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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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D6 - Salut aux communistes américains - 20 mars 1920
Article mis en ligne le 27 mars 2019
dernière modification le 17 mars 2019

par ArchivesAutonomies

SALUT AUX COMMUNISTES AMÉRICAINS (20 mars 1920) [1]

Camarades,

C’est avec une profonde indignation que nous avons appris avec quelle brutalité la classe dirigeante d’Amérique vous persécute [2]. La brutalité avec laquelle elle frappe aujourd’hui les meilleurs travailleurs de la cause, bat et torture, emprisonne et expulse des centaines d’hommes et de femmes pleins de courage, emplit nos cœurs de la même amertume d’être impuissants à vous aider contre vos cruels oppresseurs que celle que nous avons si souvent éprouvée, dans le passé, quand nous atteignaient les récits des souffrances des révolutionnaires russes.

Mais en même temps, la façon héroïque dont vous vous comportez sous les coups nous remplit d’admiration et de confiance en l’avenir de la classe ouvrière américaine. Nous savons que vous n’êtes encore qu’une avant-garde ; nous savons que le capitalisme américain, en combinant la brutalité de l’ancienne autocratie tsariste avec l’hypocrisie qui caractérise la bourgeoisie anglo-saxonne, a jusqu’à maintenant réussi à égarer les masses des travailleurs.

Mais nous savons aussi que les persécutions ont toujours été aux grandes époques de luttes de classes prolétariennes "les germes de l’église". Il en a été ainsi du chartisme, ainsi après la promulgation des lois anti-socialistes en Allemagne sous Bismarck, ainsi en Russie après la terrible réaction des années 1907-1910. Le socialisme est toujours sorti triomphant de toutes les persécutions. Il en sera de même pour le communisme de nos jours. Bien loin de semer la terreur dans les cœurs des combattants gagnés à la révolution, la terreur blanche en Amérique créera chez des milliers d’ouvriers la conscience nouvelle des réalités de la lutte de classes et de la nature réelle de la démocratie bourgeoise. Elle tournera les pensées de milliers et de milliers d’entre eux vers les principes du communisme et leur fera comprendre qu’il n’existe pour les masses ni liberté, ni justice, ni aucun espoir d’une vie meilleure tant que la classe capitaliste possède et contrôle l’appareil de production.

La révolution sociale progresse à grands pas en Europe ; la lumière qui s’est allumée en Russie éclaire aujourd’hui l’occident ; les idées de lutte de masse, de système soviétique, de dictature du prolétariat comme moyens de réaliser la réorganisation de la production sur une base communiste se renforcent tous les jours et gagnent comme un flot irrésistible. Dans toute l’Europe centrale, le capitalisme attend le coup qui l’achèvera ; dans les pays latins — France, Italie, Espagne —, il est considérablement affaibli, miné par les difficultés économiques et sociales. Jusqu’à maintenant, le capitalisme anglo-américain semble inébranlé, puissant et fort. La Grande-Bretagne s’appuie encore sur son empire colonial ; elle espère pouvoir éviter la révolution en accordant aux masses quelque amélioration de leur sort en allégeant leurs chaînes par l’exploitation de centaines de millions de leurs frères des peuples de couleur. Mais nous pensons que ces espoirs seront bientôt déçus. La révolte dresse déjà la tête en Égypte et aux Indes [3]. En ce qui concerne les Etats-Unis, les classes possédantes espèrent conserver leur pouvoir en élargissant le fossé entre une petite aristocratie ouvrière, conduite par des dirigeants traîtres, et les masses de travailleurs. Elles espèrent le conserver en abusant et en dupant la minorité, en frappant et en persécutant l’avant-garde.

C’est la glorieuse tâche du communisme américain que de poursuivre, sur un plus large front, la tâche, que les I. W. W. ont les premiers entreprise, de conduire les masses à l’assaut du capitalisme ; de devenir le noyau, le cœur et le cerveau d’un mouvement ouvrier fort et décidé.

L’apparition d’un tel mouvement est de la plus extrême importance pour le communisme international et pour la cause de la révolution prolétarienne. Nous savons tous que la révolution mondiale ne pourra triompher tant que le capitalisme anglo-américain restera au pouvoir, et nous avons raison de croire que la lutte décisive entre le capitalisme et le communisme se déroulera sur le continent américain. C’est la chute du capitalisme américain qui signifiera la fin de ce gigantesque drame historique dont la guerre mondiale ne semble avoir été que le prologue. Les classes dirigeantes américaines le savent, et c’est pourquoi elles veulent écraser le communisme avant qu’il ait profondément pris racine dans le sol américain. Mais vous, camarades, vous ne laisserez pas commettre ce crime ; vous ne les laisserez pas détruire votre organisation ou vous contraindre à la déserter ; vous trouverez les voies et les moyens de modifier vos méthodes d’action, vous placerez votre organisation hors d’atteinte de vos ennemis [4] et, indomptés, vous poursuivrez l’agitation dans les masses. Et quand la crise économique qui se répand dans le monde atteindra votre pays, quand la tempête révolutionnaire que ne peuvent contenir ni les hautes montagnes ni les vastes océans fera rage sur le continent américain, quand des millions de travailleurs affamés ne réclameront plus du pain comme autrefois, mais combattront pour le pouvoir, alors vous montrerez la voie pour l’assaut général contre le système capitaliste. Les persécutions que vous subissez, votre martyre d’aujourd’hui, votre lutte héroïque contre ces menaces terribles, tout cela vous désignera comme les dirigeants des masses, exactement comme le courage et la détermination des bolcheviks russes les ont désignés pour prendre la tête de la lutte révolutionnaire de 1917.

Vôtres [sic ?] pour la révolution internationale.

Le comité exécutif du sous-bureau d’Amsterdam de l’Internationale communiste :

D. J. WIJNKOOP

Henriette ROLAND-HOLST

S. J. RUTGERS