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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Commission de vérification des mandats – Tchitchérine
Deuxième journée – 3 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 12 mars 2019

par ArchivesAutonomies

PLATTEN : Il est prévu le rapport du camarade ukrainien Racovski, un rapport de France et éventuellement un rapport sur l’Autriche allemande. Ces points rempliront la séance du matin.

TCHITCHÉRINE (commission de vérification des mandats) : Notre rapport ne pourra être que provisoire, car hier soir, et même aujourd’hui encore, tous les délégués n’étaient pas encore arrivés. Nous avions aussi à trancher quelques questions de principe. La commission des mandats a vérifié non seulement les mandats des délégués à titre délibératif, mais aussi à titre consultatif. Seront considérés comme participants avec voix consultative ceux qui ont des liaisons avec leur pays respectif, mais qui ne le représentent pas directement ; en outre, ceux qui viennent de leur pays, mais qui n’ont pas de mandat direct pour la conférence ; enfin, ceux qui ont une position marquante dans leur mouvement et qui ont donc le droit moral de parler ici, mais qui ne peuvent pas présenter de mandat direct.

En ce qui concerne les mandats délibératifs, la commission a vérifié la question assez compliquée de la répartition des voix et fait les propositions suivantes à la Conférence :

Comme il n’est pas possible de mettre sur le même pied les petits et les grands pays, comme d’autre part il n’est pas possible de reprendre l’échelle compliquée établie par la Deuxième Internationale, la commission de vérification des mandats propose d’adopter une échelle simplifiée. Cette échelle prend en considération, non pas la force des partis, mais l’importance des pays. Nous considérons les partis révolutionnaires, même au cas où ils ne sont pas encore très forts numériquement, comme les représentants du prolétariat révolutionnaire de leur pays. La répartition est faite d’après l’importance du pays. Nous proposons d’adopter trois catégories : les grands pays, les pays moyens, et les petits pays. Les premiers avec 5 voix, les seconds avec 3 voix, les derniers enfin avec 1 voix. Nous considérons comme grand pays : l’Allemagne, la Russie, l’Amérique. Si un représentant d’Italie venait, l’Italie serait aussi considérée comme un grand pays avec 5 voix. De même pour la France. Sont considérés comme pays moyens : l’Ukraine, la Finlande, la Pologne, la Norvège, la Suède, la Suisse et les restes de l’ancienne Autriche-Hongrie dont, seule provisoirement, est représentée ici la Hongrie. Les autres pays ont chacun une voix ; à savoir : la Lithuanie et la Russie blanche. Elles sont à présent unies et ont formé le parti communiste lithuanien blanc-russe, la Lettonie, l’Estonie, le territoire des colons allemands de la Volga qui représente un domaine fermé, l’Arménie, et finalement les peuples orientaux de la Russie, les Tatares, les Bachkirs, les Kirghiz et les montagnards du Caucase qui ont entre eux une certaine ressemblance culturelle, habitent des territoires fermés et ont aussi des mouvements communistes dans leurs pays ; ils seront considérés par conséquent comme un seul pays avec une voix. La question des pays balkaniens est restée ouverte parce que le camarade Racovski n’était pas encore arrivé hier. Nous avons par conséquent trois pays avec 5 voix chacun, quatre pays avec chacun trois voix et six pays avec chacun une voix, au total treize pays. Cinq étaient encore attendus, quelques-uns sont maintenant arrivés et nous en attendons encore d’autres. Nous avions hier des voix consultatives pour douze pays ; trois pays sont encore attendus et ont été annoncés. Etaient représentés par des voix consultatives, la Bohême, c’est-à-dire le groupe tchèque, la Bulgarie, le groupe slave et slavonique du Sud (qui comprend la Serbie, la Croatie et la Slavonie), la Hollande, le groupe français, la ligue américaine de la propagande socialiste, les communistes suisses, le Turkestan, la Turquie, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et la Perse. Nous avons eu les mandats du groupe anglais aujourd’hui seulement. La Chine et la Corée, c’est-à-dire les groupes des travailleurs émigrants chinois et coréens qui habitent en Russie, sont encore attendues.

Hier soir, nous comptions au total 26 délégués avec voix délibérative, représentant treize pays, et treize délégués avec voix consultative. Au cours de la vérification des mandats, nous avons dû tenir compte de ce que la conférence s’est réunie dans des circonstances tout à fait anormales. Tout d’abord la nécessité du secret et de la clandestinité qui ont rendu impossible la tenue d’élections, ou de façon générale toute initiative pour faire connaître largement la conférence. Deuxièmement, les difficultés du voyage : vous savez que les représentants hongrois ont été arrêtés en cours de route. D’autres délégués ont aussi rencontré les mêmes difficultés, si bien que quelques-uns n’ont pu présenter de mandats écrits et que leurs mandats ont dû être vérifiés par les dépositions de témoins. Pour les partis intervenant en Russie et dans les républiques soviétiques avoisinantes, seule la première difficulté fut décisive, à savoir la nécessité de la clandestinité. C’est pourquoi beaucoup ne peuvent montrer que des mandats d’organismes centraux. Pour les peuples orientaux, entre en considération le mandat du bureau central des peuples orientaux de Russie. Ceci est particulièrement vrai pour les représentants des pays d’Europe occidentale. Parmi les pays qui figurent sur la liste provisoire avec voix consultative a été nommé le groupe socialiste japonais, mais la commission après avoir entendu le rapport du camarade Rutgers, s’est rendue compte qu’il n’était plus possible de maintenir une représentation du groupe japonais [1]. Le camarade Rutgers représente la Hollande avec voix consultative ; il n’a pas de mandat mais peut parler au nom du parti. En même temps, il a une voix consultative pour la ligue américaine de propagande socialiste. Mais, comme il n’a été au Japon que très peu de temps en passant, il ne peut pas être considéré, en ce qui concerne le Japon, ni comme représentant d’un mouvement, ni comme mandataire avec voix consultative. Il était donc nécessaire de rayer le groupe japonais de la liste. La question de la représentation roumaine reste ouverte jusqu’à ce que la commission des mandats entre en contact avec le camarade Racovski.

Tels sont pour le moment les résultats des travaux de la commission des mandats. Lorsque nous aurons vérifié le reste des mandats, nous communiquerons la liste définitive de tous les représentants.

LÉNINE : Quelqu’un désire-t-il la parole au sujet de la vérification des mandats ? Ce n’est pas le cas. Les mandats sont donc confirmés. Nous passons à la suite des rapports. Le camarade Racovski a la parole.