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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Avec des amis pareils, on a pas besoin d’ennemis
{Autonomie pour le communiste}, n°2, 28 Avril 1979, p. 2.
Article mis en ligne le 2 mai 2013
dernière modification le 18 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Bien des camarades ont l’impression réconfortante de sortir du premier cercle du ghetto dans lequel tant de mouvements sociaux, de luttes se trouvent enfermés n’ayant même pas le droit à l’existence publique.
Le système institutionnel est con­traint aujourd’hui à reconnaître l’existence d’un Mouvement. "Au­tonomes", ce mot magique com­mence sa carrière au sein des médias qui en ont consommé d’autres : signe de ralliement, repoussoir commode qui en dit plus sur la fascination ambiguë qu’il exerce sur les "anciens", marque infa­mante, ou plus simplement syno­nyme du mot ennemis chez nos adversaires. L’époque du n’importe quoi semble révolu. Les montages énormes compilées à partir de bric et de broc, de souvenirs de gens qui furent militants. Les sensa­tions bâclées d’un strict point de vue de technique journalistique, et nul dans leur contenu politique ne suffisent plus. Au silence, succède le bruitage cacophonique, le bombardement tous azimuts.
La presse se fait "compréhensive" et "attentive". Certaines interro­gations partent d’intentions loua­bles, d’autres trahissent des arrières pensées du style "mieux embrasser pour mieux étouffer". Après tout chacun est libre d’avoir ses propres opinions. Là n’est pas le point. Ce qui nous intéresse c’est d’attirer l’attention du Mouvement dans son ensemble sur ce qui se joue dans les rapports avec le quatrième pouvoir aujourd’hui. Nous ne parlons pas des journalistes qui reçoivent direc­tement leurs "informations" de la police, si l’on peut appeler "informations" l’extraordinaire salemigondis que les fonctionnaires de l’espionnage d’Etat cuisinent tant leurs "lumières politiques" sont grandes, et tant leur point de vue les rend par définition inca­pables de comprendre ce qu’une dynamique de lutte veut dire. Laissons ces vulgaires indicateurs. Plus préoccupant est en revanche le mécanisme par lequel des journalistes, des camarades animés des meilleures intentions du monde finissent par accréditer une vision dangereuse, et fantastiquement am­bigüe du Mouvement. Alors nous leur dédions ces petites élucubrations et en particulier à Jean Marcel Bourguereau de Libération pour son dernier reportage sur "La pente de la violence diffuse" en Italie. Et cela d’autant plus qu’il s’est trouvé quelques abrutis pour aller "poser au Tarzans autonomes" dans Paris Match.
(Espérons au moins qu’ils ont été grassement payés. Ce serait leur seule excuse) et que quelques hommes de lettres rentrés ont cru devoir mêler leur grain de sel - oh, combien puissant - aux élucu­brations du Directeur d’on ne sait quelle police, et aux interviews détournés par un journaliste maître monteur : puisque le chantage, le mépris ordurier et la délation dédaigneuse porte le nom de Vécu (l’événement par ceux qui l’ont vécu France Inter) (excellente chose au passage qu’un des avocats des inculpés de Saint-Lazare porte plainte !), Rassurons les journalistes amateurs de "sensations" "fortes et rares" ils trouveront toujours au coin d’une rue, pardon d’un bois, le casseur qu’on ne trouve pittoresque, que s’il se borne à grogner exclusi­vement deux mots "Moi ça me botte !".
Surtout que l’autonome ne parte pas d’autonomie, qu’il n’ait pas de discours politique. Ce fait tellement plus vrai, plus vécu, plus subjectif. Vis et tais toi lui assurent les médias, saisissant au bond de vieil et juste adage : "nous on vit ce qu’on dit" pour le transformer en règle pour fabriquer les conditions d’observations en laboratoire de la subjectivité de l’animal autonome silence on tourne, ne sont admises que les tripes !
Car ce n’est plus tout à fait n’importe quoi, sur les autonomes. C’est n’importe qui, pourvu qu’il y ait un sujet.
Mais ce sujet des "pratiques autonomes", de la "violence diffuse", d’une activité qui ne paraît pas (ou pas encore) s’ennuyer dans les débats académiques sur la crise du militantisme, quand nos voyageurs explorateurs au pays de l’autono­mie, ont évité l’écueil d’en faire l’impétrant des rapports de poli­ce, voici qu’ils échouent tous, presque tous sur un nouvel obsta­cle : celui de la subjectivité en chambre du sociologue, froide comme ce regard impitoyable d’au­tant plus distancié qu’il s’exhibe dans une "complicité" laborieu­sement participante.
Tous les "vécus" du monde, toutes les "notations" psycholo­giques, intériorisantes n’effacent pas la criante résultante d’hosti­lité, inconsciente ou pas qui s’y nourrit méthodiquement. La vio­lence joue le papier tournesol de cette épreuve. Mais l’exploration du discours, de la "rationalité" du "sauvage" autonome le confirme. La violence d’abord. Résultat d’une impasse ; ce qui en soi reste neutre. Mais là où l’on pourrait dire et où l’autonomie dit : réaction collective, organisée, forme de contre-pouvoir puisque l’impasse institutionnelle exclut la solution des contradic­tions sociales, on se retrouve comme par enchantement devant l’équation soigneusement indivi­duelle : réaction solitaire, sans buts ni raisons, inorganisable ; puisque l’on se retrouve dans l’impasse soi-même.
Autonome tu n’es sujet, activité et violence déterminée que dans la mesure où tu es le produit, l’objet de la société. Ta subjectivi té ne se constitue pas au départ dans l’affrontement, dans la lutte et n’informe ni ne détermine cette dernière : comme cette lugubre conscience dont le Mouvement Ouvrier nous a cassé les pieds de­puis un siècle, elle naît quand les cartes sont jouées. Au commen­cement était la sociologie, dit le sociologue, puis vint la politique comme un supplément d’âme à la rigueur. Aux enfants des bas fonds de la société, aux marginaux, aux exclus, au magasin des accessoires, il y a la marionnette Punk no future le "droit à la haine", I’"acte gratuit".
Certes les autonomes aiment les marionnettes, et quand ils font des démonstrations pour jouer ou par parade ceux qui voulaient un spectacle, se changent, c’est étrange, en cuistres biologistes du comportement. Le plus drôle est qu’ils dissèquent cette subjectivité de marionnette persuadés de tenir l’animal.
Mais nous sommes politiques de part en part. Et sophistes de surcroît. Cessez de faire du "naturalisme" des pulsions. Faites donc de la politique, vous verrez que c’est encore la voie la plus sûre pour entrer aux pays des merveilles de l’autonomie. Laissez la sociologie du désespoir, de l’échec aux institutions de l’État dans la société. Là où surgit cette "compréhen­sion" le vieux réflexe nous avertit que surgit dans son sillage le psychologue, l’urbaniste, l’assistante sociale et pour finir le flic. Il y a tellement de choses à dire de plus intéressantes, de plus drôles, de plus belles aussi. Vous nous direz que c’est pourtant ce que vous voyez du Mouvement, que les militants autonomes "désespérés", "sans projet" existent que vous les avez rencontrés, comme Dieu sans doute. Et que votre devoir est de faire un rapport sur ce que vous avez vu. Fort bien ; mais rappelez-vous que l’histoire de Pinnocchio c’est un conte ! Vous ne direz jamais rien des montreurs de marionnettes si vous vous contentez de montrer Pinnocchio emmené par les gendarmes.
De plus vous ne saurez pas non plus ce que disent les montreurs de marionettes entre eux, la représentation (l’interview) terminée. Or ils sont amateurs de complots, c’est bien connu. Et dans la nuit profonde les autonomes deviennent loquaces, intelligents, doux, plein d’expoir.




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