Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
II - Rapports et résolutions transmis au Congrès
Annexes
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 13 mars 2019

par ArchivesAutonomies

Rapport de GRIMLUND (Suède)

Lassée des errements de l’ancien parti social-démocrate, qui violait sans cesse, Branting en tête, les principes fondamentaux du socialisme, la jeunesse ouvrière s’est unie pour former, il y a deux ans, un nouveau parti suédois socialiste de gauche [1]. Il faut dire que l’ancien parti était littéralement terrorisé par ses chefs et les différents bureaucrates locaux qui étouffaient toute tentative d’opposition et réduisaient la minorité à une impuissance complète. Le nouveau parti s’est uni aux groupes qui avaient attiré pendant la guerre les éléments révolutionnaires ainsi que les minorités restées fidèles à l’Internationale (principalement à la gauche zimmerwaldienne à laquelle le parti suédois a toujours appartenu).

L’attitude du parti a toujours été, depuis, nettement révolutionnaire ; le parti a mené au moyen de journaux et de brochures une lutte incessante contre le social-patriotisme en général et ses manifestations en Suède en particulier. Notre propagande ne poursuit qu’un seul but : soulever les masses ouvrières et en stimuler l’activité révolutionnaire. Nous ferons remarquer que cette propagande n’a pas été stérile : le nombre de nos membres s’accroît tous les mois ; le parti compte déjà plus de deux cents sections et notre plate-forme révolutionnaire rassemble toute l’organisation de la jeunesse ouvrière.

Bon nombre d’organisations professionnelles et syndicales qui avaient jusqu’ici un caractère social-patriotique commencent à passer de notre côté. Au début, le parti ne disposait que d’un journal qui paraissait trois fois par semaine ; maintenant, notre organe principal, le Politiken, paraît tous les jours, sur huit pages et jouit d’une grande popularité parmi les ouvriers. En même temps, nous avons fondé près de douze journaux en province, dont trois paraissent quotidiennement et les autres trois fois par semaine. L’organisation de la jeunesse édite un journal spécial, le Stormklockan, qui est également très répandu.

Après la révolution d’octobre en Russie, l’activité révolutionnaire de notre parti a été soumise à de lourdes épreuves. Conscient de ses devoirs, notre parti s’est dès le début déclaré solidaire des camarades russes. Tous nos journaux, le Politiken en tête, mènent une lutte sans merci contre les calomnies criminelles sciemment répandues par les organes contre-révolutionnaires de Stockholm et de Helsingfors. Parmi eux se trouve le Sozialdémokraten de Branting qui se distingue par l’énergie qu’il met à appuyer toute tentative agressive contre la révolution russe. Pour faire contrepoids nous nous sommes efforcés de souligner aux yeux des ouvriers la différence entre notre point de vue et celui des social-patriotes. L’activité pratique de nos camarades russes nous a servi à illustrer nos théories ; d’autre part, nous avons été en mesure de prouver aux ouvriers par de nombreux exemples la similitude des opinions du parti social-patriote suédois, et de celles des menchéviks russes et des partisans de Scheidemann en Allemagne.

Notre parti, malgré sa jeunesse et le nombre relativement restreint de ses membres, a fait tout ce qui dépendait de lui pour insuffler aux ouvriers le point de vue révolutionnaire et en faire les défenseurs de la révolution. L’issue tragique de la révolution finlandaise nous a déterminés à activer plus encore notre propagande contre la bourgeoisie et les social-patriotes.

Afin de concentrer les forces révolutionnaires, nous sommes entrés en relation avec les organisations prolétariennes de gauche, telles que les syndicalistes et les socialistes anti-parlementaristes et avec l’organisation des ouvriers et des soldats, dont le but final est l’union fraternelle.

En liaison avec ces organisations, le parti a établi des plates-formes, édité des proclamations et développé la propagande en remplissant ainsi une tâche d’organisation préparatoire.

Il y a cependant parmi nous des éléments dont les opinions ne s’accordent pas absolument avec les nôtres. Il faut y compter ceux qui sont venus à nous à cause du mécontentement provoqué chez eux par l’activité de l’ancien parti. Leurs opinions témoignent d’une grande confusion ; c’est ce qui ressort clairement de l’attitude de Lindhagen [2], leur délégué, qui, dans ses discours, se prononce nettement contre la dictature du prolétariat, tout en prophétisant simultanément "l’humanisme" et le "pacifisme". Il est évident que le premier congrès du parti doit mettre fin une fois pour toutes à ces rêveries bourgeoises.

Le comité de notre parti s’est rendu avec joie à la proposition de fonder une III° Internationale qui n’est que le développement logique du mouvement zimmerwaldien.

Il va de soi que notre parti est tout à fait d’accord avec les principales clauses de l’invitation, tout en émettant cependant quelques réserves au sujet de certaines propositions pratiques.

Le signataire de cette déclaration est chargé de voter pour la proclamation de la III° Internationale.

Quant à l’approbation officielle elle ne pourra être donnée qu’après la réunion du prochain congrès du parti [3].

Les tâches de la révolution prolétarienne en Finlande  [4]

La conférence du parti communiste de Finlande, qui a eu lieu en janvier 1919 à Petrograd avec la participation de représentants venus de Finlande, a adopté les thèses suivantes sur les tâches essentielles immédiates de la révolution socialiste en Finlande :

1° Le pouvoir de la classe des exploiteurs doit être aboli pour que soit mis fin à l’exploitation de l’homme par l’homme.
C’est pourquoi la violence organisée de la bourgeoisie doit être anéantie et la classe des propriétaires, désarmée.
Il faut organiser l’Armée rouge du prolétariat ; elle assurera la victoire de la classe ouvrière dans sa lutte révolutionnaire et préservera les conquêtes de la révolution, afin que les exploiteurs ne puissent s’emparer de nouveau du pouvoir.

2° Le prolétariat doit prendre en main tout le pouvoir d’Etat.
Tout l’appareil de l’Etat de classe bourgeois doit être détruit et remplacé par l’organisation de l’hégémonie du prolétariat. La bureaucratie bourgeoise doit faire place à l’autogouvernement du prolétariat, le parlement bourgeois et le régime gouvernemental bourgeois doivent faire place à des organes élus par la masse prolétarienne ; le prolétariat doit participer étroitement à l’activité administrative et à la création du régime socialiste. A la place de la démocratie bourgeoise qui assure la liberté aux oppresseurs du prolétariat, il faut instaurer la démocratie libre et organisée du prolétariat.
Cette organisation du pouvoir du prolétariat, ce doit être la République socialiste soviétique de tous les ouvriers, des soldats de l’Armée rouge et des travailleurs de la population opprimée des villages.

3° Grâce à son organisation du pouvoir, le prolétariat doit obliger la classe des exploiteurs à se soumettre inconditionnellement à la discipline révolutionnaire et à la règle du travail général et obligatoire. La propriété privée des riches doit être immédiatement expropriée et il faut mettre fin à l’existence de la propriété privée des moyens de production.

4° Les entreprises industrielles capitalistes et les autres organismes de production qui ont donné aux capitalistes la possibilité de s’approprier sans aucun effort tous les fruits du travail du prolétariat, doivent être convertis en entreprises de production de la commune de travail socialiste.
La direction de chaque grande entreprise de production doit passer aux mains de la communauté travailleuse de tous les ouvriers ou de la commune de travail, avec la participation des représentants des organes centraux du pouvoir soviétique ; cette direction doit être organisée sur les bases de la centralisation et de la planification économique.

5° Il ne faut permettre en aucun cas que la terre passe des mains de ceux qui la travaillent aux mains de spéculateurs ou d’exploiteurs, quelles que soient les modalités de ce passage : vente, hypothèque ou tout autre arrangement ; la terre qui appartient à des fainéants et des parasites qui ne la travaillent pas par leurs propres forces et qui s’enrichissent grâce au travail d’autrui. doit être enlevée à ces propriétaires-là, proclamée propriété commune de tout le peuple et donnée aux travailleurs qui la travaillent effectivement.
Les ouvriers agricoles doivent se réunir dans des communautés de travail, qui se chargeront de la direction de l’exploitation dans les grands domaines. Pour de telles exploitations, à l’initiative du pouvoir soviétique, doit être organisée une direction centrale qui devrait se charger de leur fournir les machines agricoles nécessaires et des dirigeants expérimentés.

6° Pour briser définitivement le règne du capital, le pouvoir soviétique doit s’emparer immédiatement de toutes les banques.

7° Les entreprises de commerce avec toutes leurs réserves doivent être expropriées et la société elle-même doit organiser la distribution des produits.

8° Les maisons et appartements des citoyens riches avec tout l’ameublement doivent être expropriés sans aucun retard pour satisfaire aux nécessités de la population travailleuse dans le besoin.

9° Les conseils ouvriers doivent être des organes de la révolution à la fois législatifs et exécutifs. Ils doivent être éligibles de façon à ce que leur composition corresponde véritablement à la volonté des couches travailleuses du peuple. Le droit de vote doit appartenir aux ouvriers, aux soldats de l’Armée rouge et au prolétariat agraire ; les ennemis de la classe ouvrière et les exploiteurs doivent être privés du droit de vote.

10° Le congrès général de tous les conseils ouvriers du pays, qui se réunit aussi souvent qu’il est nécessaire, est le porteur du pouvoir suprême dans toutes les affaires concernant le pays. Il élit le Comité exécutif de la République soviétique qui est investi du droit de nommer et de révoquer les commissaires du peuple.

11° Les électeurs doivent avoir le droit en tout temps de révoquer le représentant qu’ils ont élu et qui, pour une raison ou pour une autre, a perdu leur confiance.

12° La République socialiste soviétique de Finlande doit se fédérer avec les républiques soviétiques prolétariennes des autres pays. Toutes les républiques soviétiques doivent former une unique fédération mondiale internationale.

Rapport du groupe communiste français

Le groupe communiste français salue le peuple russe révolutionnaire et, au nom des éléments conscients de la classe ouvrière française, exprime son enthousiasme et sa reconnaissance pour ses travaux et ses efforts organisés et héroïques, dont le résultat fut la création de l’Etat socialiste.

Le groupe salue l’Armée rouge des ouvriers et des paysans, qui mène la lutte que lui impose l’impérialisme rapace des gouvernements de l’Entente, auquel elle inflige une résistance victorieuse.

Le groupe se déclare solidaire de l’avant-garde de la révolution socialiste, c’est-à-dire, du parti communiste des bolchéviques, et se trouve d’accord avec le contenu des paragraphes 1, 19 du programme publié par le PCR (bolchévique) les 25, 26 et 27 février 1919.

En ce qui concerne les buts concrets - politiques, économiques et sociaux de ce programme, le groupe les accepte, pour autant qu’ils peuvent être applicables à la situation révolutionnaire existant en France.

En ce qui concerne la prise du pouvoir, le groupe à l’intention de convaincre le peuple français de la nécessité urgente de remplacer la forme actuelle de gouvernement de démocratie bourgeoise par une forme soviétique.

Dans sa propagande le groupe souligne l’entière incapacité de la démocratie bourgeoise de résoudre les problèmes urgents posés par l’actualité, et explique de cette façon l’inévitabilité de la faillite de la démocratie bourgeoise en France, comme dans les autres pays.

Cette faillite dans le domaine de la politique - au sens véritable du mot - est caractérisée par les faits suivants.

Malgré l’égalité formelle fondée sur le suffrage universel, la bourgeoisie garde tous ses privilèges de classe, qui garantissent sa domination. Elle possède en fait tous les moyens, qui forment son pouvoir politique : les moyens de production, le capital accumulé, l’expérience politique et la situation à laquelle elle est déjà parvenue ; et d’un autre côté, tous les moyens lui permettant de maintenir sous hypnose le peuple laborieux, la force armée qui réprime le peuple, l’école et la presse qui l’endorment. Ainsi le bulletin de vote n’a de valeur que pour l’électorat bourgeois ; pour le prolétariat, ce n’est que duperie. Au cours de cette dernière cinquantaine d’années, le droit de vote en France n’est que mensonge et duperie, corruption au grand jour et secrète.

Ainsi, dans les rapports politiques comme dans les rapports économiques, la bourgeoisie est le maître absolu.

Cette égalité fictive n’apporte à la classe ouvrière et paysanne que des avantages illusoires.

Mais la démocratie bourgeoise qui repose sur le principe de la liberté et de l’égalité de tous les citoyens, se détruit elle-même, puisqu’en fait elle spécule sur l’humilité et la docilité de la majorité écrasante du peuple. La démocratie bourgeoise n’est que mensonge et hypocrisie. En fait elle ne peut rien être d’autre dans les conditions d’une société de classe, car, quand les uns possèdent le pouvoir, les autres — les faibles — ne possèdent qu’une liberté théorique, qu’une égalité théorique ; la liberté bourgeoise ne peut que nuire aux faibles et aux opprimés, et servir l’intérêt de ceux qui dominent.

En outre, le développement de la domination capitaliste amène toujours davantage à ce qu’une classe, représentant une minorité, assure sa domination sur la majorité du peuple laborieux, à ce que les moyens de production soient concentrés et centralisés et ainsi le pouvoir passe entre les mains d’une oligarchie industrielle et financière.

La classe ouvrière, trompée, pense en vain posséder une partie de la souveraineté nationale, ayant droit au bulletin de vote ; on dirait que la bourgeoisie elle aussi se considère comme le souverain, alors que toute la vie économique et politique du pays repose uniquement sur quelques rois, appartenant au milieu des financiers et des gros industriels. Leurs plans secrets et leurs ambitions égoïstes entraînent le pays dans des aventures coloniales ; ils ont failli rence avec leurs rivaux allemands, elle favorise, dans une grande mesure, la guerre de 1914.

Ils unirent tous leurs efforts pour faire traîner le conflit et convoquer une conférence à Paris, dans le but de conclure une paix qui réponde à leurs intérêts particuliers contre la volonté du peuple.

A cause de ce double processus, la prétendue démocratie bourgeoise, en raison de sa dégénérescence inévitable, devient ce régime, sous lequel le véritable pouvoir passe inévitablement dans les mains de l’oligarchie. La démocratie bourgeoise française, qui auparavant était la dictature ouverte d’une classe, est maintenant la dictature d’un groupe de personnes.

Si le but du parti socialiste est de remplacer les privilèges de classe par une égalité véritable et sociale, alors il doit se détourner de l’idole qu’est le suffrage universel, anéantir par la force la domination des dirigeants actuels et donner le pouvoir uniquement au prolétariat.

Et comme en France nous assistons à l’anéantissement par lui-même du régime parlementaire bourgeois, l’heure est à la réalisation en France de cette révolution.

La guerre de 1914 montra à la démocratie bourgeoise, dominée par l’oligarchie capitaliste, la nécessité de renier ses propres principes. La bourgeoisie, considérant qu’elle possédait le pouvoir, ne voulait pas de cette guerre, tout comme le prolétariat ; cependant les manoeuvres interminables de cette oligarchie financière et industrielle, menèrent insensiblement à la guerre. Et le peuple français, s’étant déclaré le défenseur du droit et de la liberté, fut lancé d’une façon inattendue dans ce carnage mondial déjà déclenché par l’impérialisme et provoqué uniquement par les intérêts de gros fabricants qui exigeaient les bassins de la Sarre et de Briey et l’anéantissement complet des concurrents allemands.

Ainsi le peuple français, obligé par la dictature bourgeoise de continuer une lutte absurde contre le peuple allemand, sans la révolution allemande n’aurait pas trouvé d’issue à cette lutte.

Seule la pensée de céder la première épouvantait chacune des deux nations : Chacune craignait de devenir la victime des passions nationalistes de l’autre, toutes deux étaient aigries et trompées par les buts égoïstes de leurs dirigeants. Seule la révolution allemande a entraîné la paix. Cependant "la démocratie bourgeoise", assujettie au capital impérialiste, selon la propre logique de son existence, est obligée de semer les graines d’un nouveau conflit. Elle annexe l’Alsace-Lorraine, sans avoir questionné préalablement la population et ainsi renie ses anciennes idées. Elle exige les provinces de la rive gauche du Rhin, peuplées d’Allemands. Elle arrive à inciter la haine par une occupation violente en plein coeur de l’Allemagne. Elle se trouve des territoires en Asie.

Elle comprend les dangers à venir, dangers liés à une telle haine, mais ne trouve qu’un moyen absurde contre cela : écraser son adversaire en lui demandant des contributions encore plus importantes, espérant anéantir pour toujours l’industrie allemande. Ainsi, non seulement elle prépare une nouvelle revanche, une guerre, qui se tournera contre elle-même, mais encore elle entre dans ce conflit, trouvant dans ses alliés d’hier, des adversaires.

Dans le cadre de sa dégénérescence fatale, la démocratie bourgeoise reniant à nouveau ses propres principes — se découvre un ennemi mortel dans la révolution russe. En tant que telle, elle soutient et organise des complots contre-révolutionnaires, lance contre le pouvoir soviétique toutes les puissances de l’Entente, dont le système "démocratique", cependant ne donne pas à la classe ouvrière et paysanne la possibilité de s’élever d’une façon effective contre cette politique impérialiste et réactionnaire.

Et cela ne peut être autrement. La constitution parlementaire française, en accordant, pendant un certain délai, à des députés plénipotentiaires un pouvoir imprescriptible et sans aucun contrôle, ne donne pas au "peuple souverain" une véritable souveraineté.

La guerre éclata, dura cinquante mois ; un armistice fut conclu : les diplomates mènent des pourparlers de paix, sans que soit donnée aux masses populaires la possibilité d’exprimer son avis — sur la base du suffrage universel — au sujet de l’horrible guerre mondiale, de la catastrophe mondiale, qui a exigé presque deux millions de victimes et dévasté le pays.

L’indépendance que manifestaient ces prétendus représentants à l’égard de leurs électeurs, permettait de continuer, par la violence, l’existence d’un pouvoir, qui, selon la propre logique du système, est obligé de jouer un rôle illusoire, lié en fait à l’adoption par la chambre des députés de mesures dictées par les dirigeants irresponsables des trusts industriels.

Sur le plan socio-économique, le résultat fut, d’un côté, la condamnation à mort d’une partie importante de la petite industrie et, de l’autre, l’augmentation de l’exploitation de la classe ouvrière, au moment où la guerre entraînait une concentration de l’industrie capitaliste. L’exploitation combinée de la classe ouvrière comme de l’Etat-acheteur procura aux fournisseurs d’armement des profits inouïs.

A cause de l’influence de la classe dominante, qui s’est renforcée avec le soutien du régime existant, on enleva au prolétariat des droits, qu’ils avaient arrachés par une lutte pénible, pendant cinquante ans.

La liberté d’expression, de presse et de réunions lui fut enlevée, tout comme la majorité des lois concernant la protection du travail, la tenue sanitaire des entreprises, la journée de travail, les conditions d’emploi des femmes et des enfants. La dépendance de la classe ouvrière, augmentée par la militarisation des fabriques, permit la suppression du droit de grève dans l’industrie travaillant pour la défense et, comme l’Etat contrôlait les différentes branches, dans toute l’industrie.

En un mot la faillite de la démocratie bourgeoise est un fait accompli. La faillite sur le plan international. La faillite sur le plan politique. La faillite sur le plan social.

Les institutions démocratiques, dont le développement a renforcée la dictature de l’oligarchie bourgeoise, ont augmenté les rivalités de classe et ont ainsi préparé le soulèvement des ouvriers.

La démocratie bourgeoise française, c’est-à-dire l’oligarchie financière et industrielle, ayant déclenché la guerre, épuisé le pays financièrement et économiquement, se mettant maintenant à entreprendre des conquêtes impérialistes, pour compenser ses pertes, se dirige vers un conflit d’intérêts avec ses alliés d’hier ; avec ces derniers, qui étaient aussi les victimes des mêmes plans, elle imagina une Société des nations. Cette Société, au contraire, sera une ligue de quelques nations privilégiées, dirigée contre d’autres nations, un organe de guerre, n’ayant rien de commun avec la paix et l’entente. Ce couronnement de l’édifice d’une société pseudo-démocratique, devant dans l’avenir écarter les conséquences des défaillances et des ennuis intérieurs, ne fait que découvrir plus clairement la pourriture de cette société.

Les oligarchies rivales, qui sans doute auraient pu s’entendre à Paris pour écarter une concurrence inévitable, mais mortelle, préparent, contre leur propre désirs, de nouvelles guerres, donnant naissance encore à de nouvelles

guerres ; en outre, dans leur chasse aux marchés, ils se partagent entre eux le contrôle des petites nations, que, soi-disant, ils veulent libérer ; enfin, ils sont obligés, avec l’aide des mercenaires de la ligue dont ils sont les maîtres de réprimer, dans tous les pays, les classes laborieuses auxquelles ils doivent leur existence.

Le caractère triple du chemin qu’ont choisi les démocraties bourgeoises pour éloigner la catastrophe qui les menace, amène inévitablement à une guerre mondiale des grandes puissances rivales, au soulèvement national des petits peuples exploités et au soulèvement du prolétariat.

Cette triple faillite définitive et inévitable du dernier moyen salutaire des démocraties bourgeoises, c’est la dernière étape qui les sépare encore de la révolution sociale mondiale.

La France, comme tous les autres pays, entre inévitabement dans l’époque de la dictature du prolétariat, correspondant tout juste avec la naissance de la Société des nations, qui représente l’échec de tous les essais de dictature bourgeoise pour vivre longtemps. Seule la dictature du prolétarat, libérée de tout obstacle et de tout préjugé, peut remplir les nouvelles tâches.

La tâche du groupe communiste français est d’aider la classe ouvrière française à prendre conscience de ce processus et de l’aider à prendre le pouvoir.

Adopté à l’unanimité par le groupe communiste français à la séance du 1er mars 1919.

Rapport de Moïse FREILICH [5]

(délégué du parti communiste de la Galicie Orientale)

Le mouvement ouvrier en Galicie prit dès 1889 des formes organisées sous l’influence du Congrès socialiste international qui eut lieu cette même année à Paris. Cela eut pour conséquence la création du parti social-démocrate qui, dès le début, eut pour but la propagande révolutionnaire. L’année suivante, des centres ouvriers de Galicie commencèrent à fêter le 1er mai comme fête internationale ouvrière. Petit à petit, elles développèrent des mouvements économiques et politiques ayant un caractère socialiste ; mais il n’y eut pas d’action sérieuse pendant les dix premières années qui suivirent la création de la He Internationale. Le Congrès de Brünn [6], où fut élaboré le célèbre programme nationaliste d’Autriche, entraîna en Galicie la création de trois partis nationaux : le P.P.S.D. (parti social-démocrate polonais) [7], l’U.S.D.P. (parti social-démocrate ukrainien) [8] et le Z.P.S. (parti social-démocrate juif) [9]. Le parti social-démocrate polonais se constitua le premier avec, à sa tête, Ignacy Daszynski [10], le D’ Hermann Diamand [11] et le D’ Hermann Liebermann. Ce parti était le parti le plus fort du prolétariat urbain et il l’est resté jusqu’à la chute de la monarchie des Habsbourg. L’U.S.D.P. vint ensuite, mais par rapport au premier, il était faible et sans grande importance, partageant presque également son influence entre la ville et la campagne. Parmi le prolétariat juif, dès 1906, commença à se manifester un mouvement séparatiste sérieux ; ce mouvement prit d’abord racine dans l’antisémitisme et se développa ensuite logiquement par la volonté d’imiter les autres partis qui, eux, se groupaient par nationalité. En outre, la constitution autrichienne ne reconnaissait pas les juifs en tant que nationalité indépendante et le P.P.S.D., se basant sur ce fait, refusait également l’indépendance du prolétariat juif organisé. Les éléments juifs les plus en vue se détachèrent alors du P.P.S.D., entraînant avec eux les masses de leur prolétariat. C’est de cette manière que se constitua en 1908 le Z.P.S. en parti définitivement indépendant, reconnu comme tel par la II’ Internationale. Les partis socialistes du pays, qui existaient légalement dans les dernières années du siècle passé, prêchaient aux ouvriers la lutte révolutionnaire pour atteindre les différentes revendications socialistes comme, par exemple, le suffrage universel, la journée de travail de huit heures, l’assurance vieillesse, etc. On mit toujours en avant comme revendication principale le suffrage universel, ce qui devait donner, selon les dirigeants du parti, la possibilité au prolétariat de réaliser par voie parlementaire le programme minimum, en consolidant les bases de la réalisation ultérieure du programme maximum. On arriva en 1899 à remporter une petite victoire en Autriche. Les ouvriers et les paysans virent s’ouvrir devant eux une brèche par laquelle ils purent s’infiltrer au Parlement, mais, en revanche, les partis des Chambres se fermèrent encore plus strictement devant eux. Au moment des élections, Daszynski arriva de Galicie au Parlement de Vienne et se joignit au club composé de dix députés social-démocrates autrichiens. En 1904, commencèrent les premiers mouvements grévistes en Galicie ; les maçons de Lemberg et les ouvriers des naphtes du rayon de Boryslaw y jouèrent un rôle prédominant. En 1905 commença le grand mouvement qui gagna bientôt toute l’Autriche.

Les social-démocrates firent tout ce qu’ils purent et proclamèrent le 25 novembre de la même année une grève générale d’un jour dans toute l’Autriche. Cette grève connut un grand succès. En Galicie, comme dans toute l’Autriche, il y eut en plusieurs endroits des heurts assez sérieux, les ouvriers se montrèrent hardis et courageux et démontrèrent par leur attitude que les masses sont capables d’exploits, si leurs dirigeants arrivent à les persuader qu’elles combattent pour une cause révolutionnaire d’une très grande importance. L’année 1907 vit les premières élections sur les bases du suffrage universel, direct, secret et égal ; cela donna aux dirigeants une grande victoire et infligea aux prolétaires une cruelle déception. Sur les 89 social-démocrates délégués au Conseil de l’Empire, élus en Autriche grâce aux sacrifices et à l’activité constante des ouvriers, la Galicie n’en comptait que six dont quatre membres du P.P.S.D. et deux de l’U.S.D.P. Il est à noter que ces délégués n’ont été élus que dans la Galicie Orientale, tandis que les candidats de la Galicie Occidentale, Daszynski en tête, échouèrent, bien que la Galicie Occidentale fût à proprement parler polonaise et que le parti y rivalisât le plus sur la question de nationalité avec les autres partis polonais. Les mandats se partagèrent en Galicie Orientale de la manière suivante : à Lemberg, le Dr Diamand et Hudec ; à Przemysl, le Dr Liebermann ; à Stryj, Moraczewski du P.P.S.D. ; dans les régions rurales de Tarnopol-Zbraz, Ortapézyk de l’U.S.D.P. La prépondérance du P.P.S.D. dans les villes est due surtout au fait que le prolétariat juif ne voulant pas, au nom de la solidarité socialiste, présenter ses propres candidatures, passa toutes ses voix au P.P.S.D. Pendant la campagne électorale, tous les candidats prêchaient un combat à outrance et sans merci contre le Gouvernement et les partis bourgeois, mais cela seulement jusqu’au seuil du Parlement ; une fois entrés au Parlement, une tactique de transactions honteuses commença qui leur valut le surnom de K. K. social-démocrates de Sa Majesté l’Empereur. Le prolétariat fut désillusionné — l’enthousiasme qui avait régné pendant les élections et quelque temps après tomba, le désenchantement s’empara des masses suivi bientôt d’une indifférence complète.

Lorsqu’en 1911 eurent lieu les secondes élections et malgré la réélection, en gros, des mêmes personnes, les élections ne se déroulèrent plus dans le même esprit révolutionnaire qui existait alors en 1907. C’est surtout grâce à une nouvelle constellation politique qui venait de s’élever à l’horizon qu’elles eurent lieu d’une manière satisfaisante ; une nouvelle classe d’adeptes des social-démocrates se créait, c’était la grande masse de la petite-bourgeoisie qui voyait enfin en eux, et avec raison, les défenseurs de ses intérêts - c’est elle surtout qui fit les frais des deuxièmes élections. Les sept années de vie parlementaire qui précédèrent la guerre mondiale et qui absorbèrent l’activité des nombreuses fractions du Parlement autrichien, se surnommant elles-mêmes "social-démocrates", passèrent sans bruit et il est bien douteux qu’elles puissent jouer un grand rôle dans l’histoire du développement du prolétariat, car ces années n’ont laissé de traces nulle part — elles se sont évanouies dans le néant. La fourberie, l’ignominie, la trahison et l’attitude double de cette soi-disant "social-démocratie" furent telles pendant les quatre années et demie que dura la boucherie mondiale, que les masses populaires, agitées et mises en mouvement par les flots montants de l’ignominie, se réveillèrent enfin et entamèrent la lutte pour le véritable idéal du prolétariat. Elles le firent d’autant plus ardemment qu’après l’écroulement des bastions impérialistes de l’Europe centrale, les chefs de la "social-démocratie", en fuyant dans le camp du chauvinisme, démontrèrent clairement et confirmèrent leur trahison envers les masses ouvrières.

Le 1er novembre 1918, une ère nouvelle commença dans l’ancienne Autriche-Hongrie. Dès ce moment, la Galicie, domaine autrichien le plus important de la couronne, devint un facteur capital. Là, comme dans toute l’Autriche, les querelles de nationalités qui suivirent la chute de la monarchie entraînèrent la guerre entre la noblesse et la bourgeoisie polonaises d’une part et les nationalistes ruthènes de l’autre. Les chefs du P.P.S.D. se rangèrent du côté des impérialistes polonais, ceux de l’U.S.D.P. du côté des Ukrainiens.

Présentant certaines revendications patriotiques, ils entraînèrent leurs adeptes dans de nouvelles boucheries. Cependant, les masses du prolétariat, fatiguées par quatre années et demie de guerre, heureuses de la cessation des hostilités, avaient déjà rendu les armes. Il ne se trouva malheureusement pas de parti révolutionnaire pour leur expliquer les conséquences désastreuses qui pouvaient en résulter et pour les en empêcher. Au bout du compte, la bourgeoisie des deux camps resta seule armée en face du prolétariat désarmé. C’est seulement à cause de cette circonstance que le pays fut divisé en deux camps ennemis et que dans chacun s’institua un régime dictatorial. En Galicie orientale, les autorités nationales ruthènes réussirent d’abord avec l’aide de soldats de l’armée régulière et d’un ramassis de volontaires recrutés dans l’armée autrichienne désorganisée, à former une certaine force militaire et à s’emparer du pays. Mais, dès la première semaine de leur gouvernement, elles durent céder aux Polonais deux des villes les plus importantes du pays : Lemberg et Przemysl. Au cours de l’occupation de ces deux villes, les leaders ruthènes qui n’avaient pas eu le temps de les quitter furent arrêtés par les Polonais. De leur côté, les autorités ukrainiennes usèrent des mêmes représailles à l’égard des hommes politiques polonais résidant en Galicie orientale. Coupés des principaux centres du pays, privés de tout apareil administratif, les nouveaux maîtres de la Galicie erraient dans le pays comme dans un désert, fixant leur résidence d’abord à Tarnopol, puis à Stanislavov et menant une existence piteuse. Le gouvernement formé sous le nom de secrétariat populaire, de même que le parlement, appelé Rada nationale, se montrèrent tellement inconsistants en matière de législation et provoquèrent dans le pays, avec le concours des lois autrichiennes et par diverses mesures, une situation telle que chaque ville possède désormais sa légalité ou plus exactement son désordre légal. Dans toutes les villes, un état de siège renforcé est maintenu ; on ne peut les quitter sans laissez-passer, et personne ne peut sortir de chez soi après 7 heures du soir. La délivrance des laissez-passer entraîne non seulement les difficultés habituelles, quelquefois insurmontables, mais favorise aussi les plus grands abus tandis que la corruption la plus scandaleuse prospère sous le couvert de dons offerts en faveur de la Croix-Rouge. Et le laissez-passer est loin de garantir son porteur : il arrive souvent qu’à la station suivante la garde déclare que le document présenté n’est pas valable, ceci à simple fin de recevoir une nouvelle somme d’argent. Ce système est encore renforcé par le fait que la corruption vient d’en haut, commence au sommet du gouvernement qui crée intentionnellement des situations favorisant la vénalité. Il est impossible d’énumérer les innombrables faits susceptibles de mettre en lumière la "moralité" des maîtres politiques actuels, mais je ne puis m’abstenir de souligner un fait qui concerne le centre de la vie économique du pays et précisément le bassin de naphte de Drogobitch-Boryslaw. La bande de malfaiteurs qui siège à la Rada a créé un commissariat spécial des naphtes à la tête duquel se trouve le social-patriote Wityk et a usurpé à son profit exclusif la propriété d’énormes ressources de naphte brut, de pétrole filtré, de parafine et de bougies, distribuant ainsi les richesses du pays aux spéculateurs qui, par exemple, vendent à Tarnopol pour un demi-million le wagon de pétrole qu’ils ont payé à Drogobitch quarante mille couronnes. Tout ceci se fait au grand jour sous les yeux du gouvernement ! Cette triste situation a eu pour le prolétariat non seulement des conséquences négatives mais aussi des conséquences positives. Le prolétariat se convainquit en effet qu’on ne peut pas rester indifférent à la politique et il recommença à bouger.

L’activité du parti reprit partout et, bien qu’il y eut dans la social-démocratie de nouveaux éléments actifs, tout le monde sentit la nécessité d’une révision du programme et surtout de la tactique. Le Parti, se fondant sur les anciennes subdivisions, commença de se reconstituer par nationalité. Le P.P.S.D., autrefois puissant mais persécuté par les autorités ruthènes, ne réussit pas à se relever, d’autant moins que la population ouvrière la plus avantagée sympathisait avec le gouvernement polonais bourgeois de l’étranger. L’U.S.D.P., déjà faible auparavant, disparut presque entièrement dans le courant nationaliste dominant. Seul, le Z.P.S. développa dans tous les pays une large activité organisatrice. Des Soviets ouvriers se formèrent et les autorités durent leur accorder une certaine audience ; des démarches furent faites en vue de la fusion des deux partis d’origine commune. Au mois de décembre l’année dernière on pouvait déjà noter un certain succès qui se confirma quand nous pûmes entreprendre l’édition d’un journal hebdomadaire, le Drapeau Rouge [12]. Au même moment, le Comité du Part fit procéder à l’élection d’un Comité plus restreint auquel fut confié tout le travail illégal indispensable. Ce petit comité de 5 membres délégua un camarade à Budapest. Ce camarade, après une conférence avec les membres du Comité central et après avoir établi les contacts nécessaires, se rendit en Russie pour étudier sur place le gouvernement soviétique. A son retour de Budapest, une conférence du Parti eut lieu les 18 et 19 janvier à laquelle prirent part de nombreux délégués de toutes les localités du pays. Ces deux journées de débat furent presque exclusivement consacrées aux questions de programme et de tactique. Une commission permanente fut désignée dans le but d’élaborer des résolutions. Dans cette commission se manifestèrent deux tendances divergentes : l’une se prononça sans réserve pour la dictature du prolétariat représenté par les soviets de députés ouvriers et paysans et par conséquent pour une rupture complète avec le parlementarisme ; l’autre défendit le parlementarisme bourgeois comme le moyen le plus commode, selon les représentants de cette tendance, pour conduire le prolétariat à son but, mais d’une façon un peu plus lente.

Etant donné ce désaccord, l’union ne peut naturellement pas se faire. Chaque tendance présenta sa résolution ; l’aile droite avait obtenu la majorité dans la commission ; mais nous, restés minoritaires, nous présentâmes la nôtre en séance plénière du Comité et nous fûmes, à la grande confusion de nos adversaires, en majorité. L’attitude du parti communiste qui entraîna entre autres la proposition de déclarer close la séance consacrée aux questions de tactique provoqua en ville des rumeurs absurdes. Le résultat fut que les troupes gouvernementales occupèrent la ville et que la maison où se tenait notre séance fut cernée par la force armée ; des officiers, des soldats et des fonctionnaires d’Etat envahirent le lieu de réunion juste au moment où la résolution était mise aux voix. Un menchévik, profitant du troubles, fit procéder à un nouveau vote et comme certains délégués n’avaient sans doute pas compris au juste quelle résolution avait été la première, celle des modérés finit par obtenir une majorité de deux voix. Mais cette résolution proclame aussi que les soviets de députés ouvriers et paysans forment le noyau du futur pouvoir dans tout le pays. Cette conférence élut un Comité central dont le rapporteur fait partie.

D’une façon générale, nous sommes encore dans la période d’organisation et nous tendons vers la formation d’un parti communiste unique divisé en trois sections nationales : polonaise, ukrainienne et juive. Ces trois sections doivent être reliées par des comités de parti unique et par un bureau exécutif commun à toutes les organisations du pays. Le petit bureau s’est en outre donné pour tâche de fusionner les soviets nationaux existants déjà et d’y faire procéder à la première occasion à de nouvelles élections. Le rapporteur a été chargé par ce comité de faire une tournée dans le pays, au cours de laquelle il lui a été donné de constater une activité fiévreuse orientée vers le communisme. Les anciens chefs social-démocrates ne sont plus reconnus. Un enthousiasme généreux règne partout ; le désir de s’insurger les armes à la main, de chasser les barbares et de proclamer la République des Soviets en Galicie orientale — géographiquement limitée par la San jusqu’à Zbroutsch — est général. La structure politique et la composition ethnographique du pays rendent son union avec la Pologne impossible. De même les Ruthènes, qui constituent la population rurale, ne peuvent pas prétendre à l’hégémonie sur la population des villes composée de Juifs et de Polonais. Mais, le gouvernement des soviets balaiera tous ces éléments nationalistes.

Je conclus en déclarant au nom du parti communiste de la Galicie orientale que nous adhérons à la III° Internationale, que nous faisons intégralement nôtres toutes les résolutions adoptées par le Congrès de Moscou du 2 au 6 mars 1919 et rendons leur application obligatoire. Nous espérons pouvoir nous affirmer utilement en qualité de membres de la nouvelle union prolétarienne. Des explications plus détaillées sur notre sortie de la II° Internationale seraient superflues ; nous avons déjà exprimé à la Conférence de Berne notre mépris pour les fossoyeurs du prolétariat. En ce qui concerne la représentation de notre parti au Bureau Exécutif, je vous prie de considérer provisoirement le signataire de la présente déclaration comme délégué du parti galicien et ceci jusqu’au moment où le Comité central du parti pourra vous envoyer un délégué permanent.

Rapport de K. G. PETIN (Autriche)

Le 9 février 1919 s’est tenu à Vienne le premier Congrès du Parti communiste d’Autriche allemande qui rassembla des représentants de toutes les parties du pays et également ceux du parti communiste des Tchèques et de celui des Bulgares. D’après les informations reçues, nous pouvons voir que le Parti, à Vienne, s’appuie sur les groupes ouvriers de districts, ainsi que sur une partie de la garnison viennoise (milice populaire) qui a organisé un "soviet de députés de soldats" qui se tient aux côtés du parti [13].

Parmi les organisations de province, la plus forte se trouve à Steiermark, où le Parti social-démocrate a fait tout son possible pour étrangler le mouvement communiste, en interdisant la liberté de réunion et où, maintenant elle possède tout un réseau d’organisations. A Salzbourg, le Parti possédait un appui solide parmi les montagnards pauvres. Dans la Haute Autriche, à la fin janvier, s’est produit une crise d’approvisionnement qui atteignit de grandes proportions et qui toucha, pendant trois jours tous les services et les restaurants. A Linz, actuellement le soviet des députés des ouvriers et soldats se trouve sous l’influence des communistes et seules des considérations tactiques empêchent le soviet des députés des ouvriers et soldats de prendre le pouvoir. Dans les faubourgs de Vienne, dans la région industrielle de Ternitz, les masses ouvrières pendant la grève de janvier 1918 [14] possédaient une influence dirigeante, tandis que les partis officiels s’efforçaient en vain de les gagner à leur cause. En Autriche allemande, où, jadis, la paysannerie mécontentée par la question nationale se rangeait entièrement du côté des partis réactionnaires à cause de l’influence du clergé, le mouvement révolutionnaire commence, maintenant, à se développer parmi les paysans pauvres et les ouvriers agricoles. Les porteurs de la révolution sont avant tout les prisonniers de guerre allemands, de retour de Russie, qui répandent dans la population pauvre l’idée d’abolir la grande propriété foncière.

Dans plusieurs régions de Basse Autriche se sont produites des tentatives d’expropriation des propriétaires fonciers, immédiatement réprimées par le gouvernement. Le parti social-démocrate a naturellement tourné sa haine contre le mouvement communiste : nos camarades ont été impitoyablement chassés des usines et la crainte d’être réduits au chômage empêche nombre de travailleurs d’adhérer à notre parti.

Le parti édite à Vienne un journal, Die soziale Revolution qui est publié trois fois par semaine, et surtout des hebdomadaires, Der Rot Soldat,Der Revolutionäre Proletariat,Die Kommunistische Jugend et Kommunist, journal théorique populaire [15].

La police que dirige un social-démocrate pourchasse notre presse, et, dès qu’elle le peut, saisit nos journaux, interdit leur vente dans la rue et déclare ouvertement qu’il n’existe pas pour nous la liberté de la presse.

Le congrès du parti a examiné la question des élections à l’assemblée nationale et décide à la majorité de s’abstenir d’y participer. La presse du parti a examiné la question de la fondation de la III° Internationale qui a été soumise à la discussion lors du congrès du parti.

On peut affirmer que les communistes d’Autriche allemande sont convaincus de la nécessité de la fondation de la III° Internationale et attendent de la conférence de Moscou qu’elle soit construite.

Rapport de I. MILKIC (Serbie) [16]

Camarades !

Dans ce bref rapport sur le mouvement ouvrier en Serbie, je me bornerai à expliquer succinctement la position adoptée par le prolétariat serbe. Le camarade Racovski a parlé aujourd’hui de la situation dans les Balkans et a constaté avec regret l’attitude des partis socialistes de ces pays - car Il n’est pas vrai que le parti socialiste serbe se soit dédi de ses anciens principes révolutionnaires. Les opinions émises par les camarades Kaclerovic et Popovic à Stockholm ne sont ni celles de notre parti, ni celles de la classe ouvrière serbe [17]. Il me suffira de vous rappeler comment ces deux camarades sont arrivés à Stockholm.

Notre parti cessa d’exister en tant qu’organisation lorsque la Serbie fut occupée à l’automne de l’année 1915 par les Autrichiens et les Bulgares et lorsque les membres du parti, mais aussi les membres mêmes du Comité, se dispersèrent dans toute l’Europe, l’Asie et l’Afrique, quelques-uns se battant sous les ordres des généraux des pays belligérants, d’autres vivant dans les pays neutres [18]. Personne parmi nos camarades ne pouvait donc, jusqu’au moment de la reconstitution du parti et du regroupement de nos camarades, avoir un vrai mandat et parler au nom du parti, simplement parce qu’il n’y avait plus d’organisation ayant le droit de délivrer des pouvoirs.

Les camarades Kaclerovic et Popovic furent envoyés à Stockholm par deux camarades du Comité qui se trouvaient à ce moment-là à Belgrade [19]. Mais je dois ajouter que ces deux membres du Comité ont, depuis, manifesté leur mécontentement et leur désapprobation complète de la position prise à Stockholm par les camarades Kaclerovic et Popovic.

Pour vous prouver que ce n’est pas seulement mon opinion personnelle, je puis, heureusement, faire appel à un témoin que vous écouterez certainement avec confiance et sur lequel les camarades Trotsky et Racovski peuvent donner également les meilleurs renseignements. Ce témoin — c’est le camarade Dragisa Lapcevié [20]. Il m’écrivit de Belgrade le 22 avril 1917 ; et voilà en deux mots ce qu’il pensait de l’Internationale, de notre parti, et de l’attitude prise à Stockholm par les camarades Kaclerovic et Popovic.

"Tu me fais grand plaisir en confirmant ma conviction de toujours, que ces messieurs (les socialistes) sont pis que la bourgeoisie elle-même."

Dans une carte qu’il m’écrivit le 5 novembre 1917, le camarade Dragisa Lapcevic me disait encore : "Je ne veux assister à aucune conférence, pour la bonne raison que nos organisations de parti n’existent plus et qu’il n’y a ni décision à prendre, ni ligne de conduite à suivre ; on ne peut plus contrôler le travail des délégués et ceux-ci ne peuvent plus rendre compte à personne de leur activité."

Le 12 mai 1918, il m’expliquait encore ceci : "Ce fut une bien grande faute que le départ de Kaclerovic et de Popovic pour Stockholm, car s’ils n’y avaient pas été, c’est-à-dire s’ils n’avaient pas émis leur opinion et ne s’étaient pas engagés avant que notre parti ait eu la possibilité de formuler sa propre opinion, c’eut été bien plus heureux et bien plus utile, tant pour notre parti lui-même que pour son organisation intérieure."

Enfin, le 7 juin 1918, il m’écrivait ce qui suit : "Je crois que je n’irai pas à Stockholm et cela pour deux raisons : une raison de principe et une raison pratique. La première raison est une raison de principe. Je ne veux pas avoir affaire aux partis qui ont perdu leur signification, leur raison d’être socialiste ; je ne veux pas travailler pour la paix, mais mener la lutte internationale contre la guerre."

Plus loin encore : "Kaclerovic et Popovic avaient été délégués par Timotic et Janovic. Et pourtant ces derniers ont énergiquement protesté contre les opinions émises par leurs délégués."

J’aurais pu vous citer encore beaucoup de lettres, écrites non seulement par le camarade Lapcévic, mais encore par d’autres membres influents du mouvement ouvrier en Serbie. Mais je pense que ce n’est pas nécessaire. Pour vous démontrer que le parti socialiste serbe n’a absolument pas renoncé à sa glorieuse tradition révolutionnaire, il suffit de vous rappeler deux faits récents :

1° Le parti socialiste serbe a non seulement refusé de participer au nouveau gouvernement de l’Etat yougoslave, mais il a encore condamné l’attitude du parti socialiste croate, qui avait envoyé un de ses membres à la nouvelle Chambre. Notre parti a déclaré à ce sujet qu’un socialiste dans un ministère bourgeois ressemble à n’importe quel autre ministre capitaliste et que le parti ne peut donc que le dénoncer et le combattre [21].

2° Notre parti n’a pas pris part à la Conférence de Berne, ce qui est significatif.

Prenant tous ces faits en considération, je puis vous assurer que le prolétariat serbe n’est ni opportuniste ni nationaliste ; il est resté fidèle — et il le restera — à l’action révolutionnaire et internationaliste.

Il marchera avec le prolétariat révolutionnaire international ; il créera bientôt ses soviets et sa propre République socialiste, entrant ainsi dans la grande République des soviets - dans la République communiste internationale.

Je crois donc être autorisé à vous déclarer ici que le prolétariat serbe adopte avec enthousiasme les principes de la III° Internationale.

Adresse du Parti ouvrier social-démocrate serbe au bureau de l’Internationale communiste

Chers Camarades !

Le parti ouvrier social-démocrate serbe a reçu avec une grande joie la nouvelle qu’en février se réunit à Moscou le premier Congrès de l’Internationale comuniste. Il regrette vivement de n’être pas en état d’envoyer ses délégués au Congrès, ayant été informé trop tard. Mais en revanche, notre parti est heureux de pouvoir vous envoyer un salut cordial et sincère et ses souhaits de réussite pour l’organisation de l’Internationale communiste.

Chers camarades ! Vous savez déjà comment s’est comporté notre parti pendant la guerre des Balkans et pendant la guerre mondiale. Il est resté jusqu’à la fin fidèle à l’enseignement de nos grands maîtres Marx et Engels. Nous n’avons toujours éprouvés que dégoût et mépris envers les traîtres du socialisme. Au moment le plus critique notre parti n’a pas oublié un instant ses devoirs internationaux sacrés.

Aux jours où notre bourgeoisie fêtait sa victoire sur les Bulgares, aux jours de la plus grande défaite, quand notre population et notre armée battaient en retraite à travers les hautes montagnes de l’Albanie, aux jours où notre peuple souffrait sous le joug d’une occupation barbare, nous ne connaissions à l’égard de notre bourgeoisie qu’un devoir, la lutte irréconciliable. La "paix sociale" n’a jamais eu droit de cité chez nous. Nous ne connaissions qu’une guerre, la guerre entre le travailleur et le capital.

A la dernière invitation des social-patriotes, d’envoyer des délégués à Berne, notre parti a répondu par un refus ne voulant rien avoir de commun avec les traîtres du socialisme.

Une guerre de presque six ans a provoqué dans nos rangs de grandes pertes. Nos meilleurs camarades sont morts dans les tranchées, aux travaux forcés, en prison, beaucoup sont morts dans les camps de prisonniers de guerre, beaucoup ont souffert des épidémies, la moitié presque des militants de notre parti a péri. Mais en dépit de ces pertes immenses, l’esprit combatif n’a rien perdu. Conscients de ce que l’Europe entière entre dans l’ère de la révolution sociale, nous avons entrepris avec enthousiasme de faire revivre notre parti après une interruption de trois ans.

Autour de notre parti se groupent les larges couches des masses populaires qui se sont, après de longues et douloureuses expériences convaincues que seul notre parti est en état de défendre les intérêts des masses ouvrières et des paysans pauvres. On ne peut qu’expliquer ainsi les énormes succès de notre parti au cours des trois derniers mois.

L’invraisemblable cherté de la vie, l’insuffisance de chauffage et de vêtements, la spéculation éhontée, l’interruption du mouvement des chemins de fer ont provoqué de plus en plus de mécontentement dans les grandes masses populaires. L’unification nationale n’a rien arrangé. "Notre" bourgeoisie yougoslave se révèle incapable de terminer la révolution nationale. Les 25 et 26 janvier a eu lieu une conférence des partis social-démocrates de Croatie et de Slavonie à Zagreb où fut prise, entre autre, la résolution suivante : "La Conférence salue la Russie des soviets, la révolution sociale d’Allemagne et d’Autriche-Hongrie et le mouvement révolutionnaire dans tous les pays." A ce Congrès l’on put remarquer combien sont fortes les tendances communistes dans le prolétariat yougoslave.

Le Congrès de la social-démocratie yougoslave est convoqué dans huit semaines pour l’organisation d’un parti ouvrier yougo-slave unique et il n’est pas douteux que le courant communiste remportera la victoire. Le parti démocrate de Serbie et aussi le parti social-démocrate de Bosnie-Herzégovine se placent sur la plate-forme communiste. Les ouvriers de Croatie et de Slavonie sont avec nous, convaincus que le chemin vers le socialisme passe par la dictature du prolétariat et que cette dictature revêt la forme du gouvernement des soviets.

Chers Camarades, nous avons la conviction que le premier Congrès de l’Internationale communiste travaille à la construction d’une organisation de lutte répondant aux intérêts généraux de la révolution prolétarienne mondiale.

C’est pourquoi nous vous envoyons encore une fois notre salut fraternel, sincère et chaleureux.

Vive la nouvelle Internationale communiste !

Déclaration des délégués du Parti communiste hongrois

Délégués par le Parti communiste de Hongrie au premier Congrès de la Troisième Internationale, nous regrettons vivement que les difficultés des communications et les combats entre les troupes de la république de l’Ukraine et les hordes de la "république nationale d’Ukraine" ne nous aient pas permis d’arriver à temps pour prendre part aux réunions du Congrès.

C’eut été pour nous une joie et un honneur que de prendre part à cet événement d’une importance mondiale, la fondation de la Troisième Internationale.

Nous déclarons, au nom du parti communiste hongrois, que nous approuvons toutes les décisions et sanctionnons toutes les déclarations et les signatures du camarade Rudnyânszky chargé en même temps que nous de représenter notre parti au Congrès.

L. Rudas, G. Kohn.

Moscou, 10 avril 1919.

Rapport de JALIMOV (Peuples d’Orient) [22]

Je parle ici au nom du bureau central des organisations communistes musulmanes qui a pris ces derniers jours le nom du bureau central des organisations communistes des peuples orientaux [23]. Cette organisation réunit tous les ouvriers communistes (excepté ceux de nationalité russe) du Turkestan, de la Bachkirie, des Tatars de la Volga, du Kirghizstan, du Caucase et les groupes d’émigrés communistes de la Turquie, de la Perse, de l’Azerbaïdjan, du Boukhara et de la Géorgie.

En relation avec ces différentes nationalités, le Bureau central a organisé les section des Tatars, des Bachkires, des Kirghizes, des montagnards, la section du Turkestan, etc.

En excluant l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Perse, la Turquie et le Boukhara, le Bureau central englobe dans les autres rayons une population de 30.000.000 d’habitants non russes. Actuellement, le bureau central réunit dans ces rayons prè3 de 10.000 organisations d’ouvriers et de paysans musulmans. Je ne parle même pas ici de l’incalculable influence morale exercée par le bureau central sur les masses ouvrières musulmanes, ni des soldats rouges musulmans qui sympathisent aux idées communistes et qui luttent au nombre de 50.000 hommes aux côtés des soldats rouges russes sur le front oriental et sur le front sud contre Krasnov et Dénikine, Koltchak et Doutov. Le nombre relativement restreint des organisations ouvrières regroupées autour du bureau central, s’explique en premier lieu par le niveau culturel peu élevé des peuples orientaux récemment libérés puis par le fait que le territoire de ces peuples du Caucase jusqu’à Kazan, et d’Oufa à Tachkent n’est qu’un vaste champ de bataille arraché les armes à la main aux fauves de l’impérialisme et à leurs agents, les gardes blancs. Toutes ces circonstances compliquent beaucoup le travail systématique des socialistes.

Je ne parlerai pas des cruautés des blancs géorgiens et de leurs alliés, le parti des menchéviks, qui, Tseretelli en tête, a par deux fois tiré sur les réunions ouvrières à Tiflis au mois de janvier de l’année dernière, et qui a détruit l’organisation communiste géorgienne et jeté ses dirigeants en prison. Ce que font maintenant les traîtres Scheidemann et Ebert en Allemagne, a déjà été accompli depuis longtemps par le parti des menchéviks géorgiens.

Je ne parlerai pas davantage des sauvages répressions exercées par les socialistes-révolutionnaires de droite et par les menchéviks du Turkestan qui font œuvre de bourreaux à la solde des impérialistes anglais. Ce sont eux qui ont fusillé nos valeureux camarades Djaparidzé et Chaoumian [24], Korganov et Petrov. Je ne m’étendrai pas non plus sur la conduite révoltante de ces mêmes partis, membres de l’Assemblée constituante, qui fusillent les ouvriers et les paysans par centaines et crèvent les yeux à nos camarades musulmans. Ce sont des faits que tout le monde connaît et qui ont été plus d’une fois publiés dans les journaux.

Malgré ces conditions très difficiles, le bureau central a persévéré dans son activité et a continué, de concert avec le parti communiste russe, la lutte pour la réalisation des principes socialistes. Pour caractériser cette activité, nous ferons remarquer que les dirigeants communistes orientaux qui sont entrés au bureau central en décembre de l’année dernière ont eu le temps de publier du mois de janvier 1918 jusqu’au mois de novembre plus de quatre millions d’exemplaires de journaux, de brochures et de proclamations en langue tatare, turque et kirghize. Depuis le mois de décembre de l’année dernière, lorsque ces dirigeants se sont réunis au bureau central à Moscou, le bureau central a eu le temps d’éditer en langue arabe, perse, tatare, azerbaïdjane, tadjik, uzbek, kirghize et kalmouk, jusqu’au mois de janvier de l’année courante — c’est-à-dire en l’espace de deux mois, plus de deux cents mille exemplaires de journaux, de brochures et de proclamations. Actuellement, le bureau central et ses organisations locales éditent quinze journaux dont le principal est l’Ehtche (en tatar) et l’Engi. Grâce à l’appui moral donné au bureau central par le parti communiste russe, les principes du communisme se développeront rapidement en Orient et les peuples orientaux opprimés se réuniront autour de la Russie soviétique pour lutter contre l’impérialiste. Il est superflu de démontrer l’importance capitale du réveil des peuples orientaux pour le développement de la révolution prolétarienne en Occident.

L’Orient est la source qui nourrit l’impérialisme mondial. Quand l’Orient se soulèvera et tendra la main à l’Occident socialiste, l’impérialisme sera encerclé et l’heure de la victoire sonnera pour le socialisme universel. C’est ce qui détermine le bureau central à se fixer comme but principal le réveil des peuples d’Orient et c’est pourquoi je m’écrie : Vive l’union révolutionnaire des peuples orientaux opprimés et des ouvriers socialistes de Russie et d’Europe ! [25].

Rapport de Gurgen EIKUNI (Arménie)

Camarades,

Il arrive une grande joie au Parti communiste d’Arménie. Aujourd’hui notre parti fête son anniversaire et participe au Congrès international des

partis communistes qui a pour but de préparer l’organisation de la III° Internationale communiste. La révolution prolétarienne d’Octobre a ouvert une ère nouvelle dans l’histoire de l’humanité, l’ère de la transformation des guerres impérialistes en guerre civile, conduisant inévitablement à la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie et à l’instauration du régime communiste dans le monde entier.

Hostile à toute oppression et à toute violence la Révolution prolétarienne d’Octobre a lancé des mots d’ordre libérateurs, entre autres le mot d’ordre du droit réel, non falsifié, des peuples à disposer d’eux-mêmes et par là même a avancé le mot d’ordre du droit de l’Arménie à disposer d’elle-même.

D’abord, les peuples d’Arménie purent respirer librement acquérant là possibilité de construire librement leur avenir. Mais en même temps apparaissait un très grand danger : les partis bourgeois nationalistes, après avoir utilisé le mot d’ordre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, pouvaient renforcer davantage leur politique de développement des passions nationalistes et au nom de ce mot d’ordre, faire du pays le théâtre de nouvelles guerres nationalistes [26].

Il était indispensable d’opposer à la politique d’isolement national l’unité de classe des masses travailleuses de tous les peuples d’Arménie, de transformer la guerre nationale en guerre civile, dans le but de libérer les classes exploitées et opprimées du joug des exploiteurs et des oppresseurs. Il revenait aux communistes d’Arménie la tâche importante de définir correctement la ligne de leur activité, de choisir les voies de l’organisation qui puisse constituer une arme réelle entre les mains des masses laborieuses dans le combat pour un droit véritable des peuples à disposer d’eux-mêmes, et répondre aux principes du marxisme révolutionnaire.

En novembre 1917, un groupe de membres du Comité central du P.O.S.D.R. (bolchéviks), originaires d’Arménie, prit sur lui l’initiative de soumettre à la discussion le problème de l’organisation d’un parti ouvrier qui saurait rassembler autour de lui les éléments prolétariens et semi-prolétariens des peuples d’Arménie, en opposition aux partis bourgeois chauvins.

Après toute une série de réunions, il fut décidé de déléguer un des camarades à Saint-Petersbourg au comité central du P.O.S.D.R. (bolchéviks) pour mener des pourparlers au sujet de l’organisation du parti des bolcheviks d’Arménie.

Ayant reçu la sanction du C.C. du P.O.S.D.R. (bolchéviks) dans les derniers jours de janvier 1918, le Comité, organisé, se mit aussitôt au travail.. Le 19 février (4 mars) de la même année, le C.C. du parti sortit son premier manifeste aux peuples d’Arménie, au nom du parti communiste d’Arménie.

Dans les conditions pénibles de la réaction mencheviko-dachnake [27] le parti communiste d’Arménie apparut dans l’arène politique. Les partis bourgeois nationalistes menèrent une politique criminelle d’isolement national et de création de "république nationale". Dans leur chauvinisme allant jusqu’à la folie, les partis dirigeants perdirent leur dernière notion de honte. Leur ennemi essentiel était le bolchévisme et son porte-drapeau, le prolétariat de la Russie. Dans sa lutte contre le bolchevisme, "la démocratie" menchevikodachnake de Transcaucasie était prête à faire alliance avec n’importe qui.

Dans les personnages que sont les contre-révolutionnaires du Caucase du nord, les Filimonov, les Polotsev, les Karaoulov et autres dirigeants de la contre-révolution en Transcaucasie, messieurs Jordania [28], Gegechkori [29], Tseretelli trouvèrent de dignes compagnons de lutte.

L’armée russe du Caucase constituait une force puissante du mouvement révolutionnaire en développement. Les soldats russes, devenus révolutionnaires, armés jusqu’aux dents, ne laissèrent pas la "démocratie" transcaucasienne se reposer sur ses lauriers. Il était indispensable à la contre-révolution de se débarrasser de "l’infection anarcho-bolchevique" et de chasser l’armée russe hors des frontières de la Transcaucasie. Et c’est ainsi qu’un crime sans précédent fut perpétré sur l’ordre du menchevik Jordania, qui désarma traitreusement l’armée russe et fit couler le sang de milliers de ses soldats [30].

Le P.O.S.D.R. tenta de protester, mais ces tentatives se heurtèrent à une nouvelle vague de réaction. On perquisitionna, on arrêta "des troupes mutinées", des "anarcho-bolcheviks". Les prisons en regorgeaient. On jeta en prison nos meilleurs camarades. La presse ouvrière fut étouffée, Le 10 février, en l’honneur de la célébration de l’ouverture de la diète de la Transcaucasie, aux répressions et persécutions de la révolution, vint s’ajouter l’effroyable fusillade du meeting ouvrier dans le parc Alexandrov de Tiflis. C’est en particulier dans les régions aux populations mélangées, arméniennes et tatares, que sont créées des conditions insupportables. D’une part les dachnaki de la petite-bourgeoisie arménienne, d’autre part le parti des propriétaires tatars, Musawat, menèrent une propagande ouverte de carnage nationaliste : Les Arméniens massacrèrent les Tatars, les Tatars massacrèrent les Arméniens.

Alors qu’ils trompaient les masses populaires, mettaient à feu et à sang des villages entiers, vendus qu’ils étaient à la bourgeoisie arménienne, les dachnaki et les représentants des beks tatars, musawatistes, avec une impudence étonnante, continuèrent à siéger côte à côte dans le même gouvernement : ils complotaient sans cesse les uns contre les autres et poussaient les masses ouvrières et paysannes des deux peuples frères à se détruire mutuellement dans des conditions atroces : On peut compléter ce tableau du travail contre-révolutionnaire intérieur par celui de la politique extérieure qu’ils menèrent. Ils entreprirent une politique vraiment vénale, le commerce avec les féodaux turcs, une politique de laquelle se serait détourné avec dégoût un démocrate tant soit peu honnête.

Tout en se disant socialistes, les mencheviks pratiquèrent la politique de la vieille diplomatie secrète, frappant à toutes les portes des diplomates, tentant d’évaluer le poids de chacun des deux groupes impérialistes en guerre, pour pouvoir se ranger du côté du plus fort.

Au moment même ou le Musawat exprimait sans vergogne son enthousiasme devant l’offensive turque et, avec une audace croissante parlait en maître, Tchkhenkéli [31] et Cie se précipitèrent à Trabzon (Trébizonde), chez les pachas turcs, dans le but de les séduire et de leur vendre Batoum, afin de pouvoir ensuite concentrer sans scrupules toutes leurs forces contre les bolcheviks [32].

Et Gegechkori, et Tseretelli ? Quelle comédie inouïe jouait ces messieurs ! Pour jeter de la poudre aux yeux des masses, dans les réunions du parti, de toute la vigueur de leur éloquence, ils s’en prenaient à Tchkhenkéli, déclarant que ce qui se passait provenait de sa trahison, affirmant que le gouvernement continuait une politique de respect de la démocratie russe et ne reconnaissait aucune autre orientation. Les intérêts des princes géorgiens exigeaient que soit mise en scène devant les masses cette comédie d’une prétendue divergence pour que soit plus rapidement couronné de succès leur complot contre le prolétariat et la paysannerie géorgiens. Il n’est pas surprenant que ces chevaliers mencheviques que sont Gegechkori, Tchkhenkéli et Tseretelli aient rempli avec tant de succès les rôles qu’ils s’étaient répartis entre eux [33].

Mais qu’en a-t-il été de ces pitoyables chauvins arméniens ? Quels aspects de cette politique n’ont-ils pas partagé ? La même politique vénale, mais encore plus cynique et plus incapable.

C’est alors que reparut parmi les diplomates l’homme qui hier chantait des dithyrambes devant le tsar, un "socialiste", le dachnak Khatisov, qui négocia au nom "des masses laborieuses d’Arménie" avec les pachas turcs. Alors que les bandes turques envahissaient et ravageaient des régions entières, une aile des dachnaki fit semblant de jeter toutes ses forces dans la défense du front, tandis que Khatisov et Katchaznouni continuaient pendant des semaines, à flatter les impérialistes germano-turcs à Trébizonde et à Batoum. Rien d’étonnant que le front se soit désagrégé traitreusement sur l’ordre des impérialistes ; les villes étaient livrées les unes après les autres et le régiment nationaliste, qui s’était désagrégé de l’intérieur, abandonna le front en pleine débandade et dans la panique, devant des forces adverses pourtant faibles.

A nouveau, on entendit les social-traitres lancer mille fois l’anathème contre le bolchevisme qui, selon eux, s’était infiltré dans le régiment et avait désagrégé ses rangs. Il était indispensable d’expliquer aux masses qu’ils n’étaient pas eux-mêmes responsables de ces honteuses défaites. Il fallait trouver les coupables et, comme toujours en pareil cas, on charge de tous les maux le bolchevisme, cet ennemi terrible, qui n’accorde aucun repos à ces messieurs social-patriotes, mencheviks et dachnaki. Ce qui alarme encore davantage ces messieurs mencheviks, dachnaki et musawatistes, c’est la souveraineté à Bakou du pouvoir soviétique, du pouvoir du prolétariat qui a lié son sort à celui du prolétariat russe [34].

Bakou est cette ville rouge qui a mis en fureur les taureaux menchevicomusawatistes. Et c’est une nouvelle trahison de la révolution, un nouveau complot et cette fois contre l’héroïque prolétariat de Bakou.

Tchkhenkéli, Gegechkori, Jordania et C°, en complet accord avec les Tatars préparèrent une attaque sur Bakou et, dans ce but fournirent aux Tatars des millions de cartouches, des mitrailleuses et des canons de l’arsenal de Tiflis. Les laquais de l’impérialisme étaient prêts à exécuter pieusement les ordres du Kaiser et du Sultan turc.

Des détachements géorgiens envoyés par trains blindés pour renforcer les bandes tatares préparèrent en secret l’attaque de Bakou, alors qu’à cette date, ouvriers et paysans ne savaient rien et que le prolétariat de Bakou, après être venu à bout des forces contre-révolutionnaires dans la guerre civile, était occupé à renforcer le pouvoir soviétique. C’est dans ces conditions politiques, au moment où les membres des organisations bolcheviques dissoutes étaient obligés de continuer leur travail clandestinement, où la simple expression individuelle de critiques exposait à une cruelle répression, c’est dans ces conditions si difficiles qu’est apparu dans l’arène politique le Parti communiste d’Arménie qui, depuis les tout premiers jours de son existence, mena une lutte indépendante et hardie contre les mencheviks et dachnaki.

Le 19 février (4 mars), ayant publié, en même temps que le Manifeste, un organe central, Karmir Orier (Les jours rouges), notre parti, en s’appuyant sur une multitude de faits, dévoila devant les masses ouvrières et paysannes la politique de trahison des mencheviks chauvins, développa devant les travailleurs le programme du communisme, expliquant le sens de la révolution socialiste mondiale, dont le processus avait commencé.

La violente campagne organisée contre nous par les serviteurs de l’impérialisme - les dachnaki et les mencheviks — dans leurs organes, les poursuites et les persécutions qui ont été infligées à nos camarades de Tiflis et en province, la fermeture de notre journal et la mise sous scellés de l’imprimerie et en même temps la saisie de nos locaux, tout cela non seulement ne nous a pas affaiblis, mais, au contraire, nous a renforcés. Notre organe central, Karmir Orier, qui dans ses débuts tira de 250 à 300 exemplaires porta ensuite son tirage à des chiffres jamais atteints en Arménie, 3.000, 3.500 exemplaires à Tiflis seulement, et concurrença victorieusement l’organe central des dachnaki. Dans les rues, des groupes d’ouvriers et de soldats arméniens lisaient et diffusaient notre journal. D’Alexandropol et autres endroits arrivaient à notre journal des délégués de paysans et d’ouvriers, car les bandits menchevicodachnaki détruisaient tous les exemplaires qui tombaient entre leurs mains ; des paysans diffusaient Karmir Orier de village en village, enthousiasmés par son courageux esprit révolutionnaire. D’abord de façon clandestine, et sous forme de distribution, puis ouvertement, par la vente, Karmir Orier pénétra dans les régiments nationalistes venus d’Odessa, de Crimée, de Russie du Sud, par centaines d’exemplaires, révolutionnant idées et sentiments des soldats, les éduquant sur la base du clair idéal du communisme.

Pendant un mois entier, notre organe central attira à lui les masses ouvrières et paysannes et devint leur camarade préféré. Elles le considéraient comme leur. Les pages de Karmir Orier étaient remplies de lettres envoyées par des travailleurs et des paysans. Tous les soirs, la rédaction du journal était entourée de soldats qui attendaient avec impatience la parution. Il n’est pas étonnant dans ces conditions qu’il se soit vendu jusqu’au dernier exemplaire : une animation sans précédent, un immense intérêt se sont manifestés autour de l’organe communiste. En même temps, nos conférences, réunions, meetings attiraient un public toujours plus vaste, soulevaient toujours plus d’intérêt.

En peu de temps, le nombre des membres du parti, rien qu’à Tiflis, atteignit plusieurs centaines. On organise un détachement mobile armé, qui atteignit l’effectif de trois cents personnes. Il faut également mentionner les milliers de sympathisants qui se regroupaient autour du parti.

Déjà en avril, les unités militaires arméniennes de Tiflis étaient liées au Parti communiste d’Arménie. La propagande et l’agitation des idées communistes, par le moyen de la pénétration dans les unités de camarades qui étaient restés, donnèrent de brillants résultats. L’école des enseignes des dachnaki, grâce à l’énergie de nos camarades, se lia complètement avec nous. Nous pouvions recevoir des mitrailleuses, des bombes, des armes au moment où nous le voulions. Des unités de réserve d’artillerie, d’Avlabar et Artatzalakh nous envoyèrent leurs représentants. Des automobiles qui étaient à la dispositions des mencheviks, devaient passer de notre côté en cas d’insurrection.

Dans beaucoup de quartiers de Tiflis, des miliciens attendaient notre ordre. Et ce qui est surtout significatif du développement et de la force de notre parti, c’est le fait que 4.000 arméniens-turcs du quartier de l’arsenal ont organisé sur l’initiative de notre parti, un meeting, où se sont exprimés exclusivement des membres de notre parti et qui a adopté une résolution proposée par le Parti communiste arménien, avec les mots d’ordre suivants : "A bas la diète", "Vive le prolétariat russe !", "Vive le Parti communiste arménien !", "Vive la III° Internationale !". Toutes les mesures prises par les dachnaki et les mencheviks, allant jusqu’à la provocation et à la mobilisation des blindés n’eurent aucun effet, et le meeting continua jusqu’à la fin, entouré par les régiments armés, sympathisants du Parti communiste arménien. Il n’y eut pas de limites à l’enthousiasme. Les membres du Parti communiste arménien, armés de fusils et de bombes, organisèrent à maintes reprises, des manifestations devant les bâtiments des soviets nationaux. D’Alexandropol, un régiment entier envoya son représentant, pour établir des liens avec notre parti. D’Akhaltsikha, le président du soviet des députés ouvriers et paysans, le camarade I. nous parle de la possibilité de prendre le pouvoir dans la ville. Les camarades de Lor, notamment, déclarèrent que les paysans révolutionnaires, dans le cas d’une insurrection à Tiflis, descendraient par milliers des montagnes pour l’aider, si nécessaire.

La liaison fut également établie avec Erevan. Il s’instaura une liaison stable avec l’organe bolchevique des Ossètes Kiermien. Dans toutes les régions de la Géorgie éclataient des soulèvements paysans.

Dans cette atmosphère de tension, alors que la population de Tiflis attendait heure par heure le passage du pouvoir dans les mains des bolcheviks, alors que semblait-il, pendant toute une nuit, la capitale de Transcaucasie devait passer au pouvoir du prolétariat — dans cette atmosphère des plus favorables, créée par de longs efforts, en raison de toute une série de circonstances inattendues, parmi lesquelles, nous devons le reconnaître, l’indécision de plusieurs camarades responsables, n’occupe pas la dernière place, nos forces commencèrent à se désagréger et à se disperser. Les masses montraient davantage d’énergie révolutionnaire que leurs dirigeants.

Les mencheviks, sentant et voyant le danger imminent, entourèrent Tiflis de leurs troupes. Sur les hauteurs environnantes furent installées des mitrailleuses et des pièces d’artillerie. Un train blindé fut conduit jusqu’à la gare.

Les bandes de l’impérialisme turc, s’approchaient chaque jour davantage du centre du mouvement révolutionnaire de Tiflis.

C’est ainsi que, sous l’influence de toute une série de facteurs intérieurs et extérieurs, le mouvement révolutionnaire subit une défaite provisoire en Transcaucasie et en Arménie, et Bakou la Rouge resta isolée. On comença à désarmer des unités révolutionnaires et des militants furent poursuivis : beaucoup furent obligés de se cacher ou d’émigrer dans le Caucase du Nord. Mencheviks et dachnaki, enthousiasmés par leurs succès, déchaînèrent la terreur blanche contre les communistes. Beaucoup de camarades furent ainsi emprisonnés, beaucoup furent fusillés.

Cependant nos camarades, obligés d’entrer dans la clandestinité, où ils sont encore, ont continué leur travail révolutionnaire, publiant des tracts illégaux, car ils sont profondément convaincus que l’heure n’est pas éloignée de l’écroulement véritable de l’impérialisme anglo-américain et que la Russie soviétique est un puissant soutien pour ceux qui se révoltent pour le pouvoir des travailleurs des peuples d’Arménie.

C’est aussi à l’actif du Parti communiste arménien, qu’il faut rapporter la collaboration des membres de notre organisation envoyés en mission par le Comité central du parti, dans la lutte contre la contre-révolution, pour l’instauration du pouvoir soviétique dans la ville de Soukhoum. Dans le Caucase du Nord, grâce aux efforts des membres de notre parti, les organisations arméniennes bourgeoiso-nationalistes contre-révolutionnaires furent liquidées.

Le parti des dachnaki perdit toute son influence et fut expulsé du sein des masses laborieuses. Les membres du Parti communiste arménien, ayant émigré dans le Caucase du Nord, entrèrent dans les organisations soviétiques en tant que travailleurs responsables, pour le renforcement du pouvoir des travailleurs. Dans le Caucase du Nord fut organisé un régiment — appelé camarade Lenine — avec à sa tête des membres du P.C. arménien. Ayant repris la publication de son organe central Karmir Orier à Piatigorsk, le Comité central du parti appelait les travailleurs originaires d’Arménie à entrer dans l’Armée rouge, pour mener la lutte contre les bandes de la contre-révolution, renforcer le pouvoir soviétique dans le Caucase du Nord pour une offensive future sur les frontières de la Transcaucasie et, de là, en Arménie, avec l’objectif de chasser les impérialistes anglo-américains et d’installer en Arménie la souveraineté des travaileurs et des paysans.

A Soukhoum où en ce moment tout est dirigé par les mencheviks, des centaines d’exilés arméniens, ont trouvé un refuge dans les montagnes organisés en détachements de partisans. Ils attendent, l’arme à la main, l’approche des troupes rouges de la République soviétique.

Nous savons que les républiques bourgeoises — l’Arménie et la Géorgie — ont à peine eu le temps de naître qu’elles manifestent déjà des signes de décomposition.

Les "amis" d’hier - dachnaki et mencheviks — se font aujourd’hui la guerre, faisant couler le sang de deux peuples frères. Mais la patience des travailleurs a des limites. Si, aujourd’hui, ils sont faibles et démoralisés devant la violence de l’invasion étrangère et gardent le silence, demain ils serreront leurs rangs et, avec le soutien puissant et fraternel du prolétariat mondial, sauront détruire le pouvoir des méprisables mercenaires de l’impérialisme américain.

"L’Arménie Républicaine" est loin d’être calme. Les dachnaki arméniens massacrent les mencheviks arméniens. Mais ce n’est pas tout. Les dachnaki ont commencé à instaurer la terreur et, en particulier, dans leurs propres rangs — ils ont fusillé leurs camarades de parti les anciens ministres. La classe bourgeoise et petite-bourgeoise des dachnaki, en pleine décomposition, cède le pas au parti arménien de la grande bourgeoisie. Aujourd’hui les peuples d’Arménie sont dirigés par Pogas, le marchand protégé des Anglais, Noubar-Pacha et le fabricant de tabac Enfiadjiantst, avec la bénédiction du chef des popes arméniens — un catholicos — , sous le commandement des pouvoirs militaires anglais ; les dirigeants dachnaki se mettant à plat ventre, d’une façon ignominieuse, devant les nouveaux souverains.

Mais l’or anglais ne peut acheter qu’un petit groupe d’aventuristes qui se sont déjà vendus plusieurs fois à l’impérialisme. Nous sommes fermement convaincus que les peuples d’Arménie, à la première occasion, se regrouperont autour de notre parti sous le mot d’ordre d’insurrection contre le joug impérialiste.

Saluant le Congrès international des Partis communistes, le Parti communiste d’Arménie, devant le monde entier, au nom des peuples d’Arménie, a considéré de son devoir de déclarer : "La République d’Arménie" est une falsification éhontée du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. "L’Arménie Indépendante", constituée de bourgeois et de popes arméniens, est un outrage sans précédent fait aux masses ouvrières et paysannes d’Arménie .

Le gouvernement d’Arménie, c’est le gouvernement des bandits arméniens, des maîtres-chanteurs et des tortionnaires arméniens, vendus à la bourgeoisie anglo-américaine.

Le parti communiste arménien affirme son opposition énergique à toute violence impérialiste et à toute ingérence dans le sort des peuples martyrs. Le parti mène une lutte décidée contre la violence anglo-américaine sur les peuples d’Arménie.

Nous déclarons catégoriquement que les délégations arméniennes qui frappent à toutes les portes des pays de l’Entente n’expriment pas les aspirations des masses laborieuses arméniennes et ne sont pas mandatées par elles.

Ayant participé à la conférence de Berne de l’Internationale traître, les "socialistes arméniens" n’expriment pas les opinions des masses laborieuses arméniennes. Ils appartiennent aux rangs de ces traîtres et de ces félons, dont les mains sont souillées du sang des travailleurs et des paysans. Ayant participé à la Conférence de Berne, les socialistes arméniens sont les mercenaires de l’impérialisme anglo-américain.

Le parti communiste arménien, expression unique des intérêts des masses laborieuses des peuples d’Arménie, envoie son mépris aux "socialistes" arméniens de l’Internationale traître, et saluant le Congrès du prolétariat comuniste international, déclare : A bas l’impérialisme ! Vive la guerre civile ! Vive la III° Internationale communiste !

Intervention de Mustafa SUPHI (Turquie)

Quelle joie de parler ici à Moscou, au centre de cette grande III° Internationale qui doit changer l’avenir du monde entier, et d’y parler au nom du prolétariat, de la paysannerie turque opprimée et de la classe ouvrière, au nom de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, au nom de tout le peuple armé qui a tant souffert de l’impérialisme persécuteur et rapace et qui périt dans les griffes du capitalisme et dans la violence de la civilisation occidentale. La vérité est qu’en Turquie, comme dans les autres Etats, il y a beaucoup de barbares et de traîtres qui assassinent le peuple et sucent son sang, mais qu’en plus il y a les Padichâh turcs qui font couler non seulement le sang des Arméniens, mais aussi celui de la masse pauvre des ouvriers et des paysans. Ce ne sont pas les masses du peuple opprimé, mais bien les padichâh turcs qui incarnent la barbarie.

Camarades ! les représentants des ouvriers et des paysans qui se trouvent en Russie ont réussi, après la Révolution d’octobre à engager le combat contre le capital et surtout à écraser et supprimer ces rapaces qu’on appelle les régents. Il y a déjà un an, quand les généraux turcs se proposaient d’envoyer l’armée occuper les bords de la mer Caspienne, la Perse, le Tuquestan, à Moscou, dans cette capitale de la Révolution qui promet le bonheur au monde entier, les révolutionnaires turcs s’insurgèrent contre les ambitions aventuristes de ces généraux. L’ambassadeur turc à Moscou, voulant étouffer notre voix, submergea de notes le gouvernement de la République de Russie pour exiger notre expulsion immédiate du territoire russe et, tout en dirigeant une vive propagande contre nous parmi les peuples musulmans de Tachkent, Orenbourg et Kazan, s’est acharné à détruire notre travail.

Dans les articles des journaux bourgeois, dirigés contre nous, étaient soulevées des questions de ce genre : "Qui sont ces gens qui se moquent de la très sainte foi en la nation turque tatare alors que le monde musulman fête la victoire de l’armée turque jusqu’au fond de l’Asie ? A quelle religion appartiennent-ils et de quelle nationalité sont-ils ?" Mais, quand l’ambassade voulut duper le monde oriental musulman avec ses questions de jésuite, nous, communistes turcs, avons solennellement déclaré que le globe terrestre est notre patrie et l’humanité notre nation.

Ainsi, après avoir hardiment élevé le drapeau rouge de la Révolution, nous décidâmes de remonter le courant, de marcher contre les groupes qui se sont alliés à l’impérialisme turc. Nous avons été temporairement les seuls à suivre la voie qui mène à la réalisation de nos idées. Mais maintenant tout l’Orient marche avec nous. Camarades ! Quand les rapaces français et anglais s’emparèrent ensemble de Constantinople avec les impérialistes turcs, les mensonges à notre sujet disparurent et il devint clair pour tous qu’il n’existait pas de meilleur allié pour le malheureux peuple opprimé que la grande révolution russe.

Dès 1908, une partie de la jeunesse turque avait compris que le peuple ne trouverait son salut que dans la révolution sociale. Mais au même moment, le travail socialiste était étranglé. La puissante voix du regretté Jaurès, qui s’était élevée pour la défense du peuple opprimé, prêchait dans le désert. Seuls quelques-uns de ses amis ne tournèrent pas le dos à l’oeuvre qu’ils avait entreprise et organisèrent ici, en Russie, le foyer révolutionnaire turc. Leur conviction que c’est par la révolution sociale que peut s’accomplir le changement économique et social nécessaire en Orient, s’est affermie davantage après les événements d’Octobre.

Je vais vous citer un exemple intéressant qui prouve que cette conviction existe actuellement dans le prolétariat et l’intelligentsia de Turquie : au lendemain de la Révolution d’Octobre, quand l’université de Constantinople se posa la question de savoir à qui devrait être décerné le prix Nobel, la jeunesse turque, en dépit de la pression exercée sur elle par les professeurs, choisit le camarade Lénine et cela prouvait une fois de plus combien les idées de la révolution sociale s’affirment en Orient. Notre grand estimé maître, ses actions, représente le monde révolutionnaire tout entier et la jeunesse turque, par son vote, a montré son attachement au monde révolutionnaire.

Je ne parlerai même pas de la sympathie du peuple turc pour la révolution russe. On connaît les héros de la révolution sociale en Russie : ils ont sacrifié tant de victimes sur l’autel de la révolution socialiste mondiale qu’ils ne sont plus seuls sur le champs de bataille, et que la masse du prolétariat turc existe réellement, qu’avec toute l’intelligentsia elle vit leur vie, et son coeur bat à l’unisson avec le leur.

Ces héros peuvent être certains que sous le soleil du mal est en train de mûrir la profonde révolte qui s’amorce dans le prolétariat turc, et que ce dernier n’attend que le cri de guerre de ses aînés, les camarades russes, pour se lancer au combat.

Camarade ! J’ai dit cela pour vous montrer qu’au Proche-Orient, dans le peuple turc, se trouvent d’autentiques révolutionnaires qui sympathisent de toute leur âme avec la révolution russe. Je vais aborder maintenant rapidement la question des rapports de ce mouvement avec la révolution mondiale. Ma conviction profonde est que la révolution en Orient a des liens directs avec la révolution en Occident. Nous, révolutionnaires turcs, sommes profondément convaincus que la révolution en Orient n’est pas seulement indispensable pour libérer l’Orient de l’impérialisme européen, mais qu’elle l’est également pour soutenir la révolution russe.

Camarades, il est tout a fait clair que si la tête du capitalisme franco-anglais se trouve en Europe, c’est dans les fertiles champs d’Asie que se trouve son ventre. Pour nous, socialistes turcs, la tâche importante et première est de déraciner le capitalisme en Orient. C’est seulement de cette façon que nous priverons de matières premières la production franco-anglaise. La Turquie, la Perse, l’Inde, la Chine, etc., en fermant leurs portes à l’industrie franco-anglaise, la privent de la possibilité de s’écouler sur les bourses européennes, provoquent une crise imminente dont le résultat sera de faire passer le pouvoir aux mains du prolétariat et l’instauration de l’ordre socialiste. Il faut, pour y parvenir, l’agitation du mouvement révolutionnaire local, l’insurrection des peuples d’Orient contre l’impérialisme franco-anglais. Mais comment rendre l’Orient révolutionnaire ? J’ai souvent participé à des réunions où l’on étudiait la question orientale, où l’on parlait de la vie spirituelle des peuples d’Orient, où l’on exprimait le désir de mieux les étudier. C’est ainsi que le régime tsariste étudiait l’Orient. Il s’agissait de découvrir les moyens les meilleurs pour exploiter ces peuples. Si nous étudions cette question aujourd’hui, c’est pour libérer l’Orient opprimé. Tout en consacrant du temps à une étude scientifique de l’Orient, il nous faut bien conserver fermement nos armes entre nos mains, ne pas perdre notre but de vue, l’organisation en Orient d’un foyer révolutionnaire. Le soulèvement des peuples d’Orient contre le Capital européen est utile tant pour la révolution russe que pour la jeune révolution allemande qui met aujourd’hui en mouvement le prolétariat de tous les pays, ce qui la met sous la menace permanente de l’Angleterre et de l’Amérique et qui l’oblige à attendre notre aide, celle de l’Orient.

C’est pourquoi la création de foyers révolutionnaires parmi les peuples d’Orient doit être la tâche immédiate de la III° Internationale. Au sein de la puissante et jeune Armée rouge de Russie commencent à se créer des cellules d’organisation militaire turque qui se développent. Aujourd’hui, sur les différents fronts de Russie, un vif intérêt se manifeste pour le millier de Turcs qui luttent aux côtés de l’Armée rouge pour la défense du pouvoir des soviets.

De par sa situation géographique, la Turquie a toujours constitué un lien entre l’Asie et l’Europe et elle s’est trouvée directement opprimée par le capitalisme.

Tout cela permet de supposer que dans le cours prochain de la révolution mondiale, le prolétariat turc occupera une place importante.

Nous sommes convaincus que le prolétariat turc emploiera toutes ses forces à soutenir et à faire avancer la révolution sociale mondiale.