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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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D4 - Conférence de la IIIe Internationale tenue du 3 au 8 février 1920 (compte rendu)
Article mis en ligne le 27 mars 2019
dernière modification le 17 mars 2019

par ArchivesAutonomies

CONFÉRENCE DE LA III° INTERNATIONALE TENUE LES 3, 4, 5, 6, 7, 8 FÉVRIER 1920 [1]

Première séance - Mardi 3 février, 15 h, Amsterdam.

1. — Ouverture.

Le camarade RUTGERS ouvre la réunion par une brève déclaration montrant comment cette conférence a été organisée en rapport avec les instructions du comité exécutif de l’Internationale communiste à Moscou.

Le camarade WILLIS (B. S. P.) émet des objections contre l’admission d’une des personnes présentes, qui accompagne le camarade Fraina en qualité de courrier [2]. Le camarade Fraina répondant pleinement de cette personne, elle n’est pas exclue. Le camarade Willis se déclare satisfait si sa protestation est inscrite dans le procès-verbal du congrès.

2. — Commission des débats.

Le camarade RUTGERS propose les camarades suivants comme membres de la commission des débats : Van Overstraeten (Belgique), Wijnkoop et Roland-Holst (Hollande), Fraina (Amérique), Hodgson (Angleterre).

Deux sièges y sont laissés vacants pour d’autres délégués, qui ne sont pas encore arrivés : accepté.

Le camarade Wijnkoop est désigné à la présidence. Le camarade Wijnkoop lit la liste des délégués et autres personnes présentes (secrétaires et interprètes).

On attend d’autres délégués de Scandinavie, d’Allemagne, de Suisse, de Russie et d’Autriche allemande. Des lettres de sympathie sont arrivées de Yougoslavie [3], de Robert Williams [4](Triple Alliance), et de Merino Gracia (Espagne). Il est proposé de donner trois voix à chaque pays. Approuvé. Le camarade Mannoury [5] assurera le secrétariat. On approuve l’ordre du jour suivant :

1) Ouverture.

2) Élection des responsables.

3) Rapports des délégués.

4) Action contre l’intervention contre-révolutionnaire en Russie soviétique et dans les autres républiques soviétiques.

5) Parlementarisme.

6) Syndicalisme et soviets.

7) Nationalisation et contrôle de l’industrie.

8) Les paysans et la révolution.

9) Antimilitarisme et l’armée rouge.

10) L’unification des groupes en partis communistes dans les différents

pays.

11) Organisation d’un bureau international

a) fonctions

b) composition

c) relations internes

d) rapports avec les autres groupes

e) attitude vis-à-vis des représentants à l’extérieur des républiques soviétiques.

12) Manifestes et résolutions.

a) manifeste au prolétariat d’Europe occidentale et d’Amérique

b) résolution sur la répression, particulièrement en Hongrie, Allemagne,

et Amérique

c) résolution sur la liberté de communication, le passage des frontières, la censure, l’espionnage

d) résolution sur la Société des Nations.

13) Organisation du prochain congrès : lieu et date.

3. — Rapports des délégués.

Il est décidé que chaque délégation enverra un rapport écrit, en vue de publication, aussi vite que possible, en trois langues. Le camarade Fraina rapporte oralement sur le mouvement américain et les persécutions auxquelles sont soumis le parti communiste, le parti communiste ouvrier et les I. W. W. [6].

Deuxième séance - Mercredi 4 février 14 h 30.

Le camarade WIJNKOOP lit les lettres de sympathie de Loriot et SOUVARINE [7] (France). Un camarade chinois, Kwa YOAN [8] demande à être admis à la conférence en qualité d’invité. Accepté.

4. — Action contre l’intervention en Russie.

Le camarade ROLAND-HOLST introduit le débat en soulignant que, bien qu’une intervention militaire directe sur une grande échelle, c’est-à-dire de fortes armées des Etats, puisse ne pas paraître très probable, il est presque certain que les gouvernements impérialistes continueront à soutenir l’intervention militaire directe à une échelle moindre sous la forme d’attaques contre la Russie soviétique par les Etats frontaliers et le Japon. Les travailleurs du monde devront s’opposer vigoureusement à cette intervention directe ou indirecte et ce qu’il y aurait de mieux à faire serait une grève générale internationale... l’expérience nous a pourtant appris que nous ne sommes pas suffisamment forts pour l’action de masse internationale. Mais peut-être des grèves générales dans les limites nationales seraient-elles possibles et il faudrait insister pour des grèves partielles voire locales, surtout dans les localités où les munitions sont fabriquées ou embarquées. II faudrait aussi envisager les possibilités d’appeler marins et soldats qui doivent être envoyés en Russie à refuser de servir quand ils y seront. Deuxièmement, il doit être rendu clair aux yeux des ouvriers que l’avenir de la classe ouvrière d’Europe et d’Amérique est lié au destin de la Russie soviétique et que seuls la levée du blocage et le développement de la Russie soviétique elle-même offrent une chance d’échapper à la ruine économique et sociale menaçante.

Le camarade VAN LEUVEN [9] traite le même sujet au point de vue économique, aussi bien en liaison avec les besoins de la Russie soviétique elle-même que de ceux des autres pays dont les intérêts vitaux sont menacés tant que des relations économiques normales ne sont pas rétablies avec la Russie soviétique.

La camarade PANKHURST demande à la conférence de se prononcer pour une propagande selon les lignes de classe strictes. Elle ne considère pas comme impossible une action directe en Angleterre contre l’intervention, mais craint l’influence des réformistes, les communistes n’ayant pas de quotidien en Angleterre, tandis que le Daily Herald doit être considéré comme un organe purement réformiste, "sous la férule de Henderson" [10]. Elle présente la résolution suivante :

"Que soit fait un effort pour réaliser une grève internationale contre l’intervention en Russie et que la propagande et l’organisation soient immédiatement prises en mains par un comité désigné à cet effet en liaison avec les communistes des autres pays.

Il faut reconnaître que la propagande directe pour l’organisation d’une grève doit commencer au moins trois mois à l’avance afin d’assurer une grève qui réussisse, à moins que des circonstances spéciales ne provoquent une crise."

Le camarade GORTER soutient vigoureusement l’opinion de la camarade Pankhurst. II dit que de même qu’aujourd’hui le capitalisme mondial a réalisé l’unité internationale d’action contre le prolétariat, le prolétariat doit aussi réaliser l’unité d’action, tandis que la III° Internationale ne pourrait qu’en venir à l’unité de théorie.

Nous devons également être préparés à la possibilité d’une révolution communiste en Allemagne, et dans ce cas nous efforcer de prévenir l’intervention des nations capitalistes. Il propose l’additif suivant à la résolution Pankhurst :

"Ajouter à la résolution Pankhurst (après "des autres pays") : "et que, d’ores et déjà les mêmes mesures (pour une grève générale, une grève des ouvriers des transports, etc.) soient prises au cas... d’un éventuel renouveau de la révolution allemande, cette révolution étant de toute façon combattue par l’Angleterre, la France, les Etats-Unis, etc."

Le camarade MURPHY demande au bureau d’étudier dans chaque pays les formes d’organisation qui contiennent les éléments des soviets futurs. En Angleterre, les Shop Stewards et les comités ouvriers contiennent de tels éléments.

Le camarade FRAINA dit que le mouvement des communistes américains a été trop négligé par la Russie [11]. Nos camarades russes ont trop concentré leur attention sur l’Allemagne et ce qui a été fait en Grande-Bretagne et surtout en Amérique a été fait sans l’aide, et même sans l’aide morale de la Russie. Quant au blocus de la Russie, il faut qu’il soit brisé par la révolution elle-même, mais s’il est levé par l’influence des capitalistes, ce serait le pire pour la révolution mondiale. II ne faut pas séparer la propagande communiste pour la dictature du prolétariat et des républiques soviétiques de celle en faveur des revendications moins générales des ouvriers dans les différents pays.

Le camarade Fraina pense que des circonstances peuvent se produire rendant inévitable pour la Russie soviétique de ne pas se contenter de poursuivre plus longtemps une guerre seulement défensive, mais d’entreprendre une action offensive contre quelque-uns de ses Etats voisins [12]. Dans ce cas, nous devons appeler les travailleurs à ne pas résister aux armées bolcheviques, mais à faire la révolution dans leur propre pays.

Troisième séance - Mercredi 5 février 1920.

Poursuite de la discussion sur le point quatre : "Action contre l’intervention en Russie soviétique".

Le camarade WIJNKOOP lit une lettre du camarade Manuel [13] (Hongrie) mettant en garde contre l’organisation centralisée d’une action internationale ; un échec éventuel serait désastreux. Il rappelle le 21 juillet 1919.

Le camarade DE VISSER [14] (Hollande) soutient ce point de vue. La possibilité d’une action internationale ne peut pas être décrétée ; il faut qu’elle mûrisse.

Le camarade WILLIS (B. S. P.) soutient Manuel et De Visser. Décider ici une grève internationale, c’est se payer de mots.

En Angleterre la situation est calme en apparence, mais en profondeur le mouvement viendra où la situation sera mûre pour l’action.

Un délégué allemand (Brême) [15] propose quelques modifications à la rédaction de la thèse lue par la camarade Roland-Holst.

Le camarade WIJNKOOP dit que la thèse n’est pas conçue comme une résolution soumise au vote, mais comme une base de discussion.

Le camarade NOSOVITSKY (P. C. d’Amérique) est stupéfait d’entendre dire qu’on estime impossible une action pour la grève internationale. Il pense que, même si l’action pour une telle grève échouait, cela aurait pour résultat de gagner les masses à nos idées [16].

Le camarade WIJNKOOP (P. C. hollandais) ne pense pas que les résolutions de Pankhurst et Gorter nous donnent la révolution. Il ne pense pas non plus que Gorter ait raison dans son opinion selon laquelle le capitalisme a gagné une unité plus grande par la guerre : antagonismes et rivalités internationales sont plus grandes qu’auparavant et cela rend une action révolutionnaire unifiée plus difficile. Notre action doit embrasser les revendications immédiates de tout le prolétariat.

Le camarade WIJNKOOP ne s’attend pas à une révolution allemande avant longtemps [17] ; le pays entier aussi bien que le prolétariat sont très affaiblis. II soutient la demande de Fraina d’une commission de cinq membres pour rédiger une nouvelle résolution.

Après discussion, une commission de rédaction pour la résolution est formée comme suit : Fraina, Roland-Holst, Pankhurst, Murphy, Gorter.

Quatrième séance - Jeudi 5 février, après-midi.

Le camarade RUTGERS étant présent à cette séance, la poursuite de la discussion sur le point quatre est reportée à la séance prochaine, et le point onze "Organisation d’un bureau international" est discuté.

Comité exécutif international.

Le camarade RUTGERS dit qu’il faut établir un bureau international, Moscou étant beaucoup trop isolé. Les camarades à Moscou pensent que la Hollande constitue le meilleur endroit pour lui, mais ce sera au prochain congrès qu’il appartiendra de décider définitivement.

Le camarade FRAINA dit que le bureau doit être formé par les organisa-salions politiques et non pas par les bureaux des organisations économiques [18].

Le camarade GORTER s’oppose à ce que le bureau ait plus d’un délégué désigné par le parti hollandais, car les dirigeants du parti communiste hollandais se sont avérés opportunistes [19].

Le camarade WIJNKOOP contredit absolument les allégations de Gorter sur le parti hollandais. Après discussion, il est décidé :

1. Le bureau portera le nom de "sous-bureau international de l’Internationale communiste", et agira de concert avec Moscou.

2. Chaque pays aura une voix. Si un pays envoie plus d’un délégué, son vote sera divisé également entre eux.

Le camarade FRAINA demande que l’on décide qu’aucune organisation économique (comme les Shop Stewards et les comités ouvriers) ne puisse être représentée au sous-bureau [20].

Après discussion, il est décidé que les comités de Shop Stewards seront représentés. Ont voté pour : trois voix et demie (Hollande, Belgique, Allemagne et une demie Angleterre) ; contre : une voix et demie (Amérique et une demi Angleterre). Hodgson et Pankhurst.

Le camarade FRAINA proteste vivement contre le fait que cette décision soit prise par une conférence où tous les pays ne sont pas représentés. Il demande que les délégués des Shop Stewards n’entrent pas en fonction avant le prochain congrès [21]. Rejeté par trois voix et demie contre une voix et demie (mêmes votes que précédemment).

Cinquième séance - Vendredi 6 février 1920, 11 heures.

Poursuite des discussions sur le point quatre : "Action contre l’intervention en Russie soviétique".

Le camarade MURPHY lit la résolution préparée par le comité désigné avant-hier :

Résolution sur la Russie soviétique

"Une action révolutionnaire des ouvriers pour obliger le capital international à faire la paix avec la Russie est une condition nécessaire pour sauver la Russie soviétique et hâter la révolution mondiale.

Pour réaliser une telle action, les communistes de tous les pays doivent utiliser tout mouvement de grève, toute manifestation de masse :

1. Pour mettre les ouvriers devant leurs responsabilités vis-à-vis de la révolution russe.

2. Pour les convaincre que leurs intérêts sont identiques à ceux de la Russie soviétique.

3. Pour développer un fort sentiment de solidarité révolutionnaire et l’action révolutionnaire du monde entier.

Dans la mesure où la pression des ouvriers sur les gouvernements grandit, la tendance chez les gouvernements capitalistes est à proposer une paix de compromis avec l’objectif de désintégrer de l’intérieur la Russie soviétique. La dernière proposition de nouer des relations commerciales par l’intermédiaire des représentants réactionnaires des sociétés coopératives pré-révolutionnaires, qui se sont, depuis, fondues dans les organisations soviétiques, vise à séparer les paysans des ouvriers et à détruire le monopole du commerce extérieur. Sous le couvert de semblables manœuvres se prépare une grande offensive militaire qui doit à tout prix être empêchée.

Il est par conséquent essentiel que ce bureau international prenne immédiatement des initiatives pour préparer une grève manifestation internationale contre l’intervention en Russie soviétique. Cette manifestation devrait être renforcée par des grèves (coercitives) à mesure que les ouvriers acquièrent de la force pour une telle action plus poussée, au cours desquelles une attention particulière doit être accordée à l’expédition et au transport de matériel de guerre et d’équipement, la propagande se poursuivant pour l’arrêt du travail dans une telle circonstance.

Quand la révolution se lèvera à nouveau en Allemagne ou dans tout autre pays, les forces du prolétariat international (surtout les ouvriers des transports en Grande-Bretagne, Amérique, France, Italie, Scandinavie, Hollande, Belgique et Suisse) doivent être prêtes à une grève générale au moment où les puissances capitalistes tentent d’intervenir. Le bureau doit prendre des mesures immédiates pour organiser cette action à temps, afin d’empêcher les ouvriers d’être pris de vitesse par les gouvernements".

Le camarade FRAINA propose l’additif suivant :

"1. (après "une grève-manifestation internationale contre l’intervention en Russie soviétique"). Cette grève devra non seulement

exiger la levée du blocus et la fin de l’intervention en Russie soviétique, mais inclure des revendications économiques et politiques adaptées aux exigences révolutionnaires des conditions prévalant dans chaque nation.

2. (après "l’arrêt du travail dans une telle circonstance"). L’appel aux ouvriers pour une action de grève internationale ne doit pas être fait uniquement à travers la bureaucratie des syndicats, mais il faut mettre l’accent sur les masses dans les syndicats, sur les organismes de masse extra-syndicaux et la création de tels organes si nécessaire.

3. Ajouter : "Les gouvernements impérialistes, afin de justifier leur propre agression, attribuent au gouvernement soviétique de Russie des intentions agressives. La Russie soviétique réalise que les révolutions ne sont pas produites par des agressions étrangères, mais par le développement des forces internes d’un pays. La Russie soviétique mène maintenant une guerre défensive que lui ont imposée les positions impérialistes. Cette guerre prendra fin au moment où les gouvernements impérialistes accepteront la paix aux conditions maintes fois rendues publiques par le gouvernement de la Russie soviétique. Mais si l’opposition impérialiste obligeait la Russie soviétique à transformer sa guerre défensive en offensive militaire en Occident ou en Orient, cela deviendrait une phase de la lutte militaire internationale, et nous appellerions les travailleurs des nations impliquées à ne pas résister à l’armée soviétique, mais à se révolter contre leur bourgeoisie et établir leur propre république soviétique."

Après discussion, le premier additif est voté avec une voix contre (S. Pankhurst), le second à l’unanimité, et de même l’ensemble de la résolution. En ce qui concerne le troisième amendement du camarade Fraina, il sera revu et discuté dans la séance de l’après-midi.

Sixième séance - Vendredi 6 février 1920, 15 heures.

Le camarade WIJNKOOP rouvre les débats sur le troisième amendement Fraina. Il a contre lui des objections sérieuses.

Le camarade RUTGERS s’oppose également à l’amendement Fraina ; la Russie soviétique ne pénétrera jamais dans un pays où la révolution ne se serait déjà pas développée. Nos amis russes veulent la paix, pas seulement pour leur propre reconstruction, mais aussi parce qu’ils ne croient pas qu’on puisse provoquer des révolutions par des interventions de l’extérieur. L’amendement est retiré.

La discussion porte sur le point six : "syndicalisme et soviets".

Syndicalisme et soviets.

Le camarade FRAINA lit les résolutions suivantes :

"1. Les syndicats sont des organisations nécessaires dans la lutte économique des ouvriers contre leurs employeurs puisque, en dépit de leurs limites, les syndicats sont des moyens de résister et souvent d’améliorer les conditions les plus inhumaines de travail. Et les syndicats n’ont pas non, plus un caractère transitoire, puisqu’ils peuvent — en particulier les syndicats d’industrie devenir des instruments actifs de la lutte révolutionnaire et un facteur dans la reconstruction communiste de la société.

2. Les syndicats de métier, en persistant dans une lutte défensive contre le capitalisme, n’améliorent pas les conditions matérielles des travailleurs : la hausse des salaires est en général dépassée par la hausse des prix, cependant que la politique de compromis d’accords de salaires et de paix industrielle affaiblit la combativité des ouvriers.

3. Les syndicats de métier sont apparus à l’époque de la petite industrie avec sa division des ouvriers en métiers. La conception d’artisan a prévalu qu’un métier ouvrier ou une spécialisation était une sorte de propriété développant ainsi une idéologie petite-bourgeoise de propriétaire, et c’est cela, outre le fait que le syndicalisme de métier a acquis sa puissance pendant une période de développement économique national intense (1870-1900), qui a engendré la conception qui limite la lutte prolétarienne dans les limites (sic) du capitalisme et de la nation.

4. Le syndicalisme de métier représentait — et représente encore dans une large mesure — les couches supérieures de la classe ouvrière, excluant le gros des ouvriers non qualifiés, et là où ces ouvriers sont organisés dans les syndicats de métier, ils sont dominés par les conceptions et la pratique des couches supérieures : "l’aristocratie ouvrière".

5. Le développement de l’impérialisme intègre définitivement les syndicats de métier dans le capitalisme, les couches supérieures de la classe ouvrière étant corrompues par une "part" des profits de l’impérialisme, par le biais des salaires plus élevés, d’un emploi stable et de la législation du travail.

"L’aristocratie ouvrière", dominante dans les syndicalismes de métier, utilise les syndicats pour aider le capitalisme à "stabiliser" les travailleurs dans l’industrie et devient la source de l’idéologie corrompue du social-impérialisme. Le facteur décisif dans l’effondrement de la vieille Internationale a été l’immersion du socialisme dans le syndicalisme de métier avec sa pratique du social-impérialisme, de la démocratie petite-bourgeoise et sa tendance fondamentalement contre-révolutionnaire.

6. Le syndicalisme de métier (qui trouve son expression typique dans l’American Federation of Labor) est impuissant à améliorer les conditions matérielles des travailleurs ou à prendre le pouvoir, parce que la division des travailleurs en organisation de métier les éparpille en d’innombrables syndicats antagoniques les uns aux autres, rendant sans espoir la lutte contre le capitalisme concentré qui, lui, exproprie dans une large mesure le travailleur de sa qualification, élimine les divisions en métiers de la petite industrie et rassemble les masses prolétariennes sans s’occuper des fonctions particulières occupées. Seule la grève générale de masse est capable d’une action décisive contre le capitalisme concentré, mais le syndicalisme de métier, dans son esprit, est opposé à la grève de masse.

7. Le syndicalisme de métier en vient à réaliser sa propre impuissance économique et se tourne vers l’action parlementaire — laquelle, incarnée par le travaillisme (sous la forme où il s’exprime typiquement dans le parti travailliste britannique), est aussi impuissante que le syndicalisme de métier à réaliser des conquêtes fondamentales, puisque le travaillisme accepte nécessairement les conceptions et pratiques syndicales dominantes. Le travaillisme s’unit à la démocratie petite-bourgeoise contre la révolution prolétarienne — cette démocratie petite-bourgeoise qui est séduite par l’impérialisme.

8. La forme d’expression gouvernementale du travaillisme est le capitalisme d’Etat, la fusion dans l’Etat des capitalistes, de la petite-bourgeoisie et des couches supérieures de la classe ouvrière qui dominent les syndicats ; l’Etat sert à régler également l’industrie et le monde ouvrier pour les besoins de l’impérialisme, les masses prolétariennes étant contraintes par la ruse et la force d’accepter cet arrangement.

9. La tendance pour le travaillisme et le socialisme est de s’unir (soit formellement ou à travers la domination du syndicalisme de métier sur le parti socialiste), l’un et l’autre acceptant nécessairement le social-impérialisme, puisque leur activité est limitée au cadre du capitalisme et de la nation, et que, à la période de montée du monopole et du capital financier, la "prospérité" d’une nation repose sur l’impérialisme.

10. Le travaillisme devient le dernier bastion de la défense du capitalisme contre la révolution prolétarienne montante ; il faut en conséquence mener impérativement une lutte impitoyable contre le travaillisme [22]. Mais tandis que le travaillisme s’exprime politiquement comme capitalisme d’Etat et démocratie petite-bourgeoise, son moteur et sa force résident dans le syndicalisme de métier. La lutte contre cette forme de syndicalisme est par conséquent une phase inséparable de la lutte contre le travaillisme à travers :

a) de façon générale, l’agitation du parti communiste pour pousser les syndicats à une action plus résolue ;

b) l’encouragement à tout mouvement dans les syndicats qui tend à briser la permanence de la bureaucratie et à donner le contrôle aux masses au moyen de délégués directement mandatés et révocables ;

c) la formation d’organisations comme les comités de Shop Stewards, les comités ouvriers, les conseils ouvriers économiques et des organisations directes du parti communiste dans les ateliers, les usines, les mines qui ne sont pas seulement des moyens de lancer les masses et les syndicats vers une action plus révolutionnaire, mais peuvent aussi, au moment de la crise, se développer en soviets.

d) l’effort pour transformer les syndicats de métier en syndicats d’industrie, c’est-à-dire un syndicalisme dans une forme parallèle à l’intégration économique du capitalisme moderne et dans un esprit inspiré par la lutte pour le pouvoir politique et la domination économique.

11. L’agitation pour la construction de syndicats d’industrie fournit de façon immédiate et pratique la possibilité de mobiliser l’esprit militant de mécontentement qui se développe dans les vieux syndicats, de mener la lutte contre la bureaucratie corrompue et "aristocratie ouvrière". Le syndicalisme d’industrie fournit en outre la possibilité d’appeler à l’action les ouvriers non-qualifiés inorganisés et de libérer les ouvriers non-qualifiés organisés dans les syndicats de la tutelle des couches réactionnaires de la classe ouvrière. La lutte pour le syndicalisme révolutionnaire d’industrie est un facteur de développement de la connaissance communiste et pour la conquête du pouvoir.

12. Le syndicalisme, qu’il soit de métier ou d’industrie, ne doit pas se limiter à des grèves économiques, mais doit acquérir la conception et la pratique de la grève générale politique ; il doit coopérer avec le parti communiste pour développer la lutte générale de masse du prolétariat contre l’Etat bourgeois.

13. La conception selon laquelle le syndicalisme d’industrie serait (la seule forme) nécessaire à la victoire du capitalisme doit être nettement rejetée. C’est pure utopie que d’imaginer que tous les ouvriers, ou leur écrasante majorité, peuvent être organisés dans des syndicats d’industrie sous le capitalisme ; les conditions économiques jouent leur rôle : les couches supérieures de la classe ouvrière, moteurs du travaillisme, repousseront nécessairement le syndicalisme révolutionnaire d’industrie ; cependant que les couches inférieures ne se mettront en mouvement que lentement, jusqu’à ce qu’elles soient jetées dans l’action par l’impact de la révolution elle-même. Plus encore, la conception selon laquelle les travailleurs sous le capitalisme devraient acquérir dans leurs syndicats d’industrie "l’expérience de l’administration" technique de l’industrie, "transcroissant" la société nouvelle par l’acquisition graduelle du contrôle de l’industrie par les syndicats industriels, est identique (bien qu’inverse dans la forme) aux propositions du socialisme parlementaire selon lesquelles la classe ouvrière devrait graduellement "transcroître" en socialisme par l’acquisition de l’expérience des affaires de l’Etat et par "l’absorption" du contrôle de son appareil. Chacune de ces conceptions, à sa manière, rejette le problème fondamental de la prise révolutionnaire du pouvoir.

14. La conquête du pouvoir d’État est l’objectif du prolétariat révolutionnaire. Ni le parlement, ni les syndicats d’industrie ne sont les moyens de cette conquête, mais l’action de masse des soviets pour rassembler les ouvriers, organisés et inorganisés, pour la lutte révolutionnaire ouverte pour le pouvoir, l’action des soviets pour constituer le mécanisme de l’Etat prolétarien révolutionnaire, la dictature du prolétariat.

Au moment de la révolution active, la lutte devient non la lutte pour les syndicats d’industrie, mais la lutte pour la construction des soviets.

15. Après la conquête du pouvoir politique et sous la protection de la dictature soviétique, le syndicalisme d’industrie opère dans la reconstruction économique de la société sur une base communiste, et plus fort sont les syndicats d’industrie, plus facile est le procès de la reconstruction. Le gouvernement des soviets, de la dictature prolétarienne, est de caractère politique et transitoire, l’instrument nécessaire de la répression pour exproprier et écraser le capitalisme. Bien qu’industriel dans ses éléments constituants et sa forme de représentation, le gouvernement des soviets fonctionne géographiquement et politiquement ; à ses côtés, il construit une administration de l’industrie de caractère intégralement économique, de même dans ses formes de représentation et ses fonctions, complétant l’organisme du contrôle prolétarien et l’administration de l’industrie sur la base des producteurs organisés sur la base de l’industrie."

Le camarade FRAINA fait un historique du mouvement industriel en général. En ce qui concerne la période actuelle, nous devons soutenir le syndicalisme d’industrie dont les I. W. W. en Amérique sont l’expression.

Le camarade MURPHY est d’accord en général avec Fraina, mais ajoute nous ne devons pas oublier que les syndicats d’industrie ne sont pas toujours révolutionnaires.

Un camarade belge souligne aussi la nécessité d’être trop strict sur le plan doctrinal dans la question de la forme des organisations.

BOUWMAN (Hollande) pense que la ligne de clivage entre réaction et révolution n’est pas aujourd’hui ce qu’elle était avant la guerre. Avant la guerre, selon lui, cette ligne passait entre le mouvement syndicaliste d’un côté et le mouvement politique et "moderne" de l’autre, mais elle passe aujourd’hui entre les syndicats bourgeois et réformistes d’un côté et les organisations révolutionnaires (politiques et industrielles) de l’autre. Il faut avouer que le mouvement syndicaliste en Hollande n’est pas affranchi du réformisme à certains égards. C’est pourquoi une plus grande aide et compréhension mutuelles des organisations révolutionnaires politiques et industrielles sont nécessaires.

Après discussion, les thèses de Fraina sont adoptées à l’unanimité.

Septième séance - Samedi 7 février 1920, matin.

Unité des groupes communistes.

En discussion, le point dix : "l’unification des groupes communistes dans les différents pays."

Le camarade Wijnkoop lit la résolution suivante :

"Des groupes se sont formés dans divers pays qui, partis d’origines différentes, ont été amenés au communisme par le développement mondial actuel et ont rejoint la III° Internationale. Le congrès invite les communistes de chaque pays à s’unir à l’intérieur d’un seul parti communiste sur la base des points suivants généralement adoptés :

1. Guerre de classe des travailleurs, sans aucun compromis, contre les partis bourgeois et social-patriotes.

2. Action directe des masses ouvrières comme moyen de conquérir le pouvoir.

3. Dictature du prolétariat.

4. Construction soviétique comme forme propre de la démocratie prolétarienne.

Les questions d’organisation et de tactique sur lesquelles l’unanimité n’a pas encore été atteinte doivent être claires dans l’intérêt du parti par la discussion et l’examen des faits."

Le camarade Fraina juge dangereux de presser pour l’unité sur des bases trop générales, ce qui pourrait aider les opportunistes. II propose ce qui suit :

Résolution sur l’unité.

"1. Les social-patriotes et opportunistes, surtout quand ils se réclament de la "gauche" constituent l’ennemi le plus dangereux de la révolution prolétarienne.

2. S’associer ou coopérer avec ces éléments corrompus et contre-révolutionnaires signifie mettre sérieusement en danger le développement d’un mouvement communiste conscient. Une vigoureuse séparation des communistes des social-patriotes est absolument nécessaire.

3. Tolérer dans un parti communiste au nom de l’unité des éléments opportunistes ou social-patriotes signifie violer la seule unité qui assure l’unité révolutionnaire, laquelle ne consiste pas simplement dans une acceptation formelle de principes généraux, mais dans l’accord sur l’action fondamentale.

4. Il est nécessaire que ceux des groupes communistes qui sont encore à l’intérieur des vieux partis réformistes et opportunistes (même s’ils répudient la II° Internationale) coupent ces relations compromettantes et s’unissent dans le parti communiste (ou forment si nécessaire un parti communiste).

5. L’unité dépend de conditions locales, mais elle doit être animée non seulement par l’acceptation formelle de la théorie communiste, mais par l’accent mis sans faiblesse sur la pratique révolutionnaire qui en découle. De façon générale, les considérations fondamentales dans l’établissement de l’unité sont :

a) La lutte de classe sans compromis du prolétariat, pas de compromis avec les partis bourgeois ou social-patriotes, avec les partis affiliés à la Ir Internationale ou avec les agents du capitalisme dans le mouvement ouvrier.

b) Action de masse du prolétariat comme moyen pour la conquête du pouvoir, le parti communiste comme force dirigeante consciente dans le développement de cette action de masse.

c) Dictature du prolétariat. C’est par conséquent le rejet de la démocratie bourgeoise.

d) Le système soviétique comme forme nécessaire de la démocratie prolétarienne."

Le camarade WILLIS dit qu’il peut voter cette résolution puisqu’elle n’impose rien. Il donne un compte rendu de ce qui a été fait en Angleterre pour former un nouveau parti communiste. II estime qu’il est probable qu’un tel parti sera bientôt constitué par le B. S. P. et une partie du S. L. P. et peut-être d’autres groupes plus petits. Le nouveau parti devra décider de sa tactique, surtout en ce qui concerne l’affiliation au parti travailliste.

La camarade PANKHURST s’élève contre la prétendue possibilité que le nouveau parti communiste anglais puisse être lié au parti travailliste. Ce dernier est affilié à la II° Internationale et il est absurde pour un parti d’y adhérer.

La situation anglaise est discutée par les camarades MURPHY, WILLIS et PANKHURST.

Huitième séance - Samedi 7 février 1920, 15 heures.

Le camarade FRAINA dit qu’il est important de ne pas mettre l’accent sur l’unité en général, mais de préciser une base exacte pour les différents partis communistes. Nous préférons la discussion à une unité qui n’est pas consciemment révolutionnaire. On propose d’ajouter "ou des partis affiliés à la II° Internationale". Fraina reprend l’amendement.

Le délégué allemand (Brême) soutient l’opinion de Fraina et, après avoir entendu les discussions dans cette conférence, est enclin à penser que ce ne serait pas une telle catastrophe si l’actuel parti communiste allemand en venait à se diviser en ses parties constituantes... [23].

Le camarade WILLIS s’élève vigoureusement contre l’amendement doctrinaire qui interdit au nouveau parti communiste de rejoindre le parti travailliste. C’est là une question qui ne doit être tranchée à l’avance par des gens extérieurs, mais doit être tranchée par le parti lui-même.

Le camarade MURPHY n’est pas d’accord sur ce point avec Willis. Hodgson est d’accord [24].

Après discussion, la résolution Fraina (avec l’additif) est votée avec deux voix contre (une voix pour la Hollande, Van Leuven, et une pour l’Angleterre, les délégués du B. S. P.). Les voix contre ne sont à porter que contre l’additif.

Neuvième séance.

Dimanche 8 février, 11 heures.

Organisation du bureau.

En discussion : l’organisation de l’exécutif.

Le camarade WIJNKOOP propose que l’exécutif soit composé des camarades Rutgers et Roland-Holst, ainsi que du délégué du parti hollandais. Adopté.

Après discussion, il est décidé :

Résolution sur le bureau international

"Un bureau international a été établi à Amsterdam en tant que sous-bureau du comité exécutif de Moscou.

Le bureau est formé de délégués des pays affiliés à Moscou, chaque pays envoyant un délégué désigné par les partis communistes affiliés à Moscou, existant dans ces pays. Si plusieurs partis ou groupes dans un pays ne peuvent se mettre d’accord sur le choix d’un délégué, chaque parti aura le droit d’en désigner un et le vote de ce pays sera partagé entre ses délégués. Le bureau se réunira si possible tous les trois mois. On considérera que le quorum est atteint si sur les quatre grands pays, Angleterre, France, Allemagne et Italie, trois sont représentés, pourvu qu’à la place d’un de ces trois soient représentés deux des autres pays, à l’exclusion des pays représentés dans le comité exécutif. Le comité exécutif est formé de trois membres qui doivent résider en permanence en Hollande. L’un de ces trois est le représentant au bureau du parti communiste hollandais. Pour les deux autres sont désignés les camarades S. J. Rutgers et H. Roland-Holst.

Le comité exécutif applique les résolutions votées par le bureau dans ses séances et les instructions qu’il reçoit de Moscou avec qui, dans la mesure du possible, il communique directement. Les communications avec les membres du bureau par lettre ou courriers seront maintenues autant qu’il sera possible. En cas de nécessité, des résolutions seront votées de la même façon. Tant que la France et l’Allemagne (sic) ne seront pas affiliées, deux des quatre pays mentionnés ci-dessus suffiront pour le quorum. Si les circonstances y obligent et quand une réunion se révèle impossible, le comité exécutif peut entreprendre une action indépendante après avoir consulté préalablement autant de délégués que possible [25]. Le parti communiste d’Amérique est mandaté pour prendre des initiatives pour la formation d’un sous-bureau pour l’Amérique du Nord et du Sud et pour l’organisation d’une conférence pan-américaine, pour laquelle seront utilisés les préparatifs réalisés à Mexico. Ce bureau choisira probablement Mexico pour son siège.

Il sera demandé au secrétariat occidental de Berlin de se constituer en secrétariat d’Europe centrale, composé de délégués d’Allemagne, des pays qui composaient la monarchie austro-hongroise, des Etats balkaniques de Pologne [26]. Le secrétariat d’Europe centrale maintiendra les communications avec ces pays comme avec Moscou et Amsterdam. Il pourra publier manifestes et appels de sa propre initiative seulement à propos de l’Europe centrale. Pour publier des manifestes généraux, il devra agir de concert avec Amsterdam. De même, les préparatifs pour des conférences internationales devront être faits de concert avec Amsterdam.

La publication de la correspondance russe des livres et brochures traduits du russe et de la nouvelle édition de l’Internationale Communiste en trois langues sera faite autant que possible à Berlin sous la responsabilité du représentant de la III° Internationale en Allemagne et avec la collaboration du secrétariat d’Europe centrale et du bureau d’Amsterdam.

Le bureau d’Amsterdam publie un bulletin en trois langues, organise un bureau de presse avec un service d’information et des archives, prépare conférences et congrès internationaux et applique les résolutions votées.

Les appels, proclamations et actions internationales relèvent du seul bureau d’Amsterdam [27]. Toutes ces règles ont un caractère provisoire jusqu’à ce qu’un congrès international puisse trancher ou jusqu’à modification des circonstances par l’établissement de la liberté de communication avec Moscou.

II est décidé que les différents pays verseront des contributions pour le soutien au bureau. Si des sommes suffisantes parvenaient de Moscou, des résolutions sur l’utilisation et leur répartition seront votées, en vue desquelles les délégués devront fournir les éléments. Si des rétributions devaient être prévues pour les services du bureau comme information, archives, etc..., une décision sur cette question devra être prise dans les prochains mois.

La coopération est nécessaire pour les archives et tous les délégués sont invités à se mettre en contact avec un membre du comité exécutif sur la question des adresses, etc..."

Le camarade FRAINA présente une résolution sur la formation d’un sous-bureau-américain. Adopté.

Résolution sur le sous-bureau américain.

"La conférence de l’Internationale communiste autorise le parti communiste américain à organiser provisoirement le bureau américain de l’Internationale communiste, ce bureau devant convoquer une conférence pan-américaine des organisations communistes, laquelle organisera le bureau sur une base permanente.

Les fonctions du bureau seront :

1. De diriger l’activité générale de l’Internationale communiste sur les continents américains, avec une particulière référence à la Russie soviétique.

2. De concentrer et unifier les organisations communistes des Amériques et d’assurer leur représentation de façon adéquate au prochain congrès de l’Internationale.

3. De publier des proclamations sur des problèmes concernant le prolétariat des Amériques, comme l’intervention au Mexique [(C’est en 1915 que les troupes de l’armée américaine, sous le commandement du général Pershing, intervinrent pour la première fois sur le sol mexicain sous prétexte de lutter contre les "bandits", en réalité contre la révolution paysanne.]].

4. De nouer des contacts avec le bureau européen et la Russie, en assurant un contact adéquat avec, et la responsabilité du mouvement révolutionnaire des Amériques.

5. De s’assurer la coopération d’un camarade japonais [28] afin de mener les activités et d’assurer les contacts avec le Japon et l’Extrême-Orient.

Le bureau américain publiera un bulletin consacré aux affaires des continents américains et à un résumé des affaires générales de l’Internationale.

Le camarade RUTGERS dit que le nouvel exécutif devra agir de concert avec le a bureau d’Europe occidentale" déjà existant. Il faudra une division du travail [29].

Après discussion, la résolution est adoptée.

Dixième séance - Dimanche 8 février 1920, 14 h 50.

La résolution sur la Russie soviétique est votée à l’unanimité. La camarade ROLAND-HOLST demande qu’elle soit publiée après le retour des délégués dans leurs pays. Adopté.

Finances du bureau.

Le camarade WIJNKOOP dit qu’il serait possible de recevoir de Moscou une aide financière, mais qu’en attendant il faut que les différents pays contribuent aux dépenses du bureau. Il propose que chaque pays donne environ cent florins (dix livres, etc.) maintenant et pour l’avenir une contribution régulière.

La camarade PANKHURST pense que chacun des partis anglais peut commencer en donnant cinq livres chacun. Adopté.

Le camarade RUTGERS dit qu’il est également possible que le bureau de presse international confie aux différents journaux communistes des sujets d’information. Si de l’argent arrivait de Moscou, le bureau aurait à organiser sa répartition entre les différents pays. Il demande aux délégués de fournir au bureau des éléments sur les possibilités financières et les besoins de leurs partis.

Délégation allemande.

Un délégué suisse [30] du parti communiste, venant d’arriver de Berlin, dit que le secrétariat d’Europe occidentale a décidé d’envoyer des délégués à cette réunion. Les camarades représentant le K. P. D. (S), le P. C. russe, le secrétariat d’Europe occidentale et l’Internationale communiste des Jeunes quittent Berlin aujourd’hui et arriveront probablement demain [31]. D’autres délégués d’Autriche, Hongrie et Italie arriveront probablement dans quelques jours [32].

Le camarade WIJNKOOP demande pourquoi le secrétariat d’Europe occidentale a attendu si longtemps avant d’envoyer des délégués [33].

Le délégué suisse dit que le secrétariat d’Europe occidentale a longtemps discuté sur cette question.

Le camarade WIJNKOOP propose le report des discussions ultérieures jusqu’à l’arrivée des autres délégués. Adopté. Prochaine séance fixée au mercredi 11 février. La séance est levée.

G. MANNOURY, secrétaire.

Du fait de l’intervention de la police, aucune séance régulière n’a pu être tenue, avec les délégués mentionnés ci-dessus ainsi que d’autres d’Espagne, d’Écosse, de Finlande et de Suisse. Il n’y a pu avoir que des entretiens informels de l’exécutif avec des camarades arrivant et repartant, et ils ont été utilisés pour l’établissement des rapports mutuels et des échanges de vues.

De ce fait les délégués allemands ont maintenu leur opinion suivant laquelle la conférence n’avait pas été suffisamment large pour jouir d’une pleine autorité.