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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La conférence de Berne et les positions envers les courants socialistes - Platten etZinoviev, rapporteurs
Quatrième journée – 5 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019

par ArchivesAutonomies

Le camarade Lénine ouvre la séance vers 12 h 30 et passe la parole au camarade Platten (Suisse).

La conférence de Berne et la position envers les courants socialistes

(Rapporteurs, PLATTEN et ZINOVIEV)

PLATTEN : Camarades, la II° Internationale, lorsque la guerre a éclaté, s’est révélée un collège de social-démocrates peu disposés à tenir compte des résolutions antérieures ou à mettre à l’ordre du jour l’activité révolutionnaire prolétarienne. Le bureau et ses partisans sont tous passés aux social-démocrates, à ceux qui s’employèrent fébrilement à user de leur influence sur les organisations ouvrières pour les mettre à la disposition des gouvernements de leur pays. Pendant la guerre, nous avons à plusieurs reprises appelé ces gens à se souvenir de leurs devoirs internationalistes et à engager, conformément aux résolutions de Stuttgart, des actions qui auraient eu pour conséquence de désarmer la bourgeoisie internationale. Mais, le bureau n’a pas écouté ces invitations ni ces appels, et il est significatif que la guerre européenne ait pu être liquidée sans que le bureau ait pris la moindre initiative pour appeler à la lutte les prolétaires du monde entier. Il a ainsi contribué à faciliter la guerre aux classes dominantes pour l’accroissement de leurs richesses.

Dans ce bureau étaient représentés les social-patriotes qui furent les champions du mensonge et de la tromperie. Pour nous, socialistes aux conceptions révolutionnaires, communistes, il était tout à fait clair que nous ne pouvions plus avoir de relations avec ces gens qui s’étaient vendus à leurs gouvernements comme une pauvre âme au diable. Pour nous, la II° Internationale est morte. Même si ces gens se rencontrent dans un congrès afin d’y refaire leur prestige et annoncer aux gouvernements qu’ils continuent à maintenir leur droit et leur volonté de trahir la cause ouvrière, ils ne parviendront pas à restaurer l’ancienne Internationale.

Je vais vous informer sur l’organisation de la conférence internationale de Berne afin de vous montrer les efforts que nous avons faits pour inciter nos camarades de Zimmerwald à boycotter cette conférence. Il est tout à fait clair que cette conférence avait pour but de prouver que le prolétariat a encore une Internationale. La raison profonde d’une telle réunion est que ces messieurs les politiciens de l’Entente souhaitaient obtenir une approbation de "l’Internationale socialiste" pour la politique qu’ils avaient menée. C’est en tant que fidèles valets de leurs gouvernements respectifs, que ces gens ont pu se réunir et ils ne se sont pas départis de leur rôle en se faisant les instruments bourgeois des puissances de l’Entente. La conférence avait également l’intention de briser le front de la révolution en faisant renaître la II’ Internationale, de dissoudre le groupe de Zimmerwald dans sa composition ancienne et, si possible, d’isoler les communistes révolutionnaires. Il faut reconnaître ici que Zimmerwald, en tant que rassemblement politique de groupes différents, n’avait pas la force de s’affirmer comme une Internationale avec une conception unitaire et une volonté d’action. La conférence de Zimmerwald a été une alliance de partis prêts à engager la lutte contre la poursuite de la guerre. Il apparut qu’il y avait de graves divergences entre les camarades de cette alliance dès qu’on aborda la question de la "révolutionnarisation" des masses et du renversement violent de l’ordre capitaliste. Les social-patriotes ont réussi en fait, en convoquant la conférence de Berne, à convaincre quelques-uns des anciens de Zimmerwald de participer à cette conférence, ce qui prouve la faiblesse du fondement de l’idéologie révolutionnaire dans une partie des zimmerwaldiens. Nous autres, internationalistes révolutionnaires de Suisse, qui pouvions servir d’intermédiaires entre les pays d’Europe occidentale et les puissances centrales, avions une dure tâche à remplir, avant tout convaincre notre propre parti de ne pas participer à la conférence. Il est clair que si le Parti suisse avait décidé de participer, cela aurait eu un écho énorme, mais nous, la direction de Zürich, nous avons tout fait pour empêcher ce pas [1].

Il faut mentionner ici aussi le fait que nous avons dû accepter une mission de la part du camarade Longuet de France qui nous chargea de faire savoir aux camarades russes que le parti français enverrait une délégation à la conférence et qu’il saluerait également avec joie la participation des camarades russes [2]. Je transmis ce télégramme au camarade Vorovski [3], en espérant que nous réussirions peut-être à vous faire obtenir votre entrée en Suisse, car nous avions entendu dire que vous n’étiez pas en mesure de venir à Berne pour des raisons techniques. Je savais parfaitement que vous ne vouliez pas participer à une conférence social-patriote en tant qu’opposition. Bien entendu, les partis qui étaient représentés à cette conférence en tant qu’anciens participants de Zimmerwald étaient ceux de l’extrême-droite, ces gens qui espéraient toujours réussir à convaincre les représentants de l’ancienne Internationale de donner l’exemple d’une internationale révolutionnaire. Presque tous les Français, sauf Loriot et Frossard [4], estiment que c’est une très grande erreur que ni les Suisses, ni les Russes, ni les Spartakistes ne soient venus à Berne, car il aurait été possible de battre à cette conférence les éléments droitiers. Nous devons dire que, connaissant exactement la situation, nous avons déploré immédiatement que les camarades français aient condescendu à venir à cette conférence et ne se soient pas séparés dès le début des social-patriotes déclarés. Afin de contribuer pour notre part à expliciter la position des anciens zimmerwaldiens à cette conférence, nous avons eu l’idée avec quelques camarades d’inviter aussitôt les camarades à une réunion. J’exposai à ceux qui étaient réunis la position du parti suisse, des camarades italiens, des russes et, lorsque je la connaissais, la position également des camarades des autres pays. J’essayai de leur faire prendre la décision de boycotter la conférence et de refuser de siéger avec les social-patriotes. Un certain nombre de camarades avaient été invités à cette conférence, parmi lesquels les camarades Fritz Adler, Petrov, Paul Faure, Frossard, Loriot, Morgari, Rappoport, Herzfeld, Verfeuil, Burian, Schefflo, Besteiro, Betritos, Marnus [5]. Nous avons proposé à ces camarades de publier une déclaration disant qu’ils n’iraient pas à la conférence de Berne. Nous nous serions alors déclarés d’accord pour tenir une conférence spéciale avec eux sur les restructurations qui pouvaient être opérées dans l’Internationale et, chose essentielle, nous aurions peut-être assuré une liaison normale avec notre actuelle réunion. Mais, comme il apparut rapidement, tous, sauf Loriot et Morgari [6], s’appuyèrent sur des arguments de procédure et déclarèrent qu’ils avaient le mandat précis de participer à la conférence et qu’ils y formeraient l’opposition. Après cette réponse, nous avons cherché au moins à les aider dans l’organisation de cette opposition. Nous leur dîmes : "Après nous avoir assuré que vous ne vouliez participer à cette conférence qu’en tant qu’opposition, vous devez vous mettre d’accord sur une base d’intervention", et nous leur proposâmes de se constituer en une gauche et d’apparaître sur chaque point de l’ordre du jour avec d’autres résolutions que celles proposées par le bureau, stigmatisant, du point de vue de Zimmerwald, les efforts du bureau comme une politique au service de la bourgeoisie. Nous leur expliquâmes qu’en tant qu’anciens zimmerwaldiens, ils ne pouvaient pas ne pas constater qu’il existe une opposition fondamentale entre les conceptions des social-patriotes et les leurs. Qu’ils devaient donc opposer aux résolutions du bureau, les déclarations du groupe de Zimmerwald. Nous avons longtemps tenté d’agir en ce sens, mais en vain ; ces gens déclarèrent en effet ne pas vouloir diviser leurs délégations nationales respectives pour apparaître dans l’unité avec les organisations de leurs pays. Cela empêchait donc toute intervention organisée et les camarades furent aussi impuissants qu’une barque sans gouvernail dans le courant d’un fleuve. Dès la discussion sur la question des responsabilités, il apparut que les délégués du groupe de Zimmerwald s’efforçaient dans les séances de commission de mettre sur pied la meilleure résolution possible afin de parvenir à des décisions unitaires. On peut imaginer que la politique d’un Renaudel ou du social-patriote allemand Wels [7] et surtout de Grumbach [8] et de Huysmans [9] ne peut se concilier que très difficilement avec les conceptions des zimmerwaldiens d’autrefois et le fait que l’unanimité ait été recherchée ne parle pas en faveur de cette résolution. II aurait dû apparaître des oppositions. Il y eut par conséquent un total isolement de ces camarades ; chacun opéra de son propre chef en liaison avec les délégués de leurs nations respectives. Cette attitude fut observée dans la question territoriale et dans la question de la Société des Nations. Il est touchant de voir avec quelle énergie ces différents camarades, y compris le camarade autrichien Adler [10], s’efforcèrent de mettre sur pied quelque chose que pourraient accepter l’extrême-droite, le centre et la gauche. Ces rapports devinrent intéressants lorsqu’une partie de la conférence s’efforça de manière décidée de mettre sur pied une résolution concernant la Russie soviétique. Le ton de ces efforts consistait à faire passer une condamnation résolue de la politique bolchevique et du gouvernement soviétique, non pas tellement pour exprimer une opinion politique de parti, mais, comme je le suppose, afin de donner la caution de la conférence social-patriote à une intervention éventuellement envisagée de l’Entente. Il est clair en effet qu’une telle résolution en voyant le jour annonçait officiellement que les social-patriotes proposaient indirectement à leurs gouvernements respectifs "de mettre de l’ordre dans le chaos" en Russie.

Telle était l’intention principale. La deuxième était qu’avec l’adoption d’une telle résolution le parti russe et le mouvement révolutionnaire en Russie auraient été discrédités de manière décisive devant les ouvriers de l’étranger. Les efforts que firent alors les opposants, les anciens zimmerwaldiens, furent couronnés de succès. Dès le troisième jour, des gens comme Grumbach voulurent soumettre cette résolution. Grâce aux efforts du camarade Adler, il fut décidé de ne pas aborder cette question. Adler étaya son point de vue en disant qu’on ne savait pas assez de choses sur la situation en Russie et que l’on n’avait pas assez d’informations sur la politique des bolcheviks. Il fallait, disait-il, retarder une telle résolution jusqu’à ce qu’une commmission adéquate ait pu apprécier la politique du gouvernement soviétique en étudiant sur place les conditions en Russie. Deux jours après, Grumbach revint à la charge. Le Français Renaudel expliqua surtout qu’il ne pouvait pas retourner en France sans que le congrès ait pris position dans cette question très importante. Ces gens avaient également l’intention, en condamnant la politique bolchevique, d’endiguer les sympathies croissantes de la classe ouvrière d’Europe Occidentale pour les révolutionnaires russes, d’y opposer une barrière. Le mouvement ouvrier en Europe occidentale ne s’intéresse déjà presque plus qu’aux questions du mouvement révolutionnaire en Russie et il est typique de constater que les ouvriers de presque tous les pays ne se souviennent guère de la conférence des social-patriotes à Berne qui a duré huit jours [11]. Les bourgeois firent grand bruit autour d’elle ; ils eurent beaucoup de peine pour démontrer combien les travaux de la conférence étaient sérieux et combien étaient grands les politiciens qui avaient trouvé acceptable la voie dans laquelle s’engageait la bourgeoisie. Les ouvriers, au contraire, reconnurent que les véritables révolutionnaires n’y étaient pas représentés, et seule l’apparition d’Adler contribua à obscurcir les choses. Quelques camarades ont eu un comportement qui nous a permis de trouver en eux un appui véritable ; ainsi, le camarade italien Morgari, qui déclara explicitement ne pas participer à la conférence et qui n’y prit part qu’en tant que représentant de la presse italienne, s’efforça de différentes manières d’inciter les éléments de gauche à adopter une attitude de refus. Le camarade Loriot a caractérisé par sa déclaration le vrai visage de la conférence de Berne [12]. Il faut remarquer également la déclaration des camarades norvégiens disant qu’ils étaient obligés par leur mandat de participer à la conférence mais qu’ils n’avaient pas été suffisamment informés du caractère de cette conférence, qu’ils s’étaient donc abstenus de voter et étaient amenés à donner à leur travail un caractère purement informatif ; qu’ils déclinaient toute responsabilité et qu’ils ne se sentaient obligés en aucune façon par les résolutions ; qu’ils retournaient chez eux pour faire connaître le vrai caractère de la conférence à leur parti. Les délégués déclarèrent qu’ils voulaient engager leur parti à rompre définitivement avec la II° Internationale et lui proposer de se tourner vers la III° Internationale. L’autre tâche des camarades suisses fut d’entrer en relation dans des conversations privées avec les différents délégués venus à Berne afin de s’informer sur la situation du mouvement dans les différents pays. Je voudrais vous faire part ici de quelques opinions de camarades, même au risque de devoir atténuer de grands espoirs.

Les premiers camarades qui nous firent un rapport détaillé furent les Italiens. Morgari déclara qu’à son avis la révolution n’était pas encore imminente, car la démobilisation était artificiellement empêchée par le gouvernement. Les troupes continuaient à être maintenues dans les territoires étrangers et c’est seulement si la démobilisation s’effectuait que la situation serait telle que le prolétariat, poussé par la faim et le mécontentement propagé par les soldats revenus au sein de la population, donnerait le signal de la révolution. Il était plus pessimiste que d’autres camarades italiens en ce qui concerne la date du soulèvement ! Par contre, une de ses opinions était intéressante, à savoir que les développements à l’intérieur du parti et des syndicats étaient tels que ceux-ci s’étaient tournés vers les conceptions les plus extrêmes à l’intérieur de l’Internationale révolutionnaire ; nous apprîmes aussi que le parti italien s’était prononcé pour la dictature du prolétariat [13]. Cela n’est pas étonnant quand on sait que la situation est telle en Italie que si le prolétariat parvient à se soulever il ne s’arrêtera pas avant que la dictature du prolétariat ne soit établie. Les camarades italiens pensent par conséquent qu’en Italie un mouvement analogue à la Révolution russe se produira.

Nous entendîmes un rapport du camarade Loriot qui nous dit que les quatre cinquièmes des ouvriers en France étaient tout à fait opposés à une intervention en Russie. Il déclara qu’en cas d’action interventionniste du gouvernement français en Russie, les ouvriers ne l’accepteraient pas passivement mais engageraient une lutte révolutionnaire. Il existait pourtant la possibilité d’une intervention en Russie grâce aux peuples coloniaux ; avec les soldats de la métropole, cela n’était plus possible en effet [14].

La démobilisation des troupes avait certes élevé le sentiment révolutionnaire des masses ; les soldats notamment, en revenant dans le pays, avaient un état d’esprit tel que l’on pouvait s’attendre à des incidents, mais un certain temps était encore nécessaire pour que cet état d’esprit se consolide dans les masses et qu’il trouve une expression politique. Loriot déclara que c’était le cas, en particulier, chez les ouvriers de la région parisienne. Il ne pouvait pas affirmer disposer d’un grand nombre d’adhérents et avoir derrière lui un parti avec des dizaines de milliers de membres, mais son influence sur l’ensemble de la classe ouvrière est plus importante numériquement que ne se l’imagine son parti. Les possibilités de propagande pourront être améliorées après sa venue à Berne étant donné que l’issue n’en a pas été favorable aux social-patriotes et que les divergences au sein du parti français se sont aggravées. Un conversation avec un autre camarade des milieux syndicalistes nous apprit que les syndicalistes avaient déjà pris une position ferme contre les social-patriotes en France [15] ; il croyait que les socialistes ministériels avec leur appendice seraient très rapidement complètement rejetés du parti. Pour les syndicalistes s’offrent également des possibilités de propagande révolutionnaire plus étendues qu’avant, grâce au relâchement de la censure. Tous, de Loriot jusqu’à Longuet, déclarèrent unanimement qu’ils soutiendraient les camarades russes, car même si le mouvement à l’Est commettait des erreurs, il était sûr que c’était un mouvement authentiquement prolétarien et que ce n’était pas le rôle des camarades d’Europe occidentale de critiquer ces camarades. Il ne fut guère possible de tirer grand-chose des délégués anglais. Autant qu’on en sache, c’est toujours sur la base d’un accord entre les différents partis, en Angleterre, que la majorité des conférences où sont représentés tous les partis ouvriers désigne les personnes qu’elle mandate comme ses délégués à l’étranger. Les délégués reconnurent qu’en Angleterre il existait également un mouvement extrêmement fort parmi les ouvriers et que beaucoup s’étaient exprimés de manière très ferme contre la participation à la conférence des social-patriotes et avaient exprimé leurs sympathies à l’égard des camarades révolutionnaires russes. Ils dirent toutefois que les luttes en Angleterre n’avaient pas la signification d’un bouleversement révolutionnaire socialiste, mais qu’elles n’étaient qu’un mouvement purement économique de dimensions grandioses. Nous pouvons admettre que ce mouvement économique en Angleterre se développera rapidement en un mouvement véritablement révolutionnaire.

Le dernier camarade que nous avons interrogé sur les conditions politiques dans son pays fut le camarade Adler, d’Autriche. Ses réponses éclairèrent tout à fait ses positions vis-à-vis du parti communiste d’Autriche allemande. Il déclara qu’il avait d’abord un besoin de s’orienter politiquement pendant une période et qu’il avait ensuite dû essayer de légaliser sa situation. Lorsqu’on lui demanda ensuite pour quelles raisons il ne se mettait pas à la tête des communistes, il déclara qu’il lui était impossible de participer à ce mouvement parce qu’il espérait créer à l’intérieur du parti un courant de gauche si fort qu’il serait possible de mener le prolétariat d’Autriche dans l’unité à la lutte contre la bourgeoisie. Un examen plus approfondi des conditions en Autriche et de sa position vis-à-vis de la classe ouvrière viennoise montra aussi qu’Adler était effrayé par le chaos croissant. Il voulait être l’homme de la construction et déclara à la ronde que si l’on se rendait à la politique des communistes, on pouvait être certain que Vienne irait au devant d’un dépeuplement total, car la lutte des classes entre les paysans et les citadins entraînerait un blocus des vivres. Ce raisonnement, auquel il faut attribuer toute son importance, peut nous expliquer les raisons pour lesquelles il adopte une attitude aussi hésitante.

Ce rapport vous montre que les efforts de ces camarades pour intervenir en notre faveur n’ont guère eu de succès. Je crois que le mouvement dans les différents pays est capable d’ouvrir les yeux de quelques-uns d’entre eux, si bien qu’ils pourront se détacher par la suite de la II° Internationale social-patriote et se rattacher à la III° Internationale communiste. "Avec ou contre les ouvriers", telle est la question de conscience qui a été posée aux dirigeants. Les ouvriers qui ont une conscience de classe se rattacheront à la nouvelle Internationale communiste avec ou sans les anciens dirigeants.

LÉNINE : La parole est au deuxième rapporteur, le camarade Zinoviev.

ZINOVIEV : Nous avons deux questions à traiter : la première concerne notre attitude à l’égard de la conférence de Berne des social-patriotes ; la deuxième : notre attitude à l’égard des tendances fondamentales à l’intérieur du mouvement ouvrier actuel en général. Je tire les principaux éléments de réponse à la première question d’un solide journal bourgeois, la Neue Züricher Zeitung qui a une attitude très bienveillante à l’égard de la conférence de Berne et qui a donné un compte rendu très détaillé, presque sténographique, de cette conférence. Les circonstances déjà dans lesquelles a eu lieu la séance d’ouverture sont très caractéristiques. La conférence fut ouverte par Branting et, dès ses premières paroles, celui-ci rappela la naissance de l’Internationale et mentionna son président, Jaurès, en l’honneur de qui tout le monde se leva. Ensuite, poursuit le compte rendu, monsieur Branting proposa de célébrer un deuxième homme, un vivant, monsieur Wilson. Vous voyez, camarades, les premières paroles du président furent très caractéristiques : à notre gauche, notre défunt Jaurès ; à notre droite, le vivant Wilson !... Les commentaires sont superflus.

Sur ce, monsieur Albert Thomas, l’ancien ministre de la Guerre français, prend la parole. Son discours provoque des mouvements dans l’assemblée apathique. Thomas déclare : "La conférence doit prendre des résolutions, mais quels effets auront-elles ? Avant la guerre existait l’Internationale ; à présent, elle s’est à nouveau réunie, mais êtes-vous encore les mêmes et la confiance réciproque existe-t-elle encore ? Là se situe le problème et c’est la raison de la défection de la Belgique !"

Monsieur Thomas, un des participants les plus influents de cette conférence, disait la vérité. Il disait ce que dit le dicton russe : "Si tu as menti une fois, on ne te fera plus jamais confiance." La question implicite aux paroles de Thomas était la suivante : après avoir menti pendant quatre ans, qui vous croira encore à présent ? Monsieur Thomas visait les social-patriotes allemands, mais ceux-ci pouvaient poser à juste titre la même question à monsieur Thomas et tous deux avaient raison.

Au cours de la deuxième séance, monsieur Henderson, un des dirigeants les plus influents de la II° Internationale, déposa la résolution suivante : "La conférence décide de mener ses travaux de manière à lui assurer la plus grande influence sur la conférence de Paris, dans l’intérêt des travailleurs et de mouvement socialiste des pays représentés." Ces paroles résument la tâche principale de la conférence de Berne et nous les entendons souvent de la bouche de Henderson et des autres ; ces gens considèrent que leur tâche est uniquement d’exercer la plus grande influence possible sur la conférence de Paris. Plus loin, la résolution de Henderson a eu pour conséquence des malentendus et de grandes divergences d’opinions sur l’attitude à adopter.

Par conséquent, au cours de ces quatre ans et demi, nous n’aurions eu que des "malentendus" au sein du mouvement ouvrier. Le sommet auquel se hisse la résolution de Henderson est de reprendre les revendications exprimées également par Wibaut [16] et Kautsky, à savoir que ce ne sont pas les représentants des gouvernements qui doivent déterminer la question de la Société des Nations, mais les représentants du parlement. Non pas, par conséquent, les représentants des ouvriers et des soldats, mais ceux des éléments bourgeois, puisque les gouvernements et les éléments bourgeois sont identiques pour l’essentiel. L’esprit de monsieur Wilson présida à cette conférence, bien qu’il ne fût pas présent. Au cours de la quatrième séance de la conférence, Huysmans soumit une résolution sur la mise en place d’une commission composée de Henderson, Branting et Huysmans et de deux délégués par pays afin d’exercer la plus grande influence possible sur la conférence de Paris et de contrôler l’exécution des résolutions. Mais, lorsqu’un membre du centre prononça quelques mots contre Wilson, Milhaud [17] se leva et déclara qu’il devrait quitter la conférence en signe de protestation si la politique de Wilson n’était pas approuvée. Huysmans se leva aussitôt et l’apaisa en disant qu’il ne pouvait être question de ne pas approuver la politique de Wilson.

Le premier point de cette conférence fut la question des "responsabilités" qui était très étroitement liée à la question territoriale. Dans la question des responsabilités, ils examinèrent en détail telles ou telles initiatives d’avant la guerre des ministres bourgeois en question. Ils ne voulurent pas ouvrir les yeux au prolétariat précisément sur l’essentiel, à savoir que les principaux responsables étaient le capital financier des deux coalitions et les social-patriotes eux-mêmes. Dans la question territoriale et dans la question de la Société des Nations, la conférence de Berne atteignit le sommet de l’ambiguïté et pourtant ces messieurs Thomas et Henderson parvinrent à suffisamment de clarté au profit de la bourgeoisie. Ils décidèrent d’obtenir le droit à l’autodétermination des peuples, librement consultés, mais au point numéro 2 de la résolution sur la question territoriale, la conférence demanda que, "dans les territoires controversés la décision sur l’appartenance se fasse sur consultation des peuples sous le contrôle de la Société des Nations qui tranche en dernière instance".

Dans cette question par conséquent, le droit de décider est laissé au contrôle de la Société des Nations composée de bourgeois impérialistes.

Ils abordèrent également en passant la question coloniale, mais n’osèrent pas aller au fond de cette question. Les social-patriotes allemands supplièrent la conférence de laisser à l’Allemagne ses colonies, c’est-à-dire de les livrer à l’exploitation du capital allemand. On ne leur a pas donné de réponse directe. Les Français et Anglais trouvèrent naturel que l’on laissât exploiter leurs colonies par le capital français et anglais. Au point 5 de la résolution mentionnée précédemment, la conférence demanda : "La protection des populations des territoires indépendants, des colonies et des protectorats par la Société des Nations qui doit faire en sorte que soient prises des mesures permettant aux populations indigènes de se développer le plus rapidement possible vers l’autonomie nationale."

On peut se représenter la façon dont la Société des Nations protégera les colonies. Pas une seule phrase par conséquent sur le fait que l’esclavage des colonies doit cesser une fois pour toutes, par une phrase sur ce que Kautsky écrivit une fois : "A bas les colonies ! à bas l’exploitation des colonies !", mais seulement le replâtrage de la politique bourgeoise à l’égard des colonies.

Telles furent les lignes directrices de la politique de la majorité à la conférence de Berne.

Mais il s’est formé également un petit groupe de vieux centristes, de pacifistes, avec à leur tête Wibaut, Kautsky et Bernstein [18]. Ces gens n’ont fait que recouvrir de paroles doucereuses la politique impérialiste de la majorité.

C’est ainsi que Wibaut soumit une résolution disant : "L’unification des peuples en une communauté internationale fut, dès le début, un des idéaux les plus élevés de l’Internationale socialiste. Cet idéal correspond à la solidarité des prolétaires de tous les pays et aussi au but final socialiste !"

Mais la question est de savoir de quelle communauté il s’agit. De la Société des Nations ? Il serait difficile de dire que c’est l’idéal de l’Internationale socialiste. On a rabâché assez souvent que la communauté devrait éviter de nouvelles guerres, mais on n’a pas dit un seul mot sur les moyens permettant de les éviter. Monsieur Troelstra, le chef des social-patriotes hollandais, se mit à jouer le pacifiste et déclara que nous autres, les bolcheviks russes, nous étions responsables si la guerre ne s’était pas arrêtée dès le début de 1917. L’offensive de Broussilov [19] signifiait le début du bolchevisme et si la conférence de Stockholm n’avait pas échoué, les événements se seraient sûrement déroulés autrement en Russie. Il était nécessaire d’empêcher Paris de favoriser artificiellement le bolchevisme en Allemagne. Nous pouvons répondre que, quels que soient leurs initiatives, ils hâteront le bolchevisme, quoi qu’il arrive, en Allemagne et dans tous les autres pays. L’histoire ne leur a pas laissé d’issue.

La question la plus importante à la conférence de Berne fut celle de l’appréciation de la situation en Russie ou celle de la condamnation du bolchevisme. Nous devons constater ici avec satisfaction que beaucoup de nos camarades français nous ont brillamment défendu contre la majorité et nous devons leur exprimer nos remerciements au nom de notre parti. Ils ont rempli leur devoir prolétarien bien que ce fût a priori une erreur de participer à la conférence. Paul Faure et Loriot furent les seuls qui lancèrent la vérité au visage de ces menteurs social-patriotes. Le discours de Kautsky, le leader du centre, fut le plus caractéristique ; il déclara qu’il fallait lutter contre le bolchevisme russe, ne serait-ce que parce qu’il ne pouvait être identifié avec la révolution russe. Il voulait probablement dire que la révolution russe devait s’identifier avec les mencheviks, c’est-à-dire avec la contre-révolution. La tâche la plus importante de l’époque actuelle d’après Kautsky est d’enrichir à nouveau l’humanité appauvrie et de remettre en marche la production. Sur quelle base s’agit-il de remettre en marche la production ? cela ne l’intéresse pas. Il faut rendre l’humanité plus riche, restaurer la production capitaliste et alors seulement commencer la lutte pour le socialisme. Kautsky passa ensuite à la critique du travail accompli par les bolcheviks durant une année et déclara : "La révolution russe a ruiné les grandes industries, détruit les organisations prolétariennes et contraint les ouvriers, qui ne furent pas anéantis, à retourner à la campagne. Les bolcheviks veulent réaliser le socialisme. En réalité, leur seul résultat positif est la création d’un nouveau militarisme." Il recueillit ainsi de vifs applaudissements. Évidemment, notre Armée rouge ne plaît pas à ces gens-là et tous ceux qui ont plus ou moins de fortes raisons de vouloir l’éviter sur leur propre pays, devaient l’applaudir. Kautsky poursuivit : "Nous devons prendre une position claire vis-à-vis du bolchevisme pour ne pas perdre la confiance des masses." Nous pouvons lui répondre qu’on ne peut perdre ce que l’on n’a pas ! En prenant une position claire, c’est-à-dire une position contre-révolutionnaire vis-à-vis du bolchevisme, ces gens ne peuvent gagner que la confiance de ces messieurs les impérialistes. Les camarades Faure et Loriot ont répondu à ce discours. Loriot dit : "Laissez-nous d’abord nous occuper de la dictature de la bourgeoisie" et déclara ensuite que dans les républiques bourgeoises également la dictature de la bourgeoisie était exercée, tout aussi bien que dans les monarchies. Il avait ainsi saisi au collet Bernstein, car celui-ci avait tenu un véritable discours de pogrom contre le bolchevisme.

Vous savez que la conférence n’a pas pu prendre de résolutions contre le bolchevisme. La petite opposition qui s’est formée a réussi à empêcher la conférence de le faire. Nous ne voulons pas y voir la victoire diplomatique de tel ou tel groupe, mais la preuve directe que les véritables masses du prolétariat d’Europe occidentale non seulement ne veulent pas nous condamner, mais nous témoignent même de la sympathie. La conférence est passée tout simplement à côté des questions les plus importantes qui intéressent à présent la classe ouvrière. La conférence n’a pas osé dire clairement et ouvertement son opinion sur le système des conseils ouvriers. Ces gens ont ainsi démontré leur pauvreté intellectuelle, et leur faillite théorique comme l’a déjà expliqué hier le camarade Lénine. Ils n’ont pas dit un seul mot sur ce que nous avons créé. Ils pouvaient le condamner, mais auraient dû prendre au moins une position claire à notre égard. Mais ils ne pouvaient rien dire et leur position me fait penser à celle du congrès des syndicats des métallurgistes suisses du 9 décembre 1918. La question des conseils ouvriers devait y être discutée pour la raison suivante : beaucoup de métallurgistes exigeaient de leurs syndicats qu’ils lancent le mot d’ordre des conseils ouvriers. Sur ce, les fonctionnaires syndicaux s’affairèrent et votèrent une résolution contre les conseils ouvriers en disant que les conseils ouvriers et les tendances qui les soutenaient se dressaient contre les organismes centraux et, chose plus importante, en affirmant que c’était anti-statutaire. Ces vieux chefs du mouvement social-patriote ne peuvent rien dire d’autre contre le mouvement historique si ce n’est qu’il est anti-statutaire ? Ils ont démontré ainsi au plus haut point leur pauvreté intellectuelle.

Tel fut le travail de cette conférence. A la fin de ses travaux, une délégation s’est rendue à Paris. La délégation fut même reçue par monsieur Clemenceau, le représentant le plus réactionnaire de la bourgeoisie moderne. Monsieur Clemenceau déclara que la conférence de Berne prenait en gros le même chemin que la conférence de Paris. Il suggéra à la délégation de participer aux différentes commissions de la conférence de Paris. Il a ainsi publiquement confirmé que la conférence de Berne n’était effectivement qu’un instrument de la conférence impérialiste de Paris. Cela caractérise cette conférence. J’espère que la grande majorité de la classe ouvrière de tous les pays caractérisera comme nous cette conférence. Le premier mensonge universel, celui de la défense de la patrie, a bien été compris par les ouvriers. La première tâche que la conférence de Paris a confiée à la conférence de Berne consiste à convaincre les masses ouvrières d’approuver les méthodes de liquidation de la guerre employées à présent par la bourgeoisie, c’est-à-dire celles qui consistent à faire peser tout le poids des dettes et des impôts sur le dos de la classe ouvrière, à maintenir les anciennes formes de l’armée et à lutter contre les soviets et contre la dictature du prolétariat.

Camarades, je crois que, si nous examinons les travaux de la conférence de Berne, nous devons dire qu’ils sont l’aboutissement nécessaire et naturel de toute l’évolution d’avant et pendant la guerre. Avant la guerre déjà, il était clair qu’il s’était constitué une majorité à l’intérieur de la II° Internationale, un courant qui se tenait sur le terrain du patriotisme bourgeois, du chauvinisme socialiste mais non pas sur le terrain de Marx et d’Engels. Je vous rappelle les discussions au congrès de Stuttgart. Je vous rappelle ce que ces messieurs les révisionnistes, avec Bernstein et le Hollandais Van Kol [20] en tête, ont proposé publiquement à la Internationale : reconnaître la politique coloniale, mais l’appliquer seulement de manière plus humaine. Je vous rappelle aussi qu’en commission la proposition des révisionnistes ne fut repoussée qu’à une faible majorité. A cette époque déjà les principaux groupes de la II° Internationale s’étaient rangés au point de vue de la bourgeoisie dans la question de la politique coloniale, c’est-à-dire dans la question de l’impérialisme. Je vous rappelle encore la proposition essentielle de la résolution de Stuttgart : "Si la guerre éclate, notre tâche consiste à réveiller les masses pour lutter contre le capitalisme". Cette proposition fut faite par les dirigeants de la gauche, Lénine et Rosa Luxemburg et ne fut adoptée que sous la pression de la gauche. Nous voyons déjà apparaître les tendances fondamentales à l’intérieur de la II° Internationale à Stuttgart, sept ans avant le début de la guerre. Vous connaissez également tous les résolutions de Bâle qui furent adoptées à l’unanimité. Mais, je voudrais vous rappeler ce que Marcel Sembat [21] écrivit quelques mois après Bâle ; il appela cette politique le "grand pardon de Bâle". Des résolutions ont été prises mais personne ne luttera. Il avait déjà prévu cela avant la guerre et il avait raison.

Je voudrais vous rappeler aussi les positions que prirent, au moins sur le papier, les différents partis avant le début de la guerre. On peut dire que 24 heures avant le déclenchement de la guerre, ces gens parlaient encore bien différemment. Il a paru un livre du professeur viennois Karl Grünberg [22]. Celui-ci a rassemblé les documents sur la guerre concernant les premières semaines de la guerre et les premières semaines avant la guerre. C’est le meilleur acte d’accusation contre la II°Internationale et nous devons l’utiliser abondamment. 24 heures avant le déclenchement de la guerre, l’Humanité, en France, l’organe central du parti, déclarait que la guerre était une guerre impérialiste et serait menée au profit de la bourgeoisie. Le Vorwärts, l’organe central du parti de Scheidemann, l’organe du parti italien et la presse des partis de presque tous les pays dirent la même chose. Mais, lorsque parti le premier coup de feu, ils confondirent tous les fronts et appelèrent blanc le 4 août ce qu’ils avaient appelé noir le 2 août encore.

Cette évolution ne se fit pas d’un seul coup, elle se fit comme elle devait se faire. La faillite de la II° Internationale s’est préparée pendant les vingt-quatre années de mouvement pacifique. Les trois tendances fondamentales ne sont pas constituées en un jour, mais au fil des années. nous avons trois tendances fondamentales : les social-patriotes, qui, avant, pendant et après la guerre, ont suivi la même ligne, celle de l’impérialisme et de la démocratie bourgeoise. La deuxième tendance, le centre, qui, avant la guerre, était particulièrement représenté par le groupe de Kautsky et mena exactement la même politique mais seulement dans d’autres circonstances. Avant la guerre, il a combattu l’extrême gauche et l’a décriée comme anarchiste. Lorsque la guerre éclata, Kautsky produisit une brochure [23] et sa célèbre formule : "Lutte pour la paix, lutte des classes dans la paix", c’est-à-dire pas de lutte de classe pendant la guerre. Il fit ensuite de la propagande pour l’unité avec ces messieurs les social-patriotes qui devinrent moralement et physiquement les assasssins des dirigeants du prolétariat, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. C’est le même Kautsky, qui à Berne avait proposé à la conférence de se lever pour honorer la mémoire de K. Liebknecht et Rosa Luxemburg, qui vient de faire de la propagande pour l’unité avec les assassins de Liebknecht et Luxemburg. L’amnistie mutuelle réclamée par Kautsky et une partie de la conférence de Berne avait été également propagée au début de la guerre ; Kautsky avait élaboré dès 1915 toute une théorie de l’amnistie mutuelle. Et, en 1919, lorsque la guerre fut terminée et que commença la révolution prolétarienne, il était tout à fait naturel que ces compagnons d’assurance mutuelle s’accordent l’amnistie les uns aux autres. La question est de savoir si le prolétariat leur accordera cette amnistie, mais cela ne se produira jamais. Le prolétariat ne permettra pas que la question de l’effondrement de la II°Internationale soit éludée. Il résoudra la question capitale que posa la guerre impérialiste de 1914-18. Nous voulons contribuer à ce que chaque ouvrier s’y intéresse et nous devons l’inviter à étudier cette question centrale du socialisme et à comprendre pourquoi la II°Internationale est devenue l’instrument de la bourgeoisie international, pourquoi elle s’est effondrée et pourquoi nous devons construire une III° Internationale.

La lutte a commencé entre l’Internationale jaune de Berne et l’Internationale rouge que nous avons fondée hier. Mais l’Internationale rouge vaincra certainement l’Internationale jaune et cela très rapidement.

LÉNINE : Qui désire la parole pour la discussion ? Nous transmettrons la résolution sur cette question à la commission des résolutions.

(Voir la "Résolution sur la position envers les courants socialistes et la conférence de Berne")