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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Résolution sur la position envers les courants socialistes et la conférence de Berne
Quatrième journée – 5 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 6 mars 2019

par ArchivesAutonomies

Le Le camarade Zinoviev lit la résolution.

Résolution sur la position envers les courants socialistes et la conférence de Berne

Adoptée au congrès de l’Internationale communiste à Moscou (2-6 mars 1919)

Déjà, en 1907, au Congrès international socialiste de Stuttgart, lorsque la II° Internationale aborda la question de la politique coloniale et des guerres impérialistes, il s’avéra que plus de la moitié de la ll° Internationale et la plupart de ses dirigeants étaient dans ces questions beaucoup plus proches des points de vue de la bourgeoisie que du point de vue communiste de Marx et d’Engels.

Malgré cela, le Congrès de Stuttgart adopta un amendement proposé par les représentants de l’aile révolutionnaire, Lénine et Rosa Luxemburg, et conçu en ces termes :

"Si néanmoins une guerre éclate, les socialistes ont le devoir d’œuvrer pour qu’elle se termine le plus rapidement possible et d’utiliser par tous les moyens la crise économique et politique provoquée par la guerre pour réveiller le peuple et de hâter ainsi la chute de la domination capitaliste."

A son Congrès de Bâle, en novembre 1912, réuni au moment de la guerre des Balkans, la H° Internationale déclara : "Que les gouvernements bourgeois n’oublient pas que la guerre franco-allemande donna naissance à l’insurrection révolutionnaire de la Commune et que la guerre russo-japonaise mit en mouvement les forces révolutionnaires de Russie. Aux yeux des prolétaires, il est criminel de s’entre-tuer au profit du gain capitaliste, de la rivalité dynastique et de la floraison des traités diplomatiques."

* * * * *

Fin juillet et au début d’août 1914, 24 heures avant le commencement de la guerre mondiale, les organismes et institutions compétents de la II° Internationale continuèrent encore à condamner la guerre, qui approchait, comme le plus grand crime de la bourgeoisie. Les déclarations que firent au cours de ces jours les partis dirigeants de la II° Internationale constituent l’acte d’accusation le plus éloquent contre les dirigeants de la II° Internationale.

* * * * *

Dès le premier coup tiré sur les champs de la boucherie impérialiste, les principaux partis de la II° Internationale trahirent la classe ouvrière et passèrent, sous le couvert de la "défense nationale" chacun du côté de "sa" bourgeoisie. Scheidmann et Ebert [1] en Allemagne, Thomas et Renaudel en France, Henderson et Hyndmann [2] en Angleterre, Vandervelde [3] et De Brouckère [4] en Belgique, Renner et Pernertorfer [5] en Autriche, Plékhanov [6] et Roubanovitch [7] en Russie, Branting et son parti en Suède, Gompers et ses camarades d’idées en Amérique, Mussolini [8] et Cie en Italie, exhortèrent le prolétariat à la "paix civile" avec la bourgeoisie de "leur" pays, à renoncer à la guerre contre la guerre et à devenir en fait de la chair à canon pour les impérialistes.

Ce fut à ce moment-là que la II° Internationale fit définitivement faillite et périt.

* * * * *

Grâce au développement économique général, la bourgeoisie des pays les plus riches, au moyen de petites aumônes puisées dans ses gains énormes, a eu la possibilité de corrompre et d’acheter le sommet de la classe ouvrière, l’aristocratie ouvrière. Les "compagnons de route" petits-bourgeois du socialisme affluèrent dans les rangs des partis social-démocrates officiels et orientèrent peu à peu leur politique du côté de la bourgeoisie. Les dirigeants du mouvement ouvrier parlementaire et pacifique, les dirigeants syndicaux, les secrétaires, journalistes et fonctionnaires de la social-démocratie constituèrent une véritable caste, bureaucratie ouvrière, ayant ses propres intérêts de groupe et, en réalité, hostile au socialisme.

C’est du fait de ces circonstances que la social-démocratie officielle dégénéra en un parti anti-socialiste et chauvin.

Au sein de la II° Internationale se révélèrent déjà trois tendances fondamentales. Au cours de la guerre et jusqu’au début de la révolution prolétarienne en Europe, les contours de ces trois tendances se dessinèrent nettement :

La tendance social-chauvine (tendance de la "majorité"), dont les représentants les plus typiques sont les social-démocrates allemands, qui partagent maintenant le pouvoir avec la bourgeoisie allemande et sont devenus les assassins des dirigeants de l’Internationale communiste, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

Les social-chauvins ont maintenant totalement révélé leur véritable nature d’ennemis de classe du prolétariat et poursuivent le même programme de "liquidation" de la guerre que leur a dicté la bourgeoisie : rejeter le fardeau des impôts sur les masses laborieuses, préserver la propriété privée, conserver l’armée dans les mains de la bourgeoisie, dissoudre les conseils ouvriers qui surgissent de tous côtés, maintenir le pouvoir politique entre les mains de la bourgeoisie, "démocratie" bourgeoise, contre le socialisme.

Malgré l’acharnement avec lequel les communistes ont jusqu’à aujourd’hui combattu les "social-démocrates de la majorité", les ouvriers n’ont pas encore pleinement reconnu l’ampleur du danger que constituent ces traîtres pour le prolétariat international. Ouvrir les yeux de tous les travailleurs sur le rôle de Judas des social-chauvins, détruire les armes à la main ce parti contre-révolutionnaire constituent l’une des tâches les plus importantes de la révolution prolétarienne internationale.

La tendance centriste (social-pacifistes, kautskystes, indépendants). Cette tendance a commencé à se constituer avant la guerre, surtout en Allemagne. Au début de la guerre le centre était presque entièrement d’accord sur le terrain des principes avec les social-chauvins allemands et français. Kautsky, le principal théoricien du "centre", défendait la politique des social-chauvins français et allemands. L’Internationale n’était pour lui qu’un "instrument du temps de paix". "Lutte pour la paix", "Lutte de classe en temps de paix", tels étaient les mots d’ordre de Kautsky.

Depuis le début de la guerre, le "centre" est pour "l’unité" avec les social-chauvins. Après l’assassinat de Liebknecht et de Luxemburg, il continue de prêcher cette unité, l’unité des ouvriers communistes avec les assassins des dirigeants communistes Liebknecht et Luxemburg.

Dès le début de la guerre, le "centre" (Kautsky, Victor Adler [9], Turati [10], MacDonald [11] se mit à prêcher "l’amnistie réciproque" aux dirigeants des partis social-chauvins d’Allemagne et d’Autriche d’une part, de la France et de l’Angleterre de l’autre. Cette amnistie, le "centre" la préconise encore aujourd’hui, après la fin de la guerre, empêchant ainsi les ouvriers de comprendre les causes de l’effondrement de la ll° Internationale.

Le "Centre" a envoyé ses représentants à Berne à la conférence internationale des socialistes de compromis, permettant ainsi aux Scheidemann et aux Renaudel de tromper plus facilement les ouvriers.

Il est absolument nécessaire de séparer du "Centre" les éléments les plus révolutionnaires, ce à quoi on ne peut aboutir que par la critique impitoyable et en compromettant les chefs du "Centre". La rupture organisationnelle avec le "Centre" est une nécessité historique absolue. La tâche des communistes de chaque pays est de déterminer le moment de cette rupture suivant le niveau atteint chez eux.

Les communistes. Au Congrès de la II° Internationale où les conceptions communistes-marxistes sur la guerre et les tâches du prolétariat ont été défendues (Stuttgart, 1907, résolution Lénine-Luxemburg) ce courant était en minorité. Le groupe des radicaux de gauche (la future Ligue Spartakus) en Allemagne, le parti des bolcheviks en Russie, les "tribunistes" en Hollande, le groupe des Jeunesses en Suède, l’aile gauche de l’Internationale des jeunes [12] dans une série de pays, construisirent le premier noyau de-la nouvelle Internationale.

Fidèle aux intérêts de la classe ouvrière, cette tendance lança dès le début de la guerre le mot d’ordre de transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Cette tendance s’est maintenant constituée en III° Internationale.

La conférence socialiste de Berne en février 1919 était une tentative de galvaniser le cadavre de la II° Internationale. La composition de la conférence de Berne montre clairement que le prolétariat révolutionnaire mondial n’a rien de commun avec cette conférence.

Le prolétariat victorieux de Russie, le prolétariat héroïque d’Allemagne, le prolétariat italien, la partie communiste du prolétariat autrichien et hongrois, le prolétariat suisse, la classe ouvrière de Bulgarie, de Roumanie, de Serbie, les partis ouvriers de gauche suédois, norvégiens, finlandais, le prolétariat ukrainien, letton, polonais, la partie la meilleure du prolétariat organisé d’Angleterre, l’Internationale des jeunes et l’Internationale des femmes [13] ont ostensiblement refusé de participer à la conférence de Berne des social-patriotes.

Ceux des participants à la conférence de Berne qui ont encore un contact avec le véritable mouvement ouvrier de notre époque ont constitué un groupe d’opposition qui, au moins sur la question essentielle, "l’appréciation de la Révolution russe", s’est opposé aux menées des social-patriotes. La déclaration du camarade français Loriot, qui stigmatisa la majorité de la conférence de Berne comme suppôt de la bourgeoisie, reflète la véritable opinion de tous les ouvriers conscients du monde entier.

Dans la prétendue "question des responsabilités", la conférence de Berne s’est toujours située dans le cadre de l’idéologie bourgeoise. Les social-patriotes allemands et français se sont fait les uns aux autres les mêmes reproches que s’étaient lancés les bourgeois allemands et français. La conférence de Berne se perdit dans des détails mesquins sur telle ou telle démarche de tel ou tel ministre bourgeois avant la guerre, se refusant à admettre que le capitalisme, le capital financier des deux coalitions et leurs valets social-patriotes étaient les principaux responsables de la guerre. La majorité des social-patriotes de Berne voulait trouver le principal responsable de la guerre. Un coup d’oeil dans un miroir leur aurait suffi pour s’y reconnaître tous comme responsables.

Les déclarations de la conférence de Berne sur les questions territoriales sont équivoques. Ce caractère équivoque est justement ce dont la bourgeoisie a besoin. Monsieur Clemenceau, le représentant le plus réactionnaire de la bourgeoisie impérialiste, a reconnu les mérites de la conférence social-patriote de Berne envers la réaction impérialiste en recevant une délégation de la conférence de Berne et en lui proposant de participer à toutes les commissions de la conférence impérialiste de Paris.

La question coloniale révéla clairement que la conférence de Berne était à la remorque de ces politiciens libéraux-bourgeois de la colonisation, qui justifient l’exploitation et l’asservissement des colonies par la bourgeoisie impérialiste et cherchent seulement à la dissimuler par des phrases philanthropiques-humanitaires. Les social-patriotes allemands réclamèrent que le Reich allemand conserve ses colonies, c’est-à-dire le maintien de l’exploitation de ces colonies par le capital allemand. Les divergences qui se manifestèrent à ce sujet démontrent que les social-patriotes de l’Entente ont un point de vue identique de négriers, et considèrent tout à fait naturel l’asservissement des colonies françaises et anglaises par le capital métropolitain. Ainsi, la conférence de Berne montre qu’elle avait oublié le mot d’ordre : "A bas la politique coloniale !"

Dans l’appréciation de la "Société des Nations" la conférence de Berne montra qu’elle suivait les traces de ces éléments bourgeois qui, par l’apparence trompeuse de la soi-disant "Société des Nations", veulent bannir la révolution prolétarienne qui grandit dans le monde entier. Au lieu de démasquer les menées de la conférence des alliés à Paris, comme un trafic sordide avec les peuples et les domaines économiques, la conférence de Berne la seconda en s’en faisant l’instrument.

L’attitude servile de la conférence, qui abandonna à une conférence gouvernementale bourgeoise de Paris le soin de résoudre la question de la législation sur la protection du travail, montre que les social-patriotes se sont consciemment prononcés en faveur du maintien de l’esclavage du salariat capitaliste et sont prêts à tromper la classe ouvrière par de vaines réformes.

Les tentatives, inspirées par la politique de la bourgeoisie, pour faire adopter à la conférence de Berne une résolution, selon par laquelle une éventuelle intervention armée en Russie serait couverte par la II° Internationale, n’échouèrent que grâce aux efforts de l’opposition. Ce succès de l’opposition de Berne remporté sur les éléments chauvins déclarés est pour nous la preuve indirecte que le prolétariat d’Europe occidentale sympathise avec la révolution prolétarienne russe et qu’il est prêt à lutter contre la bourgeoisie impérialiste.

La peur qu’éprouvent les laquais de la bourgeoisie devant l’extension inéluctable des conseils ouvriers est perceptible à travers leur refus angoissé de s’occuper, même en passant, de ce phénomène historique d’importance mondiale.

Les conseils ouvriers constituent le phénomène le plus important qui soit apparu depuis la Commune de Paris. La conférence de Berne, en ignorant cette question, a manifesté son indigence intellectuelle et sa faillite théorique.

Le congrès de l’Internationale communiste considère "l’Internationale" que la conférence de Berne tente de construire comme une Internationale jaune de briseurs de grèves, qui n’est et ne restera qu’un instrument de la bourgeoisie.

Le congrès invite les ouvriers de tous les pays à entamer la lutte la plus énergique contre l’Internationale jaune et à préserver les masses les plus larges du prolétariat de cette Internationale de mensonge et de trahison.