait qu’une différence de deux à trois heures. C’est pourquoi cinq heures serait le mieux, particulièrement pour le secrétariat.

LÉNINE : Je dois remarquer que le camarade Racovski ne vient que pour un jour. C’est pourquoi il serait opportun de commencer demain à midi.

TROTSKY : Je crois que nous ne fixerons pas l’heure maintenant, mais que nous en laisserons le soin au bureau qui la déterminera suivant les circonstances (adopté).

La séance prend fin à minuit.

(Suite des rapports)