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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Résolution sur la terreur blanche – Sirola
Cinquième journée – 6 mars 1919
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 6 mars 2019

par ArchivesAutonomies

PLATTEN : Il sera procédé ultérieurement au vote de toutes les résolutions. A présent, nous abordons la question de la "terreur blanche". La résolution a été soumise par les camarades finnois. La parole est au camarade Sirola.

Le camarade Sirola lit la résolution.

Résolution sur la terreur blanche

Le système capitaliste a été, dès le début, un système de rapine et d’assassinats massifs. Les horreurs de l’accumulation primitive, la politique coloniale qui, par la Bible, la syphilis et l’alcool, amena l’extermination impitoyable de races et de peuplades entières ; la misère, la famine, l’épuisement et la mort prématurée d’innombrables millions de prolétaires exploités, la-répression sanglante de la classe ouvrière lorsqu’elle s’insurgeait contre ses exploiteurs, enfin la boucherie immense et inouïe qui a transformé la production mondiale en une production de cadavres humains — voilà l’image de l’ordre capitaliste.

Dès le début de la guerre, les classes dominantes qui, sur les champs de bataille, allaient tuer plus de dix millions d’hommes et en mutiler bien davantage encore, ont également érigé à l’intérieur de leurs pays le régime de la dictature sanglante. Le gouvernement tsariste russe fusilla et pendit les ouvriers, organisa des pogromes contre les juifs, extermina tout ce qui vivait dans le pays. La monarchie autrichienne étrangla dans le sang l’insurrection des paysans et des ouvriers ukrainiens et tchèques. La bourgeoisie anglaise assassina les meilleurs représentants du peuple irlandais. L’impérialisme allemand fit rage à l’intérieur de son pays et les marins révolutionnaires furent les premières victimes de cette brute. En France, on abattit les soldats russes qui n’étaient pas prêts à défendre les profits des banquiers français. En Amérique, la bourgeoisie lyncha les internationalistes, condamna des centaines parmi les meilleurs prolétaires à vingt ans de travaux forcés, abattit les ouvriers pour faits de grève.

Lorsque la guerre impérialiste commença à se transformer en guerre civile et que les classes dominantes, ces plus grands malfaiteurs que l’histoire humaine ait jamais connus, se trouvèrent menacés du danger immédiat de l’effondrement de leur régime sanglant, leur bestialité devint plus cruelle encore.

Dans sa lutte pour le maintien de l’ordre capitaliste, la bourgeoisie emploie les méthodes les plus inouïes, devant lesquelles pâlissent toutes les cruautés du moyen-âge, de l’Inquisition et de la colonisation.

La classe bourgeoise, qui se trouve au bord de la tombe, détruit maintenant physiquement la force productive la plus importante de la société humaine — le prolétariat, et s’est à présent démasquée par cette terreur blanche dans toute sa hideuse nudité.

Les généraux russes, personnification vivante du régime tsariste, ont tué et tuent encore en masse les ouvriers avec l’appui direct ou indirect des social-traîtres. Pendant la période de la domination des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks en Russie, des milliers d’ouvriers et de paysans remplissaient les prisons, et les généraux exterminaient des régiments entiers pour désobéissance. A présent, les Krasnov et les Dénikine, jouissant de la collaboration bienveillante de l’Entente, ont tué et pendu des dizaines de milliers d’ouvriers ; pour terroriser ceux qui restaient encore, ils laissèrent même pendant trois jours les cadavres pendus à la potence. Dans l’Oural et dans la Volga, les bandes de gardes-blancs tchécoslovaques coupèrent les mains et les jambes des prisonniers, les noyèrent dans la Volga, les firent enterrer vivants. En Serbie, les généraux abattirent des milliers de communistes, une quantité innombrable d’ouvriers et de paysans.

La bourgeoisie allemande et autrichienne ainsi que les social-traîtres ont bien montré leur nature de cannibales, lorsqu’en Ukraine ils pendirent à des potences en fer transportables, les ouvriers et les paysans qu’ils avaient pillés, ainsi que les communistes, leurs propres compatriotes, nos camarades allemands et autrichiens. En Finlande, pays de la démocratie

bourgeoise, ils ont aidé la bourgeoisie finlandaise à fusiller plus de treize à quatorze mille prolétaires et à en torturer à mort plus de quinze mille dans les prisons.

A Helsingfors, ils poussèrent devant eux des femmes et des enfants pour se protéger contre les mitrailleuses. C’est par leur appui que les gardes-blancs finlandais et suédois ont pu se livrer à ces orgies sanglantes contre le prolétariat finlandais vaincu. A Tammerfors, on força les femmes condamnées à creuser elles-mêmes leurs tombes, à Viborg on abattit des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants finlandais et russes.

A l’intérieur de leur pays, la bourgeoisie et la social-démocratie allemandes, par la répression sanglante de l’insurrection ouvrière communiste, par l’assassinat bestial de Liebknecht et de Luxemburg, en tuant et en exterminant les ouvriers spartakistes, ont atteint le degré extrême de la rage réactionnaire. La terreur massive et individuelle des blancs — voilà le drapeau qui guide la bourgeoisie.

Dans d’autres pays, c’est le même tableau qui s’offre à nous.

Dans la Suisse démocratique, tout est prêt pour l’exécution des ouvriers au cas où ils oseraient violer la loi capitaliste. En Amérique, le bagne, la loi du Lynch et la chaise électrique apparaissent comme les symboles choisis de la démocratie et de la liberté.

En Hongrie et en Angleterre, en Bohême et en Pologne — partout c’est la même chose. Les assassins bourgeois ne reculent devant aucune infamie. Pour raffermir leur domination, ils déchaînent le chauvinisme et organisent par exemple la démocratie bourgeoise ukrainienne, avec le menchévik Petljura à sa tête ; celle de Pologne avec le social-patriote Pilsudski et ainsi de suite ; des pogromes immenses contre les juifs qui dépassent de loin ceux qu’organisaient les policiers du Tsar. Et si la racaille polonaise réactionnaire et "socialiste" a assassiné les représentants de la Croix-Rouge russe, cela ne représente encore qu’une goutte d’eau dans l’océan de crimes et d’horreurs du cannibalisme bourgeois agonisant. La "Société des Nations" qui doit, d’après les déclarations de ses fondateurs, apporter la paix, mène la guerre contre le prolétariat de tous les pays. Les puissances de l’Entente qui veulent sauver leur domination ouvrent la voie avec leurs troupes de couleur à une terreur incroyablement brutale.

Le premier congrès de l’Internationale Communiste, en maudissant les assassins capitalistes et leurs complices social-démocrates, appelle les ouvriers de tous les pays à tendre toutes leurs forces pour en finir à jamais avec le système d’assassinat et de rapine en renversant la domination du régime capitaliste.

LÉNINE : Nous proposons que le congrès se lève pour honorer toutes les victimes de la terreur blanche.

Tous se lèvent. Le camarade Lénine les remercie.