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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’Intelligence en mouvement
{Autonomie pour le communiste}, n°2, 28 Avril 1979, p. 2.
Article mis en ligne le 2 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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En l’espace de quelques mois, Longwy et Denain sont devenus les symboles vivants de la lutte de classe pour tout le Mouvement révolutionnaire. Et quitte à cho­quer certains camarades, de celà il faut se méfier, comme d’ailleurs il faut se méfier de tout symbole, les gauchistes étaient d’ailleurs passés maîtres dans la manipu­lation de ceux-ci. Il suffit pour celà de relire l’histoire du Mouvement de ces 10 dernières années, du soutien aux symboles du socialisme vivant : la Chine et le Viet-Nam, au soutien à LIP qui fut le symnole des luttes ouvrières oour les gochistes d’antan, qui à l’aube de leur disparition avaient besoin de se raccrocher à quelque chose qui leur semblait assez fort pour ne pas sombrer dans l’angoisse, qui d’ailleurs les submergea, quand ils s’aperçurent du caractère réfor­miste du modèle LIP. Il faut à tous prix nous débarrasser de cette vieille pratique des symboles, car décidément ceuv-ci ont la détestable manie d’avoir la vie courte.
Quitte à être provocateur et à ramer à contre-courant de la subjectivié d’une partie du Mouvement, car nous n’aimons pas le confort idéologique, nous prétendons nous, que Longwy-Denain nous montre un chemin OK mais celui du socialisme, et ce dernier ne nous satisfait plus, ce que nous voulons c’est le communisme, et au plus tôt, ceci pour la mesure de nos appétits. Et il est une démarche étrange, que nous n’aimons pas, qui s’est enclanché dans certaines sphères du Mouvement et contre lequel nous devont lutter, qui consiste à se planquer derrière Longwy-Denain afin de pouvoir justifier notre propre violence, comme si nous en avions honte, et pourquoi ne pas aller plus loin ? et nous cacher encore plus, comme ça on arrivera à nier notre existence même. Nous n’avons besoin d’être légitimé par personne, sinon par nous-mêmes, ni par la vieille classe ouvrière garantie, à laquelle le Capital assène en ce moment des coups mortels, ni par l’Empereur de Chine, nous sommes un Mouvement à la figère de classe homogène, faite de jeunes prolétaires non-garantis, de travailleurs précaires, intérimaires, de chômeurs, nous sommes aussi le Mouvement du refus du travail, et comme tels nous exprimons notre révolte, notre violence en toute autonomie, même si dans des moments comme le 23 mars, il est indispensable de faire l’alliance entre les divers secteurs de classe, même si ceux-ci ne portent pas les mêmes intérêts, le même projet. Cette démarche n’est qu’une fuite en avant, car en braquant les feux sur quelque chose de magique et lointain, cela permet de ne pas se poser les difficiles problèmes que nous avons à résoudre si nous voulons passer à un stade supérieur d’évolution du Mouvement (et celà aussi c’est une vieille pratique gôchiste).
Mais au-delà de ces précisions que nous tenions à apporter, il est sûr que les sidérurgistes ont, par leurs luttes, donné certaines indications à la classe dans son ensemble. Les opérations coups de poings en Lorrain, les émeutes de Denain ont peut à peu fait renouer le Mouvement ouvrière avec sa longue tradition de luttes, luttes qui depuis plusieurs années avaient plutôt tendance à marquer le pas, aussi bien au niveau des contenus, très souvent réformistes et défensifs, qu’au niveau des formes de luttes, traditionnelles et contrôlées entièrement par les syndicats. Ce qui a changé fondamentalement avec les sidérurgistes c’est l’effritement du carcan syndical, ainsi que l’usage de la violence, très organisé à Longwy, plus spontané à Denain. En somme les sidérurgistes ont dit à toute la classe ouvrière : - "Aujourd’hui il n’est pas 36 moyens de lutter, il faut par la violence ouvrière contrer la violence de la restructuration capitaliste".
Cette indication-là, nous devons la reprendre, non pas tant pour nous, ça fait longtemps que nous en sommes persuadés, mais pour la répandre, pour la faire pénétrer partout où cette indication n’est pas encore parvenue à maturation (c’est-à-dire une grande partie de la classe), et nous ne devons pas le faire d’une manière propagandiste, bêtement comme les gôchistes, mais à travers nos pratiques sociales, nos pratiques d’action directe.
Cette indication nous la reprendrons, mais elle est insuffisante, car la lutte des sidérurgistes, au point actuel de son développement, n’a pas encore fait apparaître des objectifs qui soient plus offensifs que la défense de l’emploi, ce qui n’est pas le problème de la partie la plus importante de la classe ouvrière (qui est soit garantie, donc elle n’a pas à défendre son emploi, soit non-garantie et qui de toutes façons ne se battre pas pour l’emploi, mais plutôt pour le revenu garanti)
Et si nous devons parler de Longwy-Denain, il faut le faire en n’oubliant pas que le Mouvement aujourd’hui est une réalité importante, et que c’est surtout à l’intérieur de celui-ci que résident les réponses aux questions primordiailes qui sont posées : QUELS OBJECTIFS ? QUELLE ORGANISATION ? QUELLES PERSPECTIVES ?
Nous avions dit avant le 23 mars que nous allions assister à la jonction dans la rue des secteurs radicaliés de la classe ouvrière et du prolétrait qu’ils soient autonomes, libertaires, inorganisés ou même gôchistes (tout du moins ceux qui sont les moins abrutis par les vapeurs grasses du socialisme mourant). Et ce jour-là en effet de multiples réalités et sensibilités différentes ont fusionné dans une même volonté pour porter la bataille et de quelle façon, au coeur même de la métropole assiégée.
Ce 23 mars a marqué le point d’arrivée d’un cycle de luttes révolutionnaires commencé après Malville et pendant l’affaire Baader-Croissant jusqu’à Saint-Lazare. Un cycle en dents de scie où l’on a vu le Mouvement révolutionnaire secoué par des crises et des reclassement (effondrement du gôchisme, émergence et affirmation du Mouvement autonome), tâtonner, emprunter des voies, souvent inconnues pour lui, en raison de sa jeunesse et de la coupure brutale et du fossé entre le Mouvement révolutionnaire des années 60/70 et le nouveau Mouvement révolutionnaire, où la transmission de l’expérience, des novueaux d’organisation et des acquis s’est très mal ou pas du tout effectué. Voies nouvelles donc, sur lesquelles le Mouvement a subi des défaites tactiques parfois, maus aussi réappris le goût de l’initiative, de l’intervention et de l’offensive, toutes choses qui font aujourd’hui partie de sa mémoire collective, que ce soit sur le terrain des luttes sociales, des squatts, des radios libres, de la violence organisée ou spontanée dans la rue ou minoritaire et clandestine, de la lutte contre la répression et contre l’État.
Point d’arrivée d’un cycle, point de départ d’un autre cycle, où les tâches qui nous incombent sont énormes, les responsabilités à prendre sont multiples, les déats de lignes seront féroces, où les heurts seront nombreux et impitoyables. Et tout celà non seulement dans le Mouvement révolutionnaire, mais aussi dans le Mouvement de classe général, car aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, ou nous devenons alternative globale de classe ou nons allons nous coucher, ça sera moins fatiguant. Nous devons en être tous conscients, camarades, et merde aux timorés, aux suivistes et aux opportunistes.
Et pour être cette alternative de classe il nous faut à tous prix, maintenant que nous avons démontré quel degré d’affrontement le Mouvement est capable d’assumer, mettre en avant tous les autres aspects de celui-ci et démontrer qu’au-delà de la "violence autonome" chère à "France-Soir" et à "L’Humanité", il y a de "l’intelligence du Mouvement", qui en s’éclatant dans d’innombrables pratiques et espaces, est "communisne en acte". Car dans un système qui ne te donne rien, et qui tente de te déposséder sans arrêt des choses acquises au prix de luttes sans merci, il faut tout reprendre, tout réinventer, petite à petit, et avec pour seuls alliés l’intelligence de ses besoins de classe et l’intelligence de l’organisation nécessaire pour la satisfaction de ces besoins. Bref, en 2 mots, il y a plus d’intelligence dans un collectif ou dans un squatt, que dans 10 ministères ou bureau politique de partis.
C’est cette intelligence créative, construtive et même destructive du Mouvement qui a peu à peu fait émerger des objectifs réunifiants pour la classe dans son ensemble :

  • "Ce qu’on n’a pas on le prend : RÉAPPROPRIATION.
  • Ce qui est payant ne doit plus l’être : GRATUIT.
  • on veut quand même du fric : REVENUS GARANTIS".

Si le 23 mars nous avons franchi un grand pas, en passant de l’illégalité de certains ghettos (Mouvement autonome, la sidérurgie), à l’illégalité de masse, il faut éviter que ce soit un pas dans le vide, c’est pourquoi il est essentiel aujourd’hui de renforcer et d’élever le niveau d’organisation du Mouvement en déterminant des moments tables de coordination et de débat qui, soient capables de créer de nouveaux collectifs, d’impulser de nouvelles pratiques, par exemple des collectifs chômeurs, de travailleurs précaires, de Jeunes prolétaires, de Squatts, de faire circuler l’information. Pour sa part, la Coordination Autonome, s’est fixé ces tâches, comme axe politique central de son intervention, et nous en ferons régulièrement le bilan à travers le journal et les réunions publiques. (Ce texte devait être lu au meeting du 23 avril à la Mutualité.)




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