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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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III - Lettres transmises au Congrès
Annexes
Article mis en ligne le 14 mars 2019
dernière modification le 6 mars 2019

par ArchivesAutonomies

Lettre du camarade Loriot à l’Internationale jaune de Berne [1]

Citoyens délégués,

Se substituant aux diplomates bourgeois rassemblés à Paris pour tenter de fixer conformément aux intérêts de leur classe le destin des peuples, un grand nombre d’entre vous sont venus ici, non pour rechercher la solution socialiste des tragiques problèmes posés devant l’humanité par le grand crime capitaliste, mais pour faire justifier par l’Internationale le néo-socialisme de guerre gouvernemental, nationaliste et chauvin, qu’on a vu partout éclore sur les ruines du véritable socialisme au lendemain de la déclaration de guerre.

Ils se sont réunis non pour affirmer leur attachement au pacte d’Amsterdam [2] qui fut avant la guerre notre charte à tous et affirmer en face de la réaction déchaînée leur volonté de réalisation socialiste, mais pour donner l’adhésion solennelle de l’Internationale à la politique du démocrate bourgeois solidaire des milliardaires américains. Ils se sont rassemblés enfin et surtout, et cela dans la plus parfaite unanimité, pour obtenir la condamnation de l’immense effort de libération prolétarienne entrepris en Russie et qui, à travers l’Europe s’avance irrésistiblement vers les nations occidentales. Ainsi serait légitimée la répression ultérieure du mouvement spartakiste d’Allemagne. Ainsi seraient frappés de suspicion et paralysés les efforts révolutionnaires des prolétaires français, anglais, italiens.

De cette œuvre anti-socialiste et contre-révolutionnaire nous ne voulons être ni dupes, ni complices. L’activité qu’on s’efforce de redonner à la seconde internationale est une illusion. La guerre capitaliste l’avait mortellement blessée, la politique des social-démocrates a achevé de la tuer en tant qu’organisation de classe. Toutes les tentatives pour lui redonner le caractère qu’elle a perdu resteront vaines. L’histoire socialiste ne s’écrit pas dans les Congrès, elle s’écrit page par page, jour par jour par les prolétaires et aujourd’hui ces prolétaires dans leur élite révolutionnaire et consciente ne sont plus avec vous.

L’expérience leur a montré le danger que fait courir à la paix du monde et à la sécurité du travail l’anarchie capitaliste ; ils savent ce que valent les prétendues concessions de la bourgeoisie au pouvoir et ils n’attendent le salut des prolétariats que de l’instauration révolutionnaire d’un régime basé sur la suppression de la propriété privée, c’est-à-dire du régime socialiste. Aussi n’est-ce pas vers la Conférence de Berne que sont tournés les yeux des ouvriers et des paysans ruinés et affamés. Ceux qui vous épient, ceux qui attendent de vous le geste utile, ce sont ces gouvernements capitalistes que vous avez pour mission d’abolir et auxquels vous avez enchaîné votre sort.

Nous savons qu’il y a ici des socialistes sincères, au glorieux passé révolutionnaire, mais ils ne se désolidarisent pas de l’œuvre des autres et ils assument de ce fait une lourde part de responsabilité. L’Histoire les jugera sévèrement. Pour nous, indéfectiblement attachés au socialisme et à ses traditions glorieuses de lutte de classe et de révolution nous adressons notre salut fraternel et l’assurance de notre solidarité agissante à la République communiste russe qui lutte contre un monde d’ennemis bourgeois et pseudosocialistes. Flétrissant les assassins de Liebknecht et de Rosa Luxembourg ainsi que le gouvernement prétendu socialiste qui avec la complicité des généraux de l’Empire a armé leurs bras, nous adressons au prolétariat d’Allemagne et de tous les pays nos espoirs en leur victoire définitive et totale qui sera celle du prolétariat universel.

Lettre de Raoul Verfeuil à propos de la Conférence de Berne [3]

Berne, 10 février 1919

Les socialistes internationalistes français avaient décidé de prendre part à la Conférence de Berne afin d’y combattre le fanatisme chauvin et d’y défendre le principe de la lutte des classes adopté par le Congrès d’Amsterdam.

Nous espérions aussi que la conférence se déclarerait solidaire de la révolution ouvrière russe actuellement menacée par l’impérialisme de l’Entente, comme autrefois par l’impérialisme allemand.

L’absence des camarades russes, italiens, suisses, roumains et serbes nous a empêchés d’atteindre notre but. Nous n’avons pu qu’éviter une condamnation officielle du gouvernement des soviets. Quelque négatif que paraisse ce succès, il me semble très réel. Si les camarades qui n’ont pas voulu, ou n’ont pas pu venir à Berne, viennent au prochain Congrès international, nous y remporterons une véritable victoire. Je les prie d’y venir.

L’Internationale devra adopter la tactique dont nous avons usé dans notre section française ; il faut nous libérer du joug des a majoritaires" et leur arracher la direction de l’Internationale. Nous rendrons ainsi à l’Internationale le caractère révolutionnaire et la vitalité dont elle manque.

De tout cœur j’adresse mon salut au prolétariat russe, engagé dans la lutte pour la libération définitive et je lui souhaite ardemment de remporter une victoire qui sera en même temps celle de la classe ouvrière de tous les pays.