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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Rapports des délégués - Lao chi-tao (Chine)
Quatrième journée – 5 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 6 mars 2019

par ArchivesAutonomies

Rapport de LAO CHI-TAO

LAO CHI-TAO (Groupe chinois du parti des travailleurs) [1] : La démocratie chinoise a pour la première fois un représentant au Congrès de l’Internationale qui déclare la guerre à l’impérialisme mondial et au capitalisme. Le joug de cet impérialisme est ressenti particulièrement durement par 500 millions de Chinois. Après un millénaire d’extrême réserve, le peuple chinois s’éveille à l’activité mondiale. Cette jonction se caractérise par une campagne sans précédent de la part des puissances de l’Europe, de l’Amérique et du Japon. Le but de ces puissances impérialistes, sous le couvert de l’édification de la culture occidentale, était clair. Elles firent tout pour assujettir la Chine, pour en faire une colonie, pour que les bourgeoisies européennes tirent tous les avantages de ses richesses. Après toute une série de guerres où les différents pays d’Europe triomphèrent en raison des forces techniques de la conquête, les puissances européennes aussi prêtres, ont dû laisser la Chine en paix et se mirent d’accord sur le principe des "portes ouvertes". En réalité, c’était bel et bien un accord d’un groupe de carnassiers qui entouraient leur proie. Chacun d’entre eux craignait le concurrent avide et le réprimait dans ses tentatives. Il s’agissait d’ententes secrètes de la part de ces puissances, chacune d’entre elles se taillant une partie de la gigantesque Chine, pour l’exploiter dans l’intérêt des banquiers et des capitalistes.

Le peuple chinois, qui connaît les intentions des puissances occidentales, devait, dans une douloureuse faiblesse, contempler l’assujettissement progressif de sa patrie. A cela se joignait le sentiment d’amertume devant le joug du tsarisme mandchou, qui conduisait le peuple à sa perte. Les meilleurs éléments du peuple chinois s’unifièrent dans le mouvement national contre la dynastie mandchoue. Grâce à l’énergie de ces éléments à la tête du mouvement avec Sun Yat-sen [2] qui le dirigeait avec brio, le trône mandchou fut aboli [3]. Les événements qui suivirent ce grand fait de l’histoire chinoise, la révolution de 1911, montrèrent avec une grande clarté, l’authentique visage de l’impérialisme européen, quand ses représentants firent tout pour soutenir le mouvement national chinois dans des limites étroites et pour eux convenables. L’appui au réactionnaire Yuan Shi-Kaï [4] et la tentative insensée de restaurer la monarchie prouvent mieux que tout autre chose à quel point les puissances européennes étaient sincères dans leurs sympathies pour la jeune Chine progressiste. Ensuite, survint la guerre en Europe ; pendant cette guerre la bourgeoisie européenne au moyen d’une pression accrue entraîna la Chine dans la guerre et utilisa le prolétariat chinois, si ce n’est comme chair à canon, du moins exploitant les forces des travailleurs résignés dans les toundras et dans les marais de la Russie du Nord, dans les puits de mines et dans tous les travaux de l’arrière des théâtres de la guerre en Europe. La bourgeoisie européenne ne pouvait se comporter autrement qu’en exterminant par millions le prolétariat européen en l’honneur du dieu de la guerre et du capital.

En 1917, éclata à nouveau la révolution dans le sud de la Chine, exigeant la destitution du gouvernement réactionnaire [5]. Ainsi déjà la meilleure partie du parlement chinois, se réunissant à Shanghaï, envoya son salut au gouvernement provisoire de Russie, mais ce salut et l’appel à combattre en commun l’impérialisme, bien entendu, ne purent trouver un écho parmi le gouvernement Kerensky. Et l’on put imaginer la joie de ces révolutionnaires chinois, à qui, au travers de l’anneau de feu de la guerre, le gouvernement soviétique de Russie a fait parvenir son adresse aux peuples d’Orient et particulièrement une lettre de T. Tchitchérine envoyée à Sun Yat-sen, à la gloire de la Chine. Dans ces positions au début le Chinois entendit donc, par la bouche des camarades étrangers, que les témoins de son espoir secret, que le peuple russe, en la personne de son gouvernement ouvrier et paysan, était décidé à combattre fermement pour des idéaux, les idéaux pour lesquels combat une partie de la démocratie chinoise coupée du monde révolutionnaire. Le combat des révolutionnaires chinois se développe considérablement dans le sud de la Chine. Peut-être tomberont-ils dans un combat inégal, mais la voix de la Russie avec son appel fraternel servira surtout à ceux qui inspirent l’appel au combat. La véritable Internationale a été fondée par le parti communiste de Russie. Ce parti dirige le gouvernement qui a déclaré la guerre à l’impérialisme mondial, au nom des travailleurs et de la liberté des peuples, et rencontre une ardente sympathie dans le peuple chinois.

J’ai reçu le grand honneur d’être le représentant des organisations chinoises, non seulement de mon groupe, et non seulement de plusieurs milliers de prolétaires chinois dispersés dans toute la Russie, mais aussi le représentant de ce peuple chinois, de ces millions d’individus qui souffrent. J’adresse mon salut chaleureux à la III° Internationale, à son drapeau qui a prédit un combat impitoyable contre la monstruosité de l’impérialisme mondial.